Anesthésie

Nausées et vomissements postopératoires

Complication fréquente du réveil et des premières heures postopératoires, source d'inconfort, de retard de récupération et parfois de risque d'inhalation.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Les nausées et vomissements postopératoires apparaissent après l'anesthésie et peuvent gêner fortement le réveil, l'alimentation et la mobilisation. Dans la vue d'ensemble, l'IDE doit retenir une priorité : repérer tôt les patients à risque, surveiller la fréquence des épisodes, protéger les voies aériennes si le patient est mal réveillé et alerter si les symptômes persistent ou s'aggravent.
Prévalence
Les NVPO sont fréquents après anesthésie générale : environ 30 % des patients sont concernés, et jusqu'à 80 % chez les patients à haut risque. Ils restent une cause classique d'inconfort en SSPI et dans les premières heures postopératoires.
Âge typique
Tous les âges peuvent être concernés, avec une vigilance renforcée chez les patients déjà connus pour ce problème.
Mortalité
Le risque tient surtout aux conséquences indirectes : inhalation, déshydratation, reprise alimentaire retardée et retard de sortie ou de récupération.

Précoces

Signes précoces

NauséesSensation de malaise digestif avec envie de vomir, souvent majorée par les mouvements.
Pâleur et inconfortPatient pâle, moite, peu à l'aise ou demandant à rester immobile.
Haut-le-coeurEfforts de vomissement ou gêne croissante sans émission au début.

Évolutifs

Signes évolutifs

Vomissements répétésÉpisodes qui se répètent malgré les premières mesures de prise en charge.
Retard de reprise oralePatient qui ne tolère toujours pas boissons ou alimentation après le réveil.
Signes de déshydratationSoif, bouche sèche, fatigue ou malaise après vomissements prolongés.

Gravité

Signes de gravité

Inhalation bronchiqueVomissement chez un patient peu réveillé avec gêne respiratoire ou désaturation.
Dégradation de l'état généralVomissements persistants avec malaise, faiblesse ou mauvaise tolérance globale.
Douleur ou signe local associéVomissements accompagnés d'une douleur inhabituelle ou d'un problème au site opératoire.

Mécanisme

Le réveil anesthésique peut s'accompagner d'une sensibilité accrue aux nausées et aux vomissements.
Les médicaments utilisés autour de l'intervention, la douleur et certains gestes chirurgicaux favorisent ces symptômes.
Les changements de position, la mobilisation ou la reprise trop rapide d'alimentation peuvent les majorer.
Chez un patient encore somnolent, le vomissement devient surtout dangereux par le risque d'inhalation.

Conséquences

Inconfort important et mauvais vécu du réveil.
Impossibilité de boire ou de manger correctement.
Fatigue, malaise et retard de mobilisation.
Risque d'inhalation si le patient vomit avec une vigilance insuffisante.

Évolution

La prise en charge repose sur deux temps distincts. La prévention est anticipée avant l'intervention chez le patient à risque identifié, dosée selon le score d'Apfel. Le traitement curatif intervient après, en secours des épisodes survenus, en changeant de classe d'antiémétique plutôt qu'en répétant la même. Les symptômes surviennent surtout au réveil et dans les premières heures, puis régressent le plus souvent si la prise en charge est adaptée. Une persistance doit faire renforcer la surveillance et réévaluer la situation.
Score d'Apfel : outil de repérage à 4 items chez l'adulte, chacun comptant pour un point.
Sexe féminin : facteur de risque le plus important.
Statut non-fumeur.
Antécédent personnel de NVPO ou de mal des transports.
Utilisation d'opioïdes en postopératoire.
Lecture du score : 0 à 1 point = risque faible · 2 points = risque modéré · 3 à 4 points = risque élevé · avec un risque de NVPO qui augmente d'environ moins de 10 % à environ 80 % selon le nombre de facteurs présents.
Certaines chirurgies sont par ailleurs plus souvent associées aux NVPO.
Posture IDE : relever ces 4 éléments au dossier d'anesthésie et transmettre le niveau de risque à l'équipe.

Critères diagnostiques

Les symptômes surviennent après l'anesthésie, souvent au réveil ou dans les premières heures.
Le patient présente des nausées, des haut-le-coeur ou des vomissements répétés.
La fréquence des épisodes et leur retentissement sont tracés pour guider la prise en charge.
Les facteurs de risque et les traitements reçus sont recherchés pour interpréter la situation.

Diagnostic différentiel

Hypotension ou malaise vagal : nausées avec sensation de faiblesse lors des changements de position.
Douleur mal contrôlée : inconfort digestif associé à une douleur postopératoire importante.
Complication abdominale ou digestive : ventre douloureux, distendu ou gêne inhabituelle.
Cause métabolique ou jeûne prolongé : malaise, faiblesse et mauvaise tolérance orale.

Examens complémentaires

Repérage du risque de NVPO (score d'Apfel)

Score d'Apfel coté sur 4 items chez l'adulte (sexe féminin, non-fumeur, antécédent de NVPO ou de mal des transports, opioïdes postopératoires) : 0 à 1 = risque faible, 2 = modéré, 3 à 4 = élevé.L'IDE relève ces 4 éléments au dossier d'anesthésie et transmet le niveau de risque à l'équipe pour anticiper la surveillance et la prévention.

Évaluation clinique des épisodes

Fréquence des nausées ou vomissements connue, retentissement et facteurs favorisants repérés.L'IDE note les horaires, le contexte, la tolérance et l'effet des traitements déjà administrés.

Surveillance respiratoire et hydratation

Patient respirant correctement, sans signe d'inhalation ni retentissement important.L'IDE surveille la conscience, la respiration, la tolérance orale et l'état d'hydratation, puis alerte en cas d'aggravation.

