Cardiovasculaire

Thrombose Veineuse Profonde

Formation d’un caillot dans une veine profonde, le plus souvent au membre inférieur, avec risque d’embolie pulmonaire

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La thrombose veineuse profonde, encore appelée phlébite, correspond à la formation d'un caillot dans une veine profonde, le plus souvent au niveau du membre inférieur. Le risque majeur est l'embolie pulmonaire si le caillot migre. Pour l'IDE, les priorités sont de repérer rapidement douleur, oedème et asymétrie d'un membre, de surveiller l'apparition de signes respiratoires d'alerte, d'administrer correctement l'anticoagulation prescrite et d'accompagner le patient dans le traitement et la prévention des récidives.
Prévalence
La TVP s'inscrit dans la maladie veineuse thromboembolique (MVTE). En 2022, 62 055 patients adultes ont été hospitalisés pour MVTE, dont 13 566 pour TVP isolée et 48 489 pour embolie pulmonaire (Santé publique France, BEH hors-série du 4 mars 2025).
Âge typique
Le risque augmente avec l'âge, mais la TVP peut survenir plus tôt selon le contexte (chirurgie, immobilisation, cancer, grossesse). La prévalence des adultes avec antécédent de MVTE (hospitalisation ou ALD au cours des dix années précédentes) était de 1,5 % au 1er janvier 2023.
Mortalité
La gravité de la TVP est surtout liée au risque d'embolie pulmonaire : en 2021, la MVTE a été la cause initiale de 3 708 décès en France, dont 87 % par embolie pulmonaire, et elle est mentionnée parmi les causes associées de 17 176 décès (Santé publique France, BEH hors-série du 4 mars 2025). L'autre enjeu est celui des complications à long terme, dont le syndrome post-thrombotique.

Précoces

Signes précoces

Oedème unilatéralLe membre atteint est plus volumineux, parfois tendu ou lourd
Douleur du mollet ou de la cuisseDouleur spontanée ou provoquée à la palpation, variable selon la localisation
Chaleur ou rougeur localeSignes inconstants mais utiles à rechercher en comparaison avec l’autre membre

Évolutifs

Signes évolutifs

Lourdeur persistante du membrePeut persister malgré le traitement initial
Veines superficielles plus visiblesPeut accompagner une gêne du retour veineux
Fatigue à la marcheRetentissement fonctionnel à ne pas banaliser

Gravité

Signes de gravité

Dyspnée brutaleFait craindre une embolie pulmonaire
Douleur thoracique ou désaturationAutres signes d’alerte d’embolie pulmonaire nécessitant une réaction immédiate
Membre très tendu, très douloureux ou cyanoséTableau grave imposant une prise en charge urgente

Mécanisme

Un caillot se forme dans une veine profonde quand plusieurs facteurs favorisent la thrombose.
Ce caillot freine le retour veineux et provoque douleur, oedème ou lourdeur du membre atteint.
Une partie du caillot peut se détacher et migrer vers les artères pulmonaires.
Même après traitement, la veine peut garder des séquelles responsables de douleurs ou d’oedèmes chroniques.

Conséquences

Douleur et oedème le plus souvent unilatéraux.
Risque d’embolie pulmonaire.
Risque de récidive thrombotique.
Risque de syndrome post-thrombotique au long cours.

Évolution

Sous traitement anticoagulant, l’évolution est le plus souvent favorable, mais une surveillance reste nécessaire pour dépister extension, embolie pulmonaire, récidive ou complication hémorragique.
Immobilisation prolongée ou alitement
Chirurgie récente ou traumatisme
Cancer actif
Grossesse ou post-partum
Antécédent personnel ou familial de thrombose

Critères diagnostiques

Suspicion clinique devant douleur, oedème ou asymétrie d’un membre inférieur
Démarche diagnostique guidée par la probabilité clinique et les examens prescrits
Confirmation par écho-Doppler veineux
Recherche attentive de signes d'embolie pulmonaire associée

Diagnostic différentiel

Érysipèle : placard inflammatoire bien limité, fièvre élevée et porte d'entrée cutanée souvent retrouvée à l'examen.
Déchirure musculaire : douleur survenue lors d'un effort, soulagée au repos, absence d'oedème global et contexte traumatique évident.
Insuffisance veineuse chronique : oedème volontiers bilatéral, vespéral, lourdeur ancienne et terrain veineux connu.
Kyste poplité compliqué : douleur du creux poplité avec gonflement à proximité, échographie discriminante.

Examens complémentaires

D-dimères

Selon la SFC, un taux inférieur à 500 ng/mL associé à une probabilité clinique faible permet d'écarter raisonnablement le diagnostic. Au-dessus du seuil ou en cas de probabilité forte, l'écho-Doppler reste nécessaire.Effectuer le prélèvement sur prescription et transmettre rapidement le résultat au médecin pour suite de la démarche.

Écho-Doppler veineux

Examen de référence pour confirmer la présence d’une TVPPréparer le patient et transmettre immédiatement le compte rendu utile au médecin.

Bilan sanguin avant anticoagulation

NFS, plaquettes, coagulation et fonction rénale utiles à la sécurité du traitementPrélèvements à réaliser selon prescription avant ou au début de la prise en charge.

Angioscanner thoracique ou imagerie prescrite si suspicion d'embolie pulmonaire

Demandé en cas de signes respiratoires ou thoraciques évocateurs, l'angioscanner thoracique tient une place centrale dans la confirmation de l'EP selon la stratégie du médecin.Préparer le patient sans retarder l'alerte et la surveillance clinique.

