Saturométrie SpO2

La SpO2, c'est l'œil rapide sur l'oxygénation, mais pas la photo complète. La valeur, la courbe, la FR, la coloration et la conscience se recoupent en permanence. Une SpO2 99 % sous O2 fort débit n'est pas une victoire si la FR s'effondre.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'essentiel

Recouper la valeur

La SpO2 se lit toujours avec la courbe pléthysmographique, la FR, la coloration et l'état de conscience. Une valeur isolée n'a pas de sens. Vérifier la qualité du signal avant de transmettre.

Cible prescrite

Cible 94 à 98 % chez l'adulte sans risque d'hypercapnie (SRLF-SFMU 2025), 88 à 92 % chez le BPCO ou l'insuffisant respiratoire chronique sur prescription. La cible figure dans la prescription, l'IDE l'applique et alerte si dérive.

Bascule détresse

SpO2 inférieure à la cible avec FR augmentée, signes de lutte, troubles de la conscience ou cyanose : urgence vitale immédiate. Augmenter l'O2 selon protocole, alerter le médecin, mettre OHDN ou VNI à disposition selon protocole.
Quand
Tous services hospitaliers, urgences, SSPI, réanimation, soins continus, transport sanitaire, domicile sous OLD. Surveillance de première intention pour tout patient à risque respiratoire, hémodynamique ou anesthésique. Avant et après administration d'un morphinique, modification d'oxygénothérapie, geste sur les voies aériennes.
Pour qui
Tout patient. Cibles différentes selon profil : adulte sans risque d'hypercapnie cible 94 à 98 % (SRLF-SFMU 2025), BPCO et insuffisant respiratoire chronique (IRC) cible 88 à 92 % sur prescription. Vigilance accrue chez le patient sous morphiniques, en post-opératoire, en exacerbation BPCO ou en détresse respiratoire aiguë.
SpO2 adulte sans risque d'hypercapnie

Normal

94 à 98 % (cible IRA hypoxémique selon SRLF-SFMU 2025) ou cible prescrite localement

Alerte

90 à 93 % (hypoxémie légère, recouper avec clinique, alerter selon prescription)

Critique

inférieure à 90 % (hypoxémie significative à transmettre sans délai)

Source SPLF Oxygénothérapie 2024 et conférence de consensus SRLF-SFMU 2025. Cible précisée dans la prescription médicale, à appliquer par l'IDE. La SpO2 reflète la saturation de l'hémoglobine, pas la PaO2 : une gazométrie artérielle peut être prescrite pour confirmer l'oxygénation.

SpO2 BPCO ou insuffisant respiratoire chronique

Normal

88 à 92 % sur prescription

Alerte

inférieure à 88 % ou supérieure à 92 % chez patient à risque d'hypercapnie

Critique

inférieure à 85 % avec dégradation clinique ou supérieure à 95 % avec somnolence et FR effondrée (suspicion de carbonarcose)

Source SPLF Recommandations BPCO 2017. Une SpO2 trop élevée sous O2 fort débit chez le BPCO peut induire une hypercapnie aiguë (carbonarcose). La cible 88 à 92 % est volontairement « basse » par sécurité.

Courbe pléthysmographique

Normal

Ample, régulière, pulsatile, concordante avec la FC

Alerte

Signal faible ou irrégulier (mesure peu fiable)

Critique

Absence de courbe (valeur de SpO2 affichée non interprétable)

Sans courbe de qualité, la valeur SpO2 affichée n'a aucune signification clinique. Vérifier le capteur et la perfusion périphérique avant de transmettre.

Indice de perfusion (IP)

Normal

Signal pulsatile stable et cohérent avec la clinique

Alerte

IP bas ou instable selon l'appareil : mesure à recouper

Critique

Signal absent ou incohérent : SpO2 non fiable

L'indice de perfusion aide à juger la qualité du signal au site du capteur, mais son seuil dépend du dispositif. En vasoconstriction, hypothermie ou bas débit, déplacer le capteur sur le lobe de l'oreille ou le front et recouper avec la clinique.

Choisir et positionner le capteur

Capteur digital (index ou majeur) chez l'adulte, site de référence. Capteur auriculaire (lobe de l'oreille) ou frontal en cas de mauvaise perfusion périphérique (vasoconstriction, hypothermie, choc). Chez le nouveau-né en salle de naissance ou en détresse néonatale, privilégier une mesure préductale à la main ou au poignet droit selon protocole. Le pied correspond à une mesure postductale, utilisée dans certains contextes spécifiques. Éviter le bras porteur du brassard à tension.

