Les constantes et paramètres vitaux.
Les normes, les seuils d'alerte, le rôle infirmier.
Mis à jour le 20 juin 2026
Cinq chiffres, plus un
Fréquence cardiaque, pression artérielle, fréquence respiratoire, saturation, température : les cinq constantes de base, auxquelles on ajoute la douleur, le « cinquième signe vital ». Les relever, c'est le premier regard sur l'état d'un patient.
Connaître la norme ne suffit pas : il faut savoir à partir de quand on s'inquiète, comment mesurer juste, et ce que change l'âge. C'est tout l'objet de cette page.
Normes et seuils d'alerte, adulte
Valeurs au repos chez l'adulte. Le seuil en rose marque le passage hors normes qui doit alerter.
Glycémie capillaire
0,70 à 1,10 g/L à jeun. Hypoglycémie sous 0,70 (le resucrage relève du rôle propre). Le diagnostic de diabète, lui, est médical (≥ 1,26 g/L à jeun, à deux reprises).
Diurèse
0,5 à 1 mL/kg/h. Oligurie sous 0,5 mL/kg/h pendant 6 heures (KDIGO, relais SRLF), anurie sous 100 mL sur 24 heures.
État de conscience
Évalué simplement par l'AVPU (Alerte, réagit à la Voix, réagit à la Douleur, Inconscient) ou par le score de Glasgow. Toute dégradation, même discrète (somnolence, confusion nouvelle), se signale sans délai : c'est un paramètre de surveillance à part entière, intégré aux scores d'alerte précoce comme le NEWS.
Constante par constante
Pour chacune : le geste pour la prendre juste, le seuil qui doit vous faire transmettre, et les variations à connaître. Le détail des valeurs par âge est consolidé plus bas.
Fréquence cardiaque
60 à 100 bpmPouls radial palpé une minute pleine, ou lecture au scope. Compter une minute entière en cas d'arythmie (fibrillation auriculaire).
Bradycardie sous 60, tachycardie au-dessus de 100. On alerte d'autant plus vite que la valeur s'approche de 40 ou dépasse 150.
Sportif entraîné : 40 à 60, physiologique. Enfant 70 à 120, nourrisson 100 à 150, nouveau-né 120 à 160.
Pression artérielle
< 120 / 80 mmHgBrassard de taille adaptée, bras au niveau du cœur, patient au repos depuis quelques minutes, deux mesures plutôt qu'une.
Hypertension à partir de 140/90 au cabinet (135/85 en automesure). Hypotension si la systolique passe sous 90. Urgence hypertensive si 180/110 avec retentissement (céphalées, troubles visuels, douleur thoracique).
Après 80 ans, la cible se relâche (systolique sous 150) sans provoquer d'hypotension au lever. Hypotension orthostatique : chute de 20 mmHg (systolique) ou 10 mmHg (diastolique) dans les trois minutes après le lever.
En France, la HAS maintient le seuil de diagnostic à 140/90. Les recommandations européennes 2024 parlent de « tension élevée » dès 120-139 : un seuil de vigilance, pas le seuil de diagnostic français.
Fréquence respiratoire
12 à 20 /minComptée discrètement sur une minute : un patient qui se sait observé modifie sa respiration. C'est le paramètre le plus souvent négligé, alors qu'il alerte tôt.
Bradypnée sous 12, tachypnée au-dessus de 20. Au-delà de 25 à 30, on parle de détresse respiratoire.
Nourrisson 30 à 40, enfant 20 à 30. La fréquence diminue avec l'âge.
Saturation (SpO2)
≥ 95 %Capteur sur un doigt sans vernis, extrémité chaude et bien perfusée. La SpO2 mesure l'oxygénation, pas la ventilation : elle ne dit rien du CO2.
Désaturation sous 95 %, hypoxémie sous 90 %. Toute chute rapide est un signal d'alerte.
