Glycopeptides

Glycopeptides

DCI · Vancomycine, téicoplanine

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Objectif

Traiter des infections graves dues à des bactéries à Gram positif résistantes, en particulier le staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM) : bactériémie, endocardite, infection ostéo-articulaire, pneumonie sévère. La vancomycine a aussi un usage à part, par voie orale, pour traiter la colite à Clostridioides difficile de l'intestin. C'est un traitement hospitalier, presque toujours par perfusion. Ce sont des antibiotiques : ils n'agissent que sur une infection bactérienne, jamais virale.

Mécanisme

Les glycopeptides sont des antibiotiques bactéricides qui empêchent la bactérie de construire sa paroi, par un mécanisme différent de celui des pénicillines. Leur spectre est limité aux bactéries à Gram positif, ce qui inclut le staphylocoque doré, y compris résistant à la méticilline (SARM), les entérocoques et le Clostridioides difficile. Par voie orale, la vancomycine n'est presque pas absorbée dans le sang : c'est justement ce qui la rend efficace localement dans l'intestin contre la colite à Clostridioides difficile.

Résultat patient

Sur une infection grave à bactérie résistante, les glycopeptides agissent lentement mais efficacement, sous surveillance étroite du rein et des taux sanguins. Pour la colite à Clostridioides difficile, la vancomycine orale améliore la diarrhée en quelques jours. En cas d'anomalie (baisse de la diurèse, réaction pendant la perfusion) ou d'absence d'amélioration, l'IDE prévient le médecin, qui réévalue. L'IDE ne modifie jamais seul la prescription.

Classe thérapeutique

GlycopeptidesAntibiotique bactéricideAntibiotique du Gram positifAntibiotique anti-SARM

Formes disponibles

Vancomycine : poudre pour solution, à reconstituer, administrée en perfusion intraveineuse lente à l'hôpital
Vancomycine par voie orale : la même poudre reconstituée est bue en solution buvable, pour la colite à Clostridioides difficile. Il n'existe pas de gélule de vancomycine en France
Téicoplanine (Targocid) : poudre à reconstituer, par voie intraveineuse ou intramusculaire selon la prescription
La vancomycine ne s'administre jamais par voie intramusculaire (risque de nécrose au point d'injection)

À retenir

Réflexe

La vancomycine intraveineuse ne dépasse jamais 10 mg par minute ET dure au moins une heure, la plus longue des deux l'emportant : pour 1 g, cela fait 100 minutes, pas 60. Une perfusion trop rapide provoque le syndrome de l'homme rouge (rougeur et démangeaisons du haut du corps, baisse de la tension). Ce signe impose de ralentir ou d'arrêter la perfusion et d'alerter ; il régresse au ralentissement.

Piège

Ne pas confondre le syndrome de l'homme rouge, lié au débit et qui régresse quand on ralentit, avec une vraie allergie (anaphylaxie), plus rare, qui impose l'arrêt et l'appel du 15. Et ne pas confondre la vancomycine intraveineuse (infections générales à SARM) avec la vancomycine orale, qui n'agit que dans l'intestin contre la colite à Clostridioides difficile.

Chiffre

La perfusion dure au moins une heure, et le rein se surveille tout au long du traitement (diurèse, créatinine, taux sanguins). La dose, le rythme et la durée relèvent du médecin, guidés par la fonction rénale et les dosages.

Toute posologie est administrée sur prescription médicale. Se référer au protocole du service.

Indications

Infections graves à bactéries à Gram positif résistantes, notamment le staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM) : bactériémie, endocardite, infection ostéo-articulaire, pneumonie nosocomiale (RCP vancomycine, RCP Targocid)
Colite et diarrhée à Clostridioides difficile : vancomycine par voie ORALE, en option de première ligne aux côtés de la fidaxomicine, le choix relevant du médecin (recommandations SPILF). C'est l'usage local dans l'intestin, non le traitement d'une infection du sang
La téicoplanine couvre des indications proches par voie intraveineuse ou intramusculaire (infections de la peau et des tissus mous, ostéo-articulaires, endocardite, entre autres) (RCP Targocid)
Toute indication précise, posologie et durée relèvent du choix médical selon le germe, le site et l'antibiogramme

Contre-indications

Hypersensibilité à la vancomycine ou à la téicoplanine, ou à un excipient (RCP vancomycine, RCP Targocid)
La vancomycine ne doit pas être administrée par voie intramusculaire, en raison du risque de nécrose au point d'injection (RCP vancomycine)

Posologie usuelle

Adulte

En fiche classe, ne pas mémoriser de chiffres transversaux : la dose dépend de la molécule, du poids, de l'infection et de la fonction rénale, et s'ajuste sur les dosages sanguins. La vancomycine intraveineuse se perfuse toujours lentement, sur au moins une heure. Se reporter à la prescription. L'IDE applique la prescription, vérifie la cohérence dose, voie et horaire et alerte en cas d'écart.