Actif

Anticoagulation prescriteTraitement central de la TVP. L’IDE l’administre selon la prescription, surveille la tolérance clinique et repère tout signe hémorragique ou oubli de prise.

Selon le contexte clinique et la prescription

Support

Mobilisation progressiveLa reprise de la marche est encouragée une fois l’anticoagulation efficace instaurée et quand la tolérance le permet. L’enjeu IDE est d’éviter l’alitement inutile et de sécuriser la reprise, sans masser ni comprimer manuellement le membre.

Dès que possible selon l’évolution

Support

Compression veineuse élastique si prescriteBas ou chaussettes de compression à vérifier : bonne taille, bonne mise en place, tolérance cutanée et observance par le patient. Elle aide à réduire les symptômes et à limiter le syndrome post-thrombotique.

Selon prescription et suivi

Support

Recours spécialisé si aggravationEn cas de suspicion d’embolie pulmonaire, de membre très douloureux ou de mauvaise évolution, l’équipe organise sans délai la prise en charge spécialisée.

Selon indication spécialisée

Éducation

Éducation thérapeutiqueL’IDE aide le patient à comprendre le rôle de l’anticoagulation, les signes d’alerte respiratoires et les précautions liées au risque hémorragique.

Dès le début puis au suivi

Embolie pulmonaire

Complication aiguë majeure liée à la migration du caillot.

Prévention

Traitement anticoagulant correctement suivi, surveillance clinique rapprochée et réaction rapide devant tout signe respiratoire.

Signes d'alerte

Dyspnée brutale · Douleur thoracique · Tachycardie ou désaturation

Syndrome post-thrombotique

Douleurs, oedèmes ou troubles cutanés persistants après la phase aiguë.

Prévention

Suivi régulier, contention si prescrite, mobilisation adaptée et observance du traitement.

Signes d'alerte

Oedème persistant · Lourdeur du membre · Altération cutanée progressive

Récidive thrombotique

Une nouvelle thrombose peut survenir si le traitement est insuffisant ou en cas de facteur de risque persistant.

Prévention

Respecter la durée de traitement prescrite et renforcer l’éducation du patient.

Signes d'alerte

Nouvelle douleur de jambe · Nouvel oedème · Contexte à risque persistant

Complication hémorragique du traitement

Le risque de saignement doit être surveillé pendant toute l’anticoagulation.

Prévention

Vérifier les prises, surveiller les signes hémorragiques et transmettre rapidement toute anomalie.

Signes d'alerte

Saignement anormal · Ecchymoses inhabituelles · Hématurie ou selles noires

Expliquer l’intérêt du traitement anticoagulant et le risque d’une modification autonome du traitement.
Faire repérer les signes qui imposent une alerte rapide : essoufflement brutal, douleur thoracique ou malaise.
Faire signaler sans tarder tout saignement anormal ou effet indésirable du traitement.
Encourager une mobilisation régulière adaptée à la tolérance et prévenir l’immobilisation prolongée.
Vérifier la bonne compréhension du port de la contention et du suivi prévu.

Surveillance prioritaire

Évolution du membre atteint

Régulière en phase aiguë puis selon l'évolution · Mesure comparative au même repère anatomique, douleur réévaluée avec la même échelle d'un contrôle à l'autre, absence d'extension clinique de l'oedème ou de majoration rapide de la douleur.

Alerte

Augmentation de l'oedème ou de la douleurMembre plus tendu, plus chaud ou plus coloréAsymétrie qui s'aggrave

Signes d'embolie pulmonaire

Surveillance clinique rapprochée au début de la prise en charge · Absence de dyspnée nouvelle, douleur thoracique, malaise, tachycardie ou désaturation ; saturation en oxygène à interpréter selon le terrain respiratoire et les consignes médicales du patient.

Alerte

Dyspnée brutaleDouleur thoracique ou malaiseDésaturation ou tachycardie inhabituelle

Tolérance de l'anticoagulation

Quotidienne en hospitalisation puis selon le traitement et le suivi · Absence de saignement extériorisé, stabilité hémodynamique habituelle du patient, surveillance biologique (hémoglobine, plaquettes, créatininémie) selon prescription avec transmission de toute variation inhabituelle.

Alerte

Épistaxis, hématurie, méléna ou ecchymoses anormalesChute des plaquettes ou anomalie biologique transmise par le bilanErreur de prise, oubli ou mauvaise compréhension du traitement

Observance contention et mobilisation

À chaque contact · Contention portée selon la prescription pendant les périodes prévues de la journée ; absence de douleur, d'ischémie distale ou de lésion cutanée ; marche reprise plusieurs fois par jour selon tolérance clinique.

Alerte

Refus ou mauvaise mise en place de la contentionImmobilisation prolongée sans raison médicaleIncompréhension des mesures de prévention

Rôle IDE détaillé

Repérer douleur, oedème, asymétrie et évolution du membre atteint.
Surveiller les signes respiratoires ou thoraciques évocateurs d’embolie pulmonaire.
Évaluer la tolérance de l’anticoagulation et le risque hémorragique.
Vérifier la compréhension du traitement et des consignes de prévention.

Références

Chapitre 19 - Item 226 : Thrombose veineuse profonde et embolie pulmonaire · SFC · 2024

Épidémiologie de la maladie veineuse thromboembolique en France en 2022 - BEH hors-série · Santé publique France · 2025

Maladie veineuse thromboembolique : incidence hospitalière (PMSI-MCO via SNDS) · Santé publique France · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.