Cardiovasculaire

Fibrillation atriale

Trouble du rythme fréquent donnant un pouls irrégulier et exposant surtout à un risque d’AVC embolique et de décompensation cardiaque.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La fibrillation atriale (FA) est un trouble du rythme supraventriculaire caractérisé par une activité électrique désorganisée des oreillettes, responsable d’un rythme irrégulier. Pour l’IDE, les priorités sont de repérer un pouls irrégulier, d’évaluer la tolérance clinique, de participer à la prévention de l’AVC par le suivi de l’anticoagulation prescrite et de surveiller les signes de gravité.
Prévalence
La fibrillation atriale est le trouble du rythme soutenu le plus fréquent. En France, elle concerne entre 500 000 et 750 000 patients (SFC item 232).
Âge typique
Rare avant 50 ans, elle devient plus fréquente avec l’âge et concerne environ 10 % de la population après 80 ans (SFC item 232).
Mortalité
Le pronostic dépend surtout des complications associées : la fibrillation atriale est responsable de 20 à 25 % de tous les accidents vasculaires cérébraux ischémiques (SFC item 232). L’insuffisance cardiaque, les décompensations et les comorbidités majorent le risque.

Précoces

Signes précoces

Palpitations irrégulièresSensation de battements rapides ou désordonnés, parfois fluctuants.
Pouls irrégulierIrrégularité ressentie à la palpation, parfois découverte lors d’un contrôle systématique.
Fatigue ou dyspnée d’effortTolérance à l’effort diminuée, surtout si la fréquence cardiaque est élevée.

Évolutifs

Signes évolutifs

Essoufflement plus marquéAggravation de la dyspnée avec limitation fonctionnelle plus importante.
Malaise ou lipothymiePeut traduire une mauvaise tolérance du trouble du rythme.

Tardifs

Signes tardifs

Signes d’insuffisance cardiaqueŒdèmes, orthopnée, prise de poids ou crépitants si décompensation associée.

Gravité

Signes de gravité

Déficit neurologique brutalSuspicion d’AVC : hémiplégie, trouble de la parole, déviation de la bouche ou trouble visuel.
Mauvaise tolérance hémodynamiqueHypotension, douleur thoracique, syncope, confusion ou détresse respiratoire.
Saignement sous anticoagulantSaignement extériorisé ou suspicion de saignement interne pouvant engager le pronostic.

Mécanisme

Les oreillettes se contractent de façon désorganisée et inefficace.
Les ventricules reçoivent des signaux irréguliers, ce qui rend le pouls irrégulier et parfois rapide.
La stagnation du sang dans l’oreillette favorise la formation de thrombus.
Ces caillots peuvent migrer, notamment vers le cerveau, et provoquer un AVC ischémique.

Conséquences

Palpitations, fatigue, essoufflement ou découverte fortuite sur un pouls irrégulier.
Risque embolique accru, surtout cérébral.
Possibilité de décompensation cardiaque si la fréquence reste mal contrôlée.
Épisodes paroxystiques, persistants ou permanents selon l’évolution.

Évolution

La fibrillation atriale peut débuter par crises, devenir plus fréquente puis s’installer durablement. Le suivi régulier et la prise en charge des facteurs favorisants limitent les complications.
Hypertension artérielle : facteur de risque majeur sur lequel agir avec le médecin
Insuffisance cardiaque ou autre cardiopathie sous-jacente
Valvulopathie : à rechercher dans les antécédents
Hyperthyroïdie, infection aiguë ou chirurgie récente : facteurs déclenchants à évoquer
Âge avancé, obésité, consommation excessive d’alcool ou syndrome d’apnées du sommeil

Critères diagnostiques

Pouls irrégulier ou palpitations évocatrices.
Confirmation par ECG.
Évaluation de la tolérance : constantes, dyspnée, malaise, douleur thoracique, état neurologique.
Recherche des facteurs déclenchants et des comorbidités associées.

Diagnostic différentiel

Flutter atrial : peut donner des palpitations mais le rythme est souvent plus organisé ; l’ECG fait la différence.
Extrasystoles atriales fréquentes : irrégularité souvent intermittente, parfois moins soutenue que dans la FA.
Tachycardie supraventriculaire régulière : fréquence rapide mais régulière à la palpation et à l’ECG.
Trouble anxieux avec palpitations : plainte de palpitations possible, sans arythmie documentée à l’ECG.

