Noyade : prise en charge

Face à une noyade avec détresse respiratoire ou arrêt cardio-respiratoire, l'IDE sécurise les voies aériennes, ventile précocement, surveille l'hypothermie et coordonne l'alerte médicale.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La noyade entraîne environ 1 000 décès accidentels par an en France selon Santé publique France, avec un pic estival et une part notable d'enfants. Le mécanisme de l'arrêt cardiaque est hypoxique, ce qui change l'algorithme de RCP : la ventilation prime sur les compressions. L'hypothermie associée modifie l'efficacité de la défibrillation et peut paradoxalement protéger le cerveau si l'immersion est brève.

Critique

Apnée avec pouls carotidien présent → ventilation au BAVU sans compressions, scope continu, appel médecin (stade 5 Szpilman, la ventilation seule peut suffire)
Anomalie nouvelle du tracé au scope chez une victime hypotherme ou température inférieure à 30 °C → manipuler avec douceur, maintenir le scope continu, alerter immédiatement le médecin et préparer le matériel de réchauffement et d'intubation selon prescription (FV imminente sur myocarde hypotherme)
Victime très froide au toucher, peau pâle ou rigide, température centrale mesurée inférieure à 28 °C → poursuivre la RCP de qualité, manipuler avec douceur, ne pas conclure au décès et alerter pour transfert vers un centre disposant d'une CEC ou ECPR (hypothermie sévère : sous 30 °C, défibrillation limitée à 3 chocs jusqu'au réchauffement au-dessus de 30 °C)

Alerte

Lèvres bleutées, tirage ou respiration inefficace avec SpO2 qui reste basse malgré O2 haut débit → poursuivre la ventilation au BAVU avec réservoir, alerter le médecin et préparer le matériel d'intubation selon prescription (SDRA débutant à anticiper)
Mousse aux lèvres, crépitants bilatéraux diffus → demi-assise si conscient, O2 haute concentration, alerter pour transfert soins intensifs (OAP stade 3-4)
Victime confuse, somnolente, qui ne répond plus correctement ou qui se dégrade neurologiquement → maintenir les voies aériennes, surveiller GCS et pupilles, prévenir le médecin pour orientation réanimation (anoxie cérébrale)
L'eau remplit les alvéoles : on libère et on aspire d'abord les voies aériennes.
Comme le sang n'est plus oxygéné et que le myocarde s'arrête par manque d'oxygène, la RCP commence par 5 insufflations avant les compressions (pas 2 comme en RCP standard).
En eau froide, l'hypothermie ralentit le métabolisme cérébral et peut prolonger la viabilité neuronale, d'où une RCP de qualité poursuivie et un réchauffement actif ; sous 30 °C, la défibrillation est limitée à 3 chocs tant que la température n'est pas remontée au-dessus de 30 °C.
Enfin, l'alvéole reste lésée plusieurs heures après la sortie de l'eau, raison pour laquelle toute victime ayant inhalé est surveillée, même apparemment asymptomatique.
Ballon auto-remplisseur (BAVU) avec masque adapté et réservoir O2Oxygène haut débit (15 L/min)Aspirateur de mucosités trachéalesDéfibrillateur automatisé externe (DAE)Couverture de survie et couvertures chauffantesMatériel d'intubation (anticipation si stade 4-6 ou GCS inférieur à 8)Thermomètre hypothermique (capable de mesurer en dessous de 30 °C)Matelas coquille ou plan dur (si suspicion de traumatisme rachidien)

6 étapes

IDE

Extraction et mise en sécurité
Sortir la victime de l'eau en protégeant le sauveteur et en maintenant les voies aériennes
Ne jamais se mettre en danger : utiliser une perche, une bouée, un gilet de sauvetage
Extraction en position horizontale si possible (risque de collapsus par perte de pression hydrostatique)
Maintien de l'axe tête-cou-tronc si suspicion de traumatisme rachidien (plongeon, sport nautique)
Débuter les insufflations dans l'eau si le sauveteur est formé et sécurisé (ventilation prioritaire)
Alerter le 15 (SAMU) : préciser contexte aquatique, durée d'immersion estimée, température de l'eau

IDE

Classification de Szpilman et évaluation initiale
Déterminer le stade de noyade pour orienter la prise en charge
Stade 1 : toux sans mousse aux lèvres, auscultation normale, surveillance simple
Stade 2 : râles crépitants dans certains champs, légère détresse respiratoire
Stade 3 : OAP avec mousse aux lèvres, hypotension modérée
Stade 4 : OAP sévère avec hypotension marquée et troubles de conscience
Stade 5 : arrêt respiratoire isolé, pouls carotidien présent
Stade 6 : arrêt cardio-respiratoire, débuter la RCP immédiatement
Mesurer la température (tympanique ou rectale) : rechercher hypothermie associée

