Cardiovasculaire

Infarctus du myocarde

Nécrose d'une partie du muscle cardiaque après occlusion brutale d'une artère coronaire, avec perte de chance rapide si la reperfusion tarde.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'infarctus du myocarde correspond à la destruction d'une partie du muscle cardiaque après l'obstruction brutale d'une artère coronaire. C'est une urgence vitale : plus la reperfusion est rapide, plus les lésions sont limitées. Pour l'IDE, les priorités sont nettes : repérer la douleur thoracique, réaliser rapidement l'ECG, alerter, préparer la prise en charge et surveiller de très près l'évolution clinique.
Prévalence
En France, plus de 60 000 personnes sont hospitalisées chaque année pour un infarctus du myocarde (SFC item 339).
Âge typique
L’IDM survient principalement chez l’adulte avec facteurs de risque cardiovasculaire, plus fréquent à mesure que l’âge augmente.
Mortalité
Le pronostic dépend surtout de la précocité du diagnostic, de la reperfusion et de la survenue de complications. La rapidité de la prise en charge initiale conditionne fortement l’évolution.

Précoces

Signes précoces

Douleur thoracique typiqueDouleur constrictive rétrosternale, pouvant irradier vers le bras, la mâchoire ou le dos, prolongée et inquiétante.
Signes neurovégétatifsSueurs, nausées, pâleur, angoisse marquée ou sensation de malaise.
Formes atypiquesDyspnée isolée, douleur épigastrique ou tableau peu bruyant, surtout chez le sujet âgé, la femme ou le patient diabétique.

Évolutifs

Signes évolutifs

Dyspnée ou intolérance à l'effortEssoufflement ou fatigue anormale pouvant traduire une altération de la fonction cardiaque après la phase aiguë.
Troubles du rythmePalpitations, malaise ou dégradation brutale pouvant révéler une arythmie à surveiller de près.

Tardifs

Signes tardifs

Fatigue persistanteAsthénie importante, récupération lente et appréhension des efforts après l'épisode aigu.

Gravité

Signes de gravité

Choc cardiogéniqueHypotension persistante, marbrures, oligurie, confusion ou extrémités froides. Alerte immédiate.
Œdème aigu pulmonaireDétresse respiratoire aiguë, orthopnée, crépitants bilatéraux et désaturation. Installer en position demi-assise.
Troubles du rythme gravesTachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire ou bradycardie sévère avec retentissement clinique.

Mécanisme

Un caillot se forme le plus souvent sur une plaque d'athérome fragilisée et bloque la circulation dans une artère coronaire.
La zone du cœur privée d'oxygène souffre très vite puis se nécrose si la circulation n'est pas rétablie.
Plus le délai avant la reperfusion est long, plus la zone atteinte s'étend.
L'ECG et la biologie permettent ensuite de confirmer la souffrance myocardique et d'orienter la stratégie médicale.

Conséquences

La zone nécrosée se contracte moins bien, ce qui peut diminuer l’efficacité de la pompe cardiaque.
Des troubles du rythme graves peuvent survenir surtout dans la phase aiguë.
Une insuffisance cardiaque ou un état de choc peuvent compliquer l'évolution.
À distance, le traitement de fond et la prévention secondaire limitent le risque de récidive.

Évolution

Une reperfusion rapide améliore nettement le pronostic. La suite dépend de l'étendue de l'atteinte cardiaque, des complications éventuelles et de l'adhésion au suivi.
Tabagisme actif ou ancien : facteur majeur sur lequel agir
Dyslipidémie connue ou découverte au bilan
Diabète, en particulier mal équilibré
Hypertension artérielle ancienne
Antécédents familiaux coronariens précoces (avant 55 ans chez l’homme, 65 ans chez la femme)
Sédentarité, surpoids et hygiène de vie défavorable

Critères diagnostiques

Douleur thoracique évocatrice prolongée, parfois associée à des signes neurovégétatifs ou à une dyspnée.
ECG dans les 10 minutes suivant l'admission devant toute suspicion de syndrome coronarien aigu (SFC item 339).
Biologie cardiaque (troponine hypersensible) compatible avec une nécrose myocardique selon prescription médicale.
Le diagnostic final repose sur l'ensemble de la clinique, de l'ECG et de la biologie, intégré par le médecin.

