Démence (Syndrome démentiel)
Déclin cognitif le plus souvent chronique et progressif, après exclusion des causes curables : Alzheimer (cause principale), MMS, perte d'autonomie progressive
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 1,2 million de personnes vivant avec une démence en France (Santé publique France), avec de l'ordre de 200 000 nouveaux cas par an. Un doublement du nombre de personnes atteintes est projeté d'ici 2050.
- Âge typique
- Risque fortement augmenté après 65 ans. Âge médian au diagnostic de l'Alzheimer : 75 à 80 ans. Démences précoces (avant 65 ans) : minorité des cas.
- Mortalité
- Espérance de vie moyenne de 8 à 12 ans après le diagnostic. Mortalité liée aux complications : pneumonie d'aspiration, dénutrition, infections.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans prise en charge : déclin cognitif rapide avec complications (dénutrition, pneumonie d'aspiration, escarres) en 5 à 8 ans. Avec traitement et stimulation : stabilisation partielle sur 6 à 12 mois, déclin nettement ralenti, évolution moyenne sur 8 à 12 ans.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
MMS (Mini Mental State) et MoCA
MMS sur 30 : 27 ou plus normal, 21-26 démence légère, 11-20 modérée, inférieur à 10 sévère. MoCA sur 30 : inférieur à 26 déficit cognitif.Administrer le MMS annuellement et transmettre le score au médecin. Alerter si déclin supérieur à 4 points en un an ou aggravation brutale : rechercher une cause curable.Évaluation de l'autonomie (ADL et IADL)
ADL sur 6 (toilette, habillage, alimentation, continence, déplacements, mobilisation). IADL sur 8 (téléphone, courses, repas, ménage, linge, transport, médicaments, comptes).Évaluer les ADL et IADL trimestriellement et transmettre les résultats au médecin. Alerter si perte brutale d'autonomie dans les ADL : évaluation d'une cause curable.IRM cérébrale
Alzheimer : atrophie hippocampique. Vasculaire : infarctus lacunaires multiples, leucoaraïose. Fronto-temporale : atrophie frontale focale. Lewy : atrophie diffuse.Préparer l'IRM sur prescription médicale et accompagner le patient. Transmettre les résultats au médecin. Alerter si claustrophobie ou agitation : prévoir la sédation sur prescription médicale.Bilan biologique (causes réversibles)
TSH, vitamine B12 et folates, sérologies syphilis et VIH, bilan hépatique, NFS, ionogramme, glycémie, calcémie.Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si TSH effondrée ou B12 effondrée : causes réversibles de déclin cognitif à traiter en priorité.Actif
Anticholinestérasiques (donépézil, rivastigmine) : SMR insuffisant, déremboursésLa HAS a déclaré en 2016 un service médical rendu insuffisant pour le donépézil, la rivastigmine, la galantamine et la mémantine, conduisant au retrait du remboursement effectif depuis le 1er août 2018. Ces molécules restent prescriptibles mais ne sont plus prises en charge par la sécurité sociale. Si une prescription est maintenue, l'IDE administre selon la prescription et surveille la tolérance digestive (nausées, diarrhées) et la fréquence cardiaque (bradycardie).Décision du médecin, non remboursé
Actif
Antipsychotiques à faible dose sur prescription médicalePrescrits uniquement en cas d'échec des mesures non médicamenteuses pour les SCPD sévères. Risque accru d'AVC : durée courte sur prescription médicale. Surveillance IDE : sédation, troubles de la marche, syndrome extrapyramidal. Danger majeur dans la démence à corps de Lewy : hypersensibilité aux neuroleptiques avec risque de parkinsonisme irréversible, d'aggravation de la confusion et de surmortalité. L'IDE vérifie le type de démence avant toute administration et alerte devant tout syndrome extrapyramidal d'aggravation brutale.3 à 6 mois maximum, réévaluation mensuelle
Support
Stimulation cognitive et activité physique adaptéeAteliers mémoire, thérapie par réminiscence, musicothérapie, activité physique 30 minutes par jour. Ralentissement significatif du déclin. L'IDE organise et anime ces activités en collaboration avec l'équipe.En continu à tous les stades de la maladie
Support
