Échelles d'évaluation

Échelle de Braden

Braden ne se contente pas de chiffrer, elle décrit. 6 sous-échelles pour repérer LE facteur dominant (perception, nutrition, friction) et cibler la prévention. Plus précise que Norton, plus longue à coter. Lire les sous-scores avant le total.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'essentiel

6-9

Très haut risque d'escarre

Score 6 à 23

6 sous-échelles cotées 1 à 4 (sauf friction et cisaillement, 1 à 3). Score total 6 (risque maximal) à 23 (risque minimal).

Seuil adapté à l'âge

Seuil habituellement retenu : inférieur ou égal à 16 chez l'adulte. Chez la personne âgée, le protocole du service peut retenir un seuil plus sensible. Déclencher le protocole de prévention dès le seuil franchi.

Sous-score avant total

Un sous-score 1 (perception, mobilité, nutrition) signe un facteur dominant à cibler, même si le total reste correct. Lire les 6 lignes avant la somme.
Quand
À l'admission de tout patient hospitalisé, à réévaluer toutes les 48 à 72 heures en soins aigus, hebdomadaire en SSR ou soins de longue durée. À chaque bascule clinique (chirurgie, sédation, dégradation nutritionnelle, perte de mobilité).
Pour qui
Adultes hospitalisés ou institutionnalisés. Pédiatrie : préférer la Braden Q (adaptation pédiatrique), à utiliser selon le protocole du service.

Perception sensorielle

Le patient ressent-il et signale-t-il l'inconfort lié à la pression ?

Grave
1
2
3
4
Normal

Observation

Réagit normalement à l'inconfort, sans déficit sensitif limitant ?
4

Aucune limitation

Observation

Réagit aux ordres verbaux mais ne signale pas toujours son inconfort ou son besoin de changement de position ?
3

Légèrement limitée

Stimulus

Réagit uniquement à la douleur intense, communique son inconfort par gémissements ou agitation ?
2

Très limitée

Absence

Aucune réaction à la douleur (coma, sédation profonde, neuropathie étendue) ?
1

Complètement limitée

En stage

Sous-score 1 chez le paraplégique, le coma, la neuropathie sévère = facteur dominant à cibler même si le total reste correct.

Humidité

À quelle fréquence la peau est-elle exposée à l'humidité ?

Grave
1
2
3
4
Normal

Observation

Peau habituellement sèche, protection rarement souillée ?
4

Rarement humide

Observation

Peau occasionnellement humide, change environ une fois par jour ?
3

Occasionnellement humide

Observation

Peau souvent humide nécessitant des changes au moins une fois par poste ?
2

Souvent humide

Observation

Peau presque continuellement exposée à l'humidité (transpiration profuse, incontinence permanente) ?
1

Constamment humide

Activité

Le patient se lève-t-il et se déplace-t-il dans la journée ?

Grave
1
2
3
4
Normal

Observation

Marche au moins 2 fois par jour hors de la chambre et au moins une fois toutes les 2 heures dans la chambre en éveil ?
4

Marche fréquente

Observation

Marche de courtes distances au moins 2 fois par jour, majorité du temps au lit ou au fauteuil ?
3

Marche occasionnelle

Observation

Capacité de marche très réduite ou nulle, transferts au fauteuil avec aide ?
2

Confiné au fauteuil

Observation

Patient confiné au lit en permanence, sans mise au fauteuil ?
1

Alité

Mobilité

Le patient change-t-il seul et fréquemment de position ?

Grave
1
2
3
4
Normal

Observation

Changements de position importants et fréquents sans aide ?
4

Aucune limitation

Observation

Changements fréquents de faible amplitude, peut se retourner seul ?
3

Légèrement limitée

Observation

Légers changements occasionnels, incapable de se retourner seul ?
2

Très limitée

Absence

Aucun changement de position du corps ou des extrémités sans aide ?
1

Complètement immobile

Nutrition

Le patient mange-t-il suffisamment et de manière équilibrée ?

