Anesthésie

Choc anaphylactique peropératoire

Réaction d'hypersensibilité immédiate grave survenant pendant l'anesthésie, responsable d'un collapsus, d'un bronchospasme ou d'une détresse respiratoire. C'est une urgence vitale.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le choc anaphylactique peropératoire est une réaction allergique immédiate grave qui apparaît pendant une anesthésie après l'exposition à un produit ou à un matériau du bloc. Dans la vue d'ensemble, l'IDE doit retenir une priorité : reconnaître rapidement une chute tensionnelle, un bronchospasme, un érythème diffus ou une désaturation, alerter sans délai et préparer la prise en charge d'urgence.
Prévalence
Réaction rare, mais connue au bloc opératoire et en salle d'intervention.
Âge typique
Possible à tout âge selon les antécédents et les expositions.
Mortalité
Urgence vitale pouvant entraîner un arrêt cardiorespiratoire si la prise en charge est retardée.

Précoces

Signes précoces

Erythème diffusRougeur soudaine ou urticaire apparaissant pendant la procédure.
Chute tensionnelleHypotension brutale inhabituelle pendant l'anesthésie.
Désaturation ou ventilation difficileBaisse de SpO2 ou augmentation des difficultés ventilatoires sans cause évidente.

Évolutifs

Signes évolutifs

BronchospasmeSifflements, gêne ventilatoire et baisse persistante de l'oxygénation.
Oedème du visage ou des muqueusesGonflement pouvant menacer les voies aériennes.

Tardifs

Signes tardifs

Marbrures et mauvaise perfusionExtrémités froides, recoloration lente, aggravation du collapsus.

Gravité

Signes de gravité

Collapsus persistantHypotension sévère malgré les premières mesures de prise en charge.
Impossibilité de ventiler correctementUrgence extrême avec risque rapide d'hypoxie sévère.
Arrêt cardiorespiratoireComplication ultime nécessitant immédiatement les gestes de réanimation.

Mécanisme

Un produit administré au bloc déclenche une réaction allergique immédiate.
Les vaisseaux se dilatent brutalement, ce qui fait chuter la pression artérielle.
Les bronches peuvent se resserrer et gêner la ventilation.
Une atteinte cutanée ou un oedème peut accompagner la détresse hémodynamique ou respiratoire.

Conséquences

Hypotension brutale avec signes de mauvaise perfusion.
Bronchospasme, désaturation ou difficulté de ventilation.
Erythème, urticaire ou oedème du visage et des muqueuses.
Aggravation rapide possible jusqu'à l'arrêt cardiorespiratoire.

Évolution

L'évolution se fait en quelques minutes. Une amélioration initiale n'exclut pas une récidive secondaire, ce qui justifie une surveillance prolongée.
Principales causes en France (RFE SFAR-SFA 2025) : curares en 1re cause · antibiotiques en 2e (céfazoline en tête) · bleu patenté en 3e · latex en 4e.
Antécédent personnel de réaction allergique médicamenteuse ou au latex.
Antécédent de réaction pendant une anesthésie précédente.
Asthme ou terrain allergique connu.
Exposition au latex ou à certains antibiotiques et produits anesthésiques.
Multiples expositions à des produits du bloc ou antécédents d'allergies croisées.
Bilan allergo-anesthésie réalisé à distance de l'épisode : tests cutanés 4 à 6 semaines après la réaction.

Critères diagnostiques

Survenue rapide après l'exposition à un produit ou matériau utilisé pendant l'anesthésie.
Association possible d'hypotension, bronchospasme, désaturation et signes cutanés.
Absence d'autre cause évidente expliquant seule la dégradation brutale.
Gravité cotée par le médecin selon la classification de Ring et Messmer (grades I à IV) : l'IDE reconnaît les signes de gravité et alerte, sans grader seul.
Confirmation secondaire par les prélèvements et le bilan allergologique.

Diagnostic différentiel

Bronchospasme isolé : gêne ventilatoire sans tableau allergique complet.
Hémorragie aiguë : hypotension sans signes cutanés évocateurs.
Réaction vagale : bradycardie et hypotension sans contexte allergique typique.
Accident anesthésique non allergique : à discuter selon le contexte opératoire.

Examens complémentaires

Surveillance hémodynamique et respiratoire continue

Confirme la chute tensionnelle, la désaturation et la gravité de la situation.L'IDE transmet immédiatement les anomalies au médecin anesthésiste-réanimateur et suit leur évolution minute par minute.

Gaz du sang si prescrit

Peut objectiver une hypoxémie ou une mauvaise perfusion tissulaire.L'IDE réalise le prélèvement selon l'organisation du service et transmet le résultat sans délai.

