Fréquence respiratoire
La FR est la constante vitale la plus prédictive d'une dégradation et la plus oubliée. Elle se compte sans alerter le patient et se transmet en clair. Elle ne se remplace jamais par la SpO2 : la tachypnée précède la désaturation.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
L'essentiel
Compter discret
Compter sur 60 secondes en simulant la prise du pouls : la conscience de la mesure modifie la respiration. Tracer la valeur, l'amplitude et l'horaire.FR avant SpO2
La FR se dégrade avant la SpO2. Une SpO2 normale sous oxygène n'exclut pas une détresse débutante. La tachypnée signe l'épuisement.Bradypnée opioïde
FR inférieure à 10 par minute sous opioïde, sédation excessive et myosis : surdosage. Arrêter la PCA, alerter, préparer la naloxone selon la prescription ou le protocole.- Quand
- Surveillance systématique des constantes vitales en hospitalisation, post-opératoire (risque de dépression respiratoire opioïde dans les 12 premières heures), exacerbation de BPCO, suspicion de sepsis aux urgences (qSOFA), surveillance post-extubation, scores d'alerte précoce.
- Pour qui
- Tout patient hospitalisé. Vigilance renforcée chez le patient sous opioïdes (PCA morphine, soins palliatifs), le BPCO connu (cible SpO2 88 à 92 %), le post-extubé, la personne âgée et le patient septique.
Normal
12 à 20 cycles par minute au repos
Alerte
inférieure à 12 ou supérieure à 22 cycles par minute
Critique
inférieure à 8 ou supérieure à 30 cycles par minute
FR supérieure à 22 par minute : critère qSOFA en faveur d'une suspicion de sepsis aux urgences. FR inférieure à 10 par minute sous opioïde : suspicion de dépression respiratoire d'origine opioïde (CAMR-SFAR-SFETD 2020).
Normal
Plus rapide chez le nouveau-né et le nourrisson, elle diminue progressivement avec l'âge pour atteindre la fourchette adulte (12 à 20) vers 13 à 18 ans. Se référer aux normes pédiatriques du service ou à l'annexe signes vitaux de la recommandation HAS-SRLF 2025 sur le sepsis.
Alerte
Tachypnée à confronter aux normes pédiatriques par tranche d'âge et au protocole pédiatrique du service
Critique
Pauses prolongées chez le nourrisson supérieures à 20 secondes ou pauses associées à une bradycardie ou à une désaturation
La FR diminue physiologiquement avec l'âge. Personne âgée stable : 14 à 22 par minute, légèrement plus élevée par diminution de la compliance pulmonaire.
Normal
Mouvements thoraco-abdominaux symétriques, amplitude moyenne
Alerte
Respiration superficielle ou ample anormale, asymétrie d'expansion
Critique
Respiration paradoxale (balancement thoraco-abdominal inversé), signe d'épuisement diaphragmatique
Une asymétrie peut orienter vers un pneumothorax ou un épanchement, à transmettre au médecin.
Normal
Absents, pas de mise en jeu des muscles accessoires
Alerte
Tirage intercostal ou sus-sternal, sifflements audibles à distance
Critique
Tirage majeur, battement des ailes du nez (enfant), grunting, cyanose des lèvres et de la langue
La cyanose centrale (lèvres, langue) traduit une hypoxémie sévère, généralement SpO2 inférieure à 85 %.