Diagnostic différentiel

Dissection aortique : douleur transfixiante ou migratrice, asymétrie tensionnelle possible.
Embolie pulmonaire : dyspnée brutale, douleur pleurale, tachycardie et désaturation.
Péricardite aiguë : douleur positionnelle, majorée en décubitus et soulagée penché en avant.
Pneumothorax : douleur unilatérale brutale avec diminution du murmure vésiculaire.

Examens complémentaires

ECG 12 dérivations

Recherche d'un sus-décalage du segment ST (STEMI) ou d'autres signes d'ischémie aiguë (sous-décalage ST, anomalies de l'onde T pour NSTEMI). À réaliser dans les 10 minutes suivant l'admission en urgence (SFC item 339).L'IDE réalise l'ECG en priorité et le transmet immédiatement au médecin. Toute anomalie évocatrice impose une alerte sans délai.

Troponine hypersensible

Élévation compatible avec une nécrose myocardique selon l'évolution et les contrôles prescrits.L'IDE réalise le prélèvement selon la prescription et transmet rapidement le résultat au médecin avec l'heure du prélèvement.

Coronarographie

Visualisation de l'atteinte coronaire et possibilité de geste de reperfusion si nécessaire.L'IDE prépare le patient selon le protocole du service et assure une surveillance rapprochée au retour de l'examen.

Bilan biologique d'urgence

NFS, ionogramme, créatinine, glycémie, hémostase, groupage et autres examens prescrits.L'IDE prélève sans délai sur prescription et transmet rapidement toute anomalie utile à la prise en charge immédiate.

Phase aiguë

Spécialisé

Angioplastie primaire (ICP-P)Procédure interventionnelle de reperfusion décidée par l'équipe spécialisée, privilégiée si le délai estimé reste inférieur à 120 minutes (SFC item 339). L'IDE prépare rapidement le patient, accompagne la prise en charge et assure une surveillance rapprochée au retour.

En urgence, sans retard inutile.

Spécialisé

Coronarographie rapide selon la situationSelon le tableau clinique, une coronarographie peut être programmée rapidement par l'équipe médicale. L'IDE prépare le patient et assure la continuité de la surveillance avant et après le geste.

Pendant la phase aiguë selon la stratégie médicale.

Actif

Antiagrégation plaquettaire sur prescriptionLes antiagrégants sont administrés sur prescription médicale pour limiter le risque de récidive thrombotique. L'IDE administre le traitement prescrit, surveille les saignements, la tolérance clinique et prépare le relais éducatif sans modifier la posologie.

Phase aiguë puis traitement de fond selon la prescription.

Actif

Anticoagulation en phase aiguëUne anticoagulation peut être prescrite dans la phase aiguë par le médecin. L'IDE administre le traitement prescrit, surveille la tolérance clinique, les signes hémorragiques et les paramètres demandés par l'équipe médicale.

Pendant la phase aiguë selon la prescription.

Support

Réadaptation cardiaqueLa réadaptation cardiaque aide à reprendre progressivement une activité, à mieux comprendre la maladie et à renforcer la prévention secondaire. L'IDE accompagne le patient et soutient l'observance.

Après la phase aiguë selon le programme proposé.

Traitement de fond

Actif

Cardioprotection au long coursUn traitement de fond est prescrit pour réduire le risque de récidive et protéger la fonction cardiaque. L'IDE surveille la tolérance, l'observance et participe à l'éducation thérapeutique.

Au long cours selon prescription.

Insuffisance cardiaque aiguë ou choc cardiogénique

L'atteinte myocardique peut entraîner une défaillance de la pompe cardiaque avec hypotension, mauvaise perfusion et détresse respiratoire.

Prévention

Reperfusion rapide, surveillance clinique étroite et alerte précoce devant toute dégradation hémodynamique ou respiratoire.

Signes d'alerte

Hypotension persistante · Oligurie avec marbrures · Confusion avec extrémités froides

Troubles du rythme graves

Des troubles du rythme graves peuvent survenir dans la phase aiguë et mettre en jeu le pronostic vital.

Prévention

Scope, alerte rapide devant tout trouble du rythme ou malaise, matériel de réanimation accessible.

Signes d'alerte

Trouble du rythme au scope · Palpitations ou malaise · Dégradation clinique brutale

Récidive ischémique ou aggravation secondaire

Une nouvelle douleur thoracique, une aggravation respiratoire ou hémodynamique imposent de rechercher rapidement une complication.

