Sevrage alcoolique
Syndrome de sevrage alcoolique : score CIWA-Ar, benzodiazépines, thiamine B1, delirium tremens
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 2 millions de personnes alcoolodépendantes en France. Le sevrage survient chez la majorité des patients dépendants lors de l'arrêt.
- Âge typique
- Principalement entre 30 et 60 ans, après plusieurs années de consommation excessive quotidienne. Prédominance masculine.
- Mortalité
- Le delirium tremens est potentiellement mortel sans traitement, avec une mortalité nettement réduite sous benzodiazépines adaptées. L'alcool est responsable d'environ 41 000 décès par an en France (Santé publique France, données 2015).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Le sevrage simple apparaît 6 à 12 heures après l'arrêt et se résout en 24 à 72 heures sous traitement. Les convulsions surviennent entre 12 et 48 heures. Le delirium tremens se développe entre 48 et 72 heures et dure 3 à 5 jours. Sous benzodiazépines, la résolution est obtenue en 5 à 7 jours.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Score CIWA-Ar (Clinical Institute Withdrawal Assessment)
Score sur 67 évaluant 10 items : nausées, tremblements, sueurs, anxiété, agitation, hallucinations tactiles, auditives et visuelles, céphalées, orientation. Inférieur à 10 : léger. 10 à 18 : modéré. Supérieur à 18 : sévèreÉvaluer le score CIWA-Ar toutes les 1 à 4 heures et transmettre l'évolution au médecin. Alerter immédiatement si score supérieur à 18 ou si augmentation malgré le traitement. Le score de Cushman est également utilisé en France pour guider la surveillance du sevrage.Bilan biologique en urgence
Ionogramme (hypokaliémie, hypomagnésémie, hypophosphorémie), glycémie, NFS, bilan hépatique, alcoolémie, créatinine, CPK si agitation prolongéePrélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si kaliémie inférieure à 3 mmol/L (risque d'arythmie) ou CPK élevées (rhabdomyolyse). Surveiller l'évolution des marqueurs.ECG (électrocardiogramme)
Recherche de tachycardie sinusale, allongement du QT (risque de torsade de pointes par hypokaliémie et hypomagnésémie), fibrillation atriale, signes d'ischémieInstaller le monitoring cardiaque et réaliser l'ECG 12 dérivations. Transmettre le tracé au médecin et l'alerter si QT allongé ou tachycardie supérieure à 120/min.Scanner cérébral (si doute diagnostique)
Normal dans le sevrage simple. Recherche d'hématome sous-dural, d'AVC, de tumeur cérébrale en cas de signes focaux ou de confusion atypiquePréparer et accompagner le patient pour l'examen. Alerter le médecin si signes neurologiques focaux, convulsions inaugurales ou confusion ne s'améliorant pas sous traitement.Actif
Benzodiazépines (diazépam ou oxazépam)Traitement de première intention du sevrage alcoolique. Le diazépam est la référence (longue demi-vie). En insuffisance hépatocellulaire sévère, toutes les benzodiazépines sont contre-indiquées en prise systématique (risque d'encéphalopathie) : l'oxazépam, longtemps conseillé, n'a pas fait la preuve d'une meilleure tolérance et sa demi-vie peut s'allonger (SFA 2023). Administration guidée par le score CIWA-Ar sur prescription médicale.Doses dégressives sur 5 à 7 jours
Actif
Thiamine (vitamine B1) IV puis relais oralAdministration systématique à tout patient en sevrage pour prévenir le syndrome de Wernicke-Korsakoff. La thiamine doit être administrée avant tout apport de glucose (le glucose consomme la thiamine résiduelle et précipite le Wernicke).IV lente puis relais oral sur prescription médicale, durée selon l'évolution clinique
Support
Réhydratation et correction hydroélectrolytiquePertes hydriques importantes (sueurs, vomissements, hyperthermie). Correction de l'hypokaliémie et de l'hypomagnésémie sur prescription médicale pour prévenir les arythmies.Jusqu'à normalisation de l'ionogramme et reprise des apports oraux
Support
