Addiction au tabac (Tabagisme)
Dépendance nicotinique : Fagerström, substituts, varénicline, 68 000 décès par an en France
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 12 millions de fumeurs en France, dont 8,4 millions de fumeurs quotidiens (18 % des 18-75 ans, Baromètre SpF 2024).
- Âge typique
- Première cigarette vers 14 ans, dépendance installée en 6 mois à 2 ans. Majorité des fumeurs réguliers avant 18 ans ; début avant 15 ans multiplie le risque de dépendance.
- Mortalité
- 68 000 décès par an en France (SpF, 2023 ; première cause de mortalité évitable) : cancers 39 000, cardiovasculaire 14 000, respiratoire chronique 12 700. Espérance de vie considérablement réduite.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Le tabagisme est une maladie chronique récidivante : plusieurs tentatives en moyenne avant un sevrage définitif, taux de rechute très élevé sans aide. Avec substituts nicotiniques et suivi, le taux de réussite est nettement amélioré. Les bénéfices de l'arrêt sont immédiats (FC et TA en 20 minutes, CO en 48 heures) et à long terme (risque cardiovasculaire significativement réduit dès la première année, risque de cancer du poumon diminué progressivement sur 10 ans).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Test de Fagerström
Score sur 10 : 0-2 pas de dépendance, 3-4 faible, 5-6 moyenne, 7-10 forte.Administrer le test et utiliser le score pour calibrer les substituts nicotiniques, que l'IDE peut lui-même prescrire (L.4311-1 CSP). Un score supérieur ou égal à 7 (forte dépendance) justifie un dosage substitutif élevé.CO expiré (monoxyde de carbone)
Non-fumeur : inférieur à 5 ppm. Fumeur : 5 à 30 ppm ou plus. En sevrage, objectif inférieur à 5 ppm.Mesurer le CO expiré à chaque consultation de suivi. Alerter le médecin si CO supérieur à 10 ppm malgré la déclaration d'abstinence. Outil motivationnel puissant pour le patient.Spirométrie (EFR)
VEMS/CVF inférieur à 70 % confirme un trouble ventilatoire obstructif (BPCO).Préparer la spirométrie sur prescription médicale et transmettre les résultats au médecin. Alerter si VEMS/CVF inférieur à 70 % pour orientation pneumologique.Bilan biologique
Bilan lipidique, glycémie, HbA1c, NFS. Radiographie thoracique si plus de 20 paquets-années.Prélever sur prescription médicale et transmettre les résultats au médecin. Alerter si anomalies (LDL élevé, HbA1c hors objectif, polyglobulie). Surveiller la TA à chaque consultation.Actif
Substituts nicotiniques (première intention)Patch transdermique, associé à des formes orales (gommes, pastilles, inhaleur, spray) pour les pics de craving. L'IDE peut prescrire et ajuster lui-même les substituts nicotiniques pour les patients qu'il prend en charge (L.4311-1 CSP). Ils augmentent significativement le taux de réussite du sevrage.3 à 6 mois, avec décroissance progressive du dosage.
Actif
Varénicline (deuxième intention)Agoniste partiel des récepteurs nicotiniques réduisant le craving et le plaisir de fumer. Réservée à la prescription médicale, en cas d'échec des substituts nicotiniques. Posologie progressive sur 12 semaines, prise au milieu des repas pour limiter les nausées.12 semaines, renouvelable une fois sur avis médical.
Support
Accompagnement comportemental (TCC)Thérapie cognitivo-comportementale de référence pour le sevrage : identification des situations à risque, gestion du craving, stratégies de remplacement du geste. Le soutien téléphonique Tabac info service (39 89) complète l'accompagnement.Tout au long du sevrage, au moins 6 mois.
Éducation
Suivi au long terme et prévention de la rechuteConsultations régulières pour renforcer la motivation, ajuster le traitement et identifier les facteurs de rechute. Anticiper la prise de poids par l'activité physique et l'alimentation équilibrée.Au moins 12 mois après l'arrêt.
