Déontologie

Non-discrimination dans les soins

Principe de non-discrimination dans les soins, critères protégés, réflexe d'urgence, prise en charge de la diversité. Ce que l'IDE ne peut pas refuser pour un motif discriminatoire.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'IDE soigne avec la même conscience toutes les personnes, quels que soient leur origine, moeurs, situation sociale, croyance, handicap, état de santé, âge, sexe (R.4312-11 CSP)

Situation urgente : évaluer et sécuriser d'abord. Les démarches administratives ou sociales se traitent en parallèle, selon le circuit de l'établissement

Refus discriminatoire de fournir un service : 3 ans + 45 000 € ; 5 ans + 75 000 € dans un lieu accueillant du public (225-2 CP)

Accueillir dans les mêmes conditions que tout autre patient

Appliquer les précautions standard d'hygiène (identiques pour tous les patients, port de gants, élimination sécurisée)

Ne pas refuser la prise en charge en raison du statut sérologique

Le VIH ne justifie aucune mesure d'isolement supplémentaire

Assurer les soins nécessaires sans exiger de justificatif de séjour

Ne pas retarder une situation urgente pour une question administrative

Orienter vers le service social pour les démarches d'accès aux droits selon la procédure locale

Tracer les soins réalisés comme pour tout autre patient

Prendre en compte la demande avec respect et empathie

Si réorganisation possible sans compromettre les soins : y répondre favorablement

Si impossible : expliquer la situation avec tact, proposer des aménagements (pudeur, accompagnant)

Ne pas imposer ses propres convictions au patient

La continuité et la qualité des soins restent la priorité absolue

Ne pas banaliser : reprendre calmement le cadre de non-discrimination si la situation le permet

Signaler au cadre de santé ou au référent éthique de l'établissement

Rappeler le cadre légal (R.4312-11, 225-1 et 225-2 CP)

Tracer si le comportement a eu un impact sur la prise en charge d'un patient

Le refus est-il fondé sur un critère protégé (origine, état de santé, mode de vie, religion) ? Si oui : risque pénal, ne pas refuser

Le patient est-il en danger ? Si oui : prioriser l'évaluation, la sécurisation et l'alerte

En cas de difficulté, l'IDE organise la continuité des soins sans fonder un refus sur un critère discriminatoire

Dans le doute : soigner. Le refus est l'exception, pas la règle

Cas pratique

Refus de soins envers un patient séropositif

Un IDE refuse de réaliser une prise de sang chez un patient séropositif, invoquant un risque pour sa propre santé. Il demande à un collègue de le remplacer.

Ce refus est-il justifié ?

Non. C'est une discrimination fondée sur l'état de santé (R.4312-11 CSP, 225-1 et 225-2 CP)

L'IDE doit réaliser le soin en appliquant les précautions standard (identiques pour tous)

Le VIH ne justifie aucune mesure d'isolement supplémentaire ni aucun refus de soin

Risque pénal : 3 ans + 45 000 €, voire 5 ans + 75 000 € si refus discriminatoire dans un lieu accueillant du public

À ne pas faire
Croire que les précautions standard sont insuffisantes pour le VIH : elles sont conçues pour protéger contre tous les risques infectieux
Demander à un collègue de "prendre le relais" sans raison clinique : c'est un refus discriminatoire déguisé

Cas pratique

Patient sans papiers aux urgences

Un patient sans titre de séjour ni couverture sociale se présente aux urgences avec une douleur thoracique aiguë. L'agent d'accueil hésite à l'enregistrer.

Le patient peut-il être pris en charge ?

Oui, immédiatement : prioriser l'évaluation clinique et la sécurisation

Prioriser la prise en charge clinique (évaluation douleur, constantes, ECG)

Contacter le service social en parallèle selon la procédure locale (PASS, ouverture de droits)

Ne pas retarder la prise en charge pour une question administrative

À ne pas faire
Attendre la régularisation administrative avant les soins : c'est dangereux et contraire au réflexe de prise en charge
Oublier l'orientation sociale après l'urgence : le patient a besoin d'un accompagnement pour accéder durablement aux soins

Cas pratique

Demande de soignant de même sexe pour motif religieux

Une patiente demande à être soignée par une infirmière femme pour des motifs religieux. Seuls des IDE hommes sont en poste ce jour-là.

Comment gérer cette situation ?

Accueillir la demande avec respect et empathie

Si réorganisation possible (échange avec un autre service) sans compromettre les soins : y répondre

Si impossible : expliquer la situation à la patiente avec tact

Proposer des aménagements pour préserver la pudeur (présence d'une accompagnante, respect strict de l'intimité)

La continuité et la qualité des soins restent la priorité absolue

À ne pas faire
Refuser catégoriquement sans chercher de solution : manque de respect de la diversité culturelle
Compromettre les soins pour répondre à la demande : la sécurité du patient prime sur les préférences

Cas pratique

Collègue qui fait des remarques discriminatoires

En relève, un collègue IDE fait des remarques sur l'origine d'un patient et suggère de "le faire attendre un peu plus". Vous êtes présent.

Que faites-vous ?

Reprendre calmement le cadre : le patient a droit aux mêmes soins (R.4312-11)

S'assurer que le patient n'a subi aucun retard de prise en charge

Signaler le comportement au cadre de santé si les remarques persistent

Tracer si le comportement a eu un impact sur la prise en charge

À ne pas faire
Laisser passer "pour ne pas créer de conflit" : le risque de retard ou de tri discriminatoire peut se reproduire
Régler le problème uniquement entre collègues sans tracer : si le patient porte plainte, l'absence de traçabilité est un problème

Cas pratique

Patient qui refuse d'être soigné par un IDE d'une certaine origine

Un patient hospitalisé refuse que vous le soigniez en raison de votre origine. Il demande un autre soignant.

Comment réagir ?

Rester professionnel et garder une attitude correcte et attentive (R.4312-11)

Informer le cadre de santé de la situation

Le cadre évalue : si la réorganisation est possible sans compromettre les soins, il peut l'envisager

Ne pas valider seul un choix de soignant fondé sur un critère discriminatoire : le cadre organise la continuité

Les soins ne peuvent pas être refusés au patient, même s'il est discriminant. La continuité des soins reste assurée

À ne pas faire
Accepter le refus discriminatoire du patient sans en informer le cadre : cela normalise la discrimination
Refuser de soigner le patient en retour : l'IDE ne peut pas lui-même discriminer, même en réaction

Points de vigilance

Les précautions standard d'hygiène sont les mêmes pour tous les patients, quel que soit leur statut sérologique. Pas de mesures supplémentaires pour le VIH.

Situation urgente : l'évaluation et la sécurisation ne doivent pas être retardées par les démarches administratives.

Interprète professionnel (pas un proche) pour garantir la qualité de la communication et le respect du secret.

L'article 225-1 CP liste plus de 20 critères protégés. Cette liste évolue avec la législation. Ne pas la figer à un chiffre précis.

Recours externes : orienter vers le cadre, la direction des usagers ou le circuit institutionnel selon la situation.

Sanctions encourues

Refus discriminatoire de soins : Trois ans et 45 000 €. Cinq ans et 75 000 € si commis dans un lieu accueillant du public (hôpital, clinique)

Références

Article L.1110-3 CSP : non-discrimination dans l'accès aux soins et conciliation refus de soins · 2022

Article R.4312-11 CSP : non-discrimination déontologique IDE · 2016

Article 225-1 Code pénal : critères de discrimination · 2022

Article 225-2 Code pénal : refus discriminatoire et sanctions · 2017

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.