Cardiovasculaire

Embolie pulmonaire

Urgence cardio-respiratoire liée à l’obstruction brutale d’une artère pulmonaire par un caillot, avec risque de détresse respiratoire ou de choc.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L’embolie pulmonaire correspond à l’obstruction aiguë d’une ou plusieurs artères pulmonaires par un caillot, le plus souvent issu d’une thrombose veineuse profonde. C’est une urgence diagnostique et thérapeutique. Pour l’IDE, les priorités sont de reconnaître une dyspnée brutale ou une douleur thoracique évocatrice, d’évaluer rapidement la gravité, d’alerter sans délai, de préparer les examens et d’administrer les traitements prescrits en surveillant leur tolérance.
Prévalence
L’embolie pulmonaire s’inscrit dans la maladie thromboembolique veineuse (MTEV). L’incidence annuelle est estimée à 0,60/1000 habitants pour l’embolie pulmonaire seule et à 1,83/1000 pour la MTEV dans son ensemble, soit environ 100 000 cas de MTEV par an (SFC item 226). En 2022, 48 489 patients ont été hospitalisés pour une embolie pulmonaire (Santé publique France, BEH hors-série du 4 mars 2025).
Âge typique
Possible à tout âge chez l’adulte, avec fréquence accrue après 50 ans et en présence de facteurs de risque thromboembolique (SFC item 226).
Mortalité
En 2021, la maladie thromboembolique veineuse a été la cause initiale de 3 708 décès en France, dont 87 % par embolie pulmonaire, et elle est mentionnée parmi les causes associées de 17 176 décès : c’est cet écart de périmètre qui explique les estimations bien plus élevées que l’on rencontre encore. La mortalité hospitalière est proche de 6 % après une embolie pulmonaire (Santé publique France, BEH hors-série du 4 mars 2025). Environ 10 % des embolies pulmonaires sont mortelles dès la première heure (SFC item 226).

Précoces

Signes précoces

Dyspnée brutaleEssoufflement soudain, au repos ou à l’effort minime, sans autre cause évidente.
Douleur thoracique pleuraleDouleur latérale ou basithoracique majorée à l’inspiration ou à la toux.
TachycardieAccélération de la fréquence cardiaque souvent associée à l’essoufflement et à l’angoisse.

Évolutifs

Signes évolutifs

Polypnée et signes de lutte respiratoireFréquence respiratoire élevée, tirage, utilisation des muscles accessoires, témoins d’une détresse qui s’installe.
Signes de TVP associéeDouleur de mollet, œdème unilatéral, chaleur ou tension d’un membre inférieur.

Tardifs

Signes tardifs

HémoptysieCrachat sanglant possible dans certaines formes avec infarctus pulmonaire.

Gravité

Signes de gravité

Choc obstructifHypotension sévère avec PAS inférieure à 90 mmHg ou chute de PAS supérieure à 40 mmHg persistante pendant au moins 15 minutes, avec marbrures, oligurie ou altération de conscience (SFC item 226).
Marqueurs de risque selon le score sPESIPAS inférieure à 100 mmHg, FC supérieure à 110/min ou SpO2 inférieure à 90 % : éléments de stratification pronostique qui imposent une vigilance renforcée (SFC item 226).
Syncope, malaise grave ou arrêt cardiaquePerte de connaissance ou défaillance circulatoire immédiate évocatrice d’une forme massive.

Mécanisme

Un caillot veineux migre le plus souvent vers les artères pulmonaires.
L’obstruction perturbe la circulation sanguine dans le poumon.
Si l’embolie est importante, le ventricule droit se retrouve en difficulté.
Le patient peut présenter une dyspnée brutale, une hypoxémie puis une dégradation hémodynamique.

Conséquences

Dyspnée brutale, douleur thoracique et tachycardie sont des signes fréquents.
La saturation peut chuter selon l’importance de l’obstruction.
Une souffrance cardiaque droite peut apparaître dans les formes sévères.
Les formes graves peuvent évoluer vers un choc ou un arrêt cardiaque.

