Consentement éclairé

Recueillir le consentement du patient avant chaque soin : tacite pour les actes courants, express pour les actes invasifs. Gérer le refus, la confusion et la barrière linguistique.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Aucun acte médical ni traitement sans consentement libre et éclairé (L.1111-4 CSP). Le patient décide avec le professionnel, après information adaptée

Refus ou retrait de consentement : arrêter le soin, informer des conséquences, prévenir le médecin, tracer. Si la vie est en danger, la décision doit être réitérée dans un délai raisonnable

Patient hors d’état de s’exprimer : consulter la personne de confiance, la famille ou un proche, sauf urgence ou impossibilité. Tracer l’impossibilité et les démarches

Expliquer le soin : nature du geste, objectif, déroulement

Informer des risques fréquents ou graves (douleur, hématome, infection)

Préciser les alternatives possibles et les conséquences d'un refus

Adapter le vocabulaire au patient (âge, culture, état cognitif)

Vérifier la compréhension : demander au patient de reformuler ("teach-back")

Vérifier que l'information a été comprise (pas juste délivrée)

Obtenir un accord verbal explicite pour les actes invasifs (sonde, ponction, perfusion)

Pour les soins courants (constantes, nursing) : observer la coopération active du patient

Tracer dans le dossier : information délivrée, consentement obtenu, date et heure

Respecter le refus immédiatement, sans pression ni culpabilisation

Informer des conséquences du refus (risques pour la santé, évolution prévisible)

Proposer des alternatives si possible

Prévenir le médecin prescripteur

Si le refus met la vie en danger : organiser avec le médecin la réitération de la décision dans un délai raisonnable

Tracer dans le dossier : date, heure, information délivrée, refus exprimé, médecin prévenu

Évaluer l'état de conscience : orientation, cohérence du discours, compréhension

Si la personne est hors d’état d’exprimer sa volonté : ne pas assimiler son silence à un consentement

Rechercher la personne de confiance désignée dans le dossier

À défaut, rechercher la famille ou un proche à consulter

Tracer l'impossibilité de recueil et les démarches entreprises

Si urgence ou impossibilité de consulter : le médecin peut décider l’intervention nécessaire, avec traçabilité

Demander un interprète professionnel (ligne téléphonique institutionnelle ou association agréée)

Éviter le proche comme seul interprète pour un acte invasif : neutralité et confidentialité insuffisantes

Reprendre l'information complète avec l'interprète présent

Recueillir le consentement en présence de l'interprète

Tracer le recours à l'interprète et le consentement dans le dossier

Le patient coopère passivement mais semble confus ? Ce n'est pas un consentement valide

Le patient dit "oui" mais se crispe et détourne le regard ? Explorer son ressenti avant de poursuivre

Le patient a signé un formulaire mais ne peut pas reformuler ? L'information n'est pas passée

Dans tous les cas : prendre le temps, reformuler, ne jamais forcer

Cas pratique

Prise de constantes du matin

Vous entrez dans la chambre pour la tournée du matin. Le patient vous salue, tend son bras et retrousse sa manche en vous voyant préparer le tensiomètre.

Le consentement tacite suffit-il pour prendre la tension ?

Oui : la prise de tension est un acte courant non invasif

Observer la coopération active du patient (tend le bras, se positionne)

Poursuivre la prise de constantes normalement

Si le patient se rétracte ou montre un signe de refus, arrêter immédiatement

À ne pas faire
Confondre la coopération passive d'un patient confus avec un consentement tacite valide
Étendre le consentement tacite à un acte invasif prescrit dans la foulée (sonde, ponction)

Cas pratique

Pose de voie veineuse périphérique prescrite

Prescription de pose de VVP pour antibiothérapie IV. Le patient est lucide et calme. Vous préparez le matériel et lui expliquez le geste.

Quelle procédure de consentement appliquer ?

Expliquer le geste : ponction veineuse, pose d'un cathéter, perfusion d'antibiotiques

Informer des risques : douleur locale, hématome, risque rare d'infection

Vérifier la compréhension en demandant au patient de reformuler

Obtenir un accord verbal explicite avant de commencer le geste

Tracer dans le dossier l'information délivrée et le consentement recueilli

À ne pas faire
Se contenter d'un "OK, faites" sans avoir expliqué les risques : le consentement n'est pas éclairé
Oublier de tracer l'information et le consentement dans le dossier (la charge de la preuve est sur le soignant)

Cas pratique

Patiente confuse et fibroscopie

Patiente de 85 ans, syndrome confusionnel aigu (désorientation, propos incohérents). L'interne vous demande de lui faire signer un consentement pour une fibroscopie bronchique.