Examens complémentaires

ECG 12 dérivations

Confirme l’arythmie atriale (absence d’ondes P, intervalles RR irréguliers) et recherche des anomalies associées.L’ECG doit être réalisé rapidement et transmis sans délai au médecin, surtout si la tolérance clinique est mauvaise.

Bilan biologique initial

Recherche de facteur déclenchant ou aggravant : ionogramme, créatinine, NFS, TSH selon prescription.Les prélèvements prescrits doivent être transmis avec le contexte clinique et toute anomalie utile.

Échocardiographie transthoracique

Évalue la fonction ventriculaire, la taille des cavités et une éventuelle valvulopathie sous-jacente.L’IDE prépare le patient et transmet les résultats au médecin pour la stratégie thérapeutique.

Holter ECG

Recherche des épisodes intermittents et apprécie la fréquence cardiaque moyenne sur 24 heures.L’IDE explique le dispositif et rappelle au patient de noter les symptômes s’il y a une consigne en ce sens.

Actif

Anticoagulation sur prescriptionL’indication repose sur le score CHA2DS2-VASc (risque embolique) et le risque hémorragique est apprécié par le score HAS-BLED, tous deux calculés par le médecin. Le choix de l’anticoagulant (AOD ou AVK) et la durée relèvent de la prescription médicale. L’IDE administre le traitement prescrit, surveille l’observance, la compréhension du traitement et recherche activement tout signe de saignement.

Selon la prescription médicale.

Actif

Contrôle de la fréquence cardiaque sur prescriptionLe traitement médical vise à limiter la fréquence ventriculaire pour améliorer la tolérance. L’IDE administre les médicaments prescrits, surveille le pouls, la pression artérielle et les symptômes, sans ajuster la posologie de sa propre initiative.

Selon la prescription et l’évolution clinique.

Actif

Contrôle du rythme selon la stratégie médicaleDans certaines situations, le médecin peut décider de rétablir ou de maintenir un rythme sinusal. L’IDE prépare le patient, administre le traitement prescrit, surveille la tolérance et transmet toute anomalie.

Selon la stratégie médicale retenue.

Support

CardioversionProcédure médicale programmée ou urgente selon le contexte, décidée par le médecin. L’IDE prépare le patient, vérifie les éléments demandés (anticoagulation efficace, jeûne selon prescription), surveille les constantes avant et après le geste.

Selon le protocole du service et le suivi prescrit.

Spécialisé

Ablation par cathéterProcédure interventionnelle spécialisée décidée par l’équipe spécialisée. L’IDE prépare le patient, le dossier, surveille la phase post-procédure et transmet les paramètres utiles.

Selon l’acte réalisé et le suivi prescrit.

Support

Correction des facteurs favorisantsL’IDE participe à l’accompagnement du patient sur la prise en charge des facteurs favorisants : HTA, insuffisance cardiaque, alcool, surpoids ou syndrome d’apnées du sommeil. L’éducation thérapeutique soutient l’observance et l’hygiène de vie.

Au long cours.

AVC ischémique

Complication majeure liée à l’embolie d’un thrombus formé dans l’oreillette.

Prévention

Assurer le suivi de l’anticoagulation, renforcer l’observance et repérer rapidement les signes neurologiques.

Signes d'alerte

Trouble brutal de la parole · Faiblesse d’un membre · Déviation de la bouche

Décompensation cardiaque

La fibrillation atriale peut aggraver une insuffisance cardiaque ou la révéler.

Prévention

Surveiller la fréquence cardiaque, la dyspnée, le poids et la tolérance clinique globale.

Signes d'alerte

Dyspnée plus importante · Œdèmes · Fatigue inhabituelle

Saignement sous anticoagulant

Le risque dépend du terrain, du traitement et du contexte clinique.

Prévention

Informer le patient, rechercher les saignements et vérifier les traitements associés à risque.

Signes d'alerte

Ecchymoses importantes · Sang dans les urines ou les selles · Saignement prolongé

Mauvaise tolérance hémodynamique

Certaines fibrillations atriales provoquent hypotension, syncope, douleur thoracique ou détresse respiratoire.

Prévention

Surveillance rapprochée en phase aiguë et alerte rapide en cas de mauvaise tolérance.

