Schizophrénie
Trouble psychotique chronique associant symptômes positifs (délires, hallucinations) et négatifs (retrait, apragmatisme). Traitement antipsychotique au long cours. Risque suicidaire élevé.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 600 000 personnes en France. Sous-diagnostic fréquent, délai moyen de 2 à 5 ans entre prodromes et diagnostic.
- Âge typique
- Début entre 15 et 25 ans chez l'homme, 20 et 35 ans chez la femme. Premier épisode psychotique le plus souvent entre 18 et 25 ans. Début tardif (après 40 ans) rare, impose la recherche d'une cause organique.
- Mortalité
- Surmortalité importante par rapport à la population générale. Espérance de vie significativement réduite. Risque suicidaire élevé, surtout dans les premières années. Surmortalité cardiovasculaire liée au syndrome métabolique iatrogène.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans traitement, la maladie évolue par poussées psychotiques de plus en plus sévères avec aggravation des symptômes négatifs et des déficits cognitifs. Sous traitement bien conduit, le taux de rechute est nettement réduit, et la réhabilitation psychosociale améliore significativement l'autonomie et la qualité de vie.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale)
Scores élevés sur les sous-échelles positive et négative : symptômes marqués. Aggravation des scores : alerte clinique.Administrer l'échelle bimensuellement en phase aiguë puis mensuellement. Transmettre les scores au psychiatre. Alerter si aggravation des scores ou absence de réponse au traitement.Bilan somatique pré-thérapeutique
NFS, glycémie, bilan lipidique, TSH, prolactine et ECG normaux. Bilan obligatoire avant introduction d'un antipsychotique.Prélever sur prescription médicale. Transmettre les résultats au psychiatre avant la première prescription. Alerter si anomalie à l'ECG, anomalie glycémique ou lipidique.IRM cérébrale
Normale dans la schizophrénie simple. Recherche de causes organiques de psychose : tumeur, AVC, encéphalite auto-immune, sclérose en plaques.Préparer et accompagner le patient pour l'examen ; alerter le médecin si signes neurologiques focaux ou début après 40 ans (orienter vers cause organique).Dépistage toxiques urinaires
Négatif pour cannabis (THC), cocaïne, amphétamines, opiacés. Cannabis fréquemment positif lors des premiers épisodes psychotiques.Prélever sur prescription médicale. Transmettre le résultat au médecin. Alerter si cannabis positif (psychose cannabique versus schizophrénie : surveillance du sevrage sur 4 à 6 semaines).Actif
Antipsychotiques atypiques (1re intention)Rispéridone, olanzapine ou aripiprazole per os sur prescription médicale. Efficaces sur les délires et hallucinations. Surveillance IDE des effets secondaires : syndrome extrapyramidal, sédation, prise de poids.Traitement au long cours, réévaluation annuelle par le psychiatre
Actif
Clozapine (schizophrénie résistante)Indiquée après échec d'au moins 2 antipsychotiques. Seul antipsychotique ayant un effet anti-suicidaire prouvé. Surveillance des PNN par NFS hebdomadaire les 18 premières semaines, puis mensuelle jusqu'à 1 an, puis toutes les 12 semaines, puis annuelle après 2 ans sans neutropénie (risque d'agranulocytose).Au long cours si efficace, surveillance NFS espacée au fil du temps sans jamais s'interrompre
Actif
Palipéridone injectable (Xeplion)Injection intramusculaire mensuelle sur prescription médicale. Indiquée si inobservance documentée ou rechutes répétées liées aux arrêts de traitement. Garantit l'observance en supprimant les oublis quotidiens.Injection mensuelle au long cours
Spécialisé
Électroconvulsivothérapie (ECT)Indiquée en urgence dans le syndrome catatonique résistant aux benzodiazépines. Rôle IDE : préparer le patient (bilan pré-anesthésique, jeûne), accompagner, surveiller le réveil post-anesthésique.Cure de 6 à 12 séances selon la réponse clinique
Support
Réhabilitation psychosocialeRemédiation cognitive (mémoire, attention), entraînement aux habiletés sociales, accompagnement à l'emploi (IPS). Complément indispensable aux médicaments pour améliorer l'autonomie.Programme de 3 à 12 mois renouvelable
Support
Suivi ambulatoire en CMPConsultations pluridisciplinaires (psychiatre, IDE, psychologue, assistante sociale). Coordination du parcours de soins, surveillance de l'observance et des effets secondaires, accompagnement social (MDPH).Suivi à vie avec fréquence adaptée à la stabilité clinique
