Psychiatrie

Syndrome de glissement

Dégradation rapide de l'état général du sujet âgé : anorexie, adynamie, repli, refus de soins et pronostic vital

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le syndrome de glissement est une décompensation globale et rapide survenant chez la personne âgée après un événement déclencheur, associant anorexie avec refus alimentaire actif, adynamie profonde et repli sur soi avec refus de soins. Concept clinique français et diagnostic d'exclusion, il est aujourd'hui discuté par une partie des gériatres, qui invitent à toujours rechercher une dépression, une confusion ou une cause organique traitable derrière ce tableau. Il impose une surveillance nutritionnelle étroite et une stimulation relationnelle adaptée.
Prévalence
Pathologie fréquente en gériatrie aiguë et en EHPAD. Probablement sous-diagnostiqué car souvent confondu avec une dépression sévère ou un état de fin de vie.
Âge typique
Survient presque exclusivement après 75 ans, pic entre 80 et 90 ans. Prédominance féminine liée à la plus grande longévité. Fragilité gériatrique préexistante augmente le risque.
Mortalité
Mortalité très élevée sans prise en charge adaptée, décès en quelques jours à quelques semaines. Nettement réduite par un traitement multidisciplinaire précoce. Le pronostic dépend de la rapidité de la prise en charge et de la réversibilité du facteur déclenchant.

Précoces

Signes précoces

Anorexie d'installation rapidePerte d'intérêt pour la nourriture en quelques jours puis refus alimentaire progressif sans raison organique retrouvée.
Adynamie et clinophilieLe patient reste au lit, refuse de se lever et de participer aux activités. Passivité et indifférence à l'environnement.
Repli sur soi et mutismeArrêt progressif de la communication verbale. Le patient détourne le regard et ne répond plus aux sollicitations.

Évolutifs

Signes évolutifs

Refus alimentaire total et actifLe patient serre les lèvres, repousse la cuillère, refuse de boire. Le refus est constant et ne cède pas à la stimulation.

Tardifs

Signes tardifs

Déshydratation cliniquePli cutané persistant, sécheresse des muqueuses, hypotension orthostatique, oligurie. Perte de poids rapide en quelques jours.
Grabatisation complèteLe patient ne quitte plus le lit, perd toute autonomie. Amyotrophie rapide et escarres dès les premiers jours d'alitement.

Gravité

Signes de gravité

Cachexie et dénutrition extrêmePerte de poids massive en moins de 2 semaines, albumine effondrée, escarres multiples stade 3 ou 4.
Troubles de conscienceConfusion, somnolence puis coma par encéphalopathie métabolique (déshydratation, insuffisance rénale, troubles ioniques). Impose un appel médecin immédiat.
Infections intercurrentes gravesPneumopathie d'inhalation, infection urinaire fébrile, bactériémie sur escarre infectée. Fièvre ou hypothermie chez le sujet dénutri.

Mécanisme

Rupture de l'équilibre homéostatique : l'événement déclencheur provoque un stress dépassant les capacités d'adaptation d'un organisme fragilisé par le vieillissement et les comorbidités.
Désinvestissement psychique global : le patient semble renoncer à vivre. Le refus alimentaire actif est le signe cardinal, associé à un refus des soins et de la communication.
Dénutrition protéino-énergétique rapide : cercle vicieux en quelques jours avec amyotrophie, immunodépression, escarres, infections.
Déshydratation et troubles métaboliques : le patient refuse également de boire. Insuffisance rénale fonctionnelle, troubles ioniques (hypernatrémie, hypokaliémie) et confusion aggravent le tableau.