Signes d'alerte

Hypotension · Malaise · Douleur thoracique ou dyspnée aiguë

Apprendre à repérer un pouls irrégulier, des palpitations inhabituelles ou une aggravation de l’essoufflement.
Rappeler qu’un anticoagulant ou un traitement cardiaque ne s’arrête jamais sans avis médical.
Faire identifier les signes neurologiques évocateurs d’AVC et la nécessité d’une alerte immédiate.
Faire signaler tout saignement inhabituel, chute, traumatisme crânien ou oubli répété du traitement.
Renforcer la réduction des facteurs favorisants : alcool excessif, sédentarité, mauvais contrôle tensionnel, manque de suivi.
Demander d’apporter la liste des traitements et de signaler l’anticoagulation en cours à tout soignant.

Surveillance prioritaire

Pouls, fréquence cardiaque et tolérance

À chaque contact, mesure rapprochée toutes les 15 à 30 minutes en phase aiguë. · La cible de fréquence est fixée par le médecin selon la stratégie retenue (souvent inférieure à 80/min au repos en contrôle strict) ; PAS supérieure ou égale à 90 mmHg ; SpO2 supérieure ou égale à 94 % hors consigne spécifique ; absence de douleur thoracique, de dyspnée aiguë, de malaise ou d’altération de conscience.

Alerte

Palpitations associées à malaise, syncope ou douleur thoracique : alerter immédiatementTachycardie mal tolérée ou hypotension : prévenir sans délaiBradycardie inférieure à 50/min symptomatique sous traitement : transmettre rapidement

Signes neurologiques et emboliques

À chaque évaluation clinique et à l’interrogatoire. · Score de vigilance stable par rapport à l’état de base ; absence de déficit moteur nouveau ; parole intelligible ; apparition brutale de tout signe neurologique = alerte immédiate et heure de début tracée.

Alerte

Trouble brutal de la parole ou faiblesse d’un membre : alerter en urgence neurologique avec heure de débutAsymétrie du visage ou trouble visuel soudain : prévenir immédiatementDouleur aiguë d’un membre avec froideur ou pâleur : transmettre rapidement

Tolérance de l’anticoagulation

À chaque contact et selon la surveillance prescrite. · PAS supérieure ou égale à 90 mmHg ; absence de chute tensionnelle symptomatique ; absence de saignement extériorisé (gencive, urine, selles) ; hémoglobine sans baisse significative par rapport au dernier contrôle prescrit. Sous AVK, la surveillance repose sur l’INR (cible fixée par le médecin) ; sous AOD, pas de surveillance de l’INR mais vigilance sur la fonction rénale et l’observance.

Alerte

Épistaxis répétées, gingivorragies, hématurie ou méléna : alerter immédiatementChute récente, particulièrement avec traumatisme crânien : prévenir sans délaiINR hors de la cible prescrite sous AVK ou dégradation de la fonction rénale sous AOD : transmettre au médecinOubli répété du traitement ou automédication à risque : transmettre et renforcer l’éducation

Retentissement cardiaque (insuffisance cardiaque)

À chaque contact, plus rapprochée si antécédent d’insuffisance cardiaque. · SpO2 supérieure ou égale à 94 % hors consigne spécifique ; absence de prise de poids supérieure à 1 kg en 24 heures ; absence d’augmentation des œdèmes ; dyspnée stable par rapport à l’état de base.

Alerte

Dyspnée croissante ou orthopnée nouvelle : alerter en urgencePrise de poids supérieure à 1 kg en 24 heures avec œdèmes : prévenir rapidementCrépitants pulmonaires nouveaux ou aggravation de l’intolérance à l’effort : transmettre

Rôle IDE détaillé

Repérer un pouls irrégulier, des palpitations, une dyspnée ou une fatigue inhabituelle.
Évaluer la tolérance clinique : constantes, malaise, douleur thoracique, signes d’insuffisance cardiaque, état neurologique.
Rechercher les signes de saignement et les difficultés d’observance du traitement anticoagulant.
Identifier les facteurs déclenchants ou aggravants signalés par le patient.

Références

Chapitre 13 - Item 232 : fibrillation atriale · SFC · 2024

Guide parcours de soins : fibrillation atriale · HAS · 2014

Prise en charge des patients présentant un traumatisme crânien léger de l’adulte · SFMU · 2022

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.