Déontologie

Secret professionnel

Obligation de secret de l'IDE, secret partagé entre professionnels, exceptions légales (signalement, réquisition), secret après décès. Ce qu'on peut dire, à qui, et quand.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le secret couvre les informations venues à la connaissance de l'IDE dans l'exercice : santé, présence, identité, confidences, contexte social. Il persiste après le décès, sauf cas L.1110-4

Secret partagé (L.1110-4) : même équipe = informations strictement nécessaires réputées confiées à l'équipe. Hors équipe = consentement préalable du patient

Dérogations : uniquement si la loi l'impose ou l'autorise. 226-14 protège notamment le signalement de maltraitance ou de violences dans les conditions prévues par le texte

Vérifier si le patient a donné son accord pour communiquer avec ses proches

Si accord : transmettre les informations que le patient a autorisées, pas plus

Si pas d'accord ou doute : opposer le secret, proposer à la famille de contacter directement le patient

Tracer dans le dossier : appel reçu, réponse donnée, souhaits du patient sur la communication

Vérifier que l'interlocuteur participe directement à la prise en charge du patient

Ne transmettre que les informations strictement nécessaires à la coordination des soins

Vérifier que le patient a été informé du partage et ne s'y oppose pas

Écarter les informations sans lien avec la prise en charge (vie privée, situation familiale)

Demander à voir le document écrit et identifier l'autorité ou le service demandeur

Sans document régulier validé par l'établissement : opposer le secret et ne rien confirmer, même la présence du patient

Si une réquisition écrite est présentée : faire vérifier le cadre avant toute transmission

Informer le cadre de santé et le médecin responsable

Tracer selon la procédure : nature de la demande, réponse donnée, document présenté

Observer et tracer les éléments factuels (ecchymoses, comportement, propos de l'enfant)

Alerter le médecin responsable et l'encadrement sans retarder la protection de l'enfant

Transmettre l'information préoccupante ou le signalement selon la procédure : CRIP, procureur ou circuit institutionnel

S'appuyer sur 226-14 : le secret ne bloque pas le signalement dans les cas prévus

Rester factuel : ne pas mener d'enquête soi-même ni qualifier pénalement les faits

Éviter toute discussion nominative sur les patients dans les couloirs, ascenseurs ou lieux publics

Verrouiller les écrans informatiques quand on quitte le poste

Ne pas laisser de documents patient visibles sur un bureau ou un chariot

Utiliser les outils sécurisés de l'établissement pour les informations médicales

Vérifier l'identité de tout interlocuteur téléphonique avant de répondre

L'interlocuteur participe à la prise en charge ? Si oui : secret partagé (L.1110-4), informations nécessaires uniquement

C'est un proche du patient ? Si oui : uniquement si le patient a donné son accord

C'est la police sans réquisition ? Secret total maintenu

C'est un signalement de maltraitance ? Le secret ne s'oppose pas (226-14)

Dans le doute : suspendre la transmission et demander avis au médecin ou à l'encadrement

Cas pratique

L'épouse du patient appelle pour avoir des nouvelles

L'épouse d'un patient hospitalisé appelle le service. Elle est inquiète. Le patient ne vous a pas donné d'autorisation concernant la communication avec ses proches.

Que répondez-vous ?

Opposer poliment le secret : "Je ne suis pas autorisé à communiquer d'informations sur l'état de santé de votre mari"

Proposer : "Je vous invite à le contacter directement ou à venir le voir pendant les horaires de visite"

Ne confirmer ni l'état de santé, ni le diagnostic, ni les traitements

Noter l'appel dans le dossier et en informer le patient pour recueillir ses souhaits

À ne pas faire
Rassurer en donnant des informations ("il va bien, ne vous inquiétez pas") : c'est déjà une violation du secret
Ne rien noter dans le dossier : le patient doit pouvoir décider s'il souhaite que ses proches soient informés

Cas pratique

Transmission au kinésithérapeute

Le kinésithérapeute du service vous demande des informations sur un patient opéré du genou : état général, douleur, traitements, antécédents psychiatriques.

Que transmettez-vous ?

Le kinésithérapeute participe à la prise en charge : le secret partagé s'applique (L.1110-4)

Transmettre : douleur, traitement antalgique, consignes post-opératoires, contre-indications

Ne PAS transmettre les antécédents psychiatriques : pas de lien avec la rééducation

Vérifier que le patient a été informé de la coordination et ne s'y oppose pas

À ne pas faire
Tout transmettre "parce qu'il fait partie de l'équipe" : le secret partagé est limité au nécessaire
Refuser de transmettre quoi que ce soit : la coordination des soins nécessite un partage ciblé

Cas pratique

La police demande si un patient est hospitalisé

Deux policiers en enquête préliminaire demandent à l'IDE de confirmer la présence d'un patient et de fournir des informations sur son état.