Éducation
Psychoéducation patient et familleSessions de groupe (8 à 12 séances) pour le patient et la famille. Enseignement de la maladie, reconnaissance des prodromes de rechute, élaboration d'un plan de crise anticipé. Réduction significative des rechutes.Programme initial de 3 mois puis rappels annuels
Suicide
Risque suicidaire majeur, avec tentatives fréquentes. Risque maximal dans les premières années suivant le diagnostic, en particulier lors de la dépression post-psychotique et de l'insight douloureux.Prévention
Évaluer le risque suicidaire avec le C-SSRS à chaque contact ; alerter immédiatement le psychiatre si idéation active avec plan ou intention ; transmettre le numéro 3114 au patient ; renforcer la surveillance dans les premières années.Signes d'alerte
Verbalisation d'idées suicidaires ou de désespoir · Dépression post-psychotique : tristesse, perte d'intérêt, insight douloureux · Calme suspect après une période d'agitation ou don d'objets personnels
Syndrome métabolique iatrogène
Syndrome métabolique fréquent sous antipsychotiques : obésité, hyperglycémie, dyslipidémie. Espérance de vie significativement réduite.Prévention
Surveiller le poids mensuellement et la glycémie selon le calendrier prescrit. Alerter le médecin si prise de poids rapide. Encourager l'activité physique quotidienne et orienter vers la diététicienne.Signes d'alerte
Prise de poids rapide dans le premier mois de traitement · Glycémie anormale au bilan de suivi · Augmentation du tour de taille ou anomalie du bilan lipidique
Rechutes psychotiques
Rechute très fréquente si arrêt du traitement, nettement réduite sous traitement bien conduit. Déclencheurs principaux : inobservance, stress, cannabis.Prévention
Soutenir l'observance par des entretiens motivationnels ; alerter le médecin si inobservance répétée ; enseigner les prodromes de rechute au patient et à sa famille ; co-construire un plan de crise anticipé.Signes d'alerte
Insomnie de plus de 3 nuits consécutives · Méfiance inhabituelle ou retrait social brutal · Arrêt du traitement signalé ou suspecté
Syndrome malin des neuroleptiques
Complication rare mais potentiellement mortelle des neuroleptiques : hyperthermie, rigidité musculaire généralisée, dysautonomie (tachycardie, sueurs, TA instable) et élévation des CPK. Urgence vitale imposant l'arrêt immédiat du neuroleptique et un transfert.Prévention
Reconnaître le tableau devant toute fièvre inexpliquée avec rigidité chez un patient sous neuroleptique ; arrêter le neuroleptique sur alerte ; alerter le médecin en urgence ; surveiller la température, la conscience et l'hémodynamique ; préparer le transfert.Signes d'alerte
Hyperthermie inexpliquée avec rigidité musculaire généralisée · Tachycardie, sueurs profuses, TA instable (dysautonomie) · Altération de la conscience et élévation des CPK au bilan
Désinsertion socioprofessionnelle
Désinsertion professionnelle très fréquente. Déficits cognitifs résiduels (attention, mémoire de travail, fonctions exécutives). Isolement social progressif.Prévention
Orienter vers la réhabilitation psychosociale sur indication médicale ; préparer les éléments du dossier MDPH avec l'assistante sociale ; favoriser le maintien du lien social (GEM, associations).Signes d'alerte
Perte d'emploi ou décrochage scolaire · Isolement social croissant et rupture des liens familiaux · Abandon des activités de réhabilitation ou des rendez-vous CMP
Surveillance prioritaire
Symptômes positifs et négatifs (PANSS)
Quotidienne en hospitalisation, hebdomadaire en CMP phase aiguë, mensuelle en rémission · Scores PANSS en amélioration, absence de délires ou hallucinations envahissants
Alerte
Observance des antipsychotiques
Hebdomadaire en phase aiguë, mensuelle en stabilisation · Prise quotidienne régulière, insight préservé (conscience de la nécessité du traitement)
Alerte
Syndrome métabolique
Poids mensuel, glycémie et lipides à M0-M1-M3-M6-M12, puis semestriel · Poids stable, glycémie et bilan lipidique dans les normes, tour de taille normal
Alerte
Risque suicidaire (Columbia C-SSRS)
Systématique à chaque contact (risque suicidaire élevé) · Absence d'idées suicidaires, projet de vie verbalisé, pas de plan ni d'intention
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.