Syndrome de l'enfant maltraité
Maltraitance infantile : repérage clinique, cadre du signalement, prise en charge médico-légale, protection de l'enfance
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- France : environ 300 000 enfants en danger estimés, environ 50 000 signalements par an, environ 160 000 enfants suivis par l'ASE. Sous-déclaration majeure
- Âge typique
- Tous âges mais nourrissons de moins de 1 an les plus vulnérables. Pic de maltraitance physique avant 3 ans. Bébé secoué : pic entre 2 et 4 mois
- Mortalité
- Plusieurs dizaines de décès par an par maltraitance en France (chiffre probablement sous-estimé). Bébé secoué : mortalité élevée, séquelles graves très fréquentes
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
La maltraitance est rarement un événement isolé : elle s'inscrit dans un continuum de violence croissante. Phase initiale : négligences légères, cris, gestes brusques. Escalade progressive : coups et blessures intentionnelles de gravité croissante. Sans intervention, risque de séquelles majeures (handicap, retard mental) ou de décès. Avec protection précoce (placement, accompagnement familial), récupération partielle à totale possible, surtout si intervention avant 3 ans.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Bilan radiologique squelette complet
Fractures multiples d'âges différents, fractures métaphysaires (arrachement), décollements périostés, cals osseux anciensPréparer l'enfant (immobilisation, analgésie si nécessaire sur prescription médicale). Alerter le médecin si fractures multiples d'âges différents constatées. Transmettre les résultats au pédiatre référent.Scanner ou IRM cérébral
Hématome sous-dural uni ou bilatéral, oedème cérébral, contusions parenchymateuses, collections anciennesPréparer l'enfant pour transport (voie IV, surveillance neurologique continue). Alerter immédiatement le médecin si hématome sous-dural confirmé. Transmettre les résultats au neurochirurgien si lésion sévère.Fond d'oeil
Hémorragies rétiniennes unilatérales ou bilatérales, en flammèches ou en dôme, sur plusieurs couchesAccompagner l'enfant au bilan ophtalmologique. Alerter le médecin si hémorragies rétiniennes multiples confirmées. Transmettre le compte rendu au pédiatre référent.Bilan biologique
NFS (anémie / thrombopénie), bilan coagulation (éliminer maladie hémorragique), bilan hépatique (traumatisme abdominal), lipasePrélever sur prescription médicale, assurer la voie veineuse périphérique. Alerter le médecin si transaminases élevées (trauma abdominal suspecté). Transmettre les résultats au médecin référent.Échographie abdominale
Recherche d'épanchement, lésion d'organe plein (foie / rate / rein), hématome duodénalPréparer l'enfant et noter l'heure du dernier repas. Alerter le médecin si épanchement ou lésion d'organe confirmé. Transmettre les résultats au chirurgien pédiatrique si nécessaire.Certificat médical initial (CMI)
Description précise, objective et exhaustive des lésions. Schémas anatomiques datés. Photos avec règle graduéeRassembler les observations IDE (lésions constatées, verbatim de l'enfant) pour transmission au médecin rédacteur. Ne pas rédiger le CMI soi-même (acte médical). Transmettre le document signé au procureur ou à la CRIP.Support
Protection immédiate : hospitalisation de l'enfant pour mise à l'abri. Ordonnance de placement provisoire : décidée par le procureur en cas de danger immédiat, qui saisit le juge des enfants sous 8 jours (art. 375-5 du code civil)Hospitalisation jusqu'à décision judiciaire
Spécialisé
Prise en charge des lésions traumatiques : chirurgie si fracture déplacée, drainage si hématome sous-dural, splénectomie si rupture de rate. Rôle IDE : surveillance postopératoire, constantes, pansements, douleurSelon gravité des lésions, suivi orthopédique ou neurochirurgical
Support
Signalement obligatoire : information préoccupante à la CRIP ou signalement judiciaire au procureur. Formulaire CERFA : à compléter avec les observations IDE. Protection juridique : le signalant est protégé par la loiImmédiat dès suspicion, ne pas attendre de preuves formelles
Support
Évaluation pluridisciplinaire : orientation vers l'UAMJ (médecin légiste / pédiatre / psychologue / assistant social). Bilan complet : examen clinique, entretien adapté à l'âge, évaluation du contexte familialÉvaluation initiale puis suivi selon décision judiciaire
Éducation
Prise en charge psychologique : psychothérapie adaptée à l'âge de l'enfant, thérapie par le jeu pour les plus jeunes. Suivi spécialisé : EMDR si syndrome de stress post-traumatique, accompagnement prolongéPlusieurs mois à années selon gravité du trauma
Éducation
Accompagnement familial : AEMO si maintien dans la famille, soutien à la parentalité, suivi PMI rapproché. Objectif : évaluer la capacité parentale et prévenir la récidiveDécision judiciaire, suivi sur plusieurs années
Séquelles neurologiques (bébé secoué)
Retard mental très fréquent, épilepsie, déficits moteurs, cécité, troubles du comportement. Handicap lourd permanent.Prévention
Repérage précoce des situations à risque, prévention du secouement (campagnes information), soutien parental face aux pleurs du nourrissonSignes d'alerte
Irritabilité et pleurs inconsolables · Somnolence anormale · Vomissements ou refus alimentaire · Convulsions ou fontanelle bombée
Syndrome de stress post-traumatique
Reviviscences (cauchemars / flash-backs), évitement, hypervigilance, troubles de concentration. À l'âge adulte : anxiété, dépression, conduites addictivesPrévention
Prise en charge psychologique précoce adaptée à l'âge, stabilité de l'environnement (placement de qualité), thérapie EMDR si indiquéeSignes d'alerte
Cauchemars répétitifs · Sursaut au bruit ou au contact · Jeux répétitifs reproduisant le trauma · Régression des acquisitions
Troubles de l'attachement
Attachement désorganisé ou insécure avec difficultés relationnelles : soit adhésivité indiscriminée soit retrait. Impact sur le développement socio-émotionnelPrévention
Placement stable (famille d'accueil formée), continuité des soignants, psychothérapie relationnelle, éviter les ruptures multiplesSignes d'alerte
Attachement indiscriminé (va vers tout adulte) · Retrait social marqué · Absence d'angoisse de séparation · Comportement contradictoire (approche puis évitement)
Reproduction transgénérationnelle
Risque accru de devenir parent maltraitant sans intervention thérapeutique. Ce n'est pas une fatalité : l'accompagnement psychologique réduit considérablement ce risque.Prévention
Psychothérapie prolongée, accompagnement parentalité (TISF / PMI), renforcement du réseau social, travail sur l'histoire personnelleSignes d'alerte
Idéalisation de la violence éducative · Difficultés relationnelles persistantes · Grossesse non désirée · Isolement social
Surveillance prioritaire
État clinique et lésions
Pluriquotidienne en hospitalisation : surveillance des lésions, signes neurologiques, douleur, alimentation, comportement · Stabilité ou amélioration des lésions, absence de nouveaux signes, comportement apaisé, alimentation correcte
Alerte
Sécurité et protection
Continue : surveillance des visites parentales, respect des mesures judiciaires, comportement de l'enfant avec les visiteurs · Visites encadrées conformes à la décision judiciaire, enfant apaisé
Alerte
État psychologique
Quotidienne : comportement, sommeil, alimentation, interactions, pleurs, régression des acquisitions · Amélioration progressive du comportement, sommeil restauré, interactions sociales adaptées
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.