Chez un patient BPCO ou à risque d'hypercapnie, la cible sous oxygène est volontairement plus basse : 88 à 92 %. Ce n'est pas un seuil rassurant : une SpO2 à 90 % chez ce patient reste à surveiller, et toute baisse ou tout changement se signale.
Température
36,5 à 37,5 °CToujours préciser la voie : rectale (référence), buccale, tympanique, ou axillaire qui sous-estime d'environ 0,5 °C. Une température sans sa voie est ininterprétable.
Fièvre au-dessus de 38 °C (référence rectale), hyperthermie sévère à partir de 40, hypothermie sous 35.
La « normale » dépend de la voie : 36,5 à 37,5 °C vaut pour les voies buccale ou tympanique ; en rectal, la référence, elle monte d'environ 0,5 °C (jusqu'à 38, la fièvre commençant au-delà). Il n'y a pas de 37,0 figé.
Douleur
0 /10Auto-évaluation par échelle numérique (EN) ou visuelle analogique (EVA) de 0 à 10. Échelle comportementale si le patient ne peut pas s'exprimer.
Repère opérationnel le plus courant : on traite dès 3 sur 10, puis on réévalue après l'antalgique.
Souvent appelée « cinquième signe vital » : c'est une image pédagogique, pas un statut réglementaire en France.
« Une constante isolée ne dit pas grand-chose. C'est le faisceau, et son évolution, qui parlent. »
Une constante ne se lit jamais seule
Mme R., 68 ans, qui « ne se sent pas bien »
Vous prenez ses constantes à l'arrivée. Lues une à une, elles inquiètent ; lues ensemble, elles racontent quelque chose.
- Fréquence cardiaque118 bpmtachycardie
- Pression artérielle92 / 58 mmHgtension basse
- Fréquence respiratoire26 /mintachypnée
- Saturation89 %hypoxémie
- Température38,7 °Cfièvre
- Douleur4 /10à traiter
Cinq paramètres en alerte franche, tous dans le même sens : la fièvre, le cœur et la respiration qui s'emballent, la tension qui baisse, l'oxygène qui chute ; la douleur, elle, reste à traiter. L'infirmier ne pose pas de diagnostic, mais ce faisceau concordant impose une transmission SAED immédiate au médecin et une surveillance rapprochée. C'est là tout l'intérêt des constantes : prises ensemble et répétées, elles alertent avant le reste.
Dans beaucoup de services, ce raisonnement par faisceau est formalisé par un score d'alerte précoce : on attribue des points à chaque constante (y compris l'état de conscience), et le total déclenche une conduite graduée, de la surveillance rapprochée à l'appel du médecin ou de la réanimation. Le plus connu est le NEWS (National Early Warning Score), d'origine britannique. En France, il n'existe pas de score national unique imposé : chaque établissement choisit son outil. Votre rôle ne change pas : mesurer, repérer la dégradation, déclencher l'alerte selon le protocole du service. Le score aide à objectiver « ça va mal », il ne pose pas de diagnostic.
L'enfant n'est pas un petit adulte
Les normes adulte ne s'appliquent pas à l'enfant. La fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire, surtout, sont plus rapides et diminuent avec l'âge. Les fourchettes ci-dessous sont des repères indicatifs, qui varient selon les référentiels.
Personne âgée : pas de fréquence distincte, mais une vigilance accrue. Un traitement bêtabloquant peut masquer une tachycardie, et la cible de pression artérielle se relâche après 80 ans.
Mesurer n'est pas diagnostiquer
Prendre les constantes est un geste du rôle propre infirmier. Mais mesurer n'est pas diagnostiquer.
L'infirmier mesure, surveille à la bonne fréquence, trace, repère les valeurs hors normes, transmet de façon structurée (SAED) et applique les protocoles du service. C'est lui qui déclenche l'alerte.
Il ne pose pas le diagnostic (hypertension, sepsis, insuffisance rénale) et ne prescrit pas le traitement : l'interprétation diagnostique et la prescription restent médicales. Resucrage, oxygénothérapie selon protocole, surveillance rapprochée relèvent en revanche de son initiative.
