Pédiatrique

Invagination intestinale aiguë

Urgence abdominale du nourrisson : un segment intestinal se télescope dans le segment voisin (boudin d'invagination). Le tableau typique associe des accès paroxystiques de pleurs et de pâleur avec des accalmies. La réduction par lavement radiologique évite la chirurgie si la prise en charge est précoce.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'invagination intestinale aiguë est la pénétration d'un segment intestinal dans le segment sous-jacent, par retournement en doigt de gant, formant le boudin d'invagination. C'est la cause la plus fréquente d'occlusion chez le nourrisson. Elle se manifeste par des crises douloureuses paroxystiques avec accalmies, des accès de pâleur, des vomissements et un refus alimentaire. Pour l'IDE, l'enjeu est de repérer ce tableau intermittent sans se laisser rassurer par l'accalmie, d'évaluer l'état de l'enfant, de préparer l'échographie et la réduction, de surveiller et d'accompagner des parents souvent très angoissés.
Prévalence
Cause la plus fréquente d'occlusion intestinale chez le nourrisson et l'enfant de moins de 3 ans (CNPU, campus de pédiatrie). La forme la plus fréquente est iléo-cæco-colique. La grande majorité des cas surviennent chez un nourrisson auparavant en bonne santé, souvent au décours d'un épisode viral.
Âge typique
Nourrisson avec un pic de fréquence vers 9 mois, le plus souvent entre 2 mois et 2 ans. Prédominance masculine, avec une augmentation automno-hivernale des cas (CNPU). Chez l'enfant plus grand, l'invagination est plus souvent secondaire à une cause anatomique.
Mortalité
Pronostic très favorable quand la prise en charge est précoce : la réduction radiologique guérit la majorité des formes non compliquées sans chirurgie. Le pronostic s'aggrave en cas de retard diagnostique, avec un risque de nécrose intestinale, de perforation et de choc. La difficulté tient au caractère intermittent du tableau, qui peut retarder l'alerte.

Précoces

Signes précoces

Crises douloureuses paroxystiques avec accalmiesAccès brutaux de pleurs et d'agitation, le nourrisson replie ses jambes sur le ventre, puis se calme entre deux crises : cette accalmie ne doit jamais rassurer
Accès de pâleur et d'hypotonieAu décours des crises douloureuses, épisodes de pâleur intense avec parfois hypotonie ou aspect de malaise, très évocateurs chez le nourrisson
Vomissements et refus alimentaireVomissements d'abord alimentaires, refus du biberon ou du sein : signes d'occlusion débutante à recueillir et transmettre

Évolutifs

Signes évolutifs

Vomissements bilieuxVomissements devenant verdâtres (bilieux), témoignant d'une occlusion installée : signe à transmettre sans délai au médecin
RectorragiesÉmission de sang par l'anus, d'intensité variable, signe plus tardif : ne jamais attendre ce signe pour évoquer l'invagination

Tardifs

Signes tardifs

Altération de l'état généralNourrisson de plus en plus grognon puis apathique, teint gris, moins réactif entre les crises : surveiller le comportement et alerter

Gravité

Signes de gravité

Selles en gelée de groseilleSelles rouge sombre mêlées de mucus, témoignant déjà d'une souffrance intestinale avancée : alerter le médecin sans délai
Signes d'occlusion et de souffrance intestinaleBallonnement abdominal, arrêt des gaz et des selles, vomissements bilieux abondants, douleur permanente : prévenir le médecin en urgence
Signes de chocTeint gris, marbrures, extrémités froides, tachycardie, somnolence ou geignement continu : surveiller les constantes et déclencher la prise en charge d'urgence

