Syndrome de glissement
Dégradation rapide de l'état général du sujet âgé : anorexie, adynamie, repli, refus de soins et pronostic vital
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Pathologie fréquente en gériatrie aiguë et en EHPAD. Probablement sous-diagnostiqué car souvent confondu avec une dépression sévère ou un état de fin de vie.
- Âge typique
- Survient presque exclusivement après 75 ans, pic entre 80 et 90 ans. Prédominance féminine liée à la plus grande longévité. Fragilité gériatrique préexistante augmente le risque.
- Mortalité
- Mortalité très élevée sans prise en charge adaptée, décès en quelques jours à quelques semaines. Nettement réduite par un traitement multidisciplinaire précoce. Le pronostic dépend de la rapidité de la prise en charge et de la réversibilité du facteur déclenchant.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L'évolution sans traitement est fatale en quelques semaines. Avec une prise en charge précoce et multidisciplinaire, la récupération est possible mais lente et souvent incomplète. Le pronostic est meilleur si le facteur déclenchant est identifié tôt et que la dénutrition n'est pas trop avancée.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Repérage de la dénutrition (poids, IMC, albumine)
IMC inférieur à 22 chez le sujet âgé de 70 ans et plus (dénutrition sévère si IMC inférieur à 20). Perte de poids rapide. Albumine abaissée : marqueur de sévérité (dénutrition sévère si albumine inférieure ou égale à 30 g/L), pas un critère de diagnostic. La HAS 2021 ne retient plus la préalbumine comme critère ; elle peut aider au suivi rapproché de la renutrition, sur prescription.Peser le patient, calculer l'IMC et suivre les ingesta et l'appétit : ce sont les repères de suivi retenus par la HAS 2021. Prélever albumine et préalbumine sur prescription médicale et transmettre au médecin. Alerter si perte de poids continue, ingesta insuffisants ou albumine effondrée.Bilan biologique complet
Ionogramme (hypernatrémie de déshydratation, hypokaliémie), créatinine et urée (insuffisance rénale fonctionnelle), NFS-CRP (infection), bilan hépatique, TSH, calcémie, glycémie.Prélever le bilan complet sur prescription médicale. Transmettre immédiatement les résultats au médecin. Alerter si hypernatrémie, créatinine élevée ou CRP très élevée (infection à traiter en priorité).Radiographie thoracique
Recherche de pneumopathie d'inhalation, de pleurésie, d'insuffisance cardiaque (cardiomégalie), de néoplasie bronchique.Préparer et accompagner le patient pour la radiographie sur prescription médicale. Alerter si encombrement bronchique, toux grasse ou désaturation (pneumopathie d'inhalation à signaler en urgence).Évaluation gériatrique standardisée
Mini GDS (dépistage dépression), MMSE ou MoCA (fonctions cognitives), ADL/IADL (autonomie), MNA (état nutritionnel), échelle de Braden (risque d'escarres).Administrer Mini GDS, MMSE et ADL/IADL en coordination avec l'équipe. Transmettre les scores au médecin. Alerter si Mini GDS positif ou MMSE très abaissé (trouble cognitif sévère).Support
Renutrition et hydratationPriorité thérapeutique. Enrichissement des repas, CNO sur prescription médicale. Si refus total supérieur à 48h : discussion nutrition entérale en équipe. Hydratation orale ou sous-cutanée sur prescription.Continue pendant toute l'hospitalisation, réévaluation quotidienne des ingesta
Actif
Antidépresseur ISRS ou mirtazapineTest thérapeutique fréquent sur prescription médicale. Mirtazapine souvent proposée si anorexie au premier plan (effet orexigène). L'IDE surveille la tolérance et la réponse clinique.Plusieurs mois si réponse thérapeutique, réévaluation à quelques semaines
Support
Rééducation multidisciplinaireKinésithérapie, ergothérapie, orthophonie si trouble de la déglutition. Stimulation douce pour rompre le cercle vicieux du repli.Quotidienne en phase aiguë, adaptée à la coopération du patient
Support
Soutien psychologiquePrésence soignante régulière et bienveillante. Restauration des repères (objets familiers, photos, musique). Maintien du lien avec l'entourage.Continue pendant toute l'hospitalisation
Éducation
Information et implication de la familleExplication de la gravité du syndrome et du rôle actif de la famille. Projet de soins personnalisé élaboré en équipe avec le patient et sa personne de confiance.Dès l'admission puis régulièrement selon l'évolution
Dénutrition sévère et cachexie
La dénutrition protéino-énergétique s'installe en quelques jours chez le sujet âgé anorexique, entraînant immunodépression, retard de cicatrisation et sarcopénie accélérée.Prévention
Enrichir les repas et administrer les CNO sur prescription médicale. Hydratation sous-cutanée sur prescription si refus de boire. Surveiller le poids et la préalbumine. Alerter si refus alimentaire total supérieur à 48h.Signes d'alerte
Perte de poids rapide en une semaine · Albumine en chute rapide sur les prélèvements successifs · Fonte musculaire visible (amyotrophie des quadriceps et des mollets)
Escarres multiples
La combinaison de la dénutrition, de l'immobilisation et de l'incontinence crée les conditions pour un développement rapide d'escarres. Les points d'appui (sacrum, talons, trochanters) sont les plus touchés.Prévention
Matelas à pression alternée dès l'admission. Changement de position toutes les 2 à 3 heures avec plan de retournement écrit. Effleurage des points d'appui. Protection des talons (bottes anti-escarres). Changes réguliers.Signes d'alerte
Rougeur ne s'effaçant pas à la vitropression sur le sacrum ou les talons · Macération cutanée par incontinence non gérée · Douleur exprimée ou grimace lors du repositionnement sur un point d'appui
Infections nosocomiales
Immunodépression liée à la dénutrition et immobilisation prolongée : pneumopathie d'inhalation, infection urinaire, surinfection d'escarres. Cause majeure de décès.Prévention
Positionner assis pour les repas et appliquer les textures adaptées prescrites. Soins d'escarres rigoureux. Alerter si suspicion de fausses routes. Kinésithérapie respiratoire sur prescription.Signes d'alerte
Fièvre ou hypothermie chez un patient dénutri · Encombrement bronchique avec toux grasse ou absence de toux · Urines troubles ou malodorantes, brûlures mictionnelles ou rétention
Surveillance prioritaire
État nutritionnel et hydratation
Pesée bihebdomadaire et calcul de l'IMC. Relevé alimentaire quantitatif et suivi de l'appétit à chaque repas. Bilan hydrique quotidien. Albumine et préalbumine sur prescription (suivi et non critère de diagnostic HAS 2021). · Poids stable ou en augmentation, IMC en amélioration. Ingesta satisfaisants et appétit qui repart aux repas proposés. Apport hydrique suffisant.
Alerte
État cutané et prévention des escarres
Évaluation du risque d'escarre (échelle de Braden) à l'admission puis hebdomadaire. Inspection cutanée quotidienne des points d'appui (sacrum, talons, trochanters). Changement de position toutes les 2 à 3 heures. · Score de Braden en zone de risque faible. Peau intacte sur tous les points d'appui. Matelas à pression alternée en place.
Alerte
État psychique et comportement
Évaluation quotidienne de la communication, de la participation aux soins et de l'humeur. Mini GDS hebdomadaire. Transmissions ciblées à chaque poste. · Reprise progressive de la communication verbale. Acceptation des soins et des repas. Participation aux activités de kinésithérapie.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.