Cardiovasculaire

Syndrome coronarien aigu

Urgence cardiaque liée à une diminution brutale de l'irrigation du muscle cardiaque, avec risque rapide d'aggravation si la prise en charge tarde.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le syndrome coronarien aigu (SCA) correspond à une souffrance brutale du muscle cardiaque liée à une obstruction partielle ou totale d'une artère coronaire. Il regroupe plusieurs présentations cliniques, mais toutes imposent une prise en charge rapide. Pour l'IDE, les priorités sont de reconnaître la douleur thoracique ou la présentation atypique, réaliser l'ECG rapidement, alerter, préparer la prise en charge et surveiller l'évolution clinique.
Prévalence
En France, plus de 125 000 patients sont hospitalisés chaque année pour un syndrome coronarien aigu, selon les données de Santé publique France (données 2022).
Âge typique
Le SCA touche surtout l'adulte avec facteurs de risque cardiovasculaire, et sa fréquence augmente avec l'âge. Les présentations atypiques sont plus fréquentes chez le sujet âgé, le patient diabétique et la femme.
Mortalité
Malgré les progrès de la reperfusion, le SCA reste une urgence à risque de complications et de décès, surtout si la prise en charge est retardée.

Précoces

Signes précoces

Douleur thoracique typiqueDouleur constrictive rétrosternale, pouvant irradier vers le bras, la mâchoire ou le dos, prolongée et peu soulagée.
Signes neurovégétatifsSueurs, nausées, pâleur, anxiété marquée ou sensation de malaise.
Dyspnée ou malaiseEssoufflement, malaise ou présentation peu bruyante pouvant accompagner ou remplacer la douleur typique.

Évolutifs

Signes évolutifs

Présentations atypiquesÉpigastralgies, malaise isolé, fatigue extrême ou tableau peu évocateur, surtout chez le sujet âgé, la femme ou le patient diabétique.
Signes d'insuffisance cardiaqueDyspnée qui s’aggrave, crépitants, orthopnée ou dégradation respiratoire témoignant d’un retentissement cardiaque.

Tardifs

Signes tardifs

Troubles du rythme secondairesPalpitations, malaise ou irrégularité du rythme pouvant traduire une complication électrique.

Gravité

Signes de gravité

Choc cardiogéniqueHypotension, confusion, marbrures, oligurie ou extrémités froides. Défaillance grave nécessitant une alerte immédiate.
Troubles du rythme gravesTachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire ou bradycardie sévère avec retentissement. Risque d'arrêt cardiaque.
Aggravation mécanique ou respiratoireSouffle nouveau, détresse respiratoire ou aggravation clinique brutale imposant une réévaluation urgente.

Mécanisme

Une plaque d'athérome se fragilise puis favorise la formation d'un caillot dans une artère coronaire.
Le flux sanguin diminue brutalement ou s'interrompt, ce qui prive le muscle cardiaque d'oxygène.
Le muscle cardiaque souffre rapidement, puis se nécrose si la reperfusion n'a pas lieu.
L'ECG et la biologie aident ensuite à préciser la présentation et la stratégie de prise en charge.

Conséquences

Une douleur thoracique prolongée ou une présentation atypique peuvent révéler l'ischémie myocardique.
Des troubles du rythme graves peuvent survenir dans la phase aiguë.
Une insuffisance cardiaque ou un état de choc peuvent compliquer l'évolution.
À distance, le traitement de fond et la prévention secondaire réduisent le risque de récidive.

Évolution

La rapidité du diagnostic et de la reperfusion améliore nettement le pronostic. L'évolution dépend ensuite de l'étendue de l'atteinte cardiaque, des complications et de l'adhésion au suivi.
Âge et antécédents familiaux coronariens précoces
Tabagisme
Diabète
Dyslipidémie
Hypertension artérielle
Sédentarité, surpoids et hygiène de vie défavorable

Critères diagnostiques

Clinique évocatrice : douleur thoracique prolongée, signes neurovégétatifs, dyspnée ou présentation atypique.
ECG 12 dérivations à réaliser rapidement après le premier contact médical : il oriente vers un STEMI (sus-décalage persistant du segment ST) ou un NSTEMI selon le tracé.
Troponine sur prescription médicale, interprétée avec la clinique et l'ECG.
Le diagnostic final repose sur l'ensemble des données cliniques, électriques et biologiques, conditionnant la stratégie décidée par l'équipe médicale.