IDE

Ventilation précoce : priorité absolue
La noyade est une détresse respiratoire, la ventilation prime sur les compressions
Libérer les voies aériennes : extension de la tête (sauf trauma rachidien), subluxation mandibulaire
Aspiration des sécrétions et de l'eau résiduelle dans l'oropharynx
Débuter par 5 insufflations initiales : spécificité noyade, pas 2 comme dans la RCP standard
Chaque insufflation est donnée jusqu'au soulèvement thoracique visible
Oxygène au masque haute concentration 15 L/min dès que disponible
BAVU avec réservoir O2 si ventilation spontanée insuffisante (FR inférieure à 10 ou SpO2 inférieure à 90 %)
BAVU avec réservoirOxygène 15 L/minAspirateur de mucosités

Collaboration

RCP spécifique noyade
Algorithme de réanimation adapté au mécanisme hypoxique de l'arrêt cardiaque
Séquence noyade : 5 insufflations initiales, vérification du pouls, puis cycles 30:2 standard
IDE : pose et utilisation du DAE en autonomie (rôle propre), poursuite des compressions au rythme du métronome
Préparation des ampoules d'adrénaline et de la voie IV ou IO en attente de la prescription médicale
Sur prescription médicale : adrénaline différée tant que la température reste sous 30 °C, puis administrée en espaçant les doses tant que la température reste basse
Si défibrillateur manuel utilisé en présence du médecin : préparation, sécurisation et collaboration au choix de l'énergie
En hypothermie sous 30 °C, la défibrillation est limitée à 3 chocs : si la FV persiste, différer les chocs suivants jusqu'au réchauffement au-dessus de 30 °C, en poursuivant une RCP de qualité et un réchauffement actif simultané (SFMU 2011 ; principe ERC/CFRC 2025)
Ne pas conclure à l'inefficacité de la RCP tant que la température corporelle n'a pas été corrigée par un réchauffement actif
DAEAmpoules d'adrénaline et seringuesMatériel pour voie IV ou IO

Collaboration

Prise en charge de l'hypothermie associée
Réchauffer progressivement la victime selon le degré d'hypothermie
IDE rôle propre : retirer les vêtements mouillés, sécher la peau, couvrir avec couverture de survie, manipuler avec douceur
IDE rôle propre : monitoring ECG continu, prise de température toutes les heures, traçabilité des valeurs
Hypothermie légère (32 à 35 °C) : réchauffement passif, couverture de survie en milieu chaud
Hypothermie modérée (28 à 32 °C) : réchauffement actif externe avec couvertures chauffantes ou système à air pulsé chaud
Sur prescription médicale : perfusion de solutés réchauffés à 40 à 42 °C, lavage gastrique ou vésical chauffé si hypothermie sévère
Hypothermie sévère (inférieure à 28 °C) : transfert vers centre disposant d'une CEC ou d'une ECMO pour réchauffement actif interne
Objectif de réchauffement progressif 1 à 2 °C par heure en hypothermie modérée à sévère
Couverture de survieCouvertures chauffantesSolutés réchauffésThermomètre hypothermique

IDE

Surveillance post-réanimation et orientation
Prévenir les complications secondaires et orienter vers la structure adaptée
Surveillance respiratoire rapprochée (SpO2, FR, auscultation) : risque d'OAP retardé dans les heures suivantes (jusqu'à 24 à 48 h selon la gravité)
Préparer et accompagner la radiographie thoracique si prescrite ou prévue par protocole, puis transmettre toute dégradation respiratoire au médecin
Préparer ou réaliser la gazométrie artérielle selon prescription ou protocole, transmettre immédiatement hypoxémie ou acidose au médecin
Tracer les signes évocateurs d'une pneumopathie d'inhalation (fièvre, sécrétions purulentes, foyer auscultatoire) pour le médecin
Surveillance neurologique IDE : GCS, pupilles, transmettre toute aggravation au médecin (pronostic lié à la durée d'hypoxie)
Orientation médicale habituelle selon stade Szpilman : surveillance hospitalière 24 h au stade 1 et 48 h en soins intensifs au stade 2 du fait d'une aggravation secondaire possible (prolongée chez l'enfant), soins continus ou réanimation pour stade 3-4, réanimation avec ventilation mécanique pour stade 5-6
Jamaisne pas pratiquer de Heimlich pour vider les poumons. La technique est inefficace sur les liquides, retarde la RCP et expose au vomissement avec inhalation secondaire
Jamaisne pas déclarer le décès d'une victime hypotherme avant réchauffement à au moins 32 °C. Personne n'est mort tant qu'il n'est pas chaud et mort
Priorité5 insufflations initiales avant les compressions thoraciques. La noyade est une urgence respiratoire, l'arrêt cardiaque est d'origine hypoxique, pas un trouble du rythme primaire
Règletoute victime ayant inhalé de l'eau est surveillée même asymptomatique. L'aggravation respiratoire secondaire peut apparaître dans les heures qui suivent (surveillance 24 à 48 h selon la gravité), le SDRA dans les 48 premières heures
Piègesous 30 °C, la défibrillation est limitée à 3 chocs (SFMU 2011 ; principe ERC/CFRC 2025). Si la FV persiste après 3 chocs, différer les chocs suivants jusqu'au réchauffement au-dessus de 30 °C, en poursuivant RCP de qualité et réchauffement actif. L'adrénaline est elle aussi différée tant que la température reste sous 30 °C
Chiffre clé5 insufflations, puis cycles 30:2. Réchauffement 1 à 2 °C par heure. Surveillance hospitalière 24 h au stade 1, 48 h au stade 2
Continu
SpO2 continue (objectif 94 à 98 %)

