Psychiatrie

Intoxication alcoolique aiguë

Ivresse aiguë et coma éthylique : Glasgow, PLS, hypothermie, hypoglycémie, inhalation

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'intoxication éthylique aiguë (IEA) est l'ensemble des manifestations cliniques liées à l'ingestion excessive d'alcool, dépresseur du système nerveux central, avec des effets dose-dépendants pouvant aller de l'euphorie au coma éthylique. Le coma éthylique est une urgence vitale sans antidote (traitement exclusivement symptomatique) ; l'IDE assure la protection des voies aériennes, la surveillance du Glasgow et la détection des complications (inhalation, hypothermie, hypoglycémie).
Prévalence
Plusieurs dizaines de milliers de passages aux urgences par an sont liés à l'alcool en France, motif fréquent d'admission dans les services d'urgence.
Âge typique
Pic entre 18 et 25 ans (binge drinking) et second pic entre 40 et 60 ans (alcoolodépendance chronique). Prédominance masculine (3 hommes pour 1 femme).
Mortalité
L'alcool est responsable d'environ 41 000 décès par an en France (Santé publique France, données 2015). Le coma éthylique non pris en charge peut être mortel par inhalation, hypothermie ou arrêt respiratoire.

Précoces

Signes précoces

Phase d'excitation psychomotriceEuphorie, désinhibition, logorrhée, troubles de la coordination fine et injection conjonctivale. Alcoolémie entre 0,5 et 1,5 g/L.
Incoordination motriceDysarthrie (troubles de l'élocution), démarche ébrieuse, nausées et vomissements, labilité émotionnelle. Alcoolémie entre 1,5 et 2,5 g/L.
Haleine alcoolisée et érythrose facialeHaleine caractéristique d'alcool, rougeur du visage par vasodilatation, tachycardie modérée et comportement inapproprié (agressivité, impulsivité).

Évolutifs

Signes évolutifs

Confusion et somnolence profondeDésorientation temporospatiale, somnolence (réveillable par stimulation), incontinence urinaire, amnésie lacunaire (blackout). Alcoolémie entre 2,5 et 3,5 g/L.
Hypothermie débutanteTempérature inférieure à 36 °C par vasodilatation cutanée. Le patient ne ressent pas le froid en raison de la fausse sensation de chaleur liée à l'alcool.

Tardifs

Signes tardifs

Ivresse pathologiqueForme excito-motrice (agitation violente), forme hallucinatoire ou forme délirante. Survient sur terrain psychiatrique ou lésion cérébrale préexistante.

Gravité

Signes de gravité

Coma éthyliqueGlasgow inférieur à 8, coma calme hypotonique, mydriase bilatérale, abolition des réflexes, dépression respiratoire (FR inférieure à 12). Risque majeur d'inhalation.
Hypothermie sévèreTempérature inférieure à 32 °C avec bradycardie et hypotension. Risque de fibrillation ventriculaire. Particulièrement fréquent chez le patient trouvé en extérieur.
Hypoglycémie sévèreGlycémie inférieure à 0,5 g/L provoquant convulsions, aggravation du coma ou séquelles neurologiques. Le resucrage IV est une urgence vitale.

Mécanisme

Dépression progressive du cerveau : l'alcool agit comme un sédatif dose-dépendant, provoquant euphorie, confusion puis coma en fonction de la dose ingérée.
Absorption et élimination : pic d'alcoolémie en 30 à 60 minutes à jeun, élimination hépatique de 0,10 à 0,15 g/L par heure, pas d'accélération possible.
Hypoglycémie : l'alcool bloque la production de glucose par le foie, risque maximal chez le patient dénutri, diabétique ou à jeun.
Hypothermie : la vasodilatation cutanée augmente les pertes de chaleur tandis que le coma empêche les comportements de protection contre le froid.