Évolution

Une prise en charge rapide améliore le pronostic. L’évolution dépend ensuite de la gravité initiale, de la tolérance au traitement et du contrôle des facteurs de risque.
Chirurgie récente ou immobilisation prolongée : principal facteur transitoire à repérer en stage
Cancer actif : facteur de risque majeur, y compris pendant la chimiothérapie
Grossesse, post-partum ou contraception estroprogestative : à rechercher systématiquement chez la femme jeune
Antécédent personnel ou familial de maladie thromboembolique veineuse
Obésité, voyage prolongé, fracture des membres inférieurs ou comorbidités favorisant la stase veineuse

Critères diagnostiques

Suspicion clinique : dyspnée brutale, douleur thoracique, malaise ou désaturation dans un contexte thromboembolique évocateur.
Évaluation médicale de la probabilité clinique par un score dédié (Wells simplifié ou Genève révisé) et examens biologiques ciblés selon la prescription.
Confirmation le plus souvent par angioscanner thoracique injecté ; scintigraphie ventilation-perfusion en cas de contre-indication au scanner.
L’évaluation de la gravité repose sur l’état hémodynamique et le score sPESI, pris en compte par le médecin pour adapter la prise en charge (SFC item 226).

Diagnostic différentiel

Syndrome coronarien aigu : douleur plutôt constrictive, tableau plus cardiaque que respiratoire.
Pneumothorax : douleur pleurale unilatérale avec asymétrie auscultatoire.
Œdème aigu pulmonaire : orthopnée, crépitants bilatéraux, contexte de cardiopathie gauche.
Péricardite aiguë : douleur positionnelle soulagée penché en avant.

Examens complémentaires

Angioscanner thoracique injecté

Visualise directement le caillot dans les artères pulmonaires ; examen de confirmation le plus utilisé chez le patient stable (SFC item 226).Examen de référence dans la majorité des cas. L’IDE prépare le patient, sécurise l’injection et accompagne le transport selon l’état clinique.

D-dimères

Taux plasmatique des D-dimères interprété avec un seuil usuel autour de 500 μg/L (ajusté à l’âge après 50 ans, SFC item 226).Prélèvement réalisé sur prescription. L’interprétation revient au médecin, qui la couple à la probabilité clinique, et ne doit pas être faite isolément par l’IDE.

Gaz du sang artériels

Hypoxémie avec ou sans hypocapnie selon la gravité respiratoire.Utile pour apprécier la tolérance respiratoire. L’IDE le réalise sur prescription si nécessaire et transmet les résultats rapidement.

Échocardiographie transthoracique

Peut révéler un retentissement cardiaque droit (dilatation, hypokinésie) dans les formes sévères.Utile surtout chez le patient instable ou non transportable pour apprécier le retentissement cardiaque droit et aider à la stratification de gravité ; elle ne remplace pas l’angioscanner chez le patient stable. L’IDE installe le patient et facilite la réalisation de l’examen.

Support

Installation et oxygénothérapie sur prescriptionLe patient est installé en position demi-assise pour faciliter la respiration, oxygéné sur prescription selon la SpO2, et surveillé étroitement sur le plan respiratoire et hémodynamique.

Pendant la phase aiguë puis selon l’évolution.

Actif

Anticoagulation curative sur prescriptionLe choix de l’anticoagulant (HBPM, fondaparinux, AOD comme rivaroxaban ou apixaban, ou HNF dans certaines situations) relève de la prescription médicale. L’IDE administre le traitement prescrit selon la voie indiquée, surveille la tolérance clinique et recherche activement tout signe de saignement.

Phase aiguë puis relais selon la prescription.

Actif

Durée du traitement anticoagulantLa durée de l’anticoagulation est fixée par le médecin selon le contexte de survenue et le risque hémorragique. L’IDE vérifie l’observance, repère les signes de saignement, transmet les événements intercurrents et renforce l’éducation thérapeutique.

Durée fixée par le médecin, au minimum trois mois.

Actif

Traitement de reperfusion dans les formes gravesDans les formes graves, une stratégie médicale de reperfusion peut être décidée. L’IDE prépare le traitement prescrit, renforce le monitorage et surveille étroitement l’apparition de tout signe hémorragique ou d’aggravation hémodynamique.

Selon la stratégie médicale et le protocole du service.

Spécialisé

Thrombectomie ou procédure spécialiséeDans certaines formes très graves, une procédure spécialisée peut être décidée par l’équipe médicale. L’IDE prépare le patient, le dossier, le transport éventuel et assure la continuité de la surveillance avant et après le geste.

Selon l’indication spécialisée.

Complication hémorragique sous anticoagulants

Le traitement expose à un risque de saignement parfois grave.