Diagnostic différentiel

Péricardite aiguë : douleur positionnelle, soulagée penché en avant, contexte inflammatoire.
Embolie pulmonaire : dyspnée, douleur pleurale, tachycardie et désaturation.
Dissection aortique : douleur transfixiante ou migratrice, asymétrie tensionnelle possible.
Pneumothorax : douleur unilatérale brutale avec diminution du murmure vésiculaire.

Examens complémentaires

ECG 12 dérivations

Anomalies compatibles avec une ischémie myocardique aiguë.Réaliser et transmettre au médecin dans les 10 minutes suivant le premier contact médical. Toute anomalie évocatrice impose une alerte rapide.

Troponine hypersensible

Élévation compatible avec une nécrose myocardique selon l'évolution biologique.Prélever sur prescription et transmettre rapidement les résultats au médecin. Le second dosage se fait une à deux heures après celui de l'admission : c'est la cinétique entre les deux, plus que la valeur isolée, qui oriente le diagnostic.

Coronarographie

Visualisation de l'atteinte coronaire et possibilité de geste de reperfusion si nécessaire.Préparer le patient selon le protocole du service et assurer une surveillance rapprochée au retour de salle.

Bilan biologique d'urgence

Bilan utile à l'évaluation de la gravité, à la sécurité du geste et à l'adaptation de la prise en charge.Prélever sur prescription et transmettre en priorité les résultats utiles à la conduite immédiate.

Phase aiguë

Support

Reperfusion par geste interventionnelQuand la reperfusion est décidée par l'équipe médicale, elle doit être organisée rapidement. L'IDE prépare le patient, accompagne la prise en charge et assure une surveillance rapprochée au retour de salle.

En urgence puis surveillance rapprochée.

Support

Coronarographie selon la stratégie médicaleSelon la situation clinique, une coronarographie peut être programmée rapidement par l'équipe médicale. L'IDE prépare le patient et poursuit la surveillance avant et après le geste.

Pendant la phase aiguë selon la stratégie médicale.

Actif

Antiagrégation plaquettaire sur prescriptionLes antiagrégants sont administrés sur prescription pour limiter le risque thrombotique. L'IDE surveille les saignements, la tolérance et prépare le relais éducatif.

Phase aiguë puis traitement de fond selon la prescription.

Actif

Traitements de la phase aiguëLes traitements utiles à la phase aiguë sont administrés sur prescription selon l'état clinique. L'IDE surveille la douleur, la tolérance hémodynamique, respiratoire et le risque hémorragique.

Pendant la phase aiguë.

Éducation

Réadaptation cardiaqueLa réadaptation cardiaque aide à reprendre progressivement une activité, à mieux connaître la maladie et à renforcer la prévention secondaire.

Après la phase aiguë selon le programme proposé.

Traitement de fond

Actif

Prévention secondaireUn traitement de fond est mis en place pour protéger la fonction cardiaque et réduire le risque de récidive. L'IDE surveille la tolérance, l'observance et participe à l'éducation thérapeutique.

Au long cours.

Choc cardiogénique

Défaillance sévère de la pompe cardiaque avec hypotension et mauvaise perfusion tissulaire. C'est une complication grave nécessitant une prise en charge urgente.

Prévention

Surveiller l'état hémodynamique et respiratoire, et alerter immédiatement devant toute dégradation clinique.

Signes d'alerte

Oligurie · Marbrures et extrémités froides · Confusion progressive

Troubles du rythme graves

Des troubles du rythme graves peuvent compliquer la phase aiguë et mettre en jeu le pronostic vital.

Prévention

Scope, alerte rapide devant toute anomalie du rythme ou malaise, matériel de réanimation accessible.

Signes d'alerte

Anomalie du rythme au scope · Palpitations ou malaise · Dégradation clinique brutale

Complications secondaires graves

Certaines complications peuvent provoquer une aggravation brutale avec dyspnée, souffle nouveau ou dégradation hémodynamique.