Mécanisme

Un segment d'intestin (le plus souvent l'iléon terminal) se retourne et pénètre dans le segment situé en aval, en doigt de gant, formant le boudin d'invagination
Le boudin entraîne avec lui son méso et ses vaisseaux, ce qui comprime la circulation de la portion invaginée
La progression du boudin réalise une occlusion mécanique : l'intestin ne laisse plus passer normalement le contenu digestif
La compression vasculaire prolongée provoque un oedème puis une souffrance de la paroi, avec un saignement qui donne les rectorragies
Sans réduction, l'ischémie évolue vers la nécrose de l'intestin invaginé, puis la perforation et la péritonite

Conséquences

Douleur intense par crises, liée aux contractions de l'intestin qui tente de faire progresser le boudin, entrecoupée de périodes d'accalmie trompeuses
Vomissements et refus alimentaire par occlusion, avec un risque de déshydratation chez le nourrisson
Saignement digestif par souffrance de la paroi, se traduisant par des rectorragies plus tardives
Évolution possible vers l'ischémie, la nécrose intestinale et le choc en l'absence de prise en charge

Évolution

Prise en charge tôt, l'invagination se réduit dans la majorité des cas par lavement radiologique, sans chirurgie, avec une guérison rapide. Le caractère intermittent du tableau et l'accalmie entre les crises peuvent faussement rassurer et retarder l'alerte. Plus la réduction est différée, plus le risque de nécrose intestinale, de perforation et de recours chirurgical augmente. Une récidive reste possible dans les heures qui suivent la réduction, justifiant une surveillance rapprochée.
Âge du nourrisson entre 2 mois et 2 ans : période de fréquence maximale, avec un pic vers 9 mois
Sexe masculin : prédominance des garçons dans les formes primitives du nourrisson
Épisode viral récent (gastro-entérite, infection ORL) : hypertrophie du tissu lymphoïde de la paroi intestinale favorisant le télescopage
Saison automno-hivernale : recrudescence des cas parallèle à la circulation des virus
Cause anatomique sous-jacente chez l'enfant plus grand : diverticule de Meckel · polype · purpura rhumatoïde · lymphome (invagination dite secondaire)

Critères diagnostiques

Association évocatrice chez un nourrisson : crises douloureuses paroxystiques avec accalmies, accès de pâleur, vomissements et refus alimentaire
La triade complète (douleurs paroxystiques, vomissements ou refus, rectorragies) n'est présente que dans 20 à 30 % des cas : il ne faut jamais l'attendre complète
Le diagnostic est affirmé par l'échographie abdominale qui visualise le boudin d'invagination
Règle de vigilance IDE : devant des accès paroxystiques de pleurs et de pâleur chez un nourrisson, évoquer l'invagination et transmettre, sans attendre les rectorragies
Rechercher chez l'enfant plus grand une cause anatomique sous-jacente (invagination secondaire), à évoquer par le médecin

Diagnostic différentiel

Gastro-entérite aiguë : diarrhée et vomissements souvent fébriles, sans accès paroxystiques de pâleur ni boudin à l'échographie
Colique banale du nourrisson : pleurs répétés mais bon état général entre les crises, sans vomissement bilieux ni sang dans les selles
Allergie aux protéines de lait de vache : troubles digestifs et parfois sang dans les selles, d'évolution chronique et sans tableau occlusif aigu
Autre urgence chirurgicale abdominale : hernie inguinale étranglée, torsion, appendicite chez l'enfant plus grand
Invagination secondaire de l'enfant plus grand : à rechercher devant un diverticule de Meckel, un purpura rhumatoïde ou un lymphome

Examens complémentaires

Échographie abdominale

Examen de référence pour confirmer le diagnostic : le radiologue visualise le boudin d'invagination, avec un aspect en cocarde en coupe transversale et en sandwich en coupe longitudinaleL'IDE ne réalise pas et n'interprète pas l'échographie : elle relève du radiologue et du pédiatre. L'IDE prépare l'enfant, le maintient au calme et à jeun sur prescription, accompagne les parents et organise l'acheminement vers l'imagerie sans délai. Elle transmet le compte rendu au médecin.