Conséquences

Cerveau : sédation progressive allant de l'euphorie au coma calme hypotonique avec Glasgow inférieur à 8
Voies aériennes : abolition des réflexes de toux et de déglutition, risque majeur d'inhalation de vomissements
Métabolisme : hypoglycémie, acidose métabolique, déshydratation par vomissements et diurèse
Thermorégulation : pertes thermiques majeures, température inférieure à 35 °C, risque de fibrillation ventriculaire si inférieure à 32 °C
Traumatismes : chutes, fractures et traumatisme crânien fréquents chez le patient intoxiqué

Évolution

L'IEA simple se résout en 6 à 12 heures avec la décroissance de l'alcoolémie. Le coma éthylique nécessite 12 à 24 heures de surveillance aux urgences. La mortalité est liée aux complications (inhalation, hypothermie, hypoglycémie) et non à l'intoxication elle-même si elle est prise en charge.
Binge drinking : ingestion rapide de 5 verres ou plus en 2 heures, fréquent chez les 18-25 ans
Alcoolodépendance chronique : tolérance élevée, alcoolémies très hautes avant apparition des signes
Médicaments potentialisateurs : benzodiazépines · opioïdes · antihistaminiques majorant la dépression du SNC
Facteurs individuels : poids faible · sexe féminin (volume de distribution réduit) · jeûne prolongé
Comorbidités psychiatriques : dépression, conduite suicidaire (ingestion massive intentionnelle)
Contexte social : pression des pairs · jeux d'alcool · précarité · isolement

Critères diagnostiques

Contexte d'ingestion : alcool déclaré par le patient ou l'entourage, haleine alcoolisée, contexte festif ou bouteilles vides
Signes cliniques : dépression dose-dépendante du SNC (excitation, incoordination, confusion, coma) cohérente avec l'alcoolémie
Alcoolémie : supérieure à 0,5 g/L pour les effets cliniques, supérieure à 3 g/L pour le coma éthylique chez le non-tolérant
Diagnostic d'élimination : toujours rechercher un traumatisme crânien, une hypoglycémie, une polyintoxication, un AVC ou une méningite

Diagnostic différentiel

Traumatisme crânien : rechercher hématome par scanner si signes focaux, convulsions ou absence d'amélioration en 6 heures
Hypoglycémie : glycémie capillaire systématique devant tout trouble de conscience, le coma hypoglycémique mime le coma éthylique
Polyintoxication : benzodiazépines, opioïdes ou antidépresseurs associés, fréquente dans les tentatives de suicide
Encéphalopathie hépatique : confusion chez un patient cirrhotique avec astérixis, l'alcoolémie peut être normale
Acidocétose alcoolique : acidose métabolique avec cétose chez le patient alcoolique chronique dénutri, glycémie normale ou basse

Examens complémentaires

Alcoolémie (éthanol sanguin)

Seuil légal : 0,5 g/L. Coma éthylique à partir de 3 g/L chez le non-tolérant. Risque vital au-delà de 5 g/L.Prélever sur prescription médicale. Transmettre le résultat au médecin. Surveiller la décroissance (0,10 à 0,15 g/L par heure) et alerter si le coma ne s'améliore pas après 6 heures.

Glycémie capillaire (dextro)

Objectif supérieur à 0,7 g/L. Hypoglycémie inférieure à 0,5 g/L fréquente chez le patient dénutri, diabétique ou à jeun.Mesurer systématiquement à l'admission et toutes les 2 heures si coma. Alerter immédiatement si glycémie inférieure à 0,5 g/L pour resucrage IV sur prescription médicale.

Bilan biologique standard

Ionogramme (hypokaliémie, hyponatrémie), NFS, bilan hépatique, lactates, bilan de coagulation si cirrhose, screening toxicologique si polyintoxication suspectée.Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si acidose métabolique, hypokaliémie sévère ou résultats toxicologiques positifs (polyintoxication).

