Contention thérapeutique

Mettre en place, surveiller et réévaluer une contention physique dans le respect de la dignité du patient et du cadre légal

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale ÉCRITE : indication, type de contention, durée autorisée. Pas de contention sans ordonnance
Consulter le dossier : cause de l'agitation, alternatives déjà tentées, antécédents de contention, traitements en cours
Vérifier que les mesures alternatives ont été épuisées AVANT la contention (présence humaine, réorientation, environnement)
Préparer le matériel de contention homologué et les protections cutanées
En l'absence d'un médecin et en situation d'urgence : contention possible avant la prescription, l'ordonnance étant confirmée dans les plus brefs délais

Patient

Informer le patient de la décision médicale, même s'il est désorienté : utiliser des mots simples, un ton calme et bienveillant
Informer la famille ou le représentant légal de la raison et de la durée prévue
Évaluer la cause de l'agitation : douleur, globe urinaire, constipation, hypoglycémie, infection, désorientation
Installer le patient confortablement avant la pose : position qui limite l'inconfort et les points de pression

Matériel

Prescription médicale écrite (papier ou DPI)Dispositif de contention homologué (bandes de poignet, gilet anti-chute)Protections cutanées : mousse, jersey tubulaire sous les points de contentionFiche de surveillance spécifique contention du serviceSonnette d'appel accessible au patient

IDE

Évaluation de la cause et des alternatives

Variable
Avant toute contention : chercher la cause de l'agitation et tenter les alternatives.
Rechercher une cause somatique traitable : douleur (EVA), globe urinaire, fécalome, hypoglycémie, infection, fièvreTenter les alternatives : présence humaine rassurante, réorientation verbale, réduction des stimuli (bruit, lumière)Adapter l'environnement : lit bas, matelas au sol si risque de chute, barrières de lit si toléréesDocumenter les alternatives tentées et leur résultat : la contention ne se justifie que si tout le reste a échoué

IDE

Vérification de la prescription

2 min
Contrôler la prescription médicale avant de poser le dispositif.
La prescription doit être écrite, nominative, datée, avec indication, type de contention et durée maximaleVérifier que le médecin a évalué le patient et pas seulement prescrit à distance sur demandeLa prescription est valable 24 heures maximum : elle devra être réévaluée demainSans prescription : ne pas poser de contention, sauf urgence en l'absence de médecin (prescription confirmée dans les plus brefs délais)
Aucune contention sans prescription médicale écrite. C'est une condition absolue, pas une recommandation.

Information du patient et de la famille

5 min
Expliquer la raison de la contention avec respect, même si le patient ne comprend pas tout.
Dire au patient pourquoi : "On va protéger vos bras pour que vous ne retiriez pas votre perfusion"Adapter le vocabulaire : pas de jargon, pas de ton autoritaire, pas de menaceInformer la famille par téléphone ou en personne : expliquer la décision médicale, la durée prévue, la surveillanceDocumenter l'information donnée et les réactions du patient dans le dossier

Mise en place du dispositif

5 min
Poser la contention de façon sécurisée en préservant le confort et la circulation.
Poser les protections cutanées (mousse, jersey) sous le dispositif pour prévenir les frottementsRégler la tension : deux doigts doivent passer entre le dispositif et la peauNoeud facilement défaisable par le soignant en urgence : jamais de noeud bloquant, jamais de noeud coulantAttacher aux barreaux fixes du lit, jamais à la barrière amovible (elle peut se baisser)
Vérifier immédiatement la circulation distale : couleur, chaleur, pouls, sensibilité des extrémités.