Si chute malgré O2 haut débit, alerter le médecin (OAP secondaire possible dans les heures qui suivent)

Ponctuel
Fréquence respiratoire et auscultation pulmonaire toutes les heures : apparition de crépitants ou polypnée → alerte immédiate
Ponctuel
Température corporelle horaire

Si stagnation ou descente sous 35 °C, demander réévaluation des moyens de réchauffement

Continu
ECG continu

Apparition d'une anomalie nouvelle du tracé ou de troubles du rythme → prévenir le médecin sans interrompre le scope

Ponctuel
Glasgow Coma Scale et pupilles toutes les heures : aggravation d'un point ou apparition d'une asymétrie → appel médecin urgent
Ponctuel
Diurèse horaire

Si inférieure à 0,5 mL/kg/h, transmettre au médecin (hypoperfusion ou rhabdomyolyse)

S (Situation) : victime de noyade stade [1-6] de Szpilman, durée d'immersion estimée [X min], eau [douce/salée/piscine], température de l'eau si connue, température corporelle [valeur °C], RCP réalisée [oui/non, durée]
A (Antécédents) : circonstances (plongeon, malaise, chute accidentelle, alcoolisation), pathologies préexistantes (épilepsie, cardiopathie), traitements en cours, statut vaccinal antitétanique
É (Évaluation) : respiratoire (SpO2, FR, auscultation), hémodynamique (PA, FC), neurologique (GCS, pupilles), thermique, nombre de chocs délivrés si défibrillation
D (Demande) : radiographie thoracique, gazométrie artérielle, bilan biologique, validation médicale pour orientation (surveillance urgences si stade 1-2, soins continus si stade 3-4, réanimation si stade 5-6)
Traçabilité : heures précises d'extraction, début RCP, premières insufflations, premier choc, ROSC ou décès, médicaments injectés sur prescription
Entourage : témoin de l'extraction, durée d'immersion estimée, gestes réalisés avant l'arrivée des secours, coordonnées des proches à prévenir

SDRA secondaire ou noyade retardée

Aggravation respiratoire dans les heures suivant l'immersion (OAP secondaire dans les heures qui suivent, SDRA dans les 48 premières heures) avec polypnée, crépitants extensifs, chute SpO2 sous O2 haut débit → surveillance rapprochée, alerte médicale immédiate, préparation du matériel d'intubation

Pneumopathie d'inhalation

Fièvre, sécrétions purulentes, foyer auscultatoire à 24-72 h → tracer les signes, transmettre au médecin pour bilan et antibiothérapie

Encéphalopathie anoxique

Aggravation du GCS, convulsions, mydriase aréactive → maintien des voies aériennes, scope, appel médecin urgent

Syndrome de sauvetage

FV déclenchée par mobilisation brutale d'une victime hypotherme → manipuler avec douceur, scope continu, alerter le médecin dès toute anomalie nouvelle du tracé

Insuffisance rénale aiguë sur rhabdomyolyse

Urines foncées, oligurie inférieure à 0,5 mL/kg/h → mesurer la diurèse horaire, transmettre au médecin pour bilan biologique
Troubles hydroélectrolytiques (hémodilution en eau douce, hypernatrémie en eau salée) : signes neurologiques, troubles du rythme → bilan ionogramme demandé par le médecin, surveillance ECG

Références

CFRC :L'arrêt cardiaque en France en 2025 · CFRC · 2025

Accidents de plongée - Noyade :Journées thématiques interactives de la SFMU, Urgences mer & loisir, Toulon 2019 · SFMU · 2019

Conseil français de réanimation cardio-pulmonaire :Page de référence sur la réanimation adulte · CFRC · 2025

Les prises en charge spécifiques de la noyade (stades, surveillance 24 h stade 1 / 48 h stade 2, hypothermie sévère et défibrillation limitée à 3 chocs sous 30 °C) · SofIA / SFMU · 2011

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.