Pouvez-vous faire signer ce formulaire ?

Refuser de faire signer : la patiente n'est pas en capacité de consentir

Informer l'interne que la signature ne serait pas exploitable dans cet état

Rechercher si une personne de confiance a été désignée dans le dossier

À défaut, rechercher la famille ou un proche à consulter

Tracer l'impossibilité de recueil et les démarches entreprises

À ne pas faire
Faire signer en pensant que le formulaire "couvre" l'équipe : un consentement sans discernement est nul
Attendre que la confusion se lève sans rien faire alors que l'examen est médicalement justifié : prévenir le médecin

Cas pratique

Patient non francophone et chirurgie programmée

Patient étranger, ne parlant pas français. Chirurgie programmée demain. On lui présente un formulaire de consentement en français qu'il signe sans poser de questions.

Ce consentement est-il valide ?

Non : le patient n'a pas compris l'information, le consentement n'est pas éclairé

Alerter l'équipe chirurgicale que le consentement n'est pas valide

Demander un interprète professionnel (ligne téléphonique institutionnelle, association agréée)

Reprendre l'information complète avec l'interprète (geste, risques, alternatives)

Recueillir un nouveau consentement en présence de l'interprète et tracer dans le dossier

À ne pas faire
Considérer la signature comme preuve suffisante : un formulaire signé sans compréhension est nul
Utiliser un proche comme seul interprète pour un acte invasif : neutralité, confidentialité et charge émotionnelle posent problème

Cas pratique

Refus de sondage urinaire en post-opératoire

Patient en post-opératoire de chirurgie abdominale. Rétention urinaire confirmée par échographie (globe vésical 800 mL). Le médecin prescrit un sondage évacuateur. Le patient refuse catégoriquement.

Que faites-vous ?

Respecter le refus immédiatement : ne pas tenter de convaincre par la pression

Informer des risques liés à la rétention (globe vésical, insuffisance rénale)

Proposer des alternatives si possible (stimulation vésicale, position debout)

Prévenir le médecin prescripteur du refus

Si le médecin estime que la vie est en danger : organiser la réitération de la décision dans un délai raisonnable

Tracer dans le dossier : date, heure, information délivrée, refus exprimé, médecin prévenu

À ne pas faire
Passer outre le refus "pour le bien du patient" sans cadre d’urgence : c’est une atteinte au consentement
Ne pas informer des risques ni prévenir le médecin : c'est une faute de négligence

Points de vigilance

Faux-ami : la signature ne suffit pas si le patient n’a pas compris. Tracer l’information, les questions et la compréhension

Patient confus qui "coopère passivement" (se laisse faire, ne résiste pas) : ce n'est PAS un consentement valide. Évaluer la capacité avant tout soin

Consentement spécifique : l'accord pour une prise de sang ne vaut pas accord pour un scanner injecté prescrit dans la foulée

Hors d’état d’exprimer sa volonté : consulter personne de confiance, famille ou proche, sauf urgence ou impossibilité

Mineur ou majeur protégé : rechercher son consentement s’il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision

Les 4 conditions du consentement valide

Libre

Sans contrainte ni pression des soignants, de la famille ou de tiers. Le patient décide seul.

Éclairé

Information complète et comprise : nature du soin, risques, alternatives et conséquences d'un refus.

Spécifique

Un consentement par acte. L'accord pour une prise de sang ne vaut pas accord pour une ponction lombaire.

Révocable

Retirable à tout moment, même en cours de soin. L'IDE arrête immédiatement et informe le médecin.

Sanctions encourues

Soin réalisé sans consentement : Responsabilité civile ou disciplinaire selon les circonstances ; la qualification dépend du cas (préjudice, absence de consentement, urgence). Pas de peine pénale automatique

Défaut d'information préalable : Responsabilité possible si le défaut d'information a privé le patient d'un consentement éclairé (charge de la preuve sur le professionnel, L.1111-2 CSP)

Références

Article L.1111-4 CSP : consentement libre et éclairé · 2026

Article L.1111-2 CSP : droit à l'information du patient · 2026

Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 (loi Kouchner) : droits des malades · 2002

HAS : Délivrer l'information à la personne sur son état de santé · 2012

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.