IDE

Vérifications immédiates

3 min
Contrôler que le dispositif est sûr et que le patient peut appeler à l'aide.
Vérifier la circulation distale : couleur, chaleur, temps de recoloration capillaire (< 2 secondes), pouls palpableS'assurer que la sonnette est à portée de main du patientVérifier la liberté respiratoire : aucune contention ne doit comprimer le thorax ou le couConfirmer que le patient a une mobilité résiduelle minimale pour son confort

IDE

Surveillance horaire

Toutes les heures
Surveiller le patient contenu au minimum toutes les heures et répondre à ses besoins.
À chaque passage : circulation distale, état cutané sous la contention, confort, état psychologiqueProposer à chaque surveillance : boisson, passage aux toilettes, changement de positionLibérer les membres contenus au moins toutes les 2 heures pour mobilisation et soins cutanésTracer chaque surveillance sur la fiche dédiée : heure, observations, initiales du soignant

Réévaluation et levée

10 min
Participer à la réévaluation quotidienne et retirer la contention dès que possible.
Présenter au médecin lors de la réévaluation des 24 heures : évolution, alternatives retentées, tolérance, complicationsSi les conditions le permettent : proposer un essai de levée supervisée avant la levée définitiveÀ la levée : inspecter chaque site de contention (rougeur, escarre, oedème), soins cutanés si nécessaireLa contention ne doit jamais devenir une routine ou un confort organisationnel : c'est un dernier recours temporaire

Traçabilité et retour d'expérience

5 min
Tracer la totalité de la démarche et alimenter la réflexion éthique de l'équipe.
Tracer dans le dossier (DAR) : motif, alternatives tentées, prescription, heure de pose, surveillances, heure de levée, état cutanéTransmettre à l'équipe suivante les points de vigilance : tolérance, complications, réévaluation prévueSi complication : déclarer un événement indésirable selon le protocole du serviceParticiper aux réflexions d'équipe sur les pratiques de contention : c'est un sujet éthique permanent

Poser une contention sans prescription médicale "parce que le patient est agité"

Toujours obtenir la prescription AVANT la pose. En l'absence de médecin et en urgence : poser puis faire confirmer la prescription dans les plus brefs délais

Pourquoi

Sans prescription écrite, la contention est une atteinte à la liberté individuelle du patient : juridiquement, une voie de fait

Ne pas chercher la cause de l'agitation avant de contenir

Évaluer systématiquement : douleur, élimination, glycémie, température, orientation. Traiter la cause AVANT de recourir à la contention

Pourquoi

L'agitation a souvent une cause somatique traitable : douleur, globe urinaire, constipation, hypoglycémie, infection. Contenir sans traiter la cause ne résout rien

Serrer la contention trop fort par peur que le patient se libère

Règle des 2 doigts : toujours pouvoir glisser deux doigts entre le dispositif et la peau. Vérifier la circulation distale immédiatement après la pose

Pourquoi

Une contention trop serrée comprime les vaisseaux et les nerfs en quelques heures : ischémie, nécrose, paralysie. Le risque est parfois pire que le comportement qu'on cherche à prévenir

Ne pas adapter la posture de travail lors de la pose et de la surveillance

Régler la hauteur du lit, travailler à deux pour la pose, organiser le circuit de surveillance pour limiter la charge physique

Pourquoi

La pose demande précision et la surveillance horaire impose des passages répétés. Travailler penché ou mal positionné fatigue et augmente le risque d'erreur

Ne pas informer le patient de la raison de la contention parce qu'il est confus

Toujours expliquer avec des mots simples : "Je protège vos bras pour que vous ne vous fassiez pas mal." Le ton compte autant que les mots

Pourquoi

Même confus, le patient perçoit ce qui lui arrive. Ne rien expliquer augmente l'angoisse, l'agitation et le sentiment de maltraitance

Laisser la contention en place sans réévaluation parce que "ça fonctionne"

Réévaluation médicale obligatoire toutes les 24 heures. À chaque relève, se demander : "Cette contention est-elle encore nécessaire ?"

Pourquoi

La contention qui dure sans remise en question devient de la maltraitance institutionnelle. Les complications s'accumulent avec le temps

Mnémo

LIBRE : Légal (prescription écrite obligatoire), Identifier la cause de l'agitation, Bienveillance (informer le patient), Réévaluer toutes les 24 heures, Examiner la circulation chaque heure

La contention est un dernier recours, jamais une première intention ni un confort organisationnel
Prescription médicale écrite = condition absolue. Pas de prescription = pas de contention
Règle des 2 doigts : toujours pouvoir passer deux doigts sous le dispositif
Noeud facilement défaisable en urgence : jamais de noeud bloquant, jamais de noeud coulant
Surveillance horaire obligatoire : circulation, peau, confort, besoins fondamentaux
Chercher la cause avant de contenir : douleur, globe, hypoglycémie, infection, désorientation