Actif

Antiemétique sur prescriptionUn antiémétique prescrit est administré puis réévalué selon l'évolution des symptômes et la tolérance du patient. Les classes de première intention associent, à titre de culture, les sétrons (dont l'ondansétron), un corticoïde (dexaméthasone), une butyrophénone (dropéridol) et un anti-NK1 (aprépitant), sans posologie décidée par l'IDE.

Phase aiguë

Actif

Prévention multimodale et changement de classeChez les patients à risque modéré ou élevé, la prévention repose sur l'association d'au moins deux antiémétiques de classes différentes. En cas d'échec, la règle transmissible est de changer de classe : ne pas répéter le même antiémétique avant 6 heures. Les schémas et posologies relèvent de la prescription médicale.

Selon le niveau de risque et l'évolution

Support

Installation et sécuritéLe patient est installé dans une position limitant l'inconfort et le risque d'inhalation, avec matériel de recueil et aide rapide disponible.

Dès les premiers symptômes

Support

Hydratation et reprise progressiveLa tolérance orale est réévaluée et l'hydratation adaptée selon les consignes médicales et la situation clinique.

Selon évolution

Support

Réduction des facteurs favorisantsLa douleur, les mobilisations brusques et les autres éléments aggravants sont repérés afin d'adapter la prise en charge avec l'équipe.

Tout au long du réveil

Éducation

Information du patientLe patient est encouragé à signaler les nausées dès leur début et à reprendre boissons ou alimentation de façon progressive selon les consignes.

Dès le réveil puis au retour en chambre

Inhalation bronchique

Le vomissement chez un patient insuffisamment réveillé peut entraîner une atteinte respiratoire aiguë.

Prévention

Surveiller étroitement la vigilance, installer en sécurité et réagir sans délai en cas de vomissement.

Signes d'alerte

Toux après vomissement · Désaturation · Gêne respiratoire

Déshydratation

Les épisodes répétés peuvent retentir sur l'état général et la reprise orale.

Prévention

Réévaluer les apports, surveiller la tolérance et transmettre si les pertes se prolongent.

Signes d'alerte

Soif · Bouche sèche · Malaise ou fatigue

Retard de récupération

Les NVPO peuvent repousser l'alimentation, la mobilisation et parfois la sortie prévue.

Prévention

Repérer tôt les symptômes et traiter rapidement pour limiter leur retentissement.

Signes d'alerte

Refus de boire · Lever retardé · Inconfort persistant

Complication chirurgicale associée

Des vomissements avec douleur inhabituelle ou signe local anormal imposent une réévaluation rapide.

Prévention

Ne pas banaliser un tableau digestif associé à une douleur ou un problème opératoire inhabituel.

Signes d'alerte

Douleur anormale · Saignement local · Aggravation brutale

Signalement : prévenir dès les premières nausées, sans attendre les vomissements.
Position : éviter les changements brusques de position et demander de l'aide si le malaise augmente.
Reprise orale : reprendre boissons puis alimentation par petites quantités selon les consignes reçues.
Mobilisation : se relever progressivement après accord de l'équipe et si les symptômes diminuent.
Traitement : dire rapidement si l'antiémétique semble inefficace ou si les symptômes reviennent.

Surveillance prioritaire

Nausées et vomissements

Rapprochée au réveil puis régulière pendant la période postopératoire · Patient soulagé, épisodes espacés ou absents, confort amélioré

Alerte

Tracer chaque épisode et alerter si les vomissements se répètent malgré le traitement.Réévaluer rapidement si les symptômes réapparaissent peu après une amélioration.Rechercher un facteur aggravant comme la douleur, la mobilisation ou une mauvaise tolérance orale.

Conscience, respiration et sécurité des voies aériennes

Continue en SSPI puis adaptée à l'état clinique · Patient suffisamment réveillé, respirant correctement et protégé en cas de nausées

Alerte

Alerter immédiatement devant un vomissement chez un patient somnolent ou désaturant.Mettre le patient en sécurité et surveiller étroitement la respiration si le réveil reste instable.Signaler toute toux, gêne respiratoire ou aggravation après un épisode de vomissement.

Tolérance orale et hydratation

Réévaluation régulière selon les épisodes et les apports · Boissons ou alimentation reprises progressivement, sans malaise ni nouvelle aggravation

Alerte

Signaler une impossibilité persistante à boire ou à s'alimenter.Réévaluer si le patient reste très fatigué, bouche sèche ou mal tolérant après plusieurs épisodes.Documenter les pertes et la reprise progressive des apports.

Retentissement sur la récupération

Tout au long de la surveillance postopératoire · Mobilisation et récupération possibles dans des conditions confortables

Alerte

Alerter si les NVPO retardent nettement le lever, les soins ou le retour prévu.Signaler une douleur inhabituelle ou un problème local associé aux vomissements.Transmettre les facteurs déclenchants identifiés pour adapter la suite des soins.

Rôle IDE détaillé

Repérer les patients à risque à partir du dossier et des antécédents.
Évaluer la fréquence des nausées ou vomissements et leur retentissement.
Surveiller la conscience, la respiration et la sécurité des voies aériennes.
Rechercher un facteur favorisant comme la douleur, la mobilisation ou une mauvaise tolérance orale.

Références

Conférence d'experts SFAR : Prise en charge des nausées et vomissements postopératoires (congrès SFAR septembre 2007, publiée AFAR 2008) · SFAR · 2008

Les questions fréquentes au sujet de la prise en charge anesthésique des patients en ambulatoire · SFAR · 2018

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.