État de stress post-traumatique
Trouble psychiatrique survenant après un événement traumatique et persistant plus d'un mois, associant reviviscences, évitement, hypervigilance et altérations cognitivo-émotionnelles négatives. Les soins de choix sont psychothérapeutiques (TCC centrée sur le trauma, EMDR).
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- L'ESPT touche une part significative des personnes exposées à un traumatisme, avec un sur-risque marqué après agression, violence sexuelle, accident grave, attentat ou exposition professionnelle répétée (secours, militaires). Les données de prévalence en population générale sont surtout issues d'études internationales et varient selon les méthodologies : elles ne sont pas transposables telles quelles au contexte français (INSERM). En France, la surveillance des conséquences psychiques des événements collectifs (attentats, catastrophes) s'appuie sur les cellules d'urgence médico-psychologique et sur les travaux du Centre national de ressources et de résilience (CN2R).
- Âge typique
- Tout âge, de l'enfant à la personne âgée. Le trouble apparaît le plus souvent dans les semaines qui suivent le traumatisme, mais une forme retardée est possible plusieurs mois après l'événement (CN2R).
- Mortalité
- Pas de surmortalité directe de l'ESPT en tant que tel. Le risque vital tient au risque suicidaire, majoré en cas de dépression ou de conduites addictives associées, et aux comportements à risque. La comorbidité dépressive et addictive (alcool notamment) est fréquente et aggrave le pronostic (INSERM, CN2R).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Une réaction de stress dans le premier mois qui suit l'événement relève de l'état de stress aigu et peut régresser spontanément. Lorsque les symptômes persistent au-delà d'un mois et retentissent sur le fonctionnement, le diagnostic d'ESPT est retenu. Sans prise en charge, le trouble tend à se chroniciser, avec un risque accru de dépression, de conduites addictives et de désinsertion sociale ou professionnelle. Avec des soins adaptés (psychothérapie centrée sur le trauma, EMDR), l'évolution est favorable chez de nombreux patients (HAS 2007, INSERM).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Entretien clinique structuré (diagnostic médical)
Le diagnostic d'ESPT est clinique et posé par le médecin ou le psychiatre, à partir des critères du DSM-5 ou de la CIM-11 : événement traumatique, reviviscences, évitement, hypervigilance, altérations cognitivo-émotionnelles, durée supérieure à un mois et retentissement fonctionnel.L'IDE recueille le récit de la personne sans forcer l'évocation du trauma, repère les symptômes et le retentissement au quotidien, et transmet ses observations au médecin. L'IDE ne pose pas le diagnostic mais prépare et étaye l'évaluation médicale.Échelles d'évaluation du psychotraumatisme (PCL-5)
La PCL-5 (auto-questionnaire dérivé des critères DSM-5) permet de repérer et de suivre l'intensité des symptômes d'ESPT. L'interprétation du score et du seuil relève du médecin ou du psychologue.L'IDE peut aider la personne à renseigner l'auto-questionnaire selon le protocole de service, transmet le résultat au médecin et suit l'évolution du score dans le temps. Toute aggravation ou apparition d'idées suicidaires est transmise sans délai.Repérage du risque suicidaire
Recherche d'idées suicidaires, de scénario, d'antécédents de tentative et de facteurs de vulnérabilité (dépression, addiction, isolement). Le niveau de risque est évalué avec le médecin ou le psychiatre.L'IDE aborde le sujet du risque suicidaire de façon directe et bienveillante, recueille les éléments et alerte le médecin ou le psychiatre sans délai en cas d'idées suicidaires, en assurant la sécurité de la personne.Dépistage des comorbidités (dépression, addictions)
Recherche d'un épisode dépressif associé et d'une consommation d'alcool ou de substances, très fréquents dans l'ESPT et facteurs d'aggravation. Outils de repérage selon le protocole de service.L'IDE évalue l'humeur, le sommeil et les consommations à l'aide des outils disponibles, transmet les résultats au médecin et prépare une orientation addictologique ou psychiatrique sur prescription si besoin.Support
Psychothérapie centrée sur le trauma (traitement de choix)La thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le traumatisme et l'EMDR sont les psychothérapies recommandées en première intention (HAS 2007, INSERM). Elles sont conduites par des psychologues ou psychiatres formés. L'IDE ne conduit pas ces psychothérapies mais explique leur intérêt, soutient l'adhésion et coordonne l'accès aux professionnels formés.Plusieurs séances, selon le protocole du psychothérapeute
Actif
Antidépresseurs ISRS (traitement adjuvant)Les antidépresseurs de type ISRS (paroxétine, sertraline) sont prescrits en appoint de la psychothérapie, notamment en cas de dépression associée, sur prescription médicale. L'IDE administre selon prescription, explique le délai d'action de plusieurs semaines, surveille la tolérance et soutient l'observance.Selon prescription et évolution clinique