Environnement sécurisé et prévention des chutesChambre calme et éclairée : la SFA la retient comme mesure du traitement du delirium tremens, sans lui prêter d'effet propre sur les hallucinations. Barrières de lit, retrait des objets dangereux. Réorientation régulière du patient (date, lieu, identité). Contention uniquement en dernier recours et sur prescription.Pendant toute la durée du sevrage
Éducation
Orientation addictologique post-sevrageRisque de rechute très élevé sans suivi. Orienter dès l'hospitalisation vers un CSAPA (gratuit) et les groupes d'entraide. Présenter les traitements de maintien prescrits par le médecin addictologue.Entretien motivationnel débuté pendant l'hospitalisation, suivi au long terme
Delirium tremens
Complication la plus grave du sevrage, survenant 48 à 72 heures après l'arrêt. Associe confusion, hallucinations visuelles (zoopsies), agitation, hyperthermie et tachycardie. Potentiellement mortel sans traitement.Prévention
Évaluer le CIWA-Ar toutes les 1 à 4 heures et alerter le médecin si supérieur à 18. Administrer les benzodiazépines sur prescription. Surveiller la confusion et les hallucinations.Signes d'alerte
Aggravation progressive des tremblements et de l'agitation malgré le traitement · Apparition d'hallucinations visuelles (zoopsies) · Confusion avec désorientation temporospatiale complète · Hyperthermie supérieure à 38,5 degrés Celsius avec tachycardie supérieure à 120
Convulsions de sevrage
Crises tonico-cloniques généralisées entre 12 et 48 heures après l'arrêt. Souvent brèves et isolées, mais risque d'état de mal épileptique. Le kindling augmente le risque à chaque sevrage successif.Prévention
Surveiller les tremblements et l'agitation. Alerter le médecin si CIWA-Ar en augmentation rapide. Préparer le matériel d'urgence (voie IV, protection). Corriger l'hypomagnésémie sur prescription.Signes d'alerte
Aggravation brutale des tremblements avec mouvements involontaires · Agitation et anxiété croissantes malgré le traitement · Perte de contact brève ou regard fixe · CIWA-Ar supérieur à 18 avec convulsions dans les antécédents
Syndrome de Wernicke-Korsakoff
Encéphalopathie de Wernicke liée à la carence en thiamine, fréquente chez les alcoolodépendants. Triade classique : confusion, ataxie cérébelleuse, ophtalmoplégie. Sans thiamine IV, évolution fréquente vers le Korsakoff (amnésie irréversible).Prévention
Administrer la thiamine IV sur prescription avant tout glucose. Alerter le médecin si confusion atypique, ataxie ou nystagmus. Ne jamais perfuser du glucose sans thiamine préalable.Signes d'alerte
Confusion atypique ne s'améliorant pas sous benzodiazépines · Ataxie cérébelleuse : démarche ébrieuse persistante après le sevrage · Ophtalmoplégie : nystagmus, paralysie du regard latéral, diplopie · Hypothermie paradoxale (température inférieure à 36 degrés Celsius)
Surveillance prioritaire
Score CIWA-Ar et état neurologique
Toutes les 1 à 2 heures si CIWA-Ar supérieur à 18, toutes les 4 heures si 10-18, toutes les 8 heures si inférieur à 10. Glasgow et orientation à chaque évaluation · CIWA-Ar en diminution progressive (objectif inférieur à 10 en 48-72h). Glasgow >= 14. Orientation temporospatiale préservée
Alerte
Paramètres vitaux et hydratation
FC, TA, température, FR et SpO2 toutes les 2 à 4 heures. Diurèse horaire si sevrage sévère. Ionogramme toutes les 6 à 12 heures si sévère · FC < 100, TA < 140/90, température < 38 degrés Celsius, diurèse > 1 mL/kg/h. Kaliémie > 3,5 mmol/L, magnésémie > 0,7 mmol/L
Alerte
Efficacité et tolérance des benzodiazépines
Évaluation de la sédation à chaque administration de benzodiazépine. Surveillance de la FR (risque de dépression respiratoire). Comptage des doses cumulées · Sédation légère (somnolent mais réveillable). Tremblements absents ou minimes. Anxiété contrôlée. FR > 12. Doses en diminution progressive à partir de la 48e heure
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.