Sevrage alcoolique et delirium tremens

Prise en charge du sevrage alcoolique compliqué : convulsions, delirium tremens, supplémentation vitaminique, protocole benzodiazépines guidé par le score CIWA-Ar

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le sevrage alcoolique sévère peut se compliquer de convulsions puis de delirium tremens. Le delirium tremens survient dans environ 5% des sevrages non traités ; sa mortalité atteignait jusqu'à 35% avant l'ère des benzodiazépines, ramenée à environ 5% avec un traitement adapté. La France compte environ 1,5 million de personnes alcoolodépendantes et 2,5 millions en consommation à risque.

Critique

Convulsions tonico-cloniques : urgence vitale, risque de récidive et d'état de mal
Tachycardie de plus de 120/min avec température au-delà de 38°C : tableau de delirium tremens constitué
Hypotension avec PA en dessous de 90/60 mmHg : collapsus cardiovasculaire du DT sévère

Alerte

Score CIWA-Ar dépassant 20 : sevrage sévère, hospitalisation en réanimation à envisager
Hallucinations visuelles (zoopsies) + confusion : début de delirium tremens
Agitation croissante malgré protocole benzodiazépines : réévaluation de la dose nécessaire
L'alcool agit comme un frein sur le cerveau.
En consommation chronique, le cerveau s'adapte en réduisant ses propres freins et en augmentant ses accélérateurs.
À l'arrêt brutal, les freins disparaissent mais les accélérateurs restent activés : c'est l'hyperexcitabilité cérébrale qui provoque les convulsions (H12-H48) et le delirium tremens (H48-H72).
Les benzodiazépines remplacent le frein de l'alcool, d'où leur efficacité dans le sevrage.
À retenir : thiamine AVANT glucose (le glucose consomme la thiamine carencée, risque d'atteinte neurologique irréversible).
Diazépam (Valium) ampoules 10 mg/2 mL et comprimés 10 mg per osThiamine (Bévitine) ampoules 500 mg pour injection IV lenteSolutés glucosés G5% et G30%, NaCl 0,9% pour perfusionMagnésium (MgSO4) ampoules pour perfusion IVMonitoring cardio-respiratoire continu : scope, oxymètre de pouls, ECGMatériel de voie veineuse périphérique 18G : cathéter, prolongateur, robinet 3 voiesOxazépam (Seresta) 10 mg comprimés : élimination par conjugaison, mais pas de meilleure tolérance démontrée en insuffisance hépatocellulaire (SFA 2023)Lévétiracétam (Keppra) : antiépileptique parfois discuté sur décision médicale si convulsions réfractaires (efficacité non démontrée dans le sevrage)

8 étapes

IDE

Évaluation clinique et gravité du sevrage
Chronologie des signes du sevrage et évaluation par le score CIWA-Ar
H6-H24 après dernier verre : tremblements, sueurs, tachycardie, HTA, anxiété, nausées (sevrage simple)
H12-H48 : risque de convulsions tonico-cloniques généralisées
H48-H72 : risque de delirium tremens (confusion, agitation, hallucinations visuelles)
Évaluer le score CIWA-Ar : un score de plus de 10 signe un sevrage modéré à sévère nécessitant un traitement
Repérer quel score le service utilise : de nombreux services français cotent le sevrage avec le score de Cushman plutôt qu'avec le CIWA-Ar. Les deux mesurent la sévérité, leurs échelles et leurs seuils ne sont pas interchangeables : appliquer celui de la feuille de surveillance en place et transmettre le score avec le nom de l'échelle utilisée
Rechercher les signes de DT constitué : température au-delà de 38°C, tachycardie de plus de 120/min, confusion, hallucinations
Constantes vitales complètes : PA, FC, T°, SpO2, conscience (GCS), glycémie capillaire

IDE

Anamnèse de la consommation
Historique de l'alcoolisation pour évaluer le risque de complication
Quantité et durée de consommation habituelle (grammes d'alcool pur par jour)
Date et circonstances du dernier verre
Antécédents de sevrage compliqué : convulsions ou delirium tremens antérieurs
Traitements habituels et observance, pathologies associées (cirrhose, cardiomyopathie)
Contexte du sevrage : volontaire, contraint, ou arrêt brutal par hospitalisation