Support
Point de vigilance sur les benzodiazépinesLes benzodiazépines ne sont pas recommandées pour traiter l'ESPT : leur intérêt n'est pas démontré et elles exposent à un risque de dépendance. L'IDE recueille et transmet toute prescription ou automédication d'anxiolytiques et de somnifères, et signale au médecin un mésusage ou une escalade des doses, sans jamais modifier le traitement.Vigilance continue tout au long du suivi
Support
Accompagnement en phase aiguë et dispositifs spécialisésEn phase aiguë après un événement collectif, l'intervention structurée relève des cellules d'urgence médico-psychologique (CUMP). Le soutien immédiat est proposé, jamais imposé. L'IDE oriente vers le CMP, la CUMP, le psychiatre ou le psychologue et vers les associations d'aide aux victimes.De la phase aiguë au suivi au long cours
Éducation
Psychoéducation et gestion de l'hypervigilanceL'IDE explique à la personne la nature des symptômes (reviviscences, évitement, hypervigilance) pour les rendre compréhensibles et moins angoissants, valorise les stratégies d'ancrage et de régulation émotionnelle et encourage le maintien d'un environnement rassurant et d'un rythme de vie régulier.Au long cours, intégré à chaque rencontre
Dépression comorbide et risque suicidaire
La dépression est l'une des complications les plus fréquentes de l'ESPT et majore nettement le risque suicidaire. Elle peut aggraver l'évitement, l'isolement et le désespoir.Prévention
Évaluer régulièrement l'humeur et repérer les idées suicidaires avec tact, transmettre au médecin ou au psychiatre et alerter sans délai en cas d'idées suicidaires. Soutenir l'adhésion aux soins.Signes d'alerte
Tristesse persistante et perte d'intérêt · Verbalisation d'idées noires ou de désespoir · Repli, isolement et refus des rendez-vous de suivi
Conduites addictives
La consommation d'alcool ou de substances, souvent utilisée pour apaiser l'angoisse et les reviviscences, entretient le trouble et complique la prise en charge. Le mésusage de benzodiazépines est également fréquent.Prévention
Repérer et recueillir les consommations sans jugement, transmettre au médecin et préparer une orientation addictologique sur prescription. Signaler tout mésusage de benzodiazépines ou de somnifères.Signes d'alerte
Consommation croissante d'alcool ou de substances · Demandes répétées d'anxiolytiques ou de somnifères · Signes d'alcoolisation lors des rencontres
Chronicisation et désinsertion
Sans prise en charge adaptée, l'ESPT tend à se chroniciser, avec un évitement massif, une perte d'emploi, un isolement social et une altération durable de la qualité de vie de la personne et de son entourage.Prévention
Favoriser un accès précoce à la psychothérapie centrée sur le trauma, coordonner le suivi avec le CMP et les dispositifs d'aide aux victimes, soutenir le maintien des liens sociaux et des activités.Signes d'alerte
Évitement s'étendant à de nombreuses situations · Arrêts de travail répétés ou perte d'emploi · Rupture progressive des liens sociaux et familiaux
Surveillance prioritaire
Risque suicidaire et humeur
À chaque rencontre, et de façon rapprochée sur prescription en cas de dépression associée · Absence d'idées suicidaires, humeur stable, maintien du lien de confiance. Toute idée suicidaire, tout scénario ou tout antécédent de tentative est transmis sans délai
Alerte
Symptômes d'ESPT et retentissement
À chaque rencontre, suivi de l'intensité des reviviscences, de l'évitement et de l'hypervigilance · Diminution progressive des reviviscences et de l'évitement, amélioration du sommeil, maintien ou reprise des activités sociales et professionnelles
Alerte
Observance des soins et comorbidités addictives
À chaque rencontre, suivi de l'adhésion à la psychothérapie et au traitement, et des consommations · Adhésion à la psychothérapie et au traitement prescrit, absence d'escalade des consommations d'alcool ou de substances, absence de mésusage de benzodiazépines
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Organisation et modalités d'intervention des Cellules d'urgence médico-psychologique (Ann. Fr. Med. Urgence 2017;7:410-424) · SFMU-AFORCUMP-SFP · 2017
Affections psychiatriques de longue durée : troubles anxieux graves (dont état de stress post-traumatique) · HAS · 2007
Troubles psychiques post-traumatiques : programme de travaux HAS (recommandation attendue en 2026) · HAS · 2025
Troubles du stress post-traumatique : dossier d'information · INSERM · 2024
Identifier un trouble de stress post-traumatique · CN2R · 2025
Ressource pour les médecins généralistes : psychotraumatisme · CN2R · 2022
Angoisse, anxiété et troubles anxieux graves de l'adulte (état de stress post-traumatique) · Ameli · 2024
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.