Grave
1
2
3
4
Normal

Observation

Mange la totalité des repas, plus de 4 portions de protéines, parfois entre les repas ?
4

Excellente

Observation

Mange plus de la moitié des repas, 4 portions de protéines par jour, prend des compléments si refus ?
3

Adéquate

Observation

Mange environ la moitié de l'assiette, apports protéiques limités ?
2

Probablement inadéquate

Observation

Mange rarement plus du tiers de l'assiette, à jeun ou perfusion seule depuis plus de 5 jours ?
1

Très pauvre

En stage

Sous-score nutrition 1 ou 2 = avis diététique sur prescription, dosage albuminémie sur prescription.

Friction et cisaillement

La peau subit-elle des forces de friction ou de cisaillement ?

Grave
1
2
3
Normal

Observation

Mobilisation autonome avec force suffisante pour se soulever, position correcte au lit et au fauteuil ?
3

Aucun problème apparent

Observation

Mobilisation difficile avec aide minimale, glissement parfois lors des mobilisations ?
2

Problème potentiel

Observation

Aide modérée à maximale pour la mobilisation, glissement fréquent dans le lit ou le fauteuil, spasticité ou agitation ?
1

Problème

En stage

Cotation 1 à 3 (et non 1 à 4 comme les autres). Subtilité technique fréquemment oubliée.
6-9

Très haut risque d'escarre

Plan complet immédiat

Plan complet immédiat selon le protocole : matelas à pression alternée haute performance sur prescription, repositionnement toutes les 2 heures avec fiche tracée, support nutritionnel hyperprotéiné sur prescription, protection de tous les points d'appui, surveillance cutanée à chaque mobilisation, coussin de décharge au fauteuil.
10-12

Haut risque d'escarre

Repositionner 2-3 h

Prévention renforcée : matelas adapté (mousse viscoélastique ou pression alternée), repositionnement toutes les 2 à 3 heures selon l'âge, la pathologie et les habitudes du patient, et alternance lit-fauteuil sous 2 heures à ce niveau de risque (ANAES 2001). Évaluation nutritionnelle et compléments sur prescription si besoin, protection des talons, surveillance cutanée biquotidienne.
13-14

Risque modéré

Stimuler la mobilité

Prévention standard : surmatelas de prévention, stimulation des changements de position, éducation du patient et de l'entourage, surveillance cutanée quotidienne.
15-18

Risque léger à modéré selon l'âge

Adapter selon l'âge

Risque variable selon l'âge : seuil habituellement retenu inférieur ou égal à 16 chez l'adulte, seuil plus sensible possible chez la personne âgée selon le protocole du service. Mesures préventives de base : support adapté, stimulation des changements de position, soins cutanés, nutrition équilibrée.
19-23

Risque faible

Surveillance standard

Risque cutané faible. Maintenir les mesures de prévention de base. Réévaluer en cas de bascule clinique (chirurgie, immobilisation, dégradation nutritionnelle).

Observer le patient avant de coter

Observer dans les activités quotidiennes, consulter le dossier de soins, interroger l'équipe et le patient ou son entourage. Ne pas se fier aux seules déclarations du patient.

Coter chacune des 6 sous-échelles

Attribuer un score à chaque sous-échelle : perception, humidité, activité, mobilité, nutrition (cotées 1 à 4), friction et cisaillement (cotée 1 à 3). Choisir le palier qui correspond à l'état actuel.

Calculer le score total

Additionner les 6 sous-scores. Score 6 à 23. Seuil de déclenchement du protocole : inférieur ou égal à 16 chez l'adulte. Chez la personne âgée, appliquer le seuil retenu par le protocole du service (souvent plus sensible).

Lire les sous-scores avant le total

Un sous-score 1 sur perception, mobilité ou nutrition est un facteur dominant à cibler même si le total est correct. Le score Braden 15 d'un paraplégique avec perception 1 cache un risque ischiatique majeur.

Tracer et transmettre

Inscrire le score Braden complet (total + 6 sous-scores) avec la date, l'horaire, les initiales IDE et les mesures déjà en place. Transmettre en relève le score, l'évolution et l'état cutané observé.
Réaliser le score Braden complet (6 sous-scores + total), inspecter les points d'appui, mettre en place les mesures préventives selon le protocole du service.

