Delirium (Syndrome confusionnel aigu)
Urgence gériatrique : confusion aiguë réversible, outil CAM, pronostic sévère si non traitée
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Fréquent chez les patients âgés hospitalisés, très fréquent en postopératoire et en réanimation. Première cause de confusion aiguë en milieu hospitalier.
- Âge typique
- Risque majeur après 65 ans, très élevé après 80 ans. Rare avant 40 ans sauf contexte toxique ou chirurgical. Légère prédominance masculine.
- Mortalité
- Mortalité hospitalière nettement supérieure à celle des patients sans delirium. Mortalité à un an élevée. Le traitement précoce de la cause dans les 24 à 48 heures réduit significativement la mortalité.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Durée moyenne de 5 à 7 jours si la cause est traitée dans les 24 à 48 heures, avec résolution complète dans la majorité des cas. Un delirium prolongé (plus d'une semaine) survient fréquemment ; des séquelles cognitives peuvent persister pendant 6 à 12 mois et le risque d'évolution vers une démence est significativement augmenté dans les années suivantes.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
CAM (Confusion Assessment Method)
Quatre critères : 1) début aigu et fluctuations, 2) inattention, 3) pensée désorganisée, 4) altération de la conscience. Delirium positif si critères 1 + 2 + (3 ou 4)Évaluer la CAM systématiquement chez tout patient de plus de 65 ans hospitalisé. Alerter le médecin si CAM positif et transmettre le score et l'évolution dans les transmissions.Bilan étiologique biologique
NFS (leucocytes si infection), ionogramme (hyponatrémie : seuil d'alerte biologique inférieur à 130 mmol/L, confusion neurologique surtout inférieure à 125 mmol/L ou en cas d'installation rapide), glycémie, urée/créatinine, CRP, bilan hépatique, TSHPrélever sur prescription médicale. Transmettre toute hyponatrémie inférieure à 130 mmol/L ; la confusion attribuable à l'hyponatrémie apparaît surtout inférieure à 125 mmol/L ou lors d'une baisse rapide de la natrémie. Alerter le médecin si hyponatrémie, hypoglycémie ou CPK élevées. Surveiller l'évolution des marqueurs sous traitement.Recherche de foyer infectieux
ECBU (infection urinaire, cause fréquente), radiographie thoracique (pneumonie, cause la plus fréquente), hémocultures si fièvreRecueillir l'ECBU selon le protocole d'asepsie. Réaliser la radio sur prescription. Alerter le médecin si infection identifiée, même en l'absence de fièvre chez le sujet âgé.Scanner ou IRM cérébrale
Recherche d'AVC ischémique ou hémorragique, d'hématome sous-dural, de tumeur cérébrale ou d'hydrocéphaliePréparer et accompagner le patient pour l'examen. Alerter le médecin si signes neurologiques focaux, traumatisme crânien récent ou confusion résistante au traitement étiologique.Support
Traitement étiologique (priorité absolue)Rechercher et lever en premier lieu les causes réversibles simples (HAS 2009) : globe vésical au bladder-scan, fécalome, douleur non exprimée évaluée par une échelle type Algoplus. Puis antibiothérapie si infection, réhydratation IV si déshydratation, correction des troubles métaboliques (hypoglycémie, hyponatrémie), arrêt des médicaments responsables (benzodiazépines, anticholinergiques, opioïdes).Dès le diagnostic, réévaluation à 24-48 heures
Support
Mesures environnementales non médicamenteusesRéorientation fréquente (horloge, calendrier, présentation des soignants), chambre calme avec lumière naturelle, maintien des aides sensorielles (lunettes, appareils auditifs), mobilisation précoce au fauteuil.Tout au long de l'hospitalisation
Support
Hydratation et nutrition oralesEncourager les apports oraux (eau, alimentation adaptée). Poser une voie veineuse périphérique pour hydratation IV si refus de boire depuis plus de 24 heures. Surveiller la diurèse et le poids.Quotidien, réévaluation si refus persistant
Support
