Déontologie

Clause de conscience

Clause de conscience IDE pour l'IVG (L.2212-8), droit général de refus (R.4312-12), continuité des soins, urgence vitale et limites du refus.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Pour l'IDE, le texte explicite est l'IVG : L.2212-8 dit qu'aucun infirmier n'est tenu de concourir à une interruption de grossesse

Hors IVG : utiliser R.4312-12. Refus possible pour raison professionnelle ou personnelle, sauf urgence et humanité, avec explication, orientation et transmission

Urgence vitale : porter assistance ou s'assurer que les soins nécessaires sont reçus (R.4312-7). Non-assistance = 5 ans + 75 000 € (223-6 CP)

Idéalement : informer le cadre de santé par écrit AVANT d'être affecté à l'activité concernée (à la prise de poste)

Si invoquée en situation : informer le patient sans jugement ("Je ne peux pas participer personnellement, je vous oriente immédiatement")

Organiser la réorientation : contacter le cadre, vérifier qu'un collègue est disponible en temps utile

Tracer dans le dossier : heure, invocation de la clause, information donnée, nom du professionnel de remplacement

Éviter absolument : dissuader, culpabiliser, retarder, fournir des informations erronées

Refuser de soigner un patient VIH, homosexuel, d'une autre religion = discrimination, pas clause

Assimiler la SPCMD à l'IVG = erreur de cadre : L.2212-8 ne s'applique pas

Refuser de soigner un patient détenu en raison de son statut = refus discriminatoire ou hors cadre

Si souffrance éthique hors clause : alerter en amont le cadre ou le médecin, sans abandonner le patient

Vérifier l'absence d'urgence et de devoir d'humanité immédiat

Identifier une raison professionnelle ou personnelle claire

Expliquer brièvement le refus sans jugement ni pression

Orienter vers un confrère ou une structure adaptée

Transmettre les informations utiles pour que le soin continue

La clause est suspendue par l'urgence : intervenir immédiatement

Évaluer la situation (conscience, pouls, TA, hémorragie)

Appeler le SAMU/15 et le médecin du service

Premiers soins d'urgence (O2, VVP, remplissage, surveillance)

La clause s'appliquait à l'acte, pas aux soins d'urgence qui suivent

L'acte est une IVG ? Si oui : clause explicite pour l'IDE (L.2212-8)

Le refus est fondé sur un critère discriminatoire (VIH, orientation sexuelle, origine) ? Si oui : refus interdit

C'est une urgence vitale ? Si oui : aucun refus possible, porter secours

C'est un autre soin hors clause spécifique ? R.4312-12 permet un refus pour raison personnelle/professionnelle, avec obligation d'expliquer, orienter et transmettre (sauf urgence et humanité)

Dans le doute : sécuriser le patient et demander un arbitrage au cadre, au médecin ou au référent éthique

Cas pratique

IVG médicamenteuse : invocation correcte de la clause

Vous êtes IDE en centre de planification pratiquant des IVG. Affecté au circuit IVG, vous souhaitez invoquer votre clause. Une patiente vient pour la prise du mifépristone.

Comment invoquer correctement la clause et quelles sont vos obligations ?

Idéalement, vous auriez dû informer le cadre de santé en début de poste (ou à la prise de fonction)

Informer la patiente sans jugement : "Je ne peux pas participer personnellement. Je vous oriente immédiatement."

Prévenir le cadre pour organiser le remplacement par un collègue disponible en temps utile

Tracer dans le dossier : heure, invocation de la clause, information délivrée, nom du remplaçant

S'abstenir de dissuader, culpabiliser ou retarder la prise en charge

À ne pas faire
Invoquer la clause au dernier moment devant la patiente sans avoir prévenu le cadre : désorganise le service et retarde la prise en charge
Glisser vers un discours culpabilisant ou dissuasif : risque d'entrave à l'IVG (L.2223-2, 2 ans + 30 000 €)

Cas pratique

Refus de soigner un patient VIH : discrimination, pas clause

Un patient séropositif VIH est hospitalisé en chirurgie. Un IDE refuse de réaliser les soins postopératoires en invoquant ses "convictions morales".

Cette invocation est-elle légale ?