Les pièges de mesure
Un brassard mal dimensionné
Trop petit, il surestime la tension ; trop grand, il la sous-estime. Bras au niveau du cœur, patient au repos, et toujours répéter la mesure.
Une SpO2 faussée
Vernis ou faux ongles, extrémité froide ou mal perfusée, mouvement : autant de sources d'erreur. En cas d'intoxication au CO, la SpO2 peut être faussement normale.
Une fréquence respiratoire « arrangée »
Comptée alors que le patient se sait observé, elle est sous-estimée. On la compte discrètement, sur une minute pleine.
Un pouls compté trop court
Extrapoler quinze secondes fausse le résultat en cas d'arythmie. Une minute entière, surtout en fibrillation auriculaire.
Une température sans sa voie
La même valeur ne veut pas dire la même chose en rectal ou en axillaire. Sans la voie, le chiffre n'est pas interprétable.
- Quelle est la fréquence cardiaque normale ?
- Chez l'adulte au repos, la fréquence cardiaque normale est de 60 à 100 battements par minute. En dessous de 60, on parle de bradycardie ; au-dessus de 100, de tachycardie. Un sportif entraîné peut avoir une fréquence de 40 à 60 sans que ce soit pathologique. Chez l'enfant, elle est plus rapide (70 à 120).
- Quelle est la saturation en oxygène normale ?
- La saturation pulsée en oxygène (SpO2) normale est supérieure ou égale à 95 %. On parle de désaturation sous 95 % et d'hypoxémie sous 90 %. Chez un patient BPCO ou à risque d'hypercapnie, la cible est plus basse, entre 88 et 92 %. C'est une cible sous oxygène, pas un feu vert : une valeur dans cette fourchette ne dispense pas de surveiller ni de signaler toute aggravation.
- Quelle est la tension artérielle normale ?
- Une pression artérielle optimale est inférieure à 120/80 mmHg. En France, la HAS retient le diagnostic d'hypertension à partir de 140/90 mmHg au cabinet (135/85 en automesure). On parle d'hypotension quand la systolique passe sous 90 mmHg.
- À partir de quand parle-t-on de fièvre ?
- La fièvre se définit par une température supérieure à 38 °C en référence rectale. La « normale » dépend de la voie de mesure : il n'existe pas de 37,0 °C figé. L'hyperthermie sévère commence à 40 °C, l'hypothermie sous 35 °C.
- Quelle est la fréquence respiratoire normale ?
- Chez l'adulte au repos, la fréquence respiratoire normale est de 12 à 20 mouvements par minute. En dessous de 12, c'est une bradypnée ; au-dessus de 20, une tachypnée ; au-delà de 25 à 30, on parle de détresse respiratoire.
- À partir de quel niveau faut-il traiter la douleur ?
- Le repère opérationnel le plus courant est de traiter la douleur dès une intensité de 3 sur 10 (échelle numérique ou EVA), puis de réévaluer après l'antalgique. Il n'existe pas de seuil national unique opposable, mais l'objectif est de soulager sans attendre.
- Qu'est-ce qu'un score d'alerte précoce (NEWS) ?
- C'est un outil qui attribue des points à chaque constante pour objectiver une dégradation et déclencher une conduite graduée, jusqu'à l'appel du médecin ou de la réanimation. Le NEWS (National Early Warning Score) est le plus connu, d'origine britannique. En France, aucun score national unique n'est imposé : chaque établissement choisit son outil. Le rôle infirmier reste de mesurer, repérer et alerter selon le protocole du service.
- HAS, Prise en charge de l'hypertension artérielle de l'adulte
- Ameli, Prendre la température (valeurs normales, seuil de fièvre)
- SPLF, Oxygénothérapie : recommandations et dangers (cible de SpO2 88 à 92 % chez le patient à risque d'hypercapnie)
- Société Française d'Endocrinologie, Diagnostic d'un diabète sucré (seuils glycémiques)
Sources primaires françaises, vérifiées en juin 2026.