Cancer broncho-pulmonaire
Le cancer du poumon est la première cause de mortalité par cancer en France (30 000 décès par an). Le risque est très fortement augmenté chez le fumeur et croît avec la durée d'exposition (paquets-années). Le diagnostic est souvent tardif avec une survie à 5 ans faible.Prévention
Éduquer sur les bénéfices de l'arrêt précoce du tabac (risque de cancer du poumon significativement réduit après 10 ans d'arrêt) ; alerter immédiatement le médecin si toux persistante modifiée ou hémoptysie chez un fumeur de plus de 40 ans ; préparer le bilan de dépistage scanner sur prescription médicale.Signes d'alerte
Toux persistante modifiée chez un fumeur de plus de 40 ans (durée supérieure à 3 semaines) · Hémoptysie même minime (crachats striés de sang) · Douleur thoracique fixe unilatérale persistante · Amaigrissement inexpliqué, asthénie profonde · Dyspnée progressive sans autre explication
BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive)
La BPCO touche 3,5 millions de personnes en France et la grande majorité des cas sont liés au tabac. Le VEMS décline beaucoup plus rapidement chez le fumeur que chez le non-fumeur. L'évolution se fait vers l'insuffisance respiratoire chronique nécessitant une oxygénothérapie de longue durée.Prévention
Éduquer sur l'arrêt du tabac comme seule mesure efficace ralentissant le déclin du VEMS ; préparer la spirométrie sur prescription médicale chez tout fumeur de plus de 40 ans ou 20 PA ; administrer les vaccins antigrippaux et antipneumococciques sur prescription médicale.Signes d'alerte
Toux matinale productive chronique (bronchite chronique : toux et expectorations plus de 3 mois par an pendant 2 ans) · Dyspnée d'effort progressive (essoufflement au moindre effort) · Sibilants (bronchospasme) et wheezing · Infections bronchiques récidivantes (plus de 2 par an) · Distension thoracique et diminution du murmure vésiculaire
Infarctus du myocarde et maladies cardiovasculaires
Le tabac augmente fortement le risque d'infarctus et d'AOMI. L'association tabac et contraception orale chez la femme majore considérablement le risque cardiovasculaire. Le tabagisme est responsable d'environ 14 000 décès cardiovasculaires par an en France.Prévention
Éduquer sur les bénéfices cardiovasculaires de l'arrêt (risque d'infarctus significativement réduit dès la première année) ; surveiller la TA à chaque consultation et alerter le médecin si supérieure à 140/90 mmHg ; transmettre le bilan cardiovasculaire et signaler toute douleur thoracique ou claudication.Signes d'alerte
Douleur thoracique constrictive irradiant au bras gauche à l'effort ou au repos · Claudication intermittente (douleur à la marche, AOMI) · Dyspnée d'effort inexpliquée, palpitations · HTA découverte lors du sevrage (attention : la PA peut augmenter transitoirement à l'arrêt) · Souffle vasculaire carotidien ou fémoral
Surveillance prioritaire
Sevrage et symptômes de manque
Évaluation bihebdomadaire le premier mois, puis hebdomadaire pendant 2 mois, puis mensuelle. Test de Fagerström initial puis à chaque consultation. CO expiré à chaque visite · CO expiré inférieur à 5 ppm (non-fumeur). Absence de symptômes de sevrage (irritabilité, anxiété, insomnie). Craving gérable et décroissant. Abstinence complète
Alerte
Observance du traitement et effets secondaires
Vérification à chaque consultation : dosage des substituts nicotiniques, technique d'utilisation, tolérance de la varénicline. Adaptation du dosage selon les symptômes de sevrage · Patch posé chaque matin, formes orales utilisées en complément lors des pics de craving. Varénicline prise 2 fois par jour au milieu des repas. Absence d'effets secondaires invalidants
Alerte
Complications et prise de poids
Poids mensuel. Dépistage BPCO par spirométrie si plus de 40 ans ou plus de 20 paquets-années. Suivi cardiovasculaire selon les facteurs de risque · Prise de poids limitée grâce à l'activité physique et à l'alimentation équilibrée. VEMS stable ou amélioré après l'arrêt. Bilan cardiovasculaire normalisé
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.