Non. Aucune clause de conscience ne couvre le refus de soins fondé sur l'état de santé du patient

C'est une discrimination (R.4312-11 CSP, 225-1 et 225-2 CP : 3 ans + 45 000 €, peine portée à 5 ans + 75 000 € dans un lieu accueillant du public)

Le cadre de santé doit intervenir pour assurer la prise en charge du patient

L'incident doit être tracé selon la procédure interne et peut faire l'objet d'une procédure disciplinaire

À ne pas faire
Confondre clause de conscience et refus discriminatoire : pour l'IDE, seule l'IVG dispose d'une clause explicite (L.2212-8)
Laisser le collègue refuser sans réagir : le silence normalise la discrimination

Cas pratique

Hémorragie post-abortum après invocation de la clause

Vous avez légitimement invoqué votre clause et n'avez pas participé à l'IVG. Trois heures plus tard, la patiente présente une TA à 70/40, FC 128, pâleur intense. L'IDE qui la prenait en charge est dans une autre chambre.

La clause vous dispense-t-elle d'intervenir ?

Non. L'urgence vitale suspend la clause : intervenir immédiatement (R.4312-7 CSP)

Entrer dans la chambre, évaluer (conscience, pouls, saturation, pertes)

Appeler le SAMU/15 et le médecin en urgence

Gestes d'urgence : position déclive, O2, VVP, remplissage

La clause s'appliquait à l'IVG, pas aux soins d'urgence qui suivent

À ne pas faire
Hésiter à intervenir "parce que c'est la patiente de l'IVG" : l'urgence vitale prime sur le refus. Une abstention volontaire peut relever de 223-6 CP
Attendre que l'autre IDE arrive : chaque minute compte avec un choc hémorragique

Cas pratique

IDE qui refuse de participer à une SPCMD

Un IDE refuse de participer à la mise en place d'une SPCMD prescrite pour un patient en phase terminale, arguant que "c'est comme tuer le patient".

Ce refus est-il couvert par la clause de conscience ?

Non au titre de L.2212-8 : la clause IVG ne s'étend pas à la SPCMD

La SPCMD relève d'un cadre légal distinct de fin de vie, avec prescription et procédure collégiale

Alerter le médecin ou le cadre en amont si vous éprouvez une difficulté éthique

Assurer la continuité du patient pendant l'arbitrage et ne pas interrompre seul la prise en charge

À ne pas faire
Confondre SPCMD et euthanasie : la SPCMD ne provoque pas la mort, elle soulage la souffrance en phase terminale
Croire qu'une difficulté éthique personnelle autorise à abandonner le soin sans relais : R.4312-12 impose explication, orientation et transmission

Cas pratique

Clause de conscience et AMP

Vous êtes IDE dans un centre de FIV. Vous êtes personnellement opposé à l'AMP pour des raisons éthiques. On vous affecte à la surveillance post-ponction ovocytaire.

Pouvez-vous invoquer une clause de conscience ?

Ne pas raisonner par analogie avec l'IVG : L.2212-8 ne vise pas l'AMP

Mobiliser plutôt R.4312-12 : refus possible pour raison personnelle, sauf urgence et humanité

Si vous invoquez R.4312-12 : expliquer, orienter vers un confrère ou une structure adaptée, et transmettre

Informer le cadre de santé de votre position dès la prise de poste, pas au moment du soin

Organiser un relais qui ne retarde pas volontairement la prise en charge de la patiente

À ne pas faire
Croire que la clause IVG s'étend automatiquement à l'AMP : c'est une idée reçue fréquente
Invoquer la clause au dernier moment devant la patiente : anticiper en informant le cadre

Points de vigilance

Pour l'IDE, la clause explicite vérifiée est l'IVG (L.2212-8). Hors IVG, raisonner avec R.4312-12 sous conditions.

Refuser de soigner un patient VIH, homosexuel, détenu ou d'une autre religion = discrimination illégale, pas clause de conscience.

L'urgence vitale prime sur le refus : porter secours ou s'assurer que les soins nécessaires sont reçus (R.4312-7, 223-6 CP).

La clause devient dangereuse si elle sert à dissuader, culpabiliser, retarder ou donner une information trompeuse sur l'IVG.

La clause est un droit individuel : elle ne peut être imposée à un collègue ni utilisée collectivement pour fermer un service.

Sanctions encourues

Entrave à l'IVG : Deux ans et 30 000 €

Refus de soins discriminatoire hors clause légale : Trois ans et 45 000 € (5 ans et 75 000 € en lieu public). Sanctions disciplinaires en parallèle

Non-assistance à personne en péril : Cinq ans et 75 000 €

Références

Article L.2212-8 CSP : clause de conscience IVG · 2001

Article R.4312-12 CSP : continuité et droit général de refus · 2016

Article R.4312-7 CSP : assistance au malade ou blessé en péril · 2016

Article L.2223-2 CSP : entrave à l'IVG (2 ans + 30 000 €) · 2017

Article 223-6 du Code pénal : non-assistance à personne en péril · 2018

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.