Conséquences

Dénutrition sévère : perte de poids rapide, chute de l'albumine et de la préalbumine
Immunodépression : infections nosocomiales (pneumopathie, infection urinaire, bactériémie), retard de cicatrisation, escarres multiples
Défaillance multiviscérale : insuffisance rénale fonctionnelle, troubles du rythme, encéphalopathie métabolique, fausses routes
Syndrome d'immobilisation : escarres, thrombose veineuse profonde, rétractions tendineuses, pneumopathie de stase
Décès : en quelques jours à semaines par dénutrition sévère, infection nosocomiale ou défaillance multiviscérale si prise en charge retardée

Évolution

L'évolution sans traitement est fatale en quelques semaines. Avec une prise en charge précoce et multidisciplinaire, la récupération est possible mais lente et souvent incomplète. Le pronostic est meilleur si le facteur déclenchant est identifié tôt et que la dénutrition n'est pas trop avancée.
Événement médical aigu : infection · chute avec fracture du col du fémur · intervention chirurgicale · hospitalisation prolongée
Perte affective majeure : deuil du conjoint (facteur déclenchant le plus fréquent), décès d'un proche
Institutionnalisation récente : entrée en EHPAD vécue comme un abandon, perte du domicile et des repères
Fragilité gériatrique : dénutrition · sarcopénie · polymorbidité · troubles cognitifs débutants · dépendance ADL/IADL
Isolement social : veuvage · éloignement familial · perte du réseau amical · absence de projet de vie
Antécédents psychiatriques : épisode dépressif antérieur · personnalité dépendante · deuil pathologique non résolu

Critères diagnostiques

Événement déclencheur identifiable : survenue après un événement médical, chirurgical ou psychosocial chez un patient de plus de 75 ans
Triade caractéristique : anorexie avec refus alimentaire, adynamie profonde avec clinophilie, repli sur soi avec refus de soins et de communication
Installation rapide : quelques jours, contrastant avec l'état antérieur du patient (rupture de comportement nette)
Absence de cause organique suffisante : les examens complémentaires ne retrouvent pas de pathologie aiguë expliquant l'ensemble du tableau
Diagnostic d'exclusion : élimination d'une dépression caractérisée, d'un syndrome confusionnel et d'une cause organique traitable

Diagnostic différentiel

Dépression sévère du sujet âgé : tristesse exprimée, idées noires verbalisées, ralentissement psychomoteur, réponse aux antidépresseurs
Syndrome confusionnel : fluctuation de la vigilance, hallucinations, inversion du cycle veille-sommeil, cause organique retrouvée
Dénutrition sur cause organique : cancer, infection chronique, insuffisance d'organe, trouble de la déglutition à éliminer systématiquement
État de fin de vie pathologique : trajectoire progressive contrairement au glissement qui est une rupture brutale
Maltraitance ou négligence : carence de soins, contention abusive, isolement imposé à évaluer systématiquement

Examens complémentaires

Repérage de la dénutrition (poids, IMC, albumine)

IMC inférieur à 22 chez le sujet âgé de 70 ans et plus (dénutrition sévère si IMC inférieur à 20). Perte de poids rapide. Albumine abaissée : marqueur de sévérité (dénutrition sévère si albumine inférieure ou égale à 30 g/L), pas un critère de diagnostic. La HAS 2021 ne retient plus la préalbumine comme critère ; elle peut aider au suivi rapproché de la renutrition, sur prescription.Peser le patient, calculer l'IMC et suivre les ingesta et l'appétit : ce sont les repères de suivi retenus par la HAS 2021. Prélever albumine et préalbumine sur prescription médicale et transmettre au médecin. Alerter si perte de poids continue, ingesta insuffisants ou albumine effondrée.

Bilan biologique complet

Ionogramme (hypernatrémie de déshydratation, hypokaliémie), créatinine et urée (insuffisance rénale fonctionnelle), NFS-CRP (infection), bilan hépatique, TSH, calcémie, glycémie.Prélever le bilan complet sur prescription médicale. Transmettre immédiatement les résultats au médecin. Alerter si hypernatrémie, créatinine élevée ou CRP très élevée (infection à traiter en priorité).

Radiographie thoracique

Recherche de pneumopathie d'inhalation, de pleurésie, d'insuffisance cardiaque (cardiomégalie), de néoplasie bronchique.Préparer et accompagner le patient pour la radiographie sur prescription médicale. Alerter si encombrement bronchique, toux grasse ou désaturation (pneumopathie d'inhalation à signaler en urgence).