Compter sans alerter le patient
La FR est la seule constante vitale modifiable volontairement par le patient. Maintenir les doigts au poignet comme pour prendre le pouls, observer en parallèle les soulèvements thoraciques ou abdominaux. Ne pas annoncer la mesure.Compter sur 60 secondes complètes
Un cycle = inspiration plus expiration. Compter sur 60 secondes pour repérer pauses, irrégularités et patterns pathologiques. Un comptage sur 30 secondes multiplié par 2 reste acceptable si la respiration est régulière, jamais sur 15 secondes.Évaluer les caractéristiques qualitatives
Au-delà du chiffre : amplitude (superficielle, normale, profonde), symétrie de l'expansion thoracique, mise en jeu des muscles accessoires (tirage sus-claviculaire, intercostal, sous-costal), bruits audibles à distance (sifflements, stridor, grunting du nourrisson).Identifier les patterns respiratoires pathologiques
Kussmaul : respiration ample et rapide, oriente vers une acidose métabolique. Cheyne-Stokes : alternance d'apnées et d'hyperpnées crescendo-decrescendo, oriente vers une insuffisance cardiaque sévère ou une atteinte cérébrale. Biot : respiration ataxique avec pauses aléatoires, oriente vers une atteinte du tronc cérébral. Respiration paradoxale : balancement thoraco-abdominal, signe d'épuisement diaphragmatique.Attention
Le pattern reconnu se transmet par sa description objective (rythme, profondeur, durée des pauses). L'interprétation étiologique relève du médecin.Associer la SpO2 sans la confondre avec la FR
La SpO2 complète la FR sans la remplacer. Norme 95 à 100 % en air ambiant chez l'adulte sain. Cible 88 à 92 % chez le patient à risque d'hypercapnie, BPCO connu en tête (SRLF-SFMU 2025 oxygénothérapie). Une SpO2 normale sous oxygène peut masquer une tachypnée d'épuisement.Alerte
Ne pas adapter le débit d'oxygène en BPCO sans avis médical : risque d'hypercapnie aiguë, par des mécanismes multiples dont l'effet Haldane et la redistribution du rapport ventilation/perfusion.À chaque prise de constantes · Hospitalisation standard · Rôle propre
Transmission
Si FR supérieure à 22 par minute ou inférieure à 12 par minute → prévenir le médecin. Tracer le chiffre, les conditions de mesure et les signes associés.Toutes les heures pendant 12 heures · PCA morphine, soins palliatifs, post-opératoire · Prescription
Transmission
Si FR inférieure à 10 par minute, sédation excessive ou myosis serré → arrêter la PCA, alerter le médecin sans délai, préparer la naloxone selon la prescription ou le protocole. Surveiller en continu jusqu'à la levée de la dépression respiratoire.Selon prescription · Décompensation respiratoire · Prescription
Transmission
Si FR supérieure à 25 par minute avec signes de tirage, ou somnolence inhabituelle → alerter le médecin. La somnolence en BPCO oriente vers une hypercapnie. Anticiper la gazométrie sur prescription, mettre le matériel de VNI à proximité selon le protocole.Toutes les 15 minutes pendant 2 heures · Sortie de ventilation mécanique · Prescription
Transmission
Si FR supérieure à 30 par minute avec signes de fatigue, ou SpO2 inférieure à 92 % malgré l'oxygène → alerter le réanimateur sans délai. Mettre le matériel de réintubation à proximité selon le protocole.Urgence vitale · Tirage majeur, cyanose, parole impossible
Installer en position demi-assise, libérer les voies aériennes, administrer l'oxygène selon la prescription ou le protocole d'urgence. Scope, accès veineux opérationnel, surveillance continue de la FR, de la SpO2 et de la conscience.Conduite IDE immédiate
Si FR supérieure à 30 par minute avec tirage et cyanose, ou FR inférieure à 8 par minute, ou pauses respiratoires supérieures à 20 secondes → alerte vitale immédiate au médecin. Transmettre l'horaire de bascule, les valeurs, les signes associés. Anticiper le bilan biologique selon le protocole d'urgence.SpO2 « normale » sous oxygène qui rassure à tort
Erreur
Conclure à l'absence de détresse respiratoire devant une SpO2 à 96 % alors que la FR est à 28 par minute sous 3 L par minute d'oxygène.Règle
La SpO2 sous oxygène peut être faussement rassurante. Toujours considérer la FR comme premier marqueur de dégradation, surtout sous oxygénothérapie. Une tachypnée signe l'épuisement, même si la saturation reste correcte.Comptage qui modifie la respiration
Erreur
Annoncer au patient « je vais compter votre respiration » : il modifie consciemment son rythme et la mesure devient ininterprétable.Règle
Compter en simulant la prise du pouls, sans verbaliser la mesure. Maintenir les doigts au poignet, observer en parallèle les mouvements thoraciques ou abdominaux. Tracer le mode de comptage en cas de doute.Débit d'oxygène augmenté en autonomie chez le BPCO
Erreur
Devant une SpO2 à 86 % chez un BPCO sous 2 L par minute, augmenter d'autorité le débit à 6 L par minute pour rassurer le patient.Règle
Cible SpO2 88 à 92 % chez le patient à risque d'hypercapnie (SRLF-SFMU 2025 oxygénothérapie). Adapter le débit d'oxygène est un acte sur prescription ou protocole. Risque d'hypercapnie aiguë et de coma hypercapnique en cas de débit excessif.Patient
Tachypnée d'origine émotionnelle
L'anxiété, la douleur ou un effort récent augmentent significativement la FR (polypnée de stress) sans détresse organique.Adaptation : Recontrôler après installation au calme, rechercher les autres signes (tirage, cyanose, désaturation). Confronter au contexte avant transmission.
