Déontologie

Obligation de soins et continuité

Continuité des soins (R.4312-12), transmissions structurées, rupture de relais, remplacement en libéral, transfert de patient. Ce qui est interdit, ce qui est obligatoire.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

R.4312-12 : l'IDE qui a accepté d'effectuer des soins est tenu d'en assurer la continuité. S'il interrompt, il explique, oriente vers un confrère et transmet les informations nécessaires

Droit de refuser ses soins pour raison professionnelle ou personnelle, SAUF en urgence et sauf devoir d'humanité. Jamais sur un critère discriminatoire

Pas de relais effectif = alerte cadre et continuité assurée. 223-1 CP suppose un risque immédiat et la violation manifeste d'une obligation de sécurité prévue par un texte

Transmettre l'état clinique de chaque patient (constantes, évolution, événements)

Pour les patients critiques ou à risque, utiliser la méthode SAED

Signaler les soins réalisés et ceux restant à faire

Mentionner les directives anticipées, les refus de soins, les situations à risque

Tracer dans le dossier : date, heure, contenu essentiel, destinataire

Rester en poste jusqu'à l'arrivée effective de l'équipe relais

Prévenir le cadre de santé ou le cadre de garde du retard

Ne pas quitter le service en laissant les patients sans relais infirmier adapté

Tracer l'heure de départ effectif et l'heure d'arrivée du relais

Anticiper : organiser le remplacement avant l'absence

Vérifier le cadre du remplaçant : confrère installé ou, sans installation, autorisation de remplacement ordinale

Transmettre tous les dossiers patients : plans de soins, traitements, contacts médecins traitants

Informer les patients et les médecins traitants du remplacement

Contrat écrit obligatoire au-delà de 24 heures (R.4312-85)

Transmission orale directe à l'IDE d'accueil (état clinique, traitements, surveillance)

Remise du dossier complet (courrier médical, résultats, prescriptions, directives anticipées)

Vérifier que le patient est installé dans un environnement adapté à son état

Ne pas "déposer" un patient sans transmission effective

Urgence ou devoir d'humanité ? Si oui : pas de refus possible, assurer les soins

Raison professionnelle ou personnelle légitime ? Si oui : possible, mais obligation d'expliquer, orienter et transmettre (R.4312-12)

Critère discriminatoire ? Si oui : refus interdit (R.4312-11)

Pas de relève sur place ? Rester et alerter le cadre. Ne pas quitter sans relais adapté

En cas de doute : assurer la continuité et contacter le cadre de santé

Cas pratique

L'équipe de jour est en retard

Vous êtes IDE de nuit, poste terminé à 6h45. À 7h15, aucun IDE de jour n'est arrivé. Vous êtes épuisé et devez récupérer votre enfant à 7h30.

Pouvez-vous quitter le service ?

Non. L'obligation de continuité (R.4312-12) prime sur les contraintes personnelles

Contacter immédiatement le cadre de santé ou le cadre de garde

Rester en poste jusqu'à l'arrivée effective d'un relais compétent

Tracer dans le dossier les transmissions et l'heure de prise de poste du relais

À ne pas faire
Quitter parce que "le poste est terminé" : c'est une rupture de continuité, avec risque disciplinaire et parfois pénal selon les faits
Confier les actes infirmiers à l'aide-soignante : l'AS ne remplace pas un relais infirmier pour les soins relevant de l'IDE

Cas pratique

IDE libéral en vacances sans remplacement

Un IDE libéral part 2 semaines en vacances sans organiser de remplacement. Ses patients chroniques (insulinothérapie, pansements complexes) se retrouvent sans soins.

Quelles sont les conséquences ?

Manquement à la continuité des soins (R.4312-12)

Sanction disciplinaire possible selon les faits

Responsabilité possible si un patient subit un préjudice

Ce qu'il aurait dû faire : remplaçant conforme au cadre ordinal, transmission dossiers, information patients et médecins traitants

À ne pas faire
Croire que "les patients peuvent aller aux urgences" : la continuité des soins à domicile est la responsabilité de l'IDE libéral
Ne pas prévoir de contrat écrit : obligatoire au-delà de 24 heures, ou pour un remplacement plus court mais répété (R.4312-85)

Cas pratique

Transfert vers la cardiologie : "déposez-le dans le couloir"

Vous transférez un patient ayant présenté un syndrome coronarien aigu des urgences vers la cardiologie. Le service d'accueil demande de simplement déposer le patient dans le couloir avec son dossier.