Présence de la familleVisites quotidiennes encouragées (effet thérapeutique sur l'anxiété et la désorientation). Photos familiales, objets familiers au chevet. Information de la famille sur la nature réversible du delirium.Tout au long de l'hospitalisation
Actif
Halopéridol à faible dose (si agitation majeure)Réservé à l'agitation majeure mettant en danger le patient ou l'entourage, après échec des mesures non médicamenteuses. Administrer sur prescription médicale à la plus faible dose efficace. Surveiller la sédation, le QT et les effets extrapyramidaux.Durée la plus courte possible, arrêt dès la résolution
Éducation
Éducation de la famille et prévention des récidivesEnseigner à la famille les signes d'alerte (confusion brutale, inattention, agitation vespérale). Expliquer les facteurs de risque modifiables (éviction des benzodiazépines, hydratation, traitement précoce des infections).Avant la sortie et lors du suivi
Complications du décubitus
Pneumonie nosocomiale par aspiration fréquente. Les escarres surviennent en cas d'immobilisation et de dénutrition. La phlébite est favorisée par l'alitement prolongé.Prévention
Mobiliser le patient au fauteuil quotidiennement. Installer en position demi-assise à 30-45°. Utiliser le matelas anti-escarres et changer de position toutes les 2-3 heures.Signes d'alerte
Encombrement bronchique avec toux productive · Rougeur cutanée aux zones d'appui (sacrum, talons) · Mollet gonflé et douloureux (phlébite) · Diurèse inférieure à 500 mL/24h avec pli cutané persistant
Séquelles cognitives à long terme
Des troubles cognitifs résiduels peuvent persister pendant 6 à 12 mois chez une proportion importante de patients. Le risque d'évolution vers une démence est significativement augmenté dans les années suivantes.Prévention
Réorienter fréquemment le patient et stimuler cognitivement pendant l'hospitalisation. Signaler les médicaments à risque au médecin. Coordonner le bilan cognitif à 3-6 mois.Signes d'alerte
Troubles de la mémoire persistants au-delà d'un mois · Ralentissement psychomoteur (lenteur des gestes et des réponses) · Difficultés dans les tâches complexes (gestion des comptes, des médicaments) · Perte d'autonomie dans les activités de la vie quotidienne
Mortalité et décompensations
Mortalité hospitalière nettement augmentée chez les patients avec delirium. Les facteurs de pronostic défavorable sont l'âge supérieur à 80 ans, la forme hypoactive et la démence préexistante.Prévention
Évaluer la CAM à l'admission chez tout patient de plus de 65 ans. Alerter le médecin si positif. Coordonner le traitement de la cause dans les 24-48 heures.Signes d'alerte
Détérioration progressive de la conscience (obnubilation évoluant vers la stupeur) · Instabilité hémodynamique (TA labile, tachycardie persistante) · Oligurie inférieure à 300 mL/24h · État confusionnel prolongé au-delà de 10 jours résistant au traitement
Surveillance prioritaire
État de conscience et attention (CAM)
CAM pluriquotidienne (matin et soir minimum) chez tout patient de plus de 65 ans. Toutes les heures si delirium constitué. · CAM négatif, attention préservée (suit une conversation), orienté en temps / espace / personnes, disparition des fluctuations
Alerte
Cause organique et constantes vitales
Constantes 3 à 4 fois par jour (FC, TA, température, FR, SpO2). Surveillance de la diurèse et de l'hydratation. Bilan biologique quotidien si instable. · Température inférieure à 38 °C, FC 60-100 bpm, TA stable, SpO2 supérieure à 92 %, diurèse supérieure à 800 mL/24h
Alerte
Complications comportementales
Surveillance continue 24h/24 si agitation ou confusion sévère. Évaluation pluriquotidienne des chutes, de l'hydratation et de l'alimentation. · Absence d'agitation, sommeil nocturne de 6 à 8 heures, alimentation et hydratation orales préservées, absence de chutes, dispositifs médicaux en place
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.