Réanimation cardio-pulmonaire adulte

Prise en charge IDE de l'arrêt cardiorespiratoire adulte : reconnaître, agir, défibriller selon CFRC 2025 / ERC 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Plusieurs dizaines de milliers d'arrêts cardiaques par an en France, intra et extrahospitaliers. La fibrillation ventriculaire est la cause principale, rythme choquable et traitable. Chaque minute sans MCE réduit les chances de survie d'environ 10 %, et la défibrillation précoce peut atteindre près de 50 % de survie quand elle arrive dans les 3 premières minutes.

Critique

Inconscience soudaine : absence totale de réponse aux stimulations verbales et douloureuses → appeler à l'aide, déclencher l'alerte et vérifier respiration et pouls en moins de 10 secondes
Absence de respiration ou gasps agoniques : mouvements thoraciques absents ou inefficaces (les gasps ne sont pas une respiration normale) → débuter immédiatement le MCE, ne pas attendre
Absence de pouls carotidien ou fémoral perceptible en moins de 10 secondes → débuter le MCE et préparer le DAE
Teint grisâtre, cyanose des lèvres et des extrémités → poursuivre le MCE et la ventilation au masque-ballon avec O2 15 L/min
Mydriase bilatérale aréactive : souffrance cérébrale par anoxie → poursuivre la RCP sans interruption et alerter le médecin de l'évolution
En cas d'arrêt cardiaque, le cœur ne pompe plus : le MCE prend le relais immédiatement pour créer un débit sanguin artificiel (20 à 30 % du débit normal).
Le cerveau souffre dès 3 minutes sans oxygène et les lésions deviennent irréversibles après 5 minutes, d'où l'urgence à démarrer la RCP sans perdre une seconde.
La fibrillation ventriculaire, elle, est une cause électrique réversible : c'est pour ça qu'on défibrille le plus tôt possible, pour rendre au cœur un rythme efficace.
Et comme chaque interruption du massage efface le bénéfice des compressions précédentes sur la perfusion coronaire, on limite chaque pause à moins de 10 secondes.
Plan dur (planche à masser) à glisser sous le patient avant le MCEDAE (rôle propre IDE en autonomie) ou défibrillateur manuel (présence médicale, sur prescription)Ballon masque ventilation + masque facial adapté + source O2 à 15 L/minCanule de Guedel (oropharyngée) de taille adaptéeVVP 18G minimum + tubulure + NaCl 0,9 % pour rinçageMédicaments d'urgence sur prescription médicale : adrénaline 1 mg/mL et amiodarone 150 mg/3 mLScope multiparamétrique pour surveillance post-ROSCChariot d'urgence complet : laryngoscope, sondes d'intubation, aspiration

6 étapes

IDE

Reconnaissance et alerte
Confirmer l'ACR et déclencher la chaîne de survie sans délai
Stimuler : parler fort, secouer les épaules (10 secondes maximum)
Vérifier la respiration : regarder, écouter, sentir simultanément au pouls carotidien (10 secondes max)
Gasps présents : ce ne sont pas une respiration efficace, à traiter comme un ACR
Appeler à l'aide immédiatement : bouton alarme, téléphone interne urgence, crier fort
Demander à un tiers : apporter le DAE et le chariot d'urgence
Si seul : appel SAMU (15) en mode haut-parleur en débutant les compressions

IDE

Massage cardiaque externe (MCE)
Maintenir un débit sanguin minimal vers le cerveau et le cœur
Glisser le plan dur sous le patient immédiatement
Talon d'une main sur le tiers inférieur du sternum, autre main par-dessus, doigts relevés
Bras tendus perpendiculaires au thorax : poids du corps, pas la force des bras
Profondeur : 5 à 6 cm (ni moins = inefficace, ni plus = lésions inutiles)
Fréquence : 100 à 120 compressions/min (rythme régulier et soutenu)
Relâchement complet entre chaque compression : mains qui restent en place mais pression nulle
Relayer le masseur toutes les 2 minutes : pause de relais inférieure à 5 secondes