Bilan sanguin préopératoire et de retentissement

NFS, ionogramme, bilan d'hémostase et groupe sanguin selon prescription, pour évaluer le retentissement de l'occlusion et préparer une éventuelle réduction ou chirurgieL'IDE prélève sur prescription, identifie correctement les tubes selon le protocole du service et achemine au laboratoire. Elle transmet les valeurs au médecin avec leur tendance et alerte sur toute anomalie (signes de déshydratation, trouble ionique).

Radiographie d'abdomen sans préparation

Non systématique, réalisée sur prescription. Elle peut montrer des signes d'occlusion (niveaux hydro-aériques) ou rechercher un pneumopéritoine (signe de perforation)L'IDE accompagne l'enfant à l'examen, le rassure ainsi que ses parents et transmet le compte rendu au médecin. L'interprétation de la radiographie relève du radiologue et du pédiatre.

Support

Mise à jeun et voie veineuseLe nourrisson est mis à jeun et une voie veineuse périphérique est posée sur prescription pour la réhydratation et l'attente d'une éventuelle réduction ou chirurgie. L'IDE installe la voie, sécurise l'enfant et surveille la perfusion.

Dès la suspicion, en phase aiguë

Support

Sonde nasogastrique si prescriteEn cas d'occlusion avec vomissements, une sonde nasogastrique de décharge peut être prescrite pour soulager l'estomac. L'IDE la pose sur prescription, vérifie sa position et surveille le liquide recueilli.

Phase aiguë, selon prescription

Support

Lavement de réduction radiologiqueTraitement de référence des formes non compliquées : le radiologue réduit le boudin par un lavement hydrostatique aux hydrosolubles ou pneumatique, sous contrôle radioscopique (le contrôle échographique, plus rare, est réservé à certains centres). L'IDE prépare l'enfant, l'accompagne et surveille après le geste.

Phase aiguë, sur décision médicale

Support

Traitement chirurgicalRéservé aux échecs de réduction radiologique et aux formes compliquées ou évoluées : réduction manuelle du boudin par laparoscopie ou laparotomie sur décision chirurgicale. L'IDE prépare le dossier, l'enfant et le transfert au bloc.

En cas d'échec ou de complication

Actif

Antalgiques sur prescriptionLa douleur des crises est prise en charge par des antalgiques adaptés au nourrisson, sur prescription médicale. L'IDE administre selon prescription, évalue la douleur avec une échelle adaptée à l'âge et trace son évolution.

Phase aiguë, selon prescription

Éducation

Accompagnement et information des parentsLes parents sont souvent très angoissés par les crises et par l'urgence. L'IDE explique le déroulement des examens et de la réduction avec des mots simples, répond aux questions et associe les parents aux soins autant que possible.

Tout au long de la prise en charge

Nécrose intestinale

La compression prolongée des vaisseaux du boudin entraîne une ischémie puis une mort du segment intestinal invaginé, imposant une résection chirurgicale.

Prévention

Repérage précoce du tableau et alerte rapide pour permettre une réduction avant la souffrance de la paroi. L'IDE ne se laisse pas rassurer par l'accalmie entre les crises et transmet sans attendre les rectorragies.

Signes d'alerte

Rectorragies puis selles en gelée de groseille · Douleur devenant permanente entre les crises · Altération de l'état général, teint gris

Perforation et péritonite

La nécrose de la paroi peut aboutir à une perforation avec passage du contenu intestinal dans le ventre, réalisant une péritonite, urgence chirurgicale.

Prévention

Alerte médicale rapide et respect strict du jeûne sur prescription en attendant la décision. L'IDE surveille l'abdomen et transmet toute aggravation.

Signes d'alerte

Abdomen tendu, ballonné et douloureux · Vomissements bilieux abondants · Fièvre et aggravation de l'état général

Déshydratation

Les vomissements, le refus alimentaire et l'occlusion entraînent des pertes liquidiennes qui déshydratent rapidement le nourrisson.