Que faites-vous ?

Demander à voir le document écrit et identifier l'autorité ou le service demandeur

Sans document régulier validé : opposer le secret. Ne confirmer ni la présence ni l'état

Informer le cadre de santé et le médecin responsable de la demande

Si une réquisition écrite est validée : transmettre uniquement dans le cadre demandé

À ne pas faire
Confirmer la présence "parce que c'est la police" : une demande informelle ne suffit pas
Transmettre plus que ce qui est demandé dans le document validé : le partage doit rester strictement limité

Cas pratique

Suspicion de maltraitance sur un enfant

Vous êtes IDE aux urgences pédiatriques. Un enfant de 4 ans présente des ecchymoses multiples d'âges différents. Le père dit qu'il est tombé dans les escaliers. L'explication ne correspond pas aux lésions.

Le secret professionnel vous empêche-t-il de signaler ?

Non. 226-14 prévoit que 226-13 ne s'applique pas au signalement de maltraitance sur mineur

Observer et tracer les éléments factuels : localisation des ecchymoses, couleurs (âges différents), incohérence avec l'explication

Alerter le médecin responsable et l'encadrement sans retarder la protection de l'enfant

Transmettre selon la procédure : CRIP, procureur ou circuit institutionnel

Rester factuel et ne pas mener l'enquête soi-même

À ne pas faire
Hésiter à signaler "parce que le père a une explication" : ce n'est pas à l'IDE de juger, c'est aux autorités
Mener sa propre enquête (interroger l'enfant seul, confronter le père) : signaler et laisser les autorités compétentes agir

Cas pratique

Demande d'un ayant droit après décès

Les enfants d'un patient décédé en EHPAD demandent l'intégralité du dossier médical "pour comprendre ce qui s'est passé".

Pouvez-vous transmettre le dossier complet ?

Non. Le décès ne lève pas le secret (L.1110-4 CSP)

Vérifier si le défunt avait exprimé de son vivant une volonté contraire à la communication

Si pas de volonté contraire : les ayants droit (ou concubin/partenaire PACS) peuvent obtenir les éléments pour connaître les causes de la mort, défendre la mémoire du défunt ou faire valoir leurs droits

La demande doit être motivée et la communication limitée aux éléments pertinents

À ne pas faire
Transmettre le dossier complet par empathie : le secret persiste après le décès
Refuser toute communication : les ayants droit (et concubin/partenaire PACS) ont un droit d'accès aux éléments pertinents (causes de la mort, défense mémoire, droits), sauf volonté contraire du défunt

Points de vigilance

Secret après décès (L.1110-4) : ayants droit, concubin ou partenaire PACS peuvent obtenir les informations nécessaires pour trois motifs légaux, sauf volonté contraire du défunt.

Demande policière ou judiciaire : pas de réponse orale improvisée. Faire vérifier le document écrit et limiter strictement la transmission.

Le signalement de bonne foi dans les cas de 226-14 ne peut engager la responsabilité civile, pénale ou disciplinaire de son auteur.

Secret partagé ≠ tout dire à l'équipe. Seules les informations strictement nécessaires à la prise en charge sont transmises.

SMS, WhatsApp, email non sécurisé : éviter les données patient. Utiliser les outils sécurisés de l'établissement.

Sanctions encourues

Violation du secret professionnel : Un an et 15 000 €

Non-signalement de maltraitance (cas général, hors professionnel astreint au secret) : Trois ans et 45 000 €. Cinq ans et 75 000 € si mineur < 15 ans. Les professionnels astreints au secret (226-13) en sont exemptés, sauf quand la loi en dispose autrement

Sanction disciplinaire ordinale : Sanction disciplinaire ordinale : avertissement, blâme, interdiction temporaire d'exercer (max 3 ans) ou radiation (L.4124-6 CSP)

Références

Article R.4312-5 CSP : secret professionnel IDE (déontologie) · 2016

Article L.1110-4 CSP : secret partagé et droit au respect de la vie privée · 2021

Articles 226-13 et 226-14 du Code pénal : violation du secret et dérogations · 2024

Article 434-3 du Code pénal : non-signalement de maltraitance · 2018

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.