Pouvez-vous effectuer le transfert dans ces conditions ?

Non. La continuité exige une transmission orale directe à l'IDE d'accueil

Remettre le dossier complet (courrier médical, résultats, ECG, prescriptions)

Vérifier que le patient est installé dans un environnement permettant la surveillance adaptée

Si le service d'accueil ne peut pas recevoir : alerter le médecin responsable et le cadre

À ne pas faire
Déposer le patient sans transmission parce que le service est débordé : c'est une rupture dangereuse de continuité
Transmettre par téléphone sans vérifier l'installation : la présence physique et la remise du dossier sont nécessaires

Cas pratique

Transmission orale sans traçabilité écrite

Une IDE de nuit transmet toutes les informations à l'oral lors de la relève, mais ne note rien dans le dossier. À 10h, un événement indésirable survient sur un patient dont l'évolution de nuit était anormale.

Quel est le principal problème ?

Une transmission orale sans trace écrite est très fragile en termes de preuve

L'équipe peut avoir du mal à démontrer ce qui a été transmis

La responsabilité peut être discutée selon les faits, le préjudice et les traces disponibles

Elle aurait dû : tracer dans le dossier (date, heure, contenu, destinataire)

À ne pas faire
Croire que la transmission orale suffit : sans traçabilité écrite, la preuve de la transmission devient très fragile
Reporter la traçabilité "à plus tard" : la trace doit être contemporaine de l'information

Cas pratique

IDE qui veut refuser un soin pour raison personnelle

Vous êtes IDE et un patient que vous avez connu dans un contexte personnel (ancien voisin avec qui vous avez eu un conflit) est admis dans votre service. Vous ne vous sentez pas capable d'assurer sa prise en charge sereinement.

Pouvez-vous refuser ?

R.4312-12 prévoit le droit de refuser ses soins pour raison personnelle (sauf urgence et humanité)

En informer le cadre de santé immédiatement

Ne pas interrompre la prise en charge : assurer les soins jusqu'à ce qu'un collègue prenne le relais

Le refus ne doit pas nuire au patient : continuité assurée par un confrère compétent

À ne pas faire
Refuser sans expliquer ni organiser le relais : c'est une rupture de continuité
Prendre en charge malgré le conflit sans le signaler : risque de soins de moindre qualité et de plainte

Points de vigilance

Ne pas quitter son poste sans s'être assuré de la présence effective de l'équipe relais. Alerter le cadre si retard.

Une transmission orale sans trace écrite dans le dossier est très fragile en termes de preuve. Toujours tracer (date, heure, contenu, destinataire).

R.4312-12 : droit de refuser ses soins pour raison professionnelle ou personnelle, sauf urgence et humanité. Jamais sur un critère discriminatoire.

En libéral : contrat écrit obligatoire au-delà de 24 heures ou si remplacement répété. Autorisation ordinale requise pour le remplaçant sans installation.

Transfert de patient : transmission orale directe + dossier complet. "Déposer dans le couloir" = rupture de continuité.

Sanctions encourues

Rupture de continuité sans relais : Sanction disciplinaire possible ; si les conditions strictes de 223-1 sont réunies : 1 an + 15 000 €

Défaut de transmission ayant entraîné un préjudice : Responsabilité possible selon les faits et le préjudice ; sanction disciplinaire possible

Références

Article R.4312-12 CSP : continuité des soins (code de déontologie 2016) · 2016

Articles R.4312-83 à R.4312-87 CSP : remplacement en exercice libéral · 2016

Article L.1411-11 CSP : soins de premier recours et prise en charge continue · 2025

HAS : SAED, outil de communication entre professionnels de santé · 2014

Article 223-1 du Code pénal : mise en danger délibérée (1 an + 15 000 €) · 2011

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.