Prévention

Surveiller les signes de saignement, la tolérance clinique et transmettre rapidement toute anomalie.

Signes d'alerte

Saignements inhabituels · Ecchymoses ou hématomes importants · Pâleur ou tachycardie inexpliquées

Récidive thromboembolique

Une récidive reste possible si le traitement est interrompu ou si le risque persiste.

Prévention

Renforcer l’éducation sur l’observance, la mobilisation et les signes d’alerte.

Signes d'alerte

Retour de la dyspnée · Douleur thoracique ou tachycardie qui réapparaît · Signes de TVP

Complication respiratoire ou cardiaque persistante

Une mauvaise récupération peut justifier une réévaluation spécialisée.

Prévention

Favoriser le suivi, la réévaluation clinique et la surveillance si les symptômes persistent.

Signes d'alerte

Dyspnée d’effort qui persiste · Fatigue importante durable · Intolérance à l’effort inhabituelle

Expliquer qu’un essoufflement brutal, une douleur thoracique ou un malaise imposent une demande d’aide urgente.
Insister sur le fait que le traitement anticoagulant ne doit jamais être interrompu sans avis médical.
Si le patient est traité par AVK, vérifier qu’il connaît le suivi par INR et les modalités de surveillance prescrites.
Vérifier que le patient sait reconnaître et signaler un saignement inhabituel.
Reformuler l’intérêt de la mobilisation régulière et de la prévention de l’immobilisation prolongée.
S’assurer que le patient pense à signaler son traitement anticoagulant à tout professionnel de santé.
Rappeler les précautions d’automédication, notamment avec les médicaments à risque hémorragique.

Surveillance prioritaire

Fonction respiratoire (FR, SpO2, lutte respiratoire)

Monitorage continu par scope et mesure rapprochée toutes les 15 à 30 minutes en phase aiguë, selon prescription. · SpO2 entre 94 et 98 % hors risque d’hypercapnie ; entre 88 et 92 % chez le patient à risque d’hypercapnie, notamment en cas de BPCO ; fréquence respiratoire 12 à 20/min ; absence de signes de lutte.

Alerte

SpO2 inférieure à 90 % sans risque d'hypercapnie oxo-induite (ou inférieure à 88 % en présence d'un tel risque : BPCO, autre insuffisance respiratoire chronique, obésité morbide) ou dyspnée croissante : alerter immédiatementFréquence respiratoire supérieure à 25/min, signes de lutte ou épuisement : prévenir sans délaiHémoptysie ou aggravation clinique brutale : renforcer la surveillance et transmettre

Tolérance hémodynamique (PA, FC, conscience, diurèse)

Très rapprochée toutes les 15 à 30 minutes en phase aiguë puis adaptée à l’évolution. · PAS supérieure ou égale à 100 mmHg, FC inférieure ou égale à 100/min, absence de syncope ou confusion, diurèse présente et stable selon le contexte du patient.

Alerte

PAS inférieure à 90 mmHg ou chute supérieure à 40 mmHg avec marbrures ou oligurie : choc obstructif, alerter en urgencePAS entre 90 et 100 mmHg, FC supérieure à 110/min ou SpO2 inférieure à 90 % : marqueurs sPESI, prévenir rapidementConfusion, syncope ou aggravation globale : transmettre sans délai

Tolérance de l’anticoagulation (saignement, NFS)

Évaluation à chaque tour de soins et selon le protocole biologique du service. · Absence de saignement extériorisé, hémoglobine et plaquettes stables, tolérance clinique correcte.

Alerte

Saignement extériorisé (épistaxis, gingivorragie, hématurie) ou hématome extensif : alerter immédiatementChute de l’hémoglobine ou thrombopénie (TIH sous héparine) : transmettre rapidementSuspicion de complication liée au traitement : prévenir sans délai

Rôle IDE détaillé

Évaluer rapidement la dyspnée, la douleur thoracique, les constantes et les signes de gravité.
Rechercher les facteurs de risque thromboembolique et d’éventuels signes de TVP associée.
Apprécier le retentissement respiratoire et hémodynamique pour adapter la surveillance.

Références

Référentiel cardiologie : thrombose veineuse profonde et embolie pulmonaire · SFC · 2024

Prévention et traitement de la maladie thromboembolique veineuse en médecine · AFSSAPS · 2009

Épidémiologie de la maladie veineuse thromboembolique en France en 2022 - BEH hors-série · Santé publique France · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.