Physiologique
Diminution de la FR pendant le sommeil
La FR diminue de 2 à 4 cycles par minute pendant le sommeil. Une FR à 10 par minute en sommeil profond peut être physiologique.Adaptation : Préciser dans la transmission « patient endormi, hors stimulation ». Recontrôler éveillé en cas de doute. Une FR basse avec sédation profonde sous opioïde reste une alerte, indépendamment du sommeil.
Patient
BPCO connu avec FR de base élevée
Le patient BPCO peut avoir une FR de base à 22 ou 24 par minute en état stable. Le seuil universel de 22 perd alors sa pertinence.Adaptation : Connaître la FR habituelle du patient (transmissions, dossier). Comparer à cette base plutôt qu'au seuil général. Toute variation de plus de 4 cycles par rapport à la base, ou apparition de tirage, doit être transmise.
Bradypnée nocturne sous PCA morphine : la triade qui ne ment pas
Bascule clinique
Triade évocatrice de surdosage en opioïdes : bradypnée (FR inférieure à 10), sédation excessive (Ramsay 5) et myosis serré. Survenue typique entre minuit et 6 h, conformément aux données de la mise au point CAMR-SFAR-SFETD 2020. Dépression respiratoire d'origine opioïde (DRIO) à prendre en charge sans délai.Conduite IDE immédiate
- Arrêter la PCA morphine en déconnectant la pompe et tracer l'horaire.
- Stimuler le patient (appel verbal, stimulation tactile) et installer en position demi-assise. Libérer les voies aériennes.
- Administrer l'oxygène au masque haute concentration selon la prescription ou le protocole d'urgence du service.
- Alerter sans délai le médecin ou l'anesthésiste de garde, transmission SAED.
- Préparer la naloxone selon la prescription ou le protocole, en titration intraveineuse. Surveiller FR, SpO2, conscience et pupilles toutes les 5 minutes.
- Anticiper la surveillance prolongée : la demi-vie de la naloxone est plus courte que celle de la morphine, risque de re-sédation à distance.
Transmission SAED
- Situation
- M. Vallin, 72 ans, J1 PTH sous PCA morphine.
- Antécédents
- Pas d'allergie connue, fonction rénale stable, pas d'apnée du sommeil documentée.
- Évaluation
- À 3 h, FR 7 par minute, SpO2 89 % air ambiant, Ramsay 5, myosis serré, FC 58 bpm. PCA active dans la nuit.
- Demande
- Examen médical sans délai et prescription de naloxone en titration. PCA arrêtée, oxygène posé, surveillance continue engagée.
Références
Guide du parcours de soins Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) · HAS · 2019
Oxygénothérapie dans l'insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique : recommandations communes · SRLF-SFMU · 2025
Prise en charge du sepsis du nouveau-né, de l'enfant et de l'adulte : recommandations pour un parcours de soins intégré · HAS-SRLF · 2025
Mise au point sur les risques de dépression respiratoire postopératoire liée aux opioïdes et les modalités de surveillance postopératoire · CAMR-SFAR-SFETD · 2020
Article R.4311-4 du Code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret 2025-1306) · Légifrance · 2026
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Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.