Vérifier la qualité du signal

Contrôler la courbe pléthysmographique : ample, régulière, pulsatile, concordante avec la FC affichée par le saturomètre et celle du scope ou du pouls palpé. Un signal faible ou irrégulier rend la mesure non fiable. L'indice de perfusion aide à juger la qualité du signal selon l'appareil.

Attention

Sans courbe pléthysmographique de bonne qualité, la valeur affichée n'a aucune valeur clinique. Ne pas transmettre une SpO2 sans vérifier le signal.

Retirer les facteurs d'interférence

Retirer le vernis à ongles foncé et les faux ongles (le vernis bleu, noir et vert fausse particulièrement la mesure). Réchauffer les extrémités froides. Vérifier que le capteur n'est ni trop serré (compression veineuse) ni trop lâche (lumière ambiante). Couvrir le capteur d'un drap si éclairage agressif.

Lire après stabilisation

Attendre 10 à 15 secondes que la valeur se stabilise. Lire la SpO2 uniquement quand l'indice de perfusion est satisfaisant et la courbe de bonne qualité. Toujours corréler avec la FR, la coloration des téguments et la conscience.

Alterner les sites et inspecter la peau

Sous monitoring continu, changer le site du capteur toutes les 2 à 4 heures pour prévenir une nécrose de pression. Inspecter la peau sous le capteur (rougeur, phlyctène, douleur). Tracer chaque changement avec l'horaire.

Attention

Une nécrose digitale est possible chez le patient sédaté ou en bas débit en cas de capteur laissé trop longtemps au même site. Inspecter à chaque change.
Vérifier le bon positionnement du capteur, la qualité du signal (courbe pléthysmographique, indice de perfusion), la concordance entre FC saturomètre et FC scope ou pouls palpé. Tracer la valeur de référence et les conditions de mesure.

À chaque prise de poste · Vérification du dispositif · Rôle propre

Transmission

Si signal de mauvaise qualité ou absence de courbe pléthysmographique alors déplacer le capteur, vérifier la perfusion périphérique, ne pas transmettre la valeur affichée tant que le signal n'est pas fiable.
Alterner le site du capteur (doigts, lobe oreille, front). Inspecter la peau sous le capteur (rougeur, phlyctène, douleur, marbrures). Tracer chaque changement avec l'horaire.

Toutes les 2 à 4 h · Prévention nécrose cutanée · Rôle propre

Transmission

Si rougeur persistante, phlyctène ou douleur au site alors déplacer le capteur immédiatement, signaler au médecin et tracer l'aspect cutané.
Appliquer la cible SpO2 inscrite dans la prescription médicale : 94 à 98 % chez l'adulte sans risque d'hypercapnie en IRA hypoxémique, 88 à 92 % chez le BPCO ou l'insuffisant respiratoire chronique. Adapter le débit d'O2 selon le protocole de titration prescrit.

En continu · Application de la cible SpO2 prescrite · Prescription

Transmission

Si SpO2 hors cible prescrite alors ajuster le débit d'O2 selon le protocole de titration, prévenir le médecin si la cible n'est pas tenue avec le débit maximal autorisé, tracer la valeur, le débit et l'horaire.
Évaluer cliniquement le patient avant toute conclusion : conscience, coloration des téguments, FR, signes de lutte (tirage, balancement thoraco-abdominal). Vérifier le capteur, la courbe pléthysmographique et l'indice de perfusion. Recouper avec le scope si disponible.

Immédiate puis continue · Désaturation alarmante · Rôle propre

Transmission

Si désaturation confirmée cliniquement alors augmenter l'O2 selon le protocole ou la prescription, alerter le médecin par SAED, anticiper la gazométrie sur prescription. Tracer l'horaire de bascule, la valeur, la FR, la coloration et la conscience.

Urgence vitale · Urgence vitale immédiate

Désaturation profonde sous O2, FR supérieure à 30 ou inférieure à 10, signes de lutte marqués, troubles de la conscience, cyanose franche : alerter le médecin par appel direct, augmenter l'O2 selon le protocole d'urgence, mettre l'OHDN ou la VNI et le matériel d'intubation à disposition selon protocole.

