Cardiovasculaire

Insuffisance cardiaque

Maladie chronique dans laquelle le cœur ne couvre plus correctement les besoins de l’organisme, avec risque de décompensation, de congestion et de réhospitalisation.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L’insuffisance cardiaque correspond à l’incapacité du cœur à assurer un débit sanguin adapté ou à se remplir correctement. C’est une maladie chronique, souvent entrecoupée d’épisodes de décompensation. Pour l’IDE, l’enjeu principal est de repérer tôt l’aggravation de la dyspnée, de la fatigue, de la prise de poids ou des œdèmes, tout en accompagnant l’observance, la surveillance pondérale et l’éducation du patient.
Prévalence
Environ 2,6 % de la population adulte française est concernée en 2022, et jusqu’à 10 % après 70 ans. Environ 181 000 adultes ont été hospitalisés pour une insuffisance cardiaque aiguë en 2022 (Santé publique France, BEH 2025).
Âge typique
L’âge moyen au diagnostic se situe entre 75 et 80 ans en Europe (SFC item 234). La maladie peut aussi toucher des adultes plus jeunes selon la cardiopathie en cause.
Mortalité
En 2021, 73 121 décès présentaient l’insuffisance cardiaque comme cause initiale ou associée en France (Santé publique France, BEH 2025). Le pronostic dépend de la sévérité, des décompensations répétées, des comorbidités et de la qualité du suivi.

Précoces

Signes précoces

Dyspnée d’effort progressiveEssoufflement pour des efforts de plus en plus modestes.
Fatigue inhabituelleBaisse de tolérance à l’effort, récupération prolongée ou difficulté dans les activités quotidiennes.
Prise de poids rapideSouvent liée à une rétention hydrosodée et très utile à repérer tôt.

Évolutifs

Signes évolutifs

Orthopnée ou dyspnée nocturneBesoin de dormir plus assis ou réveils nocturnes par essoufflement.
Œdèmes des membres inférieursŒdèmes bilatéraux, déclives, souvent associés à une sensation de jambes lourdes.

Tardifs

Signes tardifs

Signes de congestion plus marquéeTurgescence jugulaire, hépatomégalie congestive ou aggravation de la fatigue.

Gravité

Signes de gravité

Œdème aigu pulmonaireDétresse respiratoire aiguë avec mauvaise tolérance, urgence vitale.
Choc cardiogéniqueHypotension marquée, chute prolongée de la pression artérielle, oligurie franche, marbrures, confusion et extrémités froides évoquent une mauvaise perfusion et imposent une alerte immédiate (SFC item 234).
Dégradation rapide de l’état généralDyspnée majeure, asthénie extrême, incapacité à réaliser les gestes de base.

Mécanisme

Le cœur se contracte moins bien, se remplit moins bien, ou les deux.
Le débit cardiaque devient insuffisant pour répondre aux besoins de l’organisme.
L’organisme retient l’eau et le sel, ce qui aggrave la congestion.
Cette surcharge touche surtout les poumons et les tissus périphériques, provoquant dyspnée et œdèmes.

Conséquences

Congestion avec dyspnée, orthopnée, œdèmes et prise de poids.
Bas débit avec fatigue, malaise, extrémités froides ou aggravation de la fonction rénale.
Décompensations aiguës nécessitant parfois une hospitalisation.
Association fréquente avec des troubles du rythme.

Évolution

La maladie alterne souvent phases stables et épisodes de décompensation. Le suivi, l’observance et le repérage précoce des signes d’aggravation sont essentiels.
Cardiopathie ischémique ou antécédent d’infarctus
Hypertension artérielle chronique
Valvulopathie ou cardiomyopathie
Trouble du rythme, notamment fibrillation atriale
Diabète, insuffisance rénale chronique, obésité ou syndrome d’apnées du sommeil

Critères diagnostiques

Association évocatrice : dyspnée, fatigue, prise de poids, œdèmes, orthopnée ou réveils nocturnes par essoufflement.
Signes cliniques de congestion ou de bas débit : crépitants, œdèmes, turgescence jugulaire, oligurie, extrémités froides.
BNP ou NT-proBNP en appui diagnostique, interprété avec le contexte clinique.
Échocardiographie indispensable pour confirmer le diagnostic et rechercher la cause.
Gêne fonctionnelle graduée par la classification NYHA (I : pas de gêne ; II : gêne à l’effort important ; III : gêne à l’effort modéré ; IV : gêne au repos).

