Tentative de suicide

Prise en charge urgente de la tentative de suicide : stabilisation somatique, évaluation du risque de récidive, cadre légal (SPDT/SPDRE) et orientation psychiatrique

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

En France, on estime environ 200 000 tentatives de suicide par an, dont près de 90 000 hospitalisations. Le suicide est la 2e cause de mortalité chez les 15-24 ans et la 1re chez les 25-34 ans. L'antécédent de tentative est le facteur prédictif majeur de récidive et de décès par suicide. Après toute tentative, un avis psychiatrique spécialisé est recommandé en principe de référence (conférence de consensus ANAES 2000 ; posé comme la règle chez l'enfant et l'adolescent, HAS 2021).

Critique

GCS de 8 ou moins, ou dégradation rapide de la conscience : urgence somatique immédiate
SpO2 sous les 92% ou FR au-dessous de 10/min : dépression respiratoire, risque d'arrêt
QRS élargi sur ECG après IMV de tricycliques : toxicité cardiaque, alcalinisation dès 100 à 120 ms
Regret de l'échec du geste suicidaire : risque de récidive immédiate

Alerte

Idéation suicidaire persistante avec plan précis après stabilisation somatique
Refus de soins avec agitation et tentative de fuite du service
La crise suicidaire est un état aigu réversible : une vulnérabilité psychologique (dépression, anxiété, impulsivité) se combine à un facteur déclenchant (rupture, deuil) et à l'accès à des moyens létaux.
Le risque de récidive est élevé dans les jours et les premières semaines qui suivent une tentative.
Le stress intense et l'impulsivité sont des facteurs neurobiologiques clés dans le passage à l'acte.
Pour l'IDE : le risque est dynamique et réévaluable, d'où l'importance de l'entretien clinique et de la relation thérapeutique.
Matériel de réanimation cardio-respiratoire : BAVU, canule de Guedel, matériel d'intubationAntidotes spécifiques selon le moyen : naloxone (opioïdes), N-acétylcystéine (paracétamol) ; flumazénil uniquement pour une intoxication aux benzodiazépines seule et certaine (contre-indiqué en cas de co-ingestion de tricycliques ou de dépendance)Charbon activé (si indication : ingestion datant de moins d'une heure, patient conscient et coopérant)Matériel de surveillance continue : scope ECG, oxymètre de pouls, tensiomètre automatiqueCathéters VVP 16G-18G, tubes de prélèvement pour bilan toxicologiqueÉchelles d'évaluation suicidaire : RUD (Risque-Urgence-Dangerosité), C-SSRS

8 étapes

Collaboration

Urgence vitale somatique
Stabilisation des fonctions vitales selon l'évaluation ABCDE en priorité absolue
Évaluation ABCDE : voies aériennes, ventilation, circulation, conscience (GCS), exposition (moyen utilisé)
Intubation orotrachéale si GCS inférieur ou égal à 8 : sur prescription médicale, préparer le matériel
Remplissage vasculaire NaCl 0,9% si hypotension : sur prescription médicale
ECG systématique si IMV : rechercher QRS élargis (tricycliques), QT long (neuroleptiques)
Antidotes spécifiques selon le moyen sur prescription : naloxone (opioïdes), NAC (paracétamol) ; flumazénil réservé aux benzodiazépines seules et certaines, contre-indiqué en cas de co-ingestion de tricycliques (risque de convulsions et d'arythmie)
Prélèvements biologiques urgents : NFS, ionogramme, glycémie, bilan hépatique, toxicologie
VVP 16G x2Scope ECGOxymètre de poulsAntidotes disponibles

IDE

Anamnèse du geste suicidaire
Reconstitution des circonstances pour évaluer la gravité et l'intentionnalité
Nature et modalités du geste : moyen utilisé, quantité, heure approximative
Notion de préméditation (achat anticipé des médicaments, lettre) ou d'impulsivité
Mesures prises pour ne pas être découvert : isolement, porte fermée à clé
Circonstances de découverte et délai avant les secours
Présence d'une lettre ou de messages envoyés avant le geste

IDE

Évaluation clinique initiale et recueil pour le psychiatre
Bilan de l'état mental actuel et recueil des informations pour le médecin
État de conscience, orientation temporo-spatiale et cohérence du discours
Humeur actuelle et affects : tristesse, anxiété, colère, indifférence
Présence d'idéations suicidaires persistantes à ce moment de l'entretien
Réaction face au geste : regret du geste (protecteur) ou regret de l'échec (alarmant)
Présence de troubles psychotiques associés : hallucinations, idées délirantes

IDE

Antécédents et facteurs de risque
Identification des facteurs pronostiques de récidive
Antécédents de tentatives de suicide : nombre, date, moyen, gravité médicale
Troubles psychiatriques connus : dépression, bipolarité, schizophrénie, addiction
Traitements psychotropes en cours et observance réelle
Antécédents familiaux de suicide ou tentatives de suicide
Contexte psychosocial récent : séparation, deuil, perte d'emploi, violences

Collaboration

Évaluation du risque suicidaire
Stratification du risque de récidive avec outils validés
Utiliser l'outil RUD (Risque-Urgence-Dangerosité) pour stratification rapide
Évaluer l'intensité de l'idéation suicidaire actuelle : fréquence, durabilité, contrôlabilité
Accessibilité aux moyens létaux à domicile : armes, stocks de médicaments
Qualité du soutien familial et social : présence d'un proche de confiance
Degré d'impulsivité : délai entre décision et passage à l'acte lors de la tentative