Évaluation gériatrique standardisée

Mini GDS (dépistage dépression), MMSE ou MoCA (fonctions cognitives), ADL/IADL (autonomie), MNA (état nutritionnel), échelle de Braden (risque d'escarres).Administrer Mini GDS, MMSE et ADL/IADL en coordination avec l'équipe. Transmettre les scores au médecin. Alerter si Mini GDS positif ou MMSE très abaissé (trouble cognitif sévère).

Support

Renutrition et hydratationPriorité thérapeutique. Enrichissement des repas, CNO sur prescription médicale. Si refus total supérieur à 48h : discussion nutrition entérale en équipe. Hydratation orale ou sous-cutanée sur prescription.

Continue pendant toute l'hospitalisation, réévaluation quotidienne des ingesta

Actif

Antidépresseur ISRS ou mirtazapineTest thérapeutique fréquent sur prescription médicale. Mirtazapine souvent proposée si anorexie au premier plan (effet orexigène). L'IDE surveille la tolérance et la réponse clinique.

Plusieurs mois si réponse thérapeutique, réévaluation à quelques semaines

Support

Rééducation multidisciplinaireKinésithérapie, ergothérapie, orthophonie si trouble de la déglutition. Stimulation douce pour rompre le cercle vicieux du repli.

Quotidienne en phase aiguë, adaptée à la coopération du patient

Support

Soutien psychologiquePrésence soignante régulière et bienveillante. Restauration des repères (objets familiers, photos, musique). Maintien du lien avec l'entourage.

Continue pendant toute l'hospitalisation

Éducation

Information et implication de la familleExplication de la gravité du syndrome et du rôle actif de la famille. Projet de soins personnalisé élaboré en équipe avec le patient et sa personne de confiance.

Dès l'admission puis régulièrement selon l'évolution

Dénutrition sévère et cachexie

La dénutrition protéino-énergétique s'installe en quelques jours chez le sujet âgé anorexique, entraînant immunodépression, retard de cicatrisation et sarcopénie accélérée.

Prévention

Enrichir les repas et administrer les CNO sur prescription médicale. Hydratation sous-cutanée sur prescription si refus de boire. Surveiller le poids et la préalbumine. Alerter si refus alimentaire total supérieur à 48h.

Signes d'alerte

Perte de poids rapide en une semaine · Albumine en chute rapide sur les prélèvements successifs · Fonte musculaire visible (amyotrophie des quadriceps et des mollets)

Escarres multiples

La combinaison de la dénutrition, de l'immobilisation et de l'incontinence crée les conditions pour un développement rapide d'escarres. Les points d'appui (sacrum, talons, trochanters) sont les plus touchés.

Prévention

Matelas à pression alternée dès l'admission. Changement de position toutes les 2 à 3 heures avec plan de retournement écrit. Effleurage des points d'appui. Protection des talons (bottes anti-escarres). Changes réguliers.

Signes d'alerte

Rougeur ne s'effaçant pas à la vitropression sur le sacrum ou les talons · Macération cutanée par incontinence non gérée · Douleur exprimée ou grimace lors du repositionnement sur un point d'appui

Infections nosocomiales

Immunodépression liée à la dénutrition et immobilisation prolongée : pneumopathie d'inhalation, infection urinaire, surinfection d'escarres. Cause majeure de décès.

Prévention

Positionner assis pour les repas et appliquer les textures adaptées prescrites. Soins d'escarres rigoureux. Alerter si suspicion de fausses routes. Kinésithérapie respiratoire sur prescription.