Prévention

Réévaluer régulièrement la douleur, l'ECG, l'oxygénation et l'état général du patient.

Signes d'alerte

Récidive de douleur thoracique · Aggravation de la dyspnée · Dégradation hémodynamique inexpliquée

Complications hémorragiques

Les traitements antithrombotiques augmentent le risque de saignement, notamment au point de ponction ou sur d’autres sites.

Prévention

Surveiller les saignements, l'état cutané, le point de ponction et transmettre rapidement toute anomalie.

Signes d'alerte

Saignement au point de ponction · Ecchymoses ou hématomes · Signes d'hémorragie extériorisée

Expliquer qu'une douleur thoracique prolongée, une dyspnée brutale, un malaise ou des palpitations doivent faire appeler le 15 sans attendre.
Reformuler le risque d'arrêt spontané des traitements cardiaques ou antithrombotiques sans avis médical.
Insister sur l'intérêt de l'arrêt du tabac, d'une activité physique adaptée et d'une alimentation équilibrée pour réduire le risque de récidive.
Vérifier que le patient comprend l'utilité de la réadaptation cardiaque pour reprendre confiance et sécuriser la reprise des activités.
S'assurer que le patient et ses proches savent reconnaître les signes qui imposent une consultation rapide ou un appel aux secours.

Surveillance prioritaire

État hémodynamique et rythme cardiaque

Monitorage continu par scope et mesure rapprochée toutes les 15 à 30 minutes en phase aiguë, puis adaptée à l'évolution. · PAS supérieure ou égale à 90 mmHg, FC entre 50 et 100/min selon l'objectif médical retenu, SpO2 supérieure ou égale à 94 % hors consigne spécifique, conscience habituelle conservée.

Alerte

Hypotension persistante avec marbrures, confusion ou oligurie : alerter immédiatementTrouble du rythme grave (FV, TV, BAV) au scope ou arrêt cardio-respiratoire : déclencher la procédure adaptéeAggravation respiratoire ou SpO2 inférieure à 90 % : alerter sans délai

Douleur thoracique et récidive ischémique

Réévaluation à chaque tour et immédiatement en cas de plainte du patient. · EVA inférieure ou égale à 3 sur 10 ou retour au niveau habituel du patient, sans majoration clinique associée.

Alerte

Récidive de douleur thoracique prolongée : ECG rapide et alerte médicale immédiateDouleur associée à malaise, dyspnée ou pâleur : renforcer la surveillance et alerterDouleur inhabituelle ou persistante malgré le traitement : transmettre sans attendre

Point de ponction après coronarographie

Toutes les 15 à 30 minutes pendant les premières heures puis selon le protocole du service. · Absence de saignement extériorisé, augmentation du volume de l’hématome inférieure à 1 cm entre deux contrôles, TRC distal inférieur à 3 secondes, SpO2 du doigt concerné identique ou proche du côté controlatéral selon le matériel disponible.

Alerte

Saignement ou hématome extensif au point de ponction : alerter immédiatementDouleur importante, membre froid, pâle ou pouls aboli : signaler en urgenceAggravation locale (rougeur, chaleur, écoulement) : renforcer la surveillance et transmettre

Observance et tolérance des traitements

À chaque tour pendant l'hospitalisation puis à chaque temps éducatif. · Aucun oubli déclaré sur les 24 dernières heures pendant l’hospitalisation, FC supérieure ou égale à 50/min, PAS supérieure ou égale à 90 mmHg, absence de saignement extériorisé rapporté.

Alerte

Saignement extériorisé sous traitement antithrombotique : quantifier et alerterBradycardie inférieure à 50/min, hypotension ou malaise sous traitement : signaler rapidementIncompréhension, refus de traitement ou mauvaise observance : reprendre l'éducation et transmettre

Rôle IDE détaillé

Évaluer la douleur thoracique : caractère, intensité, irradiation, durée et retentissement.
Surveiller l'état hémodynamique, respiratoire et neurologique.
Repérer rapidement toute complication : récidive douloureuse, trouble du rythme, saignement, aggravation respiratoire.
Évaluer la compréhension du patient, son anxiété et ses besoins éducatifs.

Références

Chapitre 05 - Item 339 : Syndromes coronariens aigus · SFC/CNEC · 2024

Guide du parcours de soins : syndrome coronarien chronique · HAS · 2021

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.