IDE

Mesures de protection immédiates
Prévention de la récidive pendant la prise en charge aux urgences
Surveiller le patient en continu : ne jamais laisser seul un patient avec idéation active
Retirer tous les objets potentiellement dangereux : médicaments, objets tranchants, ceintures
Sécuriser l'accès aux sorties du service
Information et implication d'un proche de confiance si accord du patient
Consigner toutes les déclarations du patient concernant ses intentions suicidaires dans le dossier

Collaboration

Consultation psychiatrique
Évaluation spécialisée recommandée en principe de référence (ANAES 2000)
Examen psychiatrique complet : diagnostic, facteurs de risque et de protection
Confirmation du niveau de risque et décision d'hospitalisation
Mise en place d'un traitement adapté si indication (antidépresseurs, thymorégulateurs)
Organisation du suivi ambulatoire si sortie décidée

Collaboration

Orientation et cadre légal
Organisation de la prise en charge et mesures de soins sans consentement si nécessaire
Hospitalisation libre en milieu psychiatrique si patient consentant et coopérant
SPDT (Soins Psychiatriques à la Demande d'un Tiers) : refus de soins + trouble mental altérant le jugement ; demande d'un proche + deux certificats (un seul en cas d'urgence), loi du 5 juillet 2011
SPI (péril imminent, sans tiers disponible) : admission sur un certificat unique si l'état l'exige et qu'aucun tiers ne peut faire la demande
SPDRE (Soins Psychiatriques à la Demande du Représentant de l'État) : arrêté préfectoral si danger pour autrui ou atteinte à l'ordre public
Note légale : HDT et HO sont des termes OBSOLÈTES remplacés depuis 2011
Mineur : information systématique des représentants légaux et orientation pédopsychiatrie
Consultation de suivi précoce (dans les premiers jours) si sortie décidée ; inclusion dans VigilanS, qui recontacte le patient à 10-20 jours puis assure une veille de plusieurs mois
Remettre au patient et à l'entourage les coordonnées de crise, dont le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24)
JamaisLaisser seul un patient avec idéation suicidaire active : présence continue obligatoire
PrioritéUrgence somatique vitale en PREMIER : stabiliser avant toute évaluation psychiatrique
PrioritéSécuriser l'environnement : retrait systématique de tous les moyens létaux accessibles
RègleAvis psychiatrique spécialisé recommandé en principe de référence après toute tentative de suicide (ANAES 2000)
RègleTerminologie légale correcte depuis 2011 : SPDT et SPDRE : HDT et HO sont des termes obsolètes
PiègeRegretter l'ÉCHEC du geste (et non le geste) = signal d'alarme maximal : hospitalisation immédiate
Chiffre cléAntécédent de TS = facteur prédictif de récidive et de décès par suicide le plus puissant
Chiffre cléSuivi rapproché dans les 48-72h après sortie ; VigilanS recontacte à distance (10-20 jours) et assure une veille de plusieurs mois
Ponctuel
État de conscience et fonctions vitales toutes les 15-30 min selon gravité
Ponctuel
Idéation suicidaire

Réévaluation systématique à chaque contact infirmier

Ponctuel
Comportement et coopération aux soins

Agitation, tentative de fuite

Ponctuel
Humeur et niveau d'anxiété

Amélioration ou aggravation

Ponctuel
Efficacité et tolérance des traitements prescrits
Ponctuel
Présence et qualité du lien avec un proche de confiance
S (Situation) : Patient admis pour tentative de suicide par [moyen] : stabilisation somatique [en cours / réalisée] : évaluation psychiatrique [en attente / en cours]
A (Antécédents) : Antécédents de TS [nombre, date, moyen], troubles psychiatriques connus [dépression, psychose, addiction], traitements en cours, soutien familial [présent / absent]
E (Évaluation) : PA [valeur], FC [valeur], GCS [valeur], SpO2 [valeur] : idéation suicidaire persistante [oui/non] : regret de l'échec du geste [oui/non] : agitation [oui/non] : score RUD ou C-SSRS [si disponible]
D (Demande) : Consultation psychiatrique urgente, décision d'hospitalisation [libre / SPDT / SPDRE], retrait de tous les objets dangereux, présence continue à organiser jusqu'à évaluation

Récidive suicidaire précoce

Risque élevé dans les premiers jours et les premières semaines

Complications somatiques du moyen utilisé

Insuffisance hépatique (paracétamol), arythmies (tricycliques)
Rupture du suivi psychiatrique et perte de vue dans les semaines suivant la sortie
Syndrome de stress post-traumatique chez les proches témoins du geste
Évolution vers un état dépressif sévère ou récidivant sans traitement adapté

Références

La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge (conférence de consensus) · ANAES · 2000

Idées et conduites suicidaires chez l'enfant et l'adolescent · HAS · 2021

Épuration digestive et charbon activé dans les intoxications aiguës (conférence de consensus) · SFMU-SRLF

Dispositif VigilanS de prévention de la récidive suicidaire · Santé publique France · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.