Prévention

Mise à jeun et réhydratation par voie veineuse sur prescription, surveillance des couches et des muqueuses. L'IDE trace les entrées et les sorties.

Signes d'alerte

Couches moins mouillées, urines rares et foncées · Muqueuses sèches, yeux cernés · Somnolence et pleurs sans larmes

Expliquer aux parents ce qu'est l'invagination en mots simples : un repli de l'intestin sur lui-même qui bloque le passage, et pourquoi la prise en charge est urgente
Décrire le déroulement des examens, notamment l'échographie et le lavement de réduction, pour réduire l'angoisse et obtenir leur coopération
Insister sur le fait que les périodes d'accalmie ne signifient pas la guérison et que les crises peuvent reprendre, afin qu'ils restent vigilants
S'assurer que les parents savent quels signes signaler après la réduction : reprise des crises, pâleur, vomissements, refus de boire, sang dans les selles
Reformuler avec les parents les consignes de reprise progressive de l'alimentation données par le médecin et vérifier qu'ils les ont comprises
Rassurer sur le pronostic favorable des formes prises en charge tôt, tout en expliquant l'importance de la surveillance des premières heures

Surveillance prioritaire

Récidive après réduction du boudin

Surveillance rapprochée dans les heures qui suivent la réduction, selon prescription et protocole du service · Enfant calme, sans reprise des crises douloureuses ni des accès de pâleur, reprise progressive de l'alimentation bien tolérée

Alerte

Reprise des crises douloureuses paroxystiques ou des accès de pâleur : alerter le médecin, la récidive est fréquente dans les premières heuresVomissements bilieux ou nouveau refus alimentaire après reprise du biberon : transmettre au médecinBallonnement abdominal ou sang dans les selles après réduction : prévenir le médecin sans délai

État général, hydratation et douleur

Constantes et évaluation de la douleur à intervalles réguliers selon prescription, plus rapprochés en cas d'aggravation · Enfant réactif, bien coloré, temps de recoloration cutanée inférieur à 2 secondes, douleur soulagée, couches mouillées et muqueuses humides

Alerte

Teint gris, marbrures, extrémités froides, tachycardie ou temps de recoloration allongé : surveiller les constantes et alerter le médecin en urgenceSomnolence, hypotonie ou geignement continu entre les crises : signe de gravité à transmettre sans délaiSignes de déshydratation (couches sèches, muqueuses sèches, yeux cernés) : transmettre au médecin pour adaptation de la réhydratation

Transit et abdomen

Observation du ventre, des vomissements et des selles à chaque soin, en particulier avant et après la réduction · Abdomen souple, reprise d'un transit normal, selles redevenues normales sans sang, vomissements taris

Alerte

Abdomen tendu, ballonné ou douloureux au toucher : suspendre l'alimentation et prévenir le médecin en urgenceArrêt des gaz et des selles avec vomissements bilieux : signes d'occlusion à transmettre sans délaiSelles en gelée de groseille : témoin de souffrance intestinale, alerter le médecin immédiatement

Rôle IDE détaillé

Recueillir la description des crises auprès des parents : accès de pleurs paroxystiques, pâleur, jambes repliées, comportement entre les crises
Évaluer l'état général, la coloration, l'hydratation, le temps de recoloration cutanée et rechercher des signes de gravité (teint gris, hypotonie, ballonnement)
Évaluer la douleur avec une échelle adaptée à l'âge du nourrisson et tracer son évolution
Rechercher et transmettre les signes d'occlusion et de souffrance : vomissements bilieux, arrêt des gaz, sang dans les selles

Références

Douleurs abdominopelviennes de l'enfant, chapitre invagination intestinale aiguë · CNPU · 2024

Référentiel de pédiatrie du deuxième cycle · CNPU · 2024

Invagination intestinale aiguë, cours de pédiatrie · Campus de pédiatrie (UNESS) · 2014

Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.