Enfant

Dose calculée médicalement selon le poids et l'âge, sur dosages sanguins. L'IDE vérifie le poids inscrit le jour de la prescription et la cohérence du calcul prescrit.

Adaptations

Personne âgée

Vigilance accrue sur la fonction rénale, plus fragile, qui majore la toxicité et impose une surveillance des taux sanguins. L'adaptation de dose est médicale.

Insuffisance rénale

Adaptation médicale de la dose et de l'espacement selon la fonction rénale, avec dosages sanguins rapprochés : l'insuffisance rénale majore fortement la toxicité (RCP vancomycine). L'IDE vérifie que la prescription tient compte de la fonction rénale.

Insuffisance hépatique

Pas d'adaptation spécifique liée au foie pour la vancomycine, dont l'élimination est rénale. L'IDE applique la prescription et transmet toute anomalie.

Administration IDE

Voies

Vancomycine par voie intraveineuse : perfusion lente, au moins une heure et jamais plus de 10 mg par minute, la plus longue des deux bornes l'emportant, jamais en injection rapide (risque de syndrome de l'homme rouge), sur prescription et selon le RCP
Vancomycine par voie orale : solution buvable reconstituée, pour la colite à Clostridioides difficile
Téicoplanine par voie intraveineuse ou intramusculaire selon la prescription
Préparation

Reconstitution de la poudre selon le RCP de la spécialité, puis dilution pour la perfusion. Pour la voie orale de la vancomycine, la poudre reconstituée est administrée en solution buvable. Vérifier l'aspect de la solution.

Dilution

Dilution de la vancomycine selon le RCP de la spécialité, pour permettre une perfusion lente. Ne pas mélanger la téicoplanine et un aminoside dans la même seringue ou la même ligne : ils sont incompatibles (RCP Targocid).

Débit

Perfusion intraveineuse lente, débit contrôlé (pompe recommandée) : au moins une heure, et au maximum 10 mg par minute, ce qui porte 1 g à 100 minutes. Une perfusion trop rapide expose au syndrome de l'homme rouge (RCP vancomycine).

Conservation

Solution reconstituée : conservation et stabilité selon le RCP de la spécialité. Vérifier l'étiquetage avant stockage et utiliser dans les délais indiqués.

Incompatibilités

Téicoplanine et aminosides dans la même seringue ou la même ligne : incompatibilité, administrer séparément (RCP Targocid)
Compatibilités détaillées selon le RCP de la spécialité prescrite
Vérifier la fonction rénale connue (créatinine récente) : paramètre clé, car une insuffisance rénale majore la toxicité
Poser les questions d'allergie à la vancomycine ou à la téicoplanine avant la première dose
Vérifier les traitements en cours toxiques pour le rein ou l'oreille (aminosides, diurétique de l'anse comme le furosémide) et les curares en contexte opératoire
Préparer le matériel pour une perfusion lente (pompe) et prévoir la durée d'au moins une heure
Contrôler la concordance prescription, produit, patient, dose, voie et horaire, et respecter l'horaire des dosages sanguins prescrits

Surveillance associée

Surveillance du patient pendant toute la perfusion (rougeur, démangeaisons, pression artérielle)
Diurèse et fonction rénale (créatinine) sous traitement, sur prescription
Dosages sanguins aux horaires prescrits (taux résiduel avant l'injection) pour guider l'adaptation médicale
Audition et équilibre (acouphènes, vertiges) au cours du traitement

Effets indésirables graves

Atteinte du rein pouvant aller jusqu'à l'insuffisance rénale, favorisée par les fortes doses, la durée et l'association à d'autres médicaments toxiques pour le rein (RCP vancomycine)

Atteinte de l'oreille interne (ototoxicité), pouvant être transitoire ou permanente, plus rare, surtout chez le patient ayant déjà un trouble de l'audition (RCP vancomycine)