Conduite IDE immédiate

Si détresse respiratoire aiguë alors alerte vitale immédiate, transmettre l'horaire de bascule, la SpO2, la FR, la FiO2 administrée, la conscience, les signes de lutte. Anticiper le transfert en USC ou en réanimation sur décision médicale.

Confiance aveugle à la valeur affichée

Erreur

Lire la SpO2 sans regarder la courbe pléthysmographique ni l'indice de perfusion. Risque : transmettre une valeur fausse en vasoconstriction, hypothermie, vernis foncé ou capteur mal positionné.

Règle

Avant de transmettre, vérifier la courbe : ample, régulière, pulsatile, concordante avec la FC scope et le pouls palpé. En signal faible, déplacer le capteur sur le lobe de l'oreille ou le front avant de conclure.

SpO2 normale chez le patient cyanosé

Erreur

Se rassurer d'une SpO2 affichée à 96 % chez un patient bleu cyanosé ou trouvé inanimé. Risque : passer à côté d'une intoxication au CO, d'une méthémoglobinémie ou d'une anémie sévère.

Règle

Le saturomètre standard ne distingue pas la carboxyhémoglobine ni la méthémoglobine de l'oxyhémoglobine. Devant une discordance clinique-SpO2, alerter le médecin et anticiper la gazométrie ou le co-oxymètre sur prescription. Le clinique prime toujours sur la valeur isolée.

Hyperoxie chez le BPCO

Erreur

Augmenter l'O2 chez un BPCO en exacerbation jusqu'à SpO2 99 % « pour bien faire ». Risque : carbonarcose par hypoventilation alvéolaire et rétention de CO2, somnolence, FR effondrée, acidose respiratoire.

Règle

Chez le BPCO ou l'IRC, viser la cible 88 à 92 % inscrite dans la prescription. Une SpO2 trop élevée sous O2 fort débit chez ce profil est aussi inquiétante qu'une SpO2 basse. Réduire le débit selon le protocole de titration et alerter le médecin.

Technique

Vernis à ongles et faux ongles

Le vernis foncé (bleu, noir, vert) absorbe la lumière du saturomètre et fausse la mesure (sous-estimation de la SpO2). Les faux ongles épais altèrent aussi le signal.

Adaptation : Retirer le vernis à un doigt ou utiliser un autre site (lobe oreille, front). Tracer la condition de mesure dans le dossier. Vérifier la cohérence du signal après changement de site.

Patient

Vasoconstriction et bas débit

Hypothermie inférieure à 35 °C, choc, insuffisance cardiaque sévère, vasoconstriction périphérique : signal faible, courbe pléthysmographique aplatie, indice de perfusion bas selon l'appareil. La valeur SpO2 devient peu fiable.

Adaptation : Réchauffer les extrémités, déplacer le capteur sur le lobe de l'oreille ou le front (mieux perfusés). Si signal toujours faible, recouper avec la clinique et anticiper la gazométrie sur prescription pour connaître la SaO2 réelle.

Hématologique

Anémie sévère, intoxication au CO, méthémoglobinémie et drépanocytose

Le saturomètre standard ne distingue pas la carboxyhémoglobine ni la méthémoglobine de l'oxyhémoglobine. Une SpO2 affichée normale peut masquer une intoxication grave. En anémie sévère (Hb inférieure à 5 g/dL), la SpO2 peut rester normale alors que le contenu artériel en O2 est dangereusement bas. La drépanocytose appartient à la même famille d'hémoglobines pathologiques : la conférence de consensus SRLF-SFMU la cite parmi les situations où la précision de la mesure est réduite.

Adaptation : Devant une discordance clinique (cyanose, troubles de conscience, contexte d'intoxication), alerter le médecin et anticiper la gazométrie artérielle ou le co-oxymètre sur prescription. La valeur SpO2 ne suffit pas à exclure l'hypoxie tissulaire.

Démographique

Pigmentation cutanée

La pigmentation cutanée gêne l'interprétation de la SpO2. La conférence de consensus SRLF-SFMU écrit que la valeur peut être surestimée ou sous-estimée selon l'ethnie, la condition clinique du patient et la fiabilité du système de mesure. Le sens de l'écart n'est donc pas prévisible au lit du patient, et une valeur dans la cible ne suffit pas à écarter une hypoxémie.

