Corticoïdes systémiques
DCI · Prednisone, prednisolone, méthylprednisolone, hydrocortisone
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
Réduire l'inflammation et calmer une réaction immunitaire excessive. Les corticoïdes sont utilisés dans de très nombreuses situations : poussée d'asthme ou de bronchopneumopathie, allergie sévère, maladie inflammatoire ou auto-immune, certaines maladies du sang ou du rein, et en remplacement de l'hormone naturelle en cas d'insuffisance surrénale. La molécule, la dose, la durée et la façon de diminuer le traitement sont décidées par le médecin.
Les corticoïdes reproduisent l'action du cortisol, une hormone fabriquée naturellement par les glandes surrénales. À dose de traitement, ils freinent puissamment l'inflammation et l'immunité, ce qui soulage mais expose aussi à l'infection et à des effets sur le sucre, le sel et l'os. Quand le traitement dure, le corps réduit sa propre production de cortisol : c'est pourquoi un arrêt brutal peut provoquer une insuffisance surrénale aiguë, et pourquoi la diminution doit être progressive. La prise se fait le matin, pour suivre le rythme naturel de l'hormone.
L'effet anti-inflammatoire est souvent rapide et net, ce qui peut faire oublier les risques. Le bénéfice se juge sur les symptômes traités ; les effets indésirables, eux, s'installent souvent sans bruit (glycémie et tension qui montent, infection qui démarre sans fièvre franche). L'infirmier surveille ce retentissement, transmet, et ne conduit pas la décroissance lui-même : le sevrage est piloté par le médecin.
Classe thérapeutique
Formes disponibles
À retenir
Réflexe
Administrer le corticoïde le matin, surveiller le retentissement (glycémie, tension, poids, signes d'infection) et, au long cours, respecter à la lettre le schéma de décroissance. L'infirmier n'interrompt jamais seul un corticoïde prolongé.
Piège
Traiter un corticoïde comme un anti-inflammatoire banal que l'on pourrait arrêter d'un coup. Après un traitement prolongé, l'arrêt brutal expose à une insuffisance surrénale aiguë, et les effets sur le sucre, la tension et l'infection s'installent souvent sans bruit.
Chiffre
Sous corticoïde, une fièvre même modérée ne rassure pas, car le médicament atténue les signes d'infection. Toute infection suspectée se transmet sans délai (RCP Cortancyl).
Toute posologie est administrée sur prescription médicale. Se référer au protocole du service.
Indications
Contre-indications
Posologie usuelle
Adulte
Pas de dose ni d'équivalence à mémoriser pour la classe : les corticoïdes diffèrent par leur puissance, et la dose comme la durée dépendent de l'indication. La règle de sécurité majeure : un traitement prolongé ne s'arrête jamais brutalement, la décroissance se fait par paliers, conduite par le médecin. L'infirmier administre la dose prescrite et applique le schéma de décroissance tel qu'il est écrit. Les chiffres par molécule figurent dans les fiches molécules.
Enfant
Chez l'enfant, le corticoïde au long cours expose en plus à un ralentissement de la croissance ; la dose est fixée et surveillée par le médecin. L'infirmier vérifie la prescription et le schéma. Les repères figurent dans les fiches molécules.
Demi-vie · Variable selon la molécule, de quelques heures pour l'hydrocortisone (proche de l'hormone naturelle) à plus prolongée pour les corticoïdes de synthèse. Les chiffres précis figurent dans les fiches molécules.
Adaptations
Chez le sujet âgé, les risques se cumulent : déséquilibre du diabète, montée de la tension, ostéoporose et fractures, infections, confusion. Suivi rapproché ; les mesures associées (calcium, vitamine D) et la dose relèvent du médecin.
Prudence du fait de la rétention d'eau et de sel et du risque de déséquilibre de la tension ; surveillance de la tension, du poids et de la kaliémie. L'adaptation relève du médecin.
La prednisone est transformée en prednisolone par le foie ; en cas d'atteinte hépatique, le médecin peut préférer la prednisolone directement. Surveillance et adaptation médicales.
Administration IDE
Voies
Comprimés à prendre tels quels ; forme orodispersible à laisser fondre. Formes injectables : reconstitution et dilution selon le RCP de la spécialité.
Pour les formes injectables hospitalières, respecter le solvant et le débit prévus au RCP de la spécialité.
Les fortes doses intraveineuses se passent lentement, sur prescription et selon le protocole, avec surveillance de la tension, de la fréquence cardiaque et de la glycémie.
Conservation à température ambiante selon la notice. Remettre au patient, s'il en existe une, la carte de corticothérapie et lui rappeler de ne pas interrompre le traitement de lui-même.
Incompatibilités
Surveillance associée
Effets indésirables graves
Insuffisance surrénale aiguë à l'arrêt brutal d'un traitement prolongé
→ le corps ne fabrique plus assez de cortisol ; urgence, ne jamais interrompre seul (RCP Cortancyl)
Infection grave ou réactivée, dont les signes peuvent être masqués par le corticoïde (RCP Cortancyl)
Au long cours
→ ostéoporose et fractures, fonte musculaire, cataracte, retentissement psychiatrique
Ulcère ou hémorragie digestive, surtout en association à un AINS
Effets indésirables fréquents
Montée de la glycémie, pouvant déséquilibrer ou révéler un diabète (RCP Cortancyl)
Rétention d'eau et de sel avec prise de poids et hausse de la tension, et baisse du potassium (RCP Cortancyl)
Excitation, insomnie et augmentation de l'appétit, surtout en début de traitement
Fragilité de la peau, retard de cicatrisation et ecchymoses au long cours
Interactions majeures
Interactions importantes
À prendre en compte
Précautions d'emploi
Selon le CRAT, la prednisone, la prednisolone et la méthylprednisolone sont les corticoïdes à privilégier pendant la grossesse, car ils sont en grande partie métabolisés par le placenta ; les données au premier trimestre sont rassurantes et leur utilisation est possible quel que soit le terme lorsqu'elle est nécessaire (CRAT). Un traitement prolongé justifie une surveillance de la glycémie et de la tension de la mère. Le choix relève du médecin.
Selon le CRAT, l'allaitement est possible avec la prednisone, la prednisolone et la méthylprednisolone. Aux doses élevées et prolongées, ou après une injection de méthylprednisolone, il est conseillé d'attendre si possible un délai après la prise avant la tétée (CRAT).
Pas d'effet direct, mais une insomnie ou des troubles de l'humeur peuvent gêner la vigilance en début de traitement. En informer le patient.
Populations spéciales
À dire au patient
Références
Résumé des caractéristiques du produit (RCP) : Cortancyl 5 mg, comprimé sécable (prednisone) · ANSM · Base de données publique des médicaments · 2024
Résumé des caractéristiques du produit (RCP) : Solupred 20 mg, comprimé orodispersible (prednisolone) · ANSM · Base de données publique des médicaments · 2024
Corticoïdes : grossesse · CRAT · Centre de référence sur les agents tératogènes · 2023
Corticoïdes : allaitement · CRAT · Centre de référence sur les agents tératogènes · 2023
Notice patient : Cortancyl 5 mg, comprimé sécable (prednisone) : bon usage et précautions · ANSM · Base de données publique des médicaments · 2024
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.