IDE

Ventilation artificielle
Oxygéner en alternance avec le MCE
Ratio 30 compressions pour 2 ventilations (30:2), avec une interruption du MCE inférieure à 5 secondes
Installer la canule de Guedel si possible avant les ventilations
Ballon masque ventilation avec O2 à 15 L/min
Volume insufflé : juste assez pour obtenir un soulèvement thoracique visible (6 à 8 mL/kg, soit environ 500 à 600 mL chez l'adulte), ne pas surinsuffler
Durée d'insufflation : 1 seconde par ventilation
Après intubation par le médecin : MCE continu sans pause + 1 ventilation toutes les 6 secondes

Collaboration

Défibrillation précoce
Corriger la fibrillation ventriculaire par choc électrique externe
Poser les électrodes dès la disponibilité du défibrillateur : MCE continue pendant la pose
DAE en autonomie IDE : suivre les instructions vocales, pause MCE inférieure à 5 secondes pour analyse
Défibrillateur manuel (présence médicale) : au moins 150 J biphasique au premier choc, escalade possible jusqu'à 200 J sur prescription
Choc conseillé : s'assurer que personne ne touche le patient, délivrer le choc
Reprendre le MCE immédiatement après le choc sans attendre l'analyse du rythme
Rythme non choquable : poursuivre le MCE 2 minutes puis nouvelle analyse
Adrénaline 1 mg IV sur prescription médicale : dès que possible si rythme non choquable, après le 3e choc si FV/TV sans pouls, puis toutes les 3 à 5 minutes

Sur prescription

Cycles de RCP et médicaments
Maintenir la réanimation spécialisée jusqu'au ROSC ou à la décision médicale
Cycles de 2 minutes (30:2), analyse du rythme et relais du masseur à chaque cycle
Adrénaline 1 mg IV sur prescription médicale : dès que possible si rythme non choquable, après le 3e choc si FV/TV sans pouls, puis toutes les 3 à 5 minutes
Amiodarone 300 mg IV sur prescription médicale si FV/TV sans pouls réfractaire après le 3e choc, puis 150 mg après le 5e choc si la FV/TV persiste
IDE : préparer les ampoules et seringues, administrer sur prescription, noter les horaires d'injection
Ne jamais interrompre le MCE plus de 10 secondes pour quelque raison que ce soit
Continuer jusqu'au ROSC confirmé, à l'épuisement total de l'équipe ou à la décision médicale d'arrêt

IDE

Surveillance post-ROSC
Évaluer le retour à la circulation et prévenir la récidive immédiate
ROSC confirmé si : pouls carotidien perceptible + signes de vie (mouvement, toux, respiration)
Scope immédiat : FC, SpO2, PA. Cibles : SpO2 94-98 %, PAM supérieure ou égale à 65 mmHg sur prescription
Température : prévenir l'hyperthermie post-ROSC (cible strictement inférieure à 37,5 °C pendant au moins 72 h, ERC 2025), pas d'hypothermie ciblée systématique
Maintenir la ventilation assistée si la respiration spontanée est insuffisante (FR inférieure à 10/min)
Ne pas mobiliser le patient : risque de re-fibrillation dans les premières minutes
Neurologique : GCS répété toutes les 5 minutes, réactivité pupillaire
Transmettre au médecin : heure ACR, durée RCP, nombre de chocs, médicaments administrés et horaires
JamaisArrêter la RCP avant l'arrivée du SAMU sauf épuisement total ou danger immédiat. Seul le médecin décide de l'arrêt
PrioritéDébuter le MCE immédiatement sans attendre le DAE ou le médecin. Chaque minute sans MCE réduit les chances de survie d'environ 10 %
RègleNe jamais interrompre le MCE plus de 10 secondes. Chaque pause annule le bénéfice des compressions précédentes
RègleRelayer le masseur toutes les 2 minutes. La fatigue réduit l'efficacité dès la 1re minute sans que le soignant s'en rende compte
PiègeLes gasps agoniques ne sont PAS une respiration efficace, à traiter comme un ACR même si des mouvements sont présents
Chiffre clé100-120 compressions/min, 5-6 cm de profondeur. La qualité des compressions détermine la survie
Ponctuel
Signes de ROSC