Surveiller

Vérifier la circulation distale à chaque passage (couleur, chaleur, pouls, recoloration capillaire)
Inspecter l'état cutané sous les points de contention : rougeur, macération, escarre débutante
Évaluer l'état psychologique : agitation paradoxale, anxiété aggravée, détresse
Proposer les besoins fondamentaux : boisson, élimination, alimentation, changement de position

Paramètres

Circulation distaleToutes les heures minimum
Pâleur ou cyanose des extrémités
Fourmillements ou perte de sensibilité
Absence de pouls distal
État cutanéÀ chaque surveillance et lors des libérations
Rougeur persistante au point de contention
Escarre débutante
Oedème du membre contenu
État psychologiqueÀ chaque passage
Agitation paradoxale (aggravation)
Détresse visible, pleurs
Prostration ou mutisme inhabituel

Transmettre et noter

Méthode DAR : Données (motif, état cutané, circulation, psychologique), Actions (surveillance, libérations, soins, alternatives retentées), Résultat (tolérance, évolution, réévaluation prévue)
Transmettre la durée restante de la prescription et l'heure de la prochaine réévaluation médicale
Signaler au médecin toute complication ou toute amélioration permettant une levée anticipée
Documenter les alternatives retentées et leur résultat à chaque relève

Objectifs

Protéger le patient d'un risque immédiat tout en respectant sa dignité et ses droits
Appliquer la contention comme mesure de dernier recours, jamais de première intention
Assurer une surveillance rigoureuse pour prévenir les complications de l'immobilisation
Contribuer à la réévaluation quotidienne en vue d'une levée dès que l'état le permet

Indications

Agitation sévère mettant en danger le patient : arrachement de dispositifs vitaux (sonde d'intubation, VVC, drain)
Risque de chute majeur chez un patient désorienté quand toutes les alternatives ont échoué
Auto-agressivité avec risque de blessure immédiate (confusion aiguë, désorientation post-opératoire)
Toujours sur prescription médicale écrite, toujours après épuisement des alternatives

Contre-indications

Absence de prescription médicale écrite : la contention sans ordonnance constitue une voie de fait
Mesures alternatives non encore tentées : la contention n'est jamais le premier recours
Troubles circulatoires sévères, fractures ou plaies au site de contention envisagé
Patient coopérant et capable de respecter les consignes de sécurité : la contention n'est pas justifiée

Syndrome de compression vasculo-nerveuse

Pâleur ou cyanose distale
Fourmillements, perte de sensibilité
Absence de pouls en aval

Conduite

Retrait immédiat de la contention, évaluation du membre, alerter le médecin en urgence

Escarre au point de contention

Rougeur persistante ne blanchissant pas à la pression
Phlyctène ou plaie débutante
Douleur locale

Conduite

Repositionner, renforcer les protections cutanées, soins de la lésion, alerter le médecin

Complications de l'immobilisation

Douleur ou oedème d'un mollet, signe de phlébite
Enraidissement, perte de force musculaire
Constipation, rétention urinaire, encombrement bronchique

Conduite

Mobiliser dès que possible, prévenir la stase (hydratation, changements de position), alerter le médecin devant tout signe thrombo-embolique

Agitation paradoxale

Aggravation de l'agitation après la pose
Détresse, cris, tentatives de libération violentes

Conduite

Réévaluer la cause, envisager la levée de la contention, discuter avec le médecin une alternative médicamenteuse

Traumatisme psychologique

Anxiété persistante après la levée
Peur des soignants
Cauchemars, troubles du sommeil

Conduite

Écouter le patient, proposer un soutien psychologique, documenter pour prévenir les récidives inutiles

Références

Limiter les risques de la contention physique de la personne âgée · HAS · 2000

Isolement et contention en psychiatrie générale · HAS · 2017

Loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé · Légifrance · 2002

Article L.3222-5-1 du code de la santé publique (isolement et contention en psychiatrie) · Légifrance · 2022

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.