Adaptation : Recouper la valeur avec la FR, les signes de lutte, la conscience et la coloration des muqueuses, plus lisible que celle des téguments sur peau pigmentée. Devant une discordance entre la clinique et la valeur affichée, alerter le médecin et anticiper la gazométrie artérielle sur prescription : c'est la SaO2 qui tranche.

Désaturation nocturne sur pneumonie : reconnaître la bascule

H+0 (admission urgences, 18 h)Pneumonie aiguë communautaire grave
Mme Coquerel, 58 ans, tabagique active sans BPCO connue, admise aux urgences pour fièvre 39,1 °C, toux productive, expectoration purulente et douleur basithoracique droite depuis 48 h. À l'admission : SpO2 88 % en air ambiant (capteur digital, courbe ample et stable), FR 28, FC 102 bpm, PA 122/76 mmHg, lèvres roses, conscience normale. Auscultation : foyer de râles crépitants en base droite. Prescription : O2 lunettes 4 L/min cible SpO2 entre 94 et 98 %, gazométrie artérielle, antibiothérapie probabiliste, hémocultures, transfert pneumologie.
H+12 (00 h, nuit pneumologie)Bascule détresse respiratoire aiguë
Tournée de minuit. Mme Coquerel sous O2 lunettes 4 L/min : SpO2 oscille 89 à 91 % (courbe ample, signal stable), FR 30, signes de lutte (tirage sus-claviculaire, balancement thoraco-abdominal modéré), FC 118 bpm, sueurs, anxiété. Coloration des téguments grise. La cible SpO2 entre 94 et 98 % n'est plus tenue malgré l'oxygénothérapie. Bascule clinique vers une détresse respiratoire aiguë hypoxémique.

Bascule clinique

Détresse respiratoire aiguë hypoxémique sur pneumonie communautaire grave, cible SpO2 entre 94 et 98 % non tenue sous O2 4 L/min. Selon SRLF-SFMU 2025, un patient dont la cible n'est pas tenue malgré l'oxygénothérapie conventionnelle relève d'une OHDN, décision médicale. Anticipation du transfert en USC ou en réanimation, gazométrie artérielle sur prescription, anticipation du matériel d'OHDN à disposition.

Conduite IDE immédiate

  • Augmenter l'O2 au masque à haute concentration 12 à 15 L/min selon le protocole d'urgence du service.
  • Alerter le pneumologue ou le réanimateur de garde par appel direct, transmettre par SAED.
  • Prendre les constantes complètes, tracer l'horaire de bascule, la SpO2, la FR, la FiO2, la FC, la PA, la conscience.
  • Anticiper la gazométrie artérielle sur prescription, mettre le matériel d'OHDN à disposition selon le protocole du service. La VNI relève d'une indication médicale spécifique.
  • Installer la patiente en position semi-assise, accès veineux opérationnel, surveillance continue. Préparer le dossier de transfert en USC ou en réanimation sur décision médicale.

Transmission SAED

Situation
Mme Coquerel, 58 ans, hospitalisée en pneumologie pour pneumonie aiguë communautaire grave de la base droite, J0 admission.
Antécédents
Tabagisme actif, pas de BPCO connue. Antibiothérapie probabiliste IV en cours, gazométrie d'admission en attente.
Évaluation
À 0 h, sous O2 lunettes 4 L/min : SpO2 89 à 91 % (cible 94 à 98 % non tenue), FR 30, signes de lutte marqués (tirage, balancement thoraco-abdominal), FC 118, sueurs, coloration grise. Bascule clinique vers détresse respiratoire aiguë.
Demande
Demande d'avis médical immédiat : conduite d'oxygénothérapie, indication d'OHDN, orientation USC ou réanimation et prescriptions à suivre.

Références

Oxygénothérapie au cours de l'insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, recommandation pour la pratique clinique · SRLF-SFMU · 2025

Oxygénothérapie dans l'insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique : lignes directrices de la conférence de consensus · SRLF-SFMU · 2025

Prise en charge des exacerbations de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) : recommandations · SPLF · 2017

Article R.4311-4 du Code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret 2025-1306) · Légifrance · 2026

Article R.4311-6 du Code de la santé publique : prescription médicale et protocoles (décret 2025-1306) · Légifrance · 2026

Article R.4311-7 du Code de la santé publique : urgence en l'absence du médecin (décret 2025-1306) · Légifrance · 2026

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.