Au moment de l'évaluation initiale · Tout patient hospitalisé · Rôle propre

Transmission

Si score total inférieur ou égal à 16 chez l'adulte, ou seuil dépassé selon le protocole du service chez la personne âgée, ou si un sous-score 1 sur perception, mobilité ou nutrition → déclencher le protocole de prévention. Tracer le score complet et les mesures.
Recalculer les 6 sous-scores et le total. Comparer à la valeur précédente. Identifier le sous-score qui a baissé pour cibler l'intervention.

Toutes les 48 à 72 heures en soins aigus, hebdomadaire en SSR · Hospitalisation, EHPAD, soins de longue durée · Rôle propre

Transmission

Si baisse du total, bascule de plage, ou si un sous-score passe à 1 → renforcer les mesures préventives, alerter le médecin pour révision du plan. Tracer la cause de la bascule.
Inspecter sacrum, talons, trochanters, ischions, occiput, omoplates, coudes. Réaliser une vitropression devant toute rougeur. Hydrater la peau saine en douceur, sans masser.

À chaque mobilisation et soin d'hygiène · Tout point d'appui · Rôle propre

Transmission

Si rougeur ne s'effaçant pas à la vitropression (escarre stade 1 suspectée) → alerter le médecin ou l'IDE référente plaies, décharger la zone, ne pas masser ni frictionner ni effleurer ; manipuler uniquement pour inspection ou soin selon protocole.
Solliciter un avis diététique sur prescription. Anticiper l'albuminémie et la pré-albumine sur prescription. Fractionner les apports, proposer les compléments hyperprotéiques sur prescription, surveiller les ingesta.

Selon prescription · Sous-score nutrition 1 ou 2 · Prescription

Transmission

Si nutrition inférieure ou égale à 2 ou refus alimentaire récidivant → alerter le médecin pour avis diététique et bilan biologique sur prescription. Tracer les apports et la tolérance des compléments.

Urgence vitale · Apparition d'une escarre constituée ou aggravation aiguë

Alerter sans délai le médecin et l'IDE référente plaies. Déclencher le bilan biologique sur prescription (NFS, albuminémie, CRP). Renforcer la décharge du point d'appui concerné. Tracer l'horaire et la localisation.

Conduite IDE immédiate

Si escarre constituée ou aggravation rapide d'une rougeur → alerte immédiate au médecin et à l'IDE référente plaies. Transmettre la localisation, l'aspect, les mesures déjà en place et le score Braden actuel. Anticiper l'avis spécialisé selon le protocole.

Lecture du seul score total

Erreur

Conclure « Braden 15, risque modéré, prévention standard » sans regarder les 6 sous-scores.

Règle

Un Braden 15 chez un paraplégique avec perception sensorielle à 1 cache un risque ischiatique majeur. Lire les 6 sous-scores AVANT le total. Tout sous-score à 1 (perception, mobilité, nutrition) est un facteur dominant à cibler.

Friction et cisaillement cotée comme les autres

Erreur

Coter friction et cisaillement de 1 à 4 par habitude, alors que la sous-échelle est cotée de 1 à 3.

Règle

Friction et cisaillement = 1 à 3 (et non 1 à 4 comme les 5 autres). Subtilité technique fréquemment oubliée. Vérifier la cotation après calcul du total.

Seuil universel ignoré pour la personne âgée

Erreur

Appliquer le seuil inférieur ou égal à 16 chez tous les patients sans tenir compte de l'âge.

Règle

Seuil habituellement retenu inférieur ou égal à 16 chez l'adulte. Chez la personne âgée, le protocole du service peut retenir un seuil plus sensible (souvent inférieur ou égal à 18) en raison de la sensibilité cutanée augmentée et du risque d'escarre majoré. Adapter le seuil au profil du patient.

Échelle

Friction et cisaillement moins discriminante

La sous-échelle friction et cisaillement (1 à 3) est moins discriminante que les 5 autres (1 à 4), ce qui peut sous-estimer ce facteur chez les patients agités, spastiques ou avec contractures.

Adaptation : Compléter par une observation clinique du glissement au lit et au fauteuil. Utiliser des aides techniques (drap de glissement, planche de transfert) pour limiter friction et cisaillement, et tracer ces mesures.

