Électrisation et électrocution

L'IDE sécurise la scène, évalue les lésions visibles et cachées, surveille l'ECG en continu et la diurèse pour détecter une rhabdomyolyse, sur prescription médicale.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'électrisation est un iceberg : la brûlure visible aux points d'entrée et de sortie du courant masque souvent des destructions profondes (muscles, vaisseaux, nerfs) plus étendues. Le risque cardiaque dépend du type de courant, du voltage, du trajet dans le corps et de la durée de contact, avec un risque élevé d'arythmie en alternatif domestique. Un patient apparemment asymptomatique peut se dégrader dans les heures qui suivent, ce qui impose une surveillance prolongée.

Critique

Le patient ne répond plus et ne respire plus après un contact électrique → confirmer l'arrêt cardiaque (pouls 10 secondes) et débuter la RCP immédiatement
Modification nouvelle du tracé sur le scope après électrisation (rythme rapide, irrégulier ou anomalie d'aspect) → alerter le médecin sans interpréter, scope continu, préparer matériel de réanimation
Urines foncées (orange, porto) après électrisation → alerter le médecin immédiatement, c'est une myoglobinurie (les muscles détruits libèrent un pigment toxique pour les reins)

Alerte

Douleur intense et disproportionnée dans un membre, qui augmente quand on étire les doigts ou les orteils → alerter le chirurgien, c'est un syndrome des loges (urgence chirurgicale)
Brûlure visible aux points d'entrée et de sortie du courant avec trajet transthoracique (main vers pied opposé) → signaler au médecin, monitoring cardiaque obligatoire

Surveillance

Patient asymptomatique après électrisation basse tension, ECG normal, pas de brûlure visible → continuer la surveillance 4 heures, signaler toute modification
Le courant électrique traverse le corps et transforme son énergie en chaleur dans les tissus, détruisant muscles, vaisseaux et nerfs sur tout son trajet, même là où la peau paraît épargnée.
Le courant alternatif 50 Hz présente un risque élevé d'arythmie cardiaque, sa fréquence étant proche de la phase de vulnérabilité du myocarde, ce qui impose un scope dès l'arrivée et la surveillance de l'ECG.
Les muscles détruits libèrent de la myoglobine dans le sang, qui bouche les reins ; on suit donc la couleur des urines et la diurèse.
Enfin, un patient peut sembler stable puis se dégrader plusieurs heures après, et c'est pourquoi la durée de monitoring se règle sur le contexte (voltage, trajet, perte de connaissance, ECG).
Défibrillateur avec électrodesScope avec ECG continu et alarmesVVP 14-16G + NaCl 0,9 %Sonde urinaire + bandelettes urinairesPansements stériles pour brûluresChariot d'urgence complet

5 étapes

IDE

Sécuriser et évaluer
Ne jamais toucher un patient électrisé sans avoir vérifié que le courant est coupé. C'est la première règle de sécurité, avant tout geste de soin.
Vérifier que le courant est coupé (disjoncteur) ou que la victime est dégagée de la source
Si arrêt cardiaque : débuter la RCP et appeler à l'aide (même protocole que la fiche arrêt cardiaque FV/TV)
Si conscient : installer en décubitus dorsal, rassurer, ne pas mobiliser (risque de fractures associées)
Repérer les points d'entrée et de sortie du courant pour estimer le trajet dans le corps

Collaboration

Brancher le monitoring cardiaque
Le cœur est l'organe le plus menacé par l'électrisation. Une arythmie peut survenir plusieurs heures après le contact.
Réaliser d'emblée l'ECG 12 dérivations et transmettre le tracé au médecin pour interprétation
Scope continu avec alarmes activées sur la fréquence et le rythme
Alerter immédiatement le médecin en cas de modification nouvelle du tracé (rythme irrégulier, rapide ou anomalie d'aspect) sans interpréter

Collaboration

Poser les voies et surveiller les urines
La destruction des muscles libère un pigment (myoglobine) qui peut détruire les reins. La surveillance des urines est l'outil IDE le plus important pour détecter cette complication.
Poser 2 VVP 14-16G sur un membre non brûlé selon prescription ou protocole
Poser la sonde urinaire selon prescription, noter la couleur des urines (claire, orangée, porto) et la transmettre
Réaliser la bandelette urinaire selon protocole et transmettre les résultats au médecin (la combinaison urines colorées plus bandelette positive aux hématies oriente vers une myoglobinurie)
Prélever le bilan biologique sur prescription : CPK, kaliémie, créatinine, troponine

Sur prescription

Remplissage et traitements sur prescription
Si les urines sont foncées ou les CPK élevées, le médecin prescrit un remplissage massif pour protéger les reins. L'IDE ne modifie jamais le débit sans prescription.
NaCl 0,9 % au débit prescrit par le médecin (objectif de diurèse 1 à 2 mL/kg/h)
Mesurer la diurèse toutes les heures et signaler si elle baisse
Surveiller la kaliémie (la destruction musculaire libère du potassium, risque d'arythmie)

