Psychose
Perte de contact avec la réalité : délires, hallucinations, antipsychotiques, urgence psychiatrique
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- La schizophrénie, forme chronique la plus fréquente, concerne plus de 600 000 personnes en France selon Santé publique France. Les épisodes psychotiques aigus isolés sont plus rares. La prévalence de l'ensemble des troubles psychotiques en population générale est estimée entre 0,5 et 2 % selon la littérature.
- Âge typique
- Pic de survenue entre 18 et 25 ans chez l'homme et 22 à 28 ans chez la femme, avec une prédominance masculine. Rare avant 12 ans et après 40 ans. Le début peut être insidieux (phase prodromique progressive) ou brutal.
- Mortalité
- Le risque suicidaire est majeur, avec un risque maximal lors du premier épisode. L'espérance de vie est significativement réduite par rapport à la population générale.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L'évolution est variable : la bouffée délirante aiguë évolue souvent vers une rémission en quelques semaines, la psychose induite par une substance se résout après sevrage, tandis que le passage à la schizophrénie chronique est fréquent. Le pronostic est meilleur en cas de début aigu avec un événement déclenchant identifiable et un bon fonctionnement prémorbide.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Échelle PANSS
Évalue les symptômes positifs (délires, hallucinations) et négatifs (retrait, apathie). Chaque item est coté de 1 à 7, un score plus élevé traduisant des symptômes plus sévèresAdministrer l'échelle hebdomadairement en hospitalisation puis mensuellement. Transmettre les scores au psychiatre. Alerter si absence d'amélioration après 4 à 6 semaines de traitement ou aggravation des scores positifs.IRM cérébrale
Recherche de cause organique : tumeur frontale ou temporale, AVC, encéphalite, sclérose en plaques, hydrocéphalie. Parfois dilatation ventriculaire ou atrophiePréparer et accompagner le patient pour l'examen. Alerter le médecin si signes neurologiques focaux (déficit moteur, asymétrie pupillaire) ou début de psychose après 40 ans (cause organique à éliminer).Bilan toxicologique urinaire
Recherche de cannabis (THC), amphétamines, cocaïne, opiacés. Fréquemment positif lors du premier épisode psychotiquePrélever sur prescription médicale. Transmettre le résultat au psychiatre. Alerter si cannabis positif : observer la rémission après sevrage pour distinguer psychose cannabique de schizophrénie.Bilan biologique et ECG
NFS, ionogramme, glycémie, TSH, bilan hépatique et rénal, sérologies VIH et syphilis. ECG avec mesure du QTcPrélever sur prescription médicale avant toute introduction d'antipsychotique. Alerter le médecin si QTc allongé, glycémie anormale ou anomalie hépatique. Transmettre le bilan complet au psychiatre.Actif
Antipsychotiques atypiques (rispéridone, olanzapine, aripiprazole)Traitement de première intention de la psychose avec un délai d'action de 7 à 14 jours. L'IDE administre sur prescription médicale et surveille les effets secondaires (syndrome extrapyramidal, prise de poids, sédation, allongement du QTc).Minimum 6 à 12 mois après stabilisation du premier épisode. Au long cours si rechutes multiples.
Actif
Antipsychotiques injectables LP (rispéridone LP, palipéridone, aripiprazole LP)Indiqués en cas de mauvaise observance persistante. Injection IM mensuelle réalisée par l'IDE sur prescription médicale. Réduction significative du taux de rechute par rapport aux formes orales.Au long cours, réévaluation annuelle avec le psychiatre.
Actif
Benzodiazépines (courte durée)Associées aux antipsychotiques pour l'anxiolyse et la sédation en phase aiguë. L'IDE surveille la sédation excessive et le risque de dépression respiratoire.2 à 4 semaines maximum, arrêt progressif.
Support
Hospitalisation et cadre sécuriséFréquemment nécessaire lors du premier épisode. Hospitalisation libre ou sous contrainte (SPDT, SPPI ou SPDRE) en cas de refus de soins avec danger pour le patient ou pour autrui. La décision d'admission sans consentement est médicale ou administrative, jamais infirmière. L'IDE assure la surveillance continue, la désescalade verbale et la mise en sécurité.Durée variable selon l'évolution clinique, en moyenne 3 à 6 semaines.
Éducation
Psychoéducation et réhabilitationProgramme structuré pour le patient et sa famille. L'IDE anime ou oriente vers les groupes de psychoéducation (maladie, traitements, observance, éviction du cannabis, droits sociaux). La réhabilitation cognitive et sociale est essentielle après stabilisation.Début après stabilisation de la phase aiguë, suivi au long cours en CMP.
Rechute psychotique
Les rechutes sont très fréquentes en l'absence de traitement. Les principaux facteurs déclenchants sont l'arrêt du traitement, la consommation de cannabis ou d'alcool, le stress et l'isolement social.Prévention
Soutenir l'observance par des entretiens motivationnels. Enseigner les prodromes de rechute au patient et à sa famille (insomnie, méfiance). Informer le patient des risques du cannabis et de l'alcool. Alerter le psychiatre en urgence si signes de décompensation.Signes d'alerte
Insomnie de 3 nuits ou plus · Repli social brutal · Réapparition de la méfiance · Arrêt du traitement · Reprise de cannabis ou d'alcool
Suicide
Le risque suicidaire est majeur chez le patient psychotique, avec un risque maximal lors du premier épisode. Les mécanismes sont le désespoir, l'impulsivité et les hallucinations impératives ordonnant le suicide.Prévention
Évaluer le risque suicidaire avec le C-SSRS à chaque contact. Alerter immédiatement le psychiatre si idéations actives avec plan structuré. Assurer la surveillance continue en chambre sécurisée si tentative sur prescription médicale. Transmettre le numéro 3114 au patient.Signes d'alerte
Idéations suicidaires verbalisées · Désespoir exprimant le souhait de ne plus vivre · Impulsivité avec passages à l'acte · Hallucinations ordonnant le suicide · Isolement et retrait complet
Passage à la chronicité et syndrome métabolique
La schizophrénie chronique est une évolution fréquente après un premier épisode, avec persistance des symptômes négatifs et des troubles cognitifs. Le syndrome métabolique est fréquent sous antipsychotiques (prise de poids, diabète, dyslipidémie).Prévention
Surveiller le poids mensuellement et la glycémie selon la prescription. Alerter le médecin si prise de poids significative ou glycémie anormale. Promouvoir la réhabilitation précoce et soutenir l'observance du traitement au long cours.Signes d'alerte
Symptômes négatifs persistants depuis plus de 6 mois · Altération cognitive progressive · Rechutes multiples · Prise de poids significative sous traitement · Glycémie anormale (alerter le médecin)
Surveillance prioritaire
Symptômes psychotiques et risque suicidaire
PANSS hebdomadaire en hospitalisation puis mensuelle. C-SSRS pluriquotidienne en phase aiguë puis mensuelle · Amélioration significative des scores PANSS transmise au psychiatre. Absence d'idéations suicidaires actives
Alerte
Observance et effets secondaires des antipsychotiques
Quotidienne en hospitalisation, hebdomadaire après la sortie, mensuelle au long cours · Prise régulière de la dose prescrite, acceptation des injections LP. Poids stable (variation inférieure à 2 kg par mois)
Alerte
Signes de rechute et fonctionnement social
Auto-surveillance quotidienne par le patient et la famille. Évaluation mensuelle par l'équipe · Sommeil de 7 à 8 heures par nuit, activités préservées, relations sociales maintenues, humeur stable
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.