Scanner cérébral sans injection

Normal dans l'IEA simple. Recherche d'hématome sous-dural ou extradural, d'hémorragie méningée ou de contusion cérébrale.Préparer et accompagner le patient. Alerter le médecin si signes focaux (asymétrie pupillaire, déficit moteur), convulsions ou absence d'amélioration en 6 heures.

Support

Protection des voies aériennes (PLS)La PLS est obligatoire dès que le Glasgow est inférieur à 8 pour prévenir l'inhalation de vomissements. Libérer les voies aériennes, aspirer les sécrétions buccales, surveiller en continu. Préparer le matériel d'intubation si FR inférieure à 8.

Tant que le Glasgow reste inférieur à 8

Support

Réchauffement et réhydratationInstaller les couvertures chauffantes si température inférieure à 35 °C. Perfuser du sérum physiologique pour compenser la déshydratation (vomissements, diurèse). Surveiller la température en continu par voie rectale ou tympanique.

Jusqu'à normalisation de la température et de l'hydratation

Actif

Resucrage IV et thiamineAdministrer le resucrage IV (glucose hypertonique ou perfusion de glucose) sur prescription médicale si glycémie inférieure à 0,7 g/L. Toujours administrer la thiamine (vitamine B1) IV avant le glucose chez le patient alcoolodépendant pour prévenir l'encéphalopathie de Wernicke.

Dose unique, à renouveler si glycémie reste basse

Support

Surveillance rapprochée aux urgencesGlasgow toutes les 30 minutes si coma, toutes les heures si confusion. Constantes (FC, TA, FR, SpO2, température) toutes les 30 minutes à 1 heure. Glycémie toutes les 2 heures si hypoglycémie initiale. Scope continu si coma.

12 à 24 heures selon la sévérité

Éducation

Intervention brève (RPIB)Réaliser le questionnaire AUDIT pour évaluer l'usage à risque d'alcool. Informer le patient sur les risques liés à sa consommation (entretien motivationnel de 5 à 10 minutes). Proposer l'orientation vers le CSAPA si score AUDIT élevé ou dépendance suspectée.

Avant la sortie des urgences

Inhalation bronchique

Complication la plus redoutée du coma éthylique. Le patient avec un Glasgow inférieur à 8 a aboli ses réflexes de protection (toux, déglutition) et les vomissements sont fréquents.

Prévention

Installer la PLS dès que le Glasgow est inférieur à 8. Aspirer les sécrétions buccales. Surveiller les voies aériennes en continu.

Signes d'alerte

Vomissements en position couchée avec absence de toux (réflexe aboli) · Encombrement bronchique avec ronchi ou crépitants · Désaturation inférieure à 92 % après un épisode de vomissements · Fièvre dans les 24 à 48 heures (pneumonie d'inhalation)

Hypothermie

Complication fréquente du coma éthylique, surtout chez les patients trouvés en extérieur. La vasodilatation cutanée augmente les pertes thermiques et le coma empêche les comportements de protection.

Prévention

Mesurer la température à l'admission. Surveiller en continu. Installer les couvertures chauffantes sur prescription. Alerter si température inférieure à 32 °C.

Signes d'alerte

Température inférieure à 35 °C avec frissons puis disparition des frissons · Bradycardie sinusale progressive · Hypotension réfractaire au remplissage · Coma ne s'améliorant pas malgré la décroissance de l'alcoolémie

Hypoglycémie

Complication fréquente de l'IEA sévère. L'alcool bloque la production hépatique de glucose. Le risque est maximal chez le patient dénutri, diabétique ou à jeun.

Prévention

Mesurer la glycémie capillaire à l'admission et toutes les 2 heures si coma. Alerter immédiatement si glycémie inférieure à 0,5 g/L. Administrer la thiamine avant le glucose chez l'alcoolodépendant.