Évaluation

Nutrition sommairement évaluée

Le score Braden ne remplace pas une évaluation nutritionnelle complète (IMC, albuminémie, pré-albumine, ingesta). Un sous-score 3 peut masquer une dénutrition débutante.

Adaptation : Coupler avec un bilan nutritionnel sur prescription (albuminémie, pré-albumine), un calcul d'IMC et une analyse des ingesta. Avis diététique systématique en cas de doute.

Performance

Sensibilité élevée mais spécificité modérée

Braden identifie bien les patients à risque (sensibilité élevée) mais peut classer à tort des patients non à risque comme étant à risque (faux positifs).

Adaptation : Coupler le score à un coup d'œil clinique global. La prévention reste légère sur les faux positifs (surmatelas, stimulation), donc le coût d'un faux positif est faible. Mieux vaut prévenir.

Le piège du sous-score : Braden 15 et perception sensorielle 1

J0 (admission en réadaptation)Centre de rééducation, jeune adulte paraplégique
M. Soulier, 32 ans, paraplégique à la suite d'un accident de moto il y a 3 mois (lésion médullaire T10). En fauteuil roulant toute la journée, bonne force des membres supérieurs. Peau sèche. Sportif avant l'accident, mange bien. Sondages intermittents propres, pas d'incontinence fécale.
J0 (cotation et lecture)Score Braden et lecture des sous-scores
Score Braden : perception sensorielle 1 (aucune sensation sous T10 : fesses, périnée, membres inférieurs), humidité 4, activité 2 (confiné au fauteuil), mobilité 2 (très limitée des membres inférieurs), nutrition 4, friction 2 (problème potentiel lors des transferts). Total 15/23, en apparence risque modéré. Mais le sous-score perception 1 signe un risque ischiatique majeur invisible : il ne ressentira jamais la douleur ischiatique au fauteuil.

Bascule clinique

Pédagogie centrale Braden : le total seul peut tromper. Un Braden 15 chez un paraplégique avec perception 1 cache un risque ischiatique majeur. Un sous-score 1 sur perception, mobilité ou nutrition est un facteur dominant à cibler même si le total est correct.

Conduite IDE immédiate

  • Tracer le score Braden complet (15/23) avec les 6 sous-scores dans le dossier de soins.
  • Mettre un coussin de décharge adapté au fauteuil (mousse à mémoire de forme) sur prescription ou protocole du service.
  • Programmer un push-up régulier selon le protocole de rééducation au fauteuil (soulèvement actif des bras pour décharger les ischions).
  • Démarrer une éducation thérapeutique intensive : auto-inspection cutanée avec miroir (ischions, sacrum, talons), reconnaissance des signes d'escarre, technique de soulagement de pression.
  • Mettre un matelas de prévention au lit et surveiller l'humidité périnéale.
  • Maintenir l'alimentation hyperprotéinée pour soutenir la résistance tissulaire.
  • Programmer un suivi dermatologique régulier sur prescription, alerter en cas de rougeur découverte.

Transmission SAED

Situation
M. Soulier, 32 ans, paraplégique T10 post-accident il y a 3 mois, en réadaptation.
Antécédents
Lésion médullaire T10 complète, sondages intermittents propres, pas d'incontinence fécale, sportif avant l'accident.
Évaluation
Braden 15/23 : perception 1 (aucune sensation sous T10), humidité 4, activité 2, mobilité 2, nutrition 4, friction 2. Total apparent modéré mais sous-score perception 1 = facteur dominant ischiatique.
Demande
Validation du protocole de prévention : coussin de décharge, push-up régulier selon le protocole de rééducation, éducation thérapeutique. Suivi dermatologique sur prescription.

Références

Conférence de consensus : Prévention et traitement des escarres de l'adulte et du sujet âgé (ANAES 2001, reprise HAS) · Conférence de consensus (méthodologie ANAES) · 2001

Recommandations formalisées d'experts : Prévention et traitements des lésions de pression en réanimation · SRLF · 2022

Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus · HAS-FFN · 2021

Article R.4311-4 du Code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret 2025-1306) · Légifrance · 2026

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.