IDE

Bilan biologique urgent
Prélèvements pour rechercher les complications métaboliques associées
Glycémie capillaire immédiate et glycémie veineuse
Ionogramme complet : sodium, potassium, magnésium, calcium, phosphates
Bilan hépatique : transaminases, TP, bilirubine
NFS et plaquettes (thrombopénie fréquente chez l'alcoolique chronique)
Alcoolémie et recherche de toxiques associés si doute sur la cause des troubles de conscience

Sur prescription

Supplémentation vitaminique
Prévention obligatoire de l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke
Thiamine (Bévitine) 500 mg IV sur prescription médicale, avant tout apport glucosé (le glucose consomme la thiamine carencée) ; dose curative supérieure (1 g/j) dès qu'apparaissent des signes d'encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Le mot qui compte ici est celui de la SFA : « même pour un tableau incomplet » (grade A). Il ne faut pas attendre la triade complète pour hospitaliser en urgence et traiter par voie intraveineuse
Folates et vitamine B6, B12 selon prescription médicale
Correction conjointe du potassium et du magnésium sur prescription (le magnésium est cofacteur de réabsorption du potassium)
Correction de l'hypoglycémie après administration de thiamine : G30% ou G10% selon prescription
Remplissage NaCl 0,9% si déshydratation clinique sur prescription médicale
Thiamine (Bévitine) 500 mg IVMgSO4 ampoulesG30% 50 mLNaCl 0,9% 500 mL

Sur prescription

Traitement par benzodiazépines
Sédation adaptée selon gravité, guidée par le score CIWA-Ar, sur prescription médicale
Protocole standard sur prescription : Diazépam 10 mg PO ou IV, réévalué selon le CIWA-Ar, décroissance progressive
Protocole de chargement (DT sévère ou réanimation) sur prescription : Diazépam 5 à 10 mg IV toutes les 5 min jusqu'à sédation légère (SFA)
Alternative per os sur prescription : Diazépam (Valium) comprimé ou oxazépam (Seresta) si patient non vomissant
Objectif clinique : régression des symptômes, patient calme et réveillable avant d'espacer les doses
Insuffisance hépatique sévère : si une benzodiazépine est indispensable, une molécule éliminée par conjugaison (oxazépam) peut être discutée sous surveillance rapprochée, sur prescription
Surveiller la dépression respiratoire : alerter si la FR passe sous 10/min ou la SpO2 sous 92% après injection IV
Diazépam 10 mg ampoulesDiazépam 10 mg comprimés per osOxazépam (Seresta) 10 mg si le médecin le retient

Sur prescription

Prévention et traitement des convulsions
Prise en charge anticonvulsivante selon prescription médicale
Benzodiazépines = première ligne anticonvulsivante dans le sevrage alcoolique : sur prescription médicale
Crise en cours : position latérale de sécurité, protection des voies aériennes, chronométrer, alerter le médecin
Convulsions réfractaires aux benzodiazépines : escalade thérapeutique sur décision médicale (les antiépileptiques classiques n'ont pas fait preuve d'efficacité dans le sevrage)
Ne pas administrer de phénytoïne : inefficace dans le sevrage (mécanisme GABAergique non ciblé) ; alerter si une telle prescription était envisagée
Surveillance ECG : risque de troubles de la conduction (hypomagnésémie, hypokaliémie)

Sur prescription

Support hémodynamique
Correction des troubles cardiovasculaires sur prescription médicale
Remplissage vasculaire NaCl 0,9% si hypotension sur prescription médicale
Correction des troubles du rythme sur prescription médicale (liés à l'hypomagnésémie et l'hypokaliémie)
Surveillance cardiaque continue : scope ECG, oxymètre de pouls
Traitement de l'hyperthermie si la température franchit 38,5°C : paracétamol IV sur prescription médicale et refroidissement physique