Signes d'alerte

Convulsions chez un patient en coma éthylique (penser hypoglycémie en priorité) · Sueurs froides avec tachycardie et pâleur (signes adrénergiques) · Aggravation inexpliquée du coma malgré la décroissance de l'alcoolémie · Glycémie capillaire inférieure à 0,5 g/L

Coma éthylique : Urgence vitale. En cas de doute, appeler le 15 immédiatement, placer la personne sur le côté (PLS) et la couvrir.
Gestes à éviter : Ne jamais donner de café, de douche froide ou faire marcher une personne en coma éthylique, ces gestes sont inefficaces et dangereux.
Binge drinking : Cinq verres ou plus en 2 heures provoquent une montée rapide de l'alcoolémie pouvant dépasser 3 g/L avant de ressentir les effets.
Repères de consommation : Maximum 10 verres standard par semaine, maximum 2 par occasion, au moins 2 jours sans consommation (SPF 2017).
Signal d'alerte : Tout passage aux urgences pour ivresse doit conduire à évaluer sa consommation avec le questionnaire AUDIT.
Ressources : Contacter Alcool info service (0 980 980 930) ou un CSAPA (gratuit et confidentiel) pour un accompagnement spécialisé.

Surveillance prioritaire

Conscience et voies aériennes

Glasgow toutes les 30 minutes si coma, toutes les heures si confusion. Vérification PLS et liberté des voies aériennes en continu si Glasgow inférieur à 8. · Glasgow en amélioration progressive. Glasgow supérieur ou égal à 14 avant la sortie. Voies aériennes libres.

Alerte

Glasgow non amélioré en 6 heures ou en aggravation : alerter le médecin pour programmer un scanner cérébralVomissements en décubitus dorsal : installer en PLS et aspirer les sécrétions buccalesFR inférieure à 8 ou SpO2 inférieure à 90 % : mesurer les constantes vitales et alerter le médecin en urgence

Constantes vitales et température

FC, TA, FR, SpO2 et température toutes les 30 minutes si coma, toutes les heures si confusion. Glycémie capillaire à l'admission puis toutes les 2 heures. · FC inférieure à 100/min, TA supérieure à 90/60 mmHg, FR entre 12 et 20/min, SpO2 supérieure à 94 %, température supérieure à 35 °C, glycémie supérieure à 0,7 g/L.

Alerte

Température inférieure à 35 °C : installer les couvertures chauffantes et alerter le médecin pour prescription de réchauffementGlycémie inférieure à 0,5 g/L : mesurer la glycémie capillaire de contrôle et alerter le médecin pour resucrage IVBradycardie inférieure à 50/min chez un patient hypotherme : noter dans les transmissions et signaler au médecin en urgence

Complications et traumatismes

Examen clinique complet à l'admission (crâne, rachis, thorax, abdomen, membres). Réévaluation à chaque changement de Glasgow. · Absence de traumatisme associé. Décroissance linéaire de l'alcoolémie. Absence de signe de sevrage débutant.

Alerte

Signes neurologiques focaux (asymétrie pupillaire, déficit moteur) : alerter le médecin en urgence pour scanner cérébralTremblements et anxiété lors de la décroissance de l'alcoolémie (sevrage débutant) : surveiller le score de Cushman et signaler au médecinAgitation majeure avec hétéro-agressivité (ivresse pathologique) : installer dans un environnement sécurisé et retirer les objets dangereux

Rôle IDE détaillé

Évaluer le Glasgow : toutes les 30 minutes si coma, toutes les heures si confusion, noter la tendance
Mesurer les constantes : FC, TA, FR, SpO2, température et glycémie capillaire dès l'admission
Rechercher les traumatismes : examen systématique du crâne, du rachis, du thorax, de l'abdomen et des membres
Dépister le sevrage : surveiller l'apparition de tremblements et d'anxiété lors de la décroissance de l'alcoolémie

Références

Référentiel de psychiatrie et addictologie · CUNEA · 2021

Outil d'aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l'adulte · HAS · 2023

Avis d'experts relatif à l'évolution du discours public en matière de consommation d'alcool en France (repères de consommation) · SPF · 2017

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.