Diagnostic différentiel

Décompensation respiratoire : BPCO, asthme, infection respiratoire ou embolie pulmonaire.
Insuffisance rénale ou autre cause d’œdèmes non cardiaques.
Anémie ou déconditionnement important avec fatigue et dyspnée.
Atteinte hépatique ou veineuse avec œdèmes sans origine cardiaque principale.

Examens complémentaires

Échocardiographie transthoracique

Examen de référence pour confirmer le diagnostic et rechercher une cause.L’IDE prépare le patient, explique l’examen et transmet tout contexte de décompensation ou de détresse respiratoire.

BNP ou NT-proBNP

Marqueur d’orientation diagnostique : un BNP inférieur à 100 pg/mL ou un NT-proBNP inférieur à 300 pg/mL rendent l’insuffisance cardiaque très improbable (SFC item 234).Le prélèvement est réalisé sur prescription et transmis avec le contexte clinique : dyspnée, prise de poids, œdèmes, fatigue inhabituelle.

ECG 12 dérivations

Recherche de trouble du rythme, de séquelles ischémiques ou de trouble de conduction.L’ECG aide à rechercher un facteur aggravant. L’IDE le réalise rapidement et transmet sans délai s’il existe un signe de gravité.

Ionogramme et créatinine

Évaluation de la fonction rénale et des troubles hydro-électrolytiques.Surveiller particulièrement la créatinine et le potassium lors des adaptations thérapeutiques.

Actif

Traitement de fond (4 classes)Pour l’IC à FEVG diminuée, quatre classes sont associées à une réduction de mortalité : IEC, ARA2 ou ARNI ; bêtabloquants ; antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes ; inhibiteurs SGLT2 (SFC item 234). Les choix, doses et adaptations relèvent de la prescription médicale. L’IDE surveille la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la tolérance clinique et la biologie.

Au long cours avec adaptations progressives.

Actif

DiurétiquesIls visent à réduire la congestion et à soulager l’essoufflement ou les œdèmes. L’IDE surveille le poids, la diurèse, les œdèmes, la pression artérielle et les signes de déshydratation. La modulation des doses relève de la prescription médicale.

Selon l’état clinique et la prescription.

Support

Mesures hygiéno-diététiquesPesée régulière, limitation du sel, activité adaptée, arrêt du tabac, réduction de l’alcool et repérage des signes d’alerte font partie du traitement.

Au long cours.

Spécialisé

Prise en charge spécialiséeCertains patients relèvent d’un dispositif implantable ou d’une prise en charge spécialisée, décidée par l’équipe spécialisée. L’IDE prépare le patient, surveille l’après-procédure et relaie les consignes utiles.

Selon la situation clinique.

Décompensation cardiaque aiguë

Aggravation brutale ou progressive des symptômes avec majoration de la congestion.

Prévention

Renforcer l’observance, la pesée régulière et le repérage des signes d’alerte.

Signes d'alerte

Prise de poids rapide · Dyspnée plus importante · Œdèmes qui augmentent

Œdème aigu pulmonaire

Urgence respiratoire liée à une congestion pulmonaire importante.

Prévention

Repérer tôt l’aggravation respiratoire et alerter rapidement.

Signes d'alerte

Orthopnée récente · Crépitants, toux nocturne · Polypnée ou désaturation

Trouble du rythme

Un trouble du rythme peut majorer la décompensation ou provoquer un malaise.

Prévention

Surveiller le pouls, l’ECG si besoin, la tolérance clinique et les anomalies biologiques.