Collaboration

Surveillance prolongée adaptée à la gravité
La durée de surveillance dépend du contexte clinique. Le médecin décide de la durée et des conditions de sortie selon le protocole local.
ECG initial systématique. Le monitoring prolongé dépend du voltage, de la perte de connaissance, de l'ECG, du trajet du courant
Durées repères courantes : 4 h (basse tension simple, asymptomatique), 24 h (perte de connaissance ou anomalie ECG), 24 à 48 h (haute tension). Adapter au protocole du service.
Examiner les membres toutes les 2 heures (douleur, tension, sensibilité) pour détecter un syndrome des loges
La décision de durée de monitoring et de sortie est médicale : jamais de sortie IDE sans accord du médecin
Jamaisautoriser la sortie d'un patient électrisé sans décision médicale, même s'il semble asymptomatique. La dégradation peut survenir dans les heures qui suivent
Prioritésécuriser la scène avant tout contact. Vérifier que le courant est coupé ou que la victime est dégagée de la source. Sans cette étape, le soignant devient la deuxième victime
RègleECG initial systématique après toute électrisation, monitoring prolongé selon le contexte (voltage, perte de connaissance, anomalie ECG, trajet transthoracique). Durées repères selon protocole local et gravité
Piègela brûlure cutanée visible sous-estime toujours l'étendue des destructions profondes (muscles, nerfs, vaisseaux), bien plus larges que la lésion de surface
Chiffre cléurines foncées plus bandelette positive aux hématies = myoglobinurie. Diurèse cible 2 à 3 mL/kg/h sur prescription en cas de rhabdomyolyse, alerte si inférieure à 0,5 mL/kg/h. Aponévrotomie dans les 6 h pour syndrome des loges
NoteÀ NE PAS SOUS-ESTIMER : le courant alternatif 50 Hz domestique présente un risque élevé d'arythmie cardiaque (fréquence proche de la vulnérabilité myocardique). Ne pas sous-estimer un accident basse tension, surtout si trajet transthoracique
Continu
ECG en continu

Si rythme anormal, alerter le médecin immédiatement (arythmie retardée possible jusqu'à 48 h)

Ponctuel
Diurèse horaire

Si inférieure à 0,5 mL/kg/h malgré le remplissage, alerter le médecin (insuffisance rénale débutante)

Ponctuel
Couleur des urines

Si elles deviennent orangées ou porto, signaler immédiatement (myoglobinurie)

Ponctuel
Membres toutes les 2 heures

Si douleur intense, membre tendu ou sensibilité altérée, alerter le chirurgien (syndrome des loges)

Ponctuel
Kaliémie sur prescription

Si élevée, alerter le médecin (risque d'arythmie par destruction musculaire)

S (Situation) : électrisation [basse/haute tension], type de courant [alternatif/continu], voltage si connu, durée de contact, points d'entrée et de sortie du courant, trajet estimé dans le corps, arrêt cardiaque initial [oui/non, durée de RCP]
A (Antécédents) : circonstances (accident domestique, accident du travail, foudroiement), pathologies cardiaques préexistantes, traitements en cours, statut vaccinal antitétanique
É (Évaluation) : cardiovasculaire (ECG initial, scope), urinaire (couleur des urines, bandelette), bilan biologique (CPK, kaliémie, créatinine, troponine), état des membres (douleur, sensibilité, pouls distaux), brûlures visibles (surface, profondeur)
D (Demande) : ECG 12 dérivations à interpréter, validation du remplissage et de la durée de monitoring, avis chirurgical si suspicion de syndrome des loges, orientation selon gravité
Traçabilité : heures précises d'électrisation, début prise en charge, premier ECG, valeurs de diurèse horaire, médicaments injectés sur prescription
Entourage : témoin de l'accident, gestes réalisés avant l'arrivée des secours, coordonnées des proches à prévenir, signalement employeur si accident du travail

Arythmie cardiaque retardée

Tracé scope inhabituel, palpitations, malaise jusqu'à 48 h après l'accident → monitoring ECG continu, alerter le médecin sans interpréter, préparer le matériel de réanimation

Rhabdomyolyse avec insuffisance rénale aiguë

Urines orangées à porto, oligurie, élévation des CPK (la myoglobine des muscles détruits bouche les reins) → surveiller la diurèse horaire, transmettre les valeurs, préparer le remplissage sur prescription

Syndrome des loges

Douleur disproportionnée, membre tendu, douleur à l'étirement passif des doigts ou orteils, sensibilité altérée, pouls distal diminué → alerter le chirurgien et le médecin en urgence, surveiller pouls distal, sensibilité et motricité

Brûlures profondes évolutives

Douleur croissante, peau cartonnée ou insensible, extension de la nécrose, suintement ou odeur anormale dans les jours qui suivent → protéger par pansement stérile, surveiller et transmettre au médecin ou au chirurgien plasticien

Références

Électrisation chez l'enfant : points essentiels (voltage basse et haute tension, mécanisme de la fibrillation, surveillance ECG, points d'entrée et de sortie) · SFMU · 2015

Prise en charge du patient électrisé ou foudroyé (rhabdomyolyse, diurèse cible 1 à 2 mL/kg/h, aponévrotomie dans les 6 h, sécurité du sauveteur) · SoFIA / SFAR · 2015

Réanimation cardio-pulmonaire adulte (algorithme ALS applicable à l'arrêt cardiaque sur électrisation) · CFRC · 2025

Prise en charge du brûlé grave à la phase aiguë chez l'adulte et l'enfant (référentiel SFAR, pour les brûlures thermiques associées à une électrisation par arc ou flash) · SFAR

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.