Prévention

Auscultation régulière, surveillance clinique rapprochée et alerte immédiate devant toute aggravation inhabituelle.

Signes d'alerte

Souffle nouveau · Dyspnée ou OAP brutal · Dégradation hémodynamique brutale

Complications hémorragiques

Les traitements antithrombotiques augmentent le risque de saignement, notamment au point de ponction ou sur d'autres sites.

Prévention

Surveiller les saignements, l'état cutané et le point de ponction, puis transmettre rapidement toute anomalie.

Signes d'alerte

Saignement au point de ponction · Ecchymoses ou hématomes · Signes d'hémorragie extériorisée

Expliquer qu'une douleur thoracique prolongée, une dyspnée brutale ou un malaise imposent d'appeler le 15 sans attendre.
Reformuler le risque lié à un arrêt des traitements antithrombotiques ou cardiaques sans avis médical.
Insister sur la nécessité de signaler rapidement tout saignement inhabituel sous traitement.
Vérifier que le patient comprend l'intérêt de l'arrêt du tabac, d'une activité physique adaptée et d'une alimentation équilibrée pour réduire le risque de récidive.
S'assurer que le patient a compris l'utilité de la réadaptation cardiaque et du suivi cardiologique après l'hospitalisation.

Surveillance prioritaire

Douleur thoracique

Réévaluation régulière et immédiate en cas de plainte du patient. · Douleur soulagée ou en nette régression après la prise en charge, évaluée à 3 sur 10 au plus sur l'échelle visuelle analogique, hors consigne médicale spécifique.

Alerte

Récidive douloureuse prolongée : réaliser ou faire réaliser un ECG rapidement et alerter.Douleur résistante ou inhabituelle : transmettre sans délai.Douleur associée à dyspnée, malaise ou pâleur : renforcer la surveillance et alerter en urgence.

État hémodynamique

Continue ou très rapprochée en phase aiguë, puis adaptée à l'évolution. · Pression artérielle systolique au moins égale à 90 mmHg, fréquence cardiaque entre 50 et 100/min selon l'objectif médical retenu, saturation en oxygène au moins égale à 94 % en air ambiant hors consigne spécifique, conscience conservée. Dans le SCA, l'oxygène n'est pas systématique : il n'est administré que sur hypoxémie documentée (SpO2 inférieure à 90 %), sur prescription.

Alerte

Hypotension, marbrures, confusion ou oligurie : alerter immédiatement.Trouble du rythme ou aggravation clinique : prévenir sans délai.Désaturation ou aggravation respiratoire : alerter rapidement.

Point de ponction post-geste

Rapprochée au retour de la procédure selon le protocole du service. · Pansement sec, absence de saignement actif, hématome stable et inférieur à 1 centimètre entre deux contrôles, membre chaud, coloré et bien perfusé.

Alerte

Saignement actif ou hématome croissant : alerter immédiatement.Douleur importante ou membre mal perfusé : signaler en urgence.Aggravation locale : renforcer la surveillance et transmettre.

Observance et éducation thérapeutique

Quotidienne pendant l'hospitalisation puis à chaque temps éducatif. · Prise régulière des traitements antithrombotiques et cardiaques selon prescription, bonne compréhension par le patient et tolérance clinique satisfaisante.

Alerte

Saignement sous traitement antithrombotique : quantifier et alerter sans interrompre seul le traitement.Hypotension, bradycardie ou malaise sous traitement : signaler rapidement.Refus, oubli ou incompréhension : reprendre l'éducation et transmettre.

Rôle IDE détaillé

Évaluer la douleur thoracique, son retentissement et les présentations atypiques possibles.
Surveiller l'état hémodynamique, respiratoire, neurologique et le rythme.
Dépister rapidement les complications, les saignements et les anomalies du point de ponction.
Évaluer la compréhension du patient et de son entourage.

Références

Chapitre 05 - Item 339 : Syndromes coronariens aigus · SFC/CNEC · 2024

Critères d'orientation en réadaptation cardiaque et vasculaire · HAS · 2024

Cardiopathies ischémiques et syndromes coronariens aigus en France (données 2022) · Santé publique France · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.