Dosage de tryptase (deux prélèvements datés)

Participe à la confirmation d'une réaction d'hypersensibilité immédiate. Deux dosages : le premier à la phase aiguë (30 minutes à 2 heures après le début des signes), le second au moins 24 heures après (taux basal).L'IDE réalise les prélèvements prescrits, horodate chaque tube précisément et prépare le dossier pour le bilan allergologique. L'horodatage est indispensable à l'interprétation.

Bilan allergologique à distance

Recherche l'agent responsable après l'épisode aigu.L'IDE informe le patient de la nécessité du suivi spécialisé après la réanimation initiale.

Support

Arrêt du produit suspect et alerte immédiateLe produit suspect est interrompu et l'équipe d'anesthésie est mobilisée immédiatement. L'IDE prépare le matériel d'urgence sans délai.

Immédiat

Support

Oxygénation et maintien des voies aériennesL'oxygène à forte concentration est administré et la ventilation est réévaluée en continu selon les consignes du médecin.

Phase aiguë

Actif

Adrénaline : traitement de première intentionTraitement de première intention du choc anaphylactique, administrée sans délai et titrée selon la gravité, sur prescription ou protocole d'anesthésie. L'IDE prépare l'adrénaline selon le protocole du bloc et l'administre sur prescription médicale.

Phase aiguë

Support

Remplissage vasculaireUne expansion volémique rapide est mise en place sur prescription pour corriger le collapsus.

Phase aiguë

Actif

Traitements complémentaires sur prescriptionBronchodilatateurs, corticoïdes et autres traitements peuvent être ajoutés selon l'évolution clinique.

Selon évolution

Récidive secondaire

Une nouvelle dégradation peut survenir après une amélioration initiale.

Prévention

Maintenir une surveillance prolongée après la phase aiguë.

Signes d'alerte

Nouvelle hypotension · Retour du bronchospasme · Réapparition des signes cutanés

Détresse respiratoire persistante

Le bronchospasme ou l'oedème des voies aériennes peuvent rester sévères.

Prévention

Réévaluer la ventilation en continu et alerter précocement.

Signes d'alerte

Désaturation persistante · Ventilation difficile · Aggravation de l'oedème

Arrêt cardiorespiratoire

Le collapsus peut évoluer vers une défaillance circulatoire extrême.

Prévention

Traiter immédiatement et organiser la réanimation sans retard.

Signes d'alerte

Hypotension majeure · Perfusion très altérée · Aggravation rapide malgré les premières mesures

Traçabilité : le patient doit être informé qu'un compte rendu précis de l'épisode sera conservé.
Bilan allergologique : une consultation spécialisée est indispensable après l'épisode pour identifier l'agent responsable.
Alerte future : signaler cet antécédent avant toute anesthésie, intervention ou administration médicamenteuse.
Document d'identification : conserver sur soi la fiche ou la carte mentionnant l'allergie suspectée ou confirmée.
Entourage : expliquer qu'une nouvelle anesthésie reste possible mais doit être préparée avec les professionnels informés.

Surveillance prioritaire

Pression artérielle et perfusion

Continue pendant la phase aiguë puis rapprochée · Stabilité hémodynamique et amélioration de la perfusion

Alerte

Alerter immédiatement si l'hypotension persiste ou se majore.Signaler toute marbrure, extrémité froide ou recoloration lente.Tracer l'évolution après chaque intervention thérapeutique.

Respiration et oxygénation

Continue · Amélioration de la SpO2 et de la ventilation

Alerte

Alerter si la désaturation persiste malgré l'oxygène.Signaler toute aggravation du bronchospasme ou difficulté de ventilation.Préparer le matériel demandé pour sécuriser les voies aériennes.

Peau, muqueuses et oedème

Régulière pendant toute la phase aiguë · Régression de l'érythème, de l'urticaire ou de l'oedème

Alerte

Signaler un oedème qui progresse vers la face ou les voies aériennes.Documenter les manifestations cutanées et leur évolution.Tracer toute récidive secondaire des signes allergiques.

Surveillance retardée

Prolongée après stabilisation · Absence de récidive secondaire

Alerte

Alerter en cas de réapparition d'hypotension, de bronchospasme ou de signes cutanés.Vérifier la réalisation des prélèvements et du dossier de traçabilité.Préparer le relais vers la surveillance continue et le bilan allergologique.

Rôle IDE détaillé

Repérer immédiatement une chute tensionnelle, une désaturation ou un bronchospasme inattendu.
Rechercher des signes cutanés ou un oedème associé à la dégradation clinique.
Identifier le moment de survenue par rapport aux produits administrés.
Évaluer en continu la réponse aux mesures de réanimation.

Références

Diagnostic et prise en charge des réactions d'hypersensibilité immédiate périopératoires · SFAR · 2025

Choc anaphylactique · SFAR · 2022

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.