Réactions cutanées graves rares (décollement cutané étendu, syndrome de Stevens-Johnson) et choc anaphylactique

arrêter, alerte médicale urgente, protocole anaphylaxie écrit du service (RCP Targocid)

Anomalies de la numération (baisse des globules blancs ou des plaquettes) sous traitement prolongé (RCP Targocid)

Effets indésirables fréquents

Réaction au point de perfusion, veinite

surveiller la voie

Syndrome de l'homme rouge en cas de perfusion trop rapide

rougeur et démangeaisons du haut du corps, baisse de la pression artérielle, lié à une libération d'histamine (RCP vancomycine)

Atteinte du rein (hausse de la créatinine), surtout en cas d'insuffisance rénale ou de traitement prolongé (RCP vancomycine)

Interactions majeures

Autres médicaments toxiques pour le rein ou l'oreille (aminosides, diurétique de l'anse comme le furosémide, entre autres) : le cumul augmente la toxicité rénale et auditive (RCP vancomycine, RCP Targocid). L'IDE recueille et transmet toute co-prescription.

Interactions importantes

Curares (myorelaxants) en contexte opératoire pour la vancomycine : renforcement possible de leur effet, surveillance du degré de curarisation (RCP vancomycine).

À prendre en compte

L'IDE recueille et transmet toute nouvelle prescription ou automédication : il ne valide jamais seul l'absence d'interaction, cette analyse revient au médecin et au pharmacien.

Précautions d'emploi

Grossesse

Selon le CRAT, l'utilisation de la vancomycine est possible quel que soit le terme de la grossesse lorsqu'un glycopeptide est indiqué, sans effet malformatif retenu à ce jour. Pour la téicoplanine, le résumé du produit indique de ne pas l'utiliser pendant la grossesse sauf nécessité absolue, un risque pour l'oreille interne et le rein du foetus ne pouvant être exclu. Le choix de traiter relève du médecin.

Allaitement

Selon le CRAT, l'allaitement est envisageable sous vancomycine, sauf en cas de prématurité ou d'insuffisance rénale de l'enfant (facteurs d'accumulation). Certains résumés du produit sont plus restrictifs, mais le CRAT fait référence en France pour l'allaitement.

Conduite

Des vertiges liés à une atteinte de l'oreille interne peuvent survenir. Conseiller la prudence en cas de sensation d'instabilité.

Populations spéciales

Personne âgée et insuffisant rénal : toxicité rénale majorée, surveillance rénale et des taux sanguins renforcée
Antécédent de trouble de l'audition : risque accru d'atteinte de l'oreille interne
Colite à Clostridioides difficile : la vancomycine est utilisée par voie orale, à ne pas confondre avec la voie intraveineuse des infections générales

À dire au patient

Ce traitement est administré à l'hôpital, en perfusion lente d'au moins une heure : cette lenteur est voulue et protège d'une réaction de rougeur et de démangeaisons.
Prévenez tout de suite l'équipe si vous ressentez, pendant la perfusion, une rougeur ou des démangeaisons du visage et du cou, une bouffée de chaleur ou un malaise.
Signalez si vous urinez nettement moins que d'habitude, ou si vous entendez des sifflements dans les oreilles.
Des prises de sang sont faites à des horaires précis pour ajuster le traitement en sécurité : elles sont indispensables.
Si l'on vous prescrit de la vancomycine à boire pour une infection de l'intestin, prenez-la bien par la bouche comme indiqué : elle agit sur place, dans l'intestin.
Ne pas faire : demander à accélérer la perfusion pour gagner du temps, arrêter le traitement de votre côté.
Dites à l'équipe si vous avez déjà eu des problèmes de rein, d'audition ou une allergie à un antibiotique.
Un antibiotique ne soigne qu'une infection bactérienne : il est inutile sur une infection virale.

Références

Résumé des caractéristiques du produit (RCP) : Vancomycine Viatris 500 mg, poudre pour solution (perfusion ou solution buvable) · ANSM · Base de données publique des médicaments · 2024

Résumé des caractéristiques du produit (RCP) : Targocid 400 mg, poudre pour solution injectable (téicoplanine) · ANSM · Base de données publique des médicaments · 2024

Infections à Clostridioides difficile : recommandations de prise en charge (Info-Antibio) · SPILF · Société de pathologie infectieuse de langue française · 2021

Vancomycine : grossesse · CRAT · Centre de référence sur les agents tératogènes · 2024

Vancomycine : allaitement · CRAT · Centre de référence sur les agents tératogènes · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.