IDE

Surveillance et sevrage progressif des benzodiazépines
Décroissance progressive guidée par le score CIWA-Ar et orientation addictologique
Réévaluation CIWA-Ar toutes les 4-6 heures
Diminution progressive des doses de benzodiazépines selon l'amélioration clinique
Surveiller les signes de rebond : réapparition des tremblements, tachycardie, anxiété
Orientation vers consultation d'addictologie dès que l'état clinique le permet
Éducation du patient sur les risques du sevrage non accompagné médicalement
JamaisAdministrer du glucose avant la thiamine (B1) : risque d'encéphalopathie de Gayet-Wernicke irréversible
PrioritéCorriger systématiquement les troubles ioniques (magnésium, phosphates, potassium) selon prescription
PrioritéHospitalisation en réanimation si delirium tremens constitué : orientation addictologie précoce
RègleConvulsions de sevrage entre H12-H48 ; delirium tremens entre H48-H72 après le dernier verre
RègleBenzodiazépines (Diazépam) = traitement de référence du sevrage, guidé par le score CIWA-Ar
PiègePhénytoïne inefficace dans les convulsions de sevrage alcoolique (mécanisme GABAergique non ciblé) : ne pas l'administrer
Chiffre cléDT = URGENCE VITALE : mortalité jusqu'à 35% avant l'ère des benzodiazépines, ramenée à environ 5% avec un traitement adapté
Chiffre cléThiamine (Bévitine) 500 mg IV en urgence sur prescription médicale (1 g/j dès les premiers signes de Gayet-Wernicke, sans attendre un tableau complet)
Ponctuel
Score CIWA-Ar toutes les 4-6 heures

Adapte le protocole de benzodiazépines

Ponctuel
Constantes vitales

PA, FC, T°, SpO2 : alerter si la FC dépasse 120/min ou la température monte au-delà de 38°C

Ponctuel
État de conscience et orientation temporo-spatiale : apparition de confusion = début de DT
Ponctuel
Surveillance neurologique

Convulsions, agitation, hallucinations

Ponctuel
Hydratation et diurèse

Objectif de diurèse d'au moins 0,5 mL/kg/h

Ponctuel
Ionogramme et glycémie

Corriger hypomagnésémie, hypokaliémie et hypoglycémie

S (Situation) : Patient en sevrage alcoolique, score CIWA-Ar [valeur] : phase de [sevrage simple / delirium tremens débutant / DT constitué] : thiamine administrée [oui/non, dose, heure]
A (Antécédents) : Quantité et durée de consommation habituelle (préciser grammes/jour), dernier verre [date/heure], antécédents de convulsions ou DT, pathologies hépatiques connues
E (Évaluation) : PA [valeur], FC [valeur], T° [valeur], SpO2 [valeur] : tremblements [oui/non], hallucinations [oui/non], agitation [oui/non] : glycémie [valeur] : ionogramme [résultats disponibles]
D (Demande) : Protocole Diazépam à adapter selon CIWA-Ar [valeur actuel], bilan ionique en attente, décision d'orientation [UHCD / réanimation si DT], consultation addictologie à programmer

Convulsions généralisées récidivantes

Risque d'état de mal épileptique

Hyperthermie sévère avec collapsus cardiovasculaire

Principale cause de décès du DT

Encéphalopathie de Gayet-Wernicke

Confusion, ophtalmoplégie, ataxie : prévenue par la thiamine

Rhabdomyolyse

Destruction musculaire par hyperthermie prolongée et convulsions

Pneumopathie d'inhalation

Risque lors des convulsions ou du coma

Décompensation hépatique

Ascite, ictère, encéphalopathie hépatique

Références

Mésusage de l'alcool : dépistage, diagnostic et traitement (actualisation 2023) · SFA · 2023

Base de données publique des médicaments : Valium 10 mg/2 mL solution injectable (CIS 67959261, voies intramusculaire, intraveineuse et rectale) et Bévitine, pour les formes et dosages cités dans le chariot · ANSM · 2026

Sevrages non programmés et accidents de sevrage (référentiel de bonnes pratiques) · SFA

Le patient alcoolique aux urgences, delirium tremens · SFMU · 2015

Prise en charge du patient alcoolique (conférence d'essentiel) · SFAR · 2017

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.