Anorexie mentale et troubles du comportement alimentaire
Trouble du comportement alimentaire associant restriction alimentaire majeure, peur intense de prendre du poids et distorsion de l'image corporelle. Mortalité psychiatrique la plus élevée, signes somatiques d'alerte chiffrés.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- France : prévalence vie entière estimée entre 0,9 et 1,5 % chez la femme, 0,2 à 0,3 % chez l'homme (HAS 2010). Environ 8 cas sur 10 sont des femmes. Boulimie : environ 1,5 % des 11-20 ans, prédominance féminine (HAS 2019).
- Âge typique
- Anorexie mentale : pic d'incidence entre 14 et 17 ans (adolescente, jeune femme), second pic vers 18-22 ans. Boulimie : début plus tardif, 16 à 20 ans. Hyperphagie boulimique : tout âge adulte.
- Mortalité
- Anorexie mentale : pathologie psychiatrique qui engendre le taux de mortalité le plus élevé, estimé à 5 à 10 %, jusqu'à 16 % après 21 ans d'évolution (HAS 2010). Les décès sont liés pour moitié aux complications somatiques (cachexie, troubles ioniques, troubles du rythme) et pour moitié au suicide.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L'évolution est variable. Avec une prise en charge précoce, environ la moitié des patientes guérissent, un tiers évoluent vers une forme partielle persistante et 20 % vers une forme chronique. La rechute après amélioration est fréquente. La mortalité reste la plus élevée de toutes les pathologies psychiatriques.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Mesure du poids et calcul de l'IMC
IMC chez l'adulte : 18,5 à 24,9 normal. Inférieur à 17,5 évoquant l'anorexie. Inférieur à 14 signe de gravité imposant l'hospitalisation (HAS 2010). Chez l'enfant : courbes de corpulence.Peser la patiente en sous-vêtements après miction, à heure fixe, sur la même balance, en notant la valeur sans la commenter. Transmettre la cinétique pondérale au médecin et alerter si IMC inférieur à 14 ou perte rapide.Ionogramme sanguin, phosphorémie, magnésémie, glycémie
Kaliémie 3,5 à 5 mEq/L, phosphorémie 0,8 à 1,5 mmol/L, magnésémie 0,7 à 1 mmol/L, glycémie 0,7 à 1,1 g/L. Critères de gravité : kaliémie inférieure à 3, phosphorémie inférieure à 0,5, glycémie inférieure à 0,6 g/L (HAS 2010).Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin immédiatement si kaliémie inférieure à 3 mEq/L (risque d'arythmie), phosphorémie inférieure à 0,5 mmol/L (syndrome de renutrition) ou hypoglycémie symptomatique.ECG (électrocardiogramme)
Recherche de bradycardie sinusale, d'allongement du QT favorisé par l'hypokaliémie et l'hypomagnésémie, de troubles du rythme. Anomalies en dehors de la bradycardie : critère d'hospitalisation (HAS 2010).Réaliser d'emblée l'ECG 12 dérivations et installer un monitoring cardiaque si signes de gravité. Transmettre le tracé au médecin, et l'alerter si QT allongé, FC inférieure à 40/min ou troubles du rythme.Bilan biologique complémentaire
NFS (anémie, leucopénie inférieure à 1 000/mm³ = gravité), bilan hépatique (cytolyse possible), fonction rénale (clairance inférieure à 40 mL/min = gravité), albuminémie et préalbumine pour évaluer la dénutrition, TSH pour éliminer hyperthyroïdie.Prélever sur prescription. Transmettre au médecin l'ensemble des résultats. Alerter si leucopénie sévère, cytolyse importante ou insuffisance rénale.Ostéodensitométrie
Évaluation de l'ostéoporose secondaire à l'aménorrhée prolongée et à la dénutrition. T-score inférieur à -2,5 : ostéoporose. Recommandée en cas d'aménorrhée supérieure à 6 mois.Préparer la patiente à l'examen sur prescription. Transmettre le résultat au médecin pour orientation vers la supplémentation en calcium et vitamine D.Support
Prise en charge pluridisciplinaire coordonnéeAssociation systématique d'un psychiatre ou pédopsychiatre, d'un somaticien (médecin généraliste, pédiatre ou interniste), d'un diététicien et d'un psychologue (HAS 2010 et 2019). L'IDE coordonne les transmissions entre les intervenants et accompagne la patiente dans chaque étape.Au long cours, sur plusieurs années
Support
Renutrition progressive sur prescriptionRéalimentation orale fractionnée en première intention, sous surveillance ; nutrition entérale par sonde naso-gastrique (SNG) si IMC très bas, refus alimentaire prolongé ou échec de la voie orale. Renutrition prudente pour prévenir le SRI : phosphore, potassium et magnésium sur prescription avant et pendant la reprise.Pendant l'hospitalisation et en relais ambulatoire
Support
Psychothérapies adaptéesThérapies cognitivo-comportementales (TCC), thérapies familiales (méthode de Maudsley chez l'adolescente), thérapies de soutien. Orienter la patiente vers le psychologue ou psychiatre sur indication médicale, en cohérence avec son adhésion.6 à 24 mois, parfois plus
Actif
Traitement médicamenteux cibléPas de traitement médicamenteux spécifique de l'anorexie (HAS 2010). Les antidépresseurs ISRS sont prescrits uniquement en cas de dépression ou TOC comorbides. En boulimie, la fluoxétine peut être prescrite sur indication. Administration sur prescription médicale uniquement.Selon comorbidité, plusieurs mois à plusieurs années
Support