Signes d'alerte

Fièvre ou hypothermie chez un patient dénutri · Encombrement bronchique avec toux grasse ou absence de toux · Urines troubles ou malodorantes, brûlures mictionnelles ou rétention

Comprendre le syndrome : dégradation rapide de l'état de santé survenant chez une personne âgée après un événement difficile, ce n'est pas une fatalité liée à l'âge
Priorité alimentaire : les repas sont enrichis et des compléments alimentaires sont proposés pour lutter contre la dénutrition. Hydratation sous-cutanée si refus de boire
Présence de l'entourage : les visites régulières, les objets familiers et les paroles d'encouragement aident le patient à retrouver un lien avec la vie
Mobilisation : se lever et marcher avec aide est essentiel pour éviter les complications de l'alitement (escarres, infections, perte musculaire)
Traitement antidépresseur : peut être proposé pour aider à retrouver l'appétit, effet progressif en quelques semaines, tolérance surveillée par l'équipe
Discussion éthique : si la situation persiste, une discussion est organisée avec l'équipe, la famille et la personne de confiance pour définir le projet de soins

Surveillance prioritaire

État nutritionnel et hydratation

Pesée bihebdomadaire et calcul de l'IMC. Relevé alimentaire quantitatif et suivi de l'appétit à chaque repas. Bilan hydrique quotidien. Albumine et préalbumine sur prescription (suivi et non critère de diagnostic HAS 2021). · Poids stable ou en augmentation, IMC en amélioration. Ingesta satisfaisants et appétit qui repart aux repas proposés. Apport hydrique suffisant.

Alerte

Perte de poids continue ou ingesta insuffisants malgré l'enrichissement : peser le patient et alerter le médecin pour réévaluation nutritionnelleRefus alimentaire total persistant supérieur à 48 heures : proposer des aliments adaptés et transmettre au médecin pour discussion de nutrition entéraleSignes de déshydratation (pli cutané, sécheresse buccale, oligurie) : surveiller le bilan hydrique et préparer la perfusion sous-cutanée sur prescriptionAlbumine effondrée (marqueur de sévérité) : documenter l'évolution du poids et des ingesta dans les transmissions ciblées et transmettre au médecin

État cutané et prévention des escarres

Évaluation du risque d'escarre (échelle de Braden) à l'admission puis hebdomadaire. Inspection cutanée quotidienne des points d'appui (sacrum, talons, trochanters). Changement de position toutes les 2 à 3 heures. · Score de Braden en zone de risque faible. Peau intacte sur tous les points d'appui. Matelas à pression alternée en place.

Alerte

Rougeur persistante ne disparaissant pas à la vitropression : alerter le médecin et appliquer un pansement sur prescription (escarre stade 1)Phlyctène ou ulcération sur un point d'appui : photographier la lésion, mesurer sa taille et transmettre au médecinScore de Braden en zone de risque élevé : installer un matelas à pression alternée et renforcer le plan de retournementRefus de toutes les mobilisations : proposer des stimulations douces et documenter le refus dans les transmissions

État psychique et comportement

Évaluation quotidienne de la communication, de la participation aux soins et de l'humeur. Mini GDS hebdomadaire. Transmissions ciblées à chaque poste. · Reprise progressive de la communication verbale. Acceptation des soins et des repas. Participation aux activités de kinésithérapie.

Alerte

Mutisme total et repli absolu depuis plus de 48 heures : proposer des activités de stimulation (musique, présence de la famille) et transmettre au médecinRefus actif et persistant de tous les soins : alerter le médecin et adapter l'approche relationnelle (soins fragmentés, temps de présence allongé)Verbalisation d'idées suicidaires ou souhait de mourir : sécuriser l'environnement et demander une évaluation psychiatrique en urgenceAgitation ou confusion inhabituelle : rechercher une cause organique (température, globe vésical, douleur) et documenter dans les transmissions ciblées

Rôle IDE détaillé

État nutritionnel : pesée bihebdomadaire, relevé alimentaire quantitatif (pourcentage ingesta) à chaque repas, bilan hydrique quotidien
État cutané : inspection quotidienne des points d'appui, score de Braden hebdomadaire, plan de retournement
État psychique : évaluation de la communication, du comportement et de l'humeur (Mini GDS), recherche d'un refus de soins
Constantes vitales : température, FC, TA, diurèse, recherche de signes d'infection ou de déshydratation

Références

Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus · HAS · 2021

Gériatrie (Référentiel des Collèges) · CNEG, Référentiels des Collèges, Elsevier-Masson · 2021

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.