Signes d'alerte

Palpitations · Malaise · Bradycardie ou tachycardie mal tolérée

Aggravation de la fonction rénale

La baisse du débit cardiaque, la congestion ou les traitements peuvent altérer la fonction rénale.

Prévention

Surveiller la diurèse, la créatinine et l’hydratation, puis transmettre rapidement toute aggravation.

Signes d'alerte

Oligurie · Créatinine en hausse · Fatigue ou confusion associées

Expliquer l’intérêt d’une pesée régulière dans les mêmes conditions et l’importance de signaler une prise de poids rapide.
Faire repérer les signes d’alerte : essoufflement majoré, œdèmes, fatigue inhabituelle, besoin de dormir plus assis, toux nocturne.
Rappeler qu’un traitement ne doit pas être arrêté sans avis médical.
Renforcer les habitudes utiles au long cours : limitation du sel, activité adaptée et respect des rendez-vous de suivi.
Déconseiller l’automédication par AINS et rappeler de signaler l’insuffisance cardiaque à tout professionnel de santé.
Associer si possible l’entourage au suivi du poids, des traitements et des signes de décompensation.

Surveillance prioritaire

Poids et congestion

Pesée quotidienne dans les mêmes conditions (matin, à jeun, vessie vide, mêmes vêtements), recherche d’œdèmes et de dyspnée. · Poids stable d’un jour à l’autre par rapport au poids de référence retenu. Alerte au-delà d’un kilo en vingt-quatre heures ou de deux kilos sur trois jours.

Alerte

Prise de poids rapide selon le seuil retenuDyspnée plus importante, réveils nocturnes ou besoin de dormir assisŒdèmes qui augmentent ou fatigue inhabituelle

Constantes et tolérance clinique

Selon le contexte, plus rapprochée en période de décompensation ou de modification thérapeutique. · Pression artérielle systolique supérieure ou égale à 100 mmHg si tel est l’objectif médical retenu, fréquence cardiaque entre 50 et 100/min selon le traitement en cours, saturation supérieure ou égale à 94 % hors consigne spécifique, diurèse supérieure ou égale à 0,5 mL/kg/h selon l’objectif fixé.

Alerte

Hypotension mal tolérée, malaise ou confusionOligurie ou aggravation brutale de l’état généralDétresse respiratoire évocatrice d’un œdème aigu pulmonaire

Biologie et tolérance des traitements

Selon prescription, notamment après introduction ou adaptation thérapeutique. · Créatinine et potassium sans aggravation par rapport au dernier contrôle prescrit, bonne tolérance clinique.

Alerte

Créatinine en hausse ou potassium hors fourchette de référenceBradycardie, hypotension ou toux gênante sous traitementSignes de déshydratation, crampes ou intolérance digestive

Observance et autonomie

À chaque contact et lors des temps éducatifs. · Patient capable de suivre sa surveillance pondérale, ses traitements et de reconnaître les signes d’alerte.

Alerte

Oublis répétés ou arrêt volontaire du traitementDifficulté à suivre la pesée, le régime ou les rendez-vousAutomédication inadaptée, notamment avec des AINS

Rôle IDE détaillé

Évaluer la dyspnée, la fatigue, l’orthopnée, le poids et les œdèmes.
Repérer les signes de congestion ou de bas débit et apprécier leur évolution.
Contrôler les constantes, la diurèse si besoin et la tolérance globale.
Rechercher les écarts d’observance, les oublis de traitement et l’automédication.

Références

Chapitre 18 - Item 234 : insuffisance cardiaque de l’adulte · SFC · 2024

Guide parcours de soins : insuffisance cardiaque · HAS · 2014

L’insuffisance cardiaque : reconnaître les signes d’alerte · Fédération française de cardiologie

Insuffisance cardiaque : données épidémiologiques en France · Santé publique France · 2019

Épidémiologie de l’insuffisance cardiaque en France (BEH hors-série) · Santé publique France · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.