Hospitalisation programmée ou en urgenceIndiquée si critères somatiques de gravité (HAS 2010), risque suicidaire élevé ou échec ambulatoire. Hospitalisation libre privilégiée, soins sans consentement (SDT) en cas de refus avec mise en jeu du pronostic vital, sur décision médicale.Plusieurs semaines à plusieurs mois selon évolution
Éducation
Alliance thérapeutique et éducation thérapeutiqueAccompagner la patiente sans jugement, valoriser ses ressources, expliquer les soins prescrits et le sens de la renutrition. Impliquer l'entourage avec son accord, particulièrement les parents en pédiatrie.Tout au long de la prise en charge
Syndrome de renutrition inappropriée (SRI)
Complication métabolique grave survenant dans les 72 premières heures de la reprise alimentaire chez une patiente dénutrie : hypophosphorémie, hypokaliémie, hypomagnésémie, défaillance cardiaque, œdèmes, troubles neurologiques. Potentiellement mortel.Prévention
Renutrition progressive sur prescription avec contrôle de la phosphorémie, du potassium et du magnésium avant et pendant la reprise. Surveiller les œdèmes, la fréquence respiratoire et alerter le médecin au moindre signe.Signes d'alerte
Phosphorémie inférieure à 0,5 mmol/L dans les 72 premières heures de renutrition · Œdèmes des chevilles ou des paupières apparaissant en début de renutrition · Dyspnée, tachycardie ou désaturation nouvelle
Complications cardiovasculaires
Bradycardie sévère, hypotension orthostatique, allongement du QT, troubles du rythme par hypokaliémie et hypomagnésémie. Cause majeure de mortalité de l'anorexie. Atrophie myocardique en cas de cachexie prolongée.Prévention
Mesurer FC et PA selon le protocole, réaliser un ECG 12 dérivations et en transmettre le tracé. Alerter le médecin si FC inférieure à 40/min, PA inférieure à 90/60 mmHg ou QT allongé. Corriger les troubles ioniques sur prescription.Signes d'alerte
Bradycardie inférieure à 50/min au repos · Vertiges au lever, hypotension orthostatique · Palpitations, malaises lipothymiques inexpliqués
Ostéoporose précoce
Liée à l'aménorrhée prolongée, à la dénutrition protéique et à la carence en vitamine D. Risque de fractures de fragilité dès l'âge adulte jeune. Récupération osseuse partielle après reprise de poids et des cycles.Prévention
Surveiller l'aménorrhée et tracer sa durée. Orienter vers l'ostéodensitométrie sur prescription si aménorrhée supérieure à 6 mois. Encourager l'apport en calcium et vitamine D sur prescription, expliquer le lien entre reprise pondérale et santé osseuse.Signes d'alerte
Aménorrhée supérieure à 6 mois · Douleurs osseuses ou rachidiennes inhabituelles · Fracture de fatigue à l'effort modéré
Risque suicidaire
Deuxième cause de mortalité dans l'anorexie après les complications somatiques. Risque majoré par la dépression comorbide, l'isolement et la chronicité du trouble.Prévention
Évaluer le risque suicidaire à chaque contact par le Columbia C-SSRS. Alerter le psychiatre si idéation active. Transmettre le numéro 3114 et impliquer l'entourage avec accord.Signes d'alerte
Verbalisation d'idées de mort ou de désespoir · Don d'objets personnels, rédaction de lettres · Aggravation thymique avec isolement marqué
Surveillance prioritaire
Constantes vitales et poids
Constantes (FC, PA, température, FR) au minimum deux fois par jour en hospitalisation, plus fréquemment si signes de gravité. Pesée selon le protocole, le plus souvent une fois par semaine en service spécialisé pour limiter la centration sur le chiffre · FC supérieure ou égale à 40/min, PA supérieure ou égale à 90/60 mmHg, température supérieure ou égale à 36 °C, prise de poids progressive selon le protocole de renutrition
Alerte
Bilan biologique et tolérance à la renutrition
Ionogramme, phosphorémie, magnésémie, glycémie au moins une fois par jour les premiers jours de renutrition, puis selon protocole. ECG hebdomadaire ou plus rapproché si troubles ioniques · Kaliémie supérieure à 3,5 mEq/L, phosphorémie supérieure à 0,8 mmol/L, magnésémie supérieure à 0,7 mmol/L, glycémie supérieure à 0,7 g/L, QT corrigé inférieur à 460 ms
Alerte
Comportement alimentaire et conduites de dissimulation
Observation à chaque repas, surveillance des 30 à 60 minutes suivant le repas si vomissements suspectés, vérification des espaces de stockage (chambre, vêtements) selon protocole de service · Repas pris en intégralité, absence de tri ou de dissimulation, absence de vomissements provoqués, absence d'hyperactivité
Alerte
État psychique et risque suicidaire
Évaluation quotidienne en hospitalisation, à chaque consultation en ambulatoire · Humeur en amélioration progressive, absence d'idées suicidaires, alliance thérapeutique préservée
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Anorexie mentale : prise en charge · HAS · 2010
Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge · HAS · 2019
PNDS Anorexie mentale à début précoce · Centre de référence (méthode HAS, non validé par la HAS) · 2022
Article R.4311-4 du Code de la santé publique (rôle propre infirmier, en vigueur 30/06/2026) · Légifrance · 2025
Idées et conduites suicidaires chez l'enfant et l'adolescent : prévention, repérage, évaluation, prise en charge · HAS · 2021
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.