Si pouls, mouvements spontanés ou respiration efficace apparaissent, interrompre brièvement le MCE pour confirmer, maintenir la ventilation et le scope, transmettre immédiatement au médecin. Sinon, poursuivre la RCP

Ponctuel
Qualité du MCE

Si profondeur insuffisante ou rebond thoracique incomplet, vérifier la position des mains et organiser le relais du masseur

Ponctuel
Rythme DAE

Analyse toutes les 2 minutes. Si rythme choquable, délivrer le choc selon instructions vocales. Si non choquable, poursuivre le MCE

Ponctuel
SpO2 et FC post-ROSC

Cible SpO2 94-98 %. Si désaturation persistante, alerter le médecin et adapter l'O2 sur prescription

Ponctuel
Température post-ROSC

Si température supérieure ou égale à 37,5 °C, alerter le médecin, découvrir le patient selon contexte, tracer la valeur et préparer les mesures de contrôle thermique prescrites (CFRC / ERC 2025)

Ponctuel
Neurologique post-ROSC

GCS, réactivité pupillaire, agitation. Si chute du GCS ou anisocorie, alerter le médecin sans délai

S (Situation) : Arrêt cardiorespiratoire constaté à [heure] en chambre [X]. RCP débutée à [heure]. DAE utilisé : [oui/non], [X] choc(s) délivré(s). Durée de réanimation en cours : [X] minutes.
A (Antécédents) : [Prénom Nom], [âge] ans. Antécédents cardiologiques : [oui, lesquels / non]. Directives anticipées connues : [oui/non]. Cause supposée de l'arrêt : [fibrillation ventriculaire / inconnue / autre].
E (Évaluation clinique actuelle) : Neurologique : inconscient, GCS non évaluable sous RCP, pupilles [mydriatiques/normoréactives]. Hémodynamique : absence de pouls avant RCP, rythme DAE [choquable/non choquable]. Voie veineuse : [posée calibre X / non posée]. Médicaments : adrénaline [X] mg administrée (dernière injection à [heure]). Ventilation : masque-ballon O2 15 L/min, soulèvement thoracique [efficace/insuffisant].
D (Demande) : RCP en cours depuis [X] minutes. Heure d'arrivée estimée des secours médicalisés. Demande : conduite à tenir si ROSC obtenu avant l'arrivée et orientation post-arrêt souhaitée (USIC / réanimation).
Traçabilité : noter heure de l'effondrement ou de découverte, heure de début du MCE, analyses DAE, chocs délivrés, médicaments administrés sur prescription avec horaires, relais du masseur, ROSC éventuel et identité des intervenants.
Entourage : informer la famille présente avec tact, recueillir les directives anticipées si disponibles, transmettre toute information à l'équipe médicale.

Fractures costales

Craquements ou mobilité thoracique anormale sous les mains. Poursuivre le MCE de qualité, alerter le médecin et tracer l'événement sans interrompre la RCP. Surviennent dans 30 à 80 % des RCP efficaces

Pneumothorax

Ventilation difficile, asymétrie thoracique, désaturation ou résistance au masque-ballon. Alerter immédiatement le médecin, vérifier l'étanchéité du masque et poursuivre la ventilation selon ses consignes

Lésions hépatiques ou spléniques

Abdomen qui se distend, instabilité post-ROSC, douleur ou défense si réveil. Vérifier la position des mains (tiers inférieur du sternum, pas trop bas ni latéral), alerter le médecin et tracer les observations

Insufflation gastrique

Distension abdominale, régurgitations ou ventilation difficile. Réduire les volumes insufflés, vérifier l'étanchéité du masque, aspirer selon le protocole du service et alerter le médecin

Syndrome post-arrêt

Instabilité hémodynamique et neurologique après ROSC. Surveillance rapprochée obligatoire dans les 30 premières minutes, transmettre toute dégradation au médecin sans délai

Références

Réanimation cardio-pulmonaire adulte (traduction française des recommandations ERC 2025) · CFRC · 2025

Organisation de la réanimation cardio-pulmonaire spécialisée préhospitalière · SFMU · 2025

Prise en charge de l'arrêt cardiaque (page de synthèse, références à actualiser via CFRC 2025) · SFAR

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.