Interventions non médicamenteuses pour les SCPDApproche calme et rassurante, validation des émotions, distraction et redirection, environnement adapté (lumière, bruit). Rechercher systématiquement une cause déclenchante : douleur, inconfort, ennui, bruit excessif.En continu, réévaluation à chaque épisode
Support
Alimentation de texture adaptée et prévention des fausses routesTexture hachée ou mixée, épaississants pour les boissons, position demi-assise à 30-45 degrés pendant les repas et 30 minutes après. Aide aux repas avec surveillance. Alimentation fractionnée (5 à 6 petits repas).Adaptation progressive selon l'évolution des troubles de la déglutition
Éducation
Soutien et formation des aidants familiauxFormations France Alzheimer (gestion des SCPD), groupes de parole mensuels, orientation vers le répit (accueil de jour, hébergement temporaire). Dépistage de l'épuisement des aidants (dépression fréquente). Plateforme de répit : 0 800 360 360.Tout au long de la maladie
Pneumonie d'aspiration
Cause principale de mortalité dans la démence sévère. Les troubles de la déglutition aux stades avancés provoquent des aspirations alimentaires et salivaires.Prévention
Adapter la texture de l'alimentation (hachée, mixée, épaississants). Installer en position demi-assise à 30-45 degrés pendant les repas et 30 minutes après. Aider aux repas avec surveillance. Assurer l'hygiène bucco-dentaire quotidienne.Signes d'alerte
Toux pendant ou après les repas, cyanose transitoire · Encombrement bronchique avec toux productive · Fièvre supérieure à 38 degrés Celsius, polypnée, SpO2 inférieure à 92 %
Dénutrition et déshydratation
La dénutrition est fréquente dès le stade modéré et très fréquente au stade sévère. Causes multiples : oubli de manger, apraxie, troubles de la déglutition, refus d'alimentation.Prévention
Aider aux repas quotidiennement. Proposer une alimentation fractionnée (5-6 petits repas) et enrichie (protéines, crème). Surveiller le poids mensuellement. Encourager l'hydratation (1,5 L par jour).Signes d'alerte
Perte de poids supérieure à 5 % en 1 mois, IMC inférieur à 21 · Fonte musculaire (sarcopénie), faiblesse à la mobilisation · Déshydratation : pli cutané persistant, diurèse inférieure à 800 mL par 24 h
Épuisement des aidants
Touche la majorité des aidants familiaux avec dépression fréquente. Facteurs principaux : SCPD, isolement social, absence de répit.Prévention
Dépister l'épuisement de l'aidant à chaque consultation. Orienter vers les formations France Alzheimer et les groupes de parole. Organiser le répit : accueil de jour, hébergement temporaire, aide à domicile. Informer sur la plateforme de répit 0 800 360 360.Signes d'alerte
Dépression de l'aidant : tristesse, pleurs, épuisement exprimé · Isolement social : abandon des loisirs, des amis, du travail · Irritabilité envers le patient : risque de maltraitance involontaire
Surveillance prioritaire
État cognitif et autonomie
MMS annuel, ADL et IADL trimestriels, évaluation du retentissement fonctionnel au domicile · Stabilisation du MMS (variation inférieure à 2 points par an sous traitement). Autonomie préservée au maximum. Sécurité au domicile maintenue.
Alerte
Troubles du comportement (SCPD)
NPI mensuel si SCPD présents. Évaluation quotidienne si troubles majeurs. · Réduction des SCPD sous interventions non médicamenteuses. Sommeil nocturne de 6 à 8 heures. Alimentation et hydratation préservées. Absence d'agressivité.
Alerte
État nutritionnel et complications
Poids mensuel (objectif IMC supérieur à 21). Surveillance de la déglutition à chaque repas. Hydratation (1,5 L par jour). État cutané. · IMC supérieur à 21, poids stable. Déglutition efficace sans fausses routes. Hydratation préservée (diurèse supérieure à 1 L par jour). Peau intacte sans escarres.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Guide du parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d'Alzheimer ou à une maladie apparentée · HAS · 2018
Médicaments de la maladie d'Alzheimer : un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale · HAS · 2016
Maladie d'Alzheimer et maladies apparentées : prise en charge des troubles du comportement perturbateurs · HAS · 2009
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.