Changement de position au lit

Réaliser un changement de position chez un patient alité en utilisant les techniques de manutention sécurisées pour prévenir les escarres et maintenir le confort.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Consulter le dossier : contre-indications à la mobilisation (fracture instable, rachis non stabilisé)
Vérifier le score de Braden : un score inférieur ou égal à 18 fait passer au rythme de 2 ou 3 heures, resserré sous 2 heures pour l'alternance lit-fauteuil si le risque est haut
Évaluer la douleur (EVA ou EN) avant toute mobilisation
Évaluer le poids et la mobilité du patient pour déterminer si un binôme ou une aide technique est nécessaire

Patient

Expliquer le mouvement prévu et demander la participation active si possible
Coordonner les gestes : compter ensemble (1, 2, 3) pour synchroniser le mouvement
Sécuriser les dispositifs médicaux (perfusion, sonde, drain) avant tout mouvement
Protéger l'intimité : couvrir les zones non mobilisées, porte fermée

Matériel

Coussins de positionnement (cylindrique, triangulaire)OreillersDrap de glissement si patient lourd ou peu mobileCale-pieds ou butée anti-équinArceau de protection si nécessaire

Évaluation avant la mobilisation

2 min
Observer la position actuelle du patient, évaluer la douleur et les conditions de sécurité.
Observer la position spontanée du patient et ses points de pression actuelsÉvaluer la douleur (EVA ou EN) et respecter la position antalgique si présenteVérifier les contre-indications à la mobilisation dans le dossierÉvaluer si un binôme ou un drap de glissement est nécessaire

Préparation de l'environnement

2 min
Régler le lit, dégager l'espace et préparer le matériel de positionnement.
Régler le lit à hauteur du bassin du soignant (prévention des TMS)Dégager les barrières de lit du côté de la mobilisationPréparer les coussins et oreillers à portée de mainSécuriser les tubulures et dispositifs médicaux
Régler le lit à hauteur du bassin du soignant AVANT de mobiliser : la première cause d'arrêt maladie chez les soignants est la lombalgie.

Hygiène des mains et information du patient

1 min
Friction SHA, expliquer le mouvement et coordonner les gestes.
Friction SHAExpliquer précisément le mouvement prévu au patientDemander sa participation active si possible (pousser avec les pieds, se tenir)Compter ensemble pour synchroniser le mouvement

IDE

Inspection de la peau aux anciens points de pression

2 min
Avant de mobiliser, examiner la peau là où le patient était appuyé.
Examiner les zones d'appui de la position précédente (sacrum, talons, trochanters, omoplates)Rechercher un érythème : appuyer brièvement sur la rougeur pour tester le blanchimentRougeur qui blanchit à la pression = hyperémie réactionnelle (normal)Rougeur qui NE blanchit PAS = escarre stade 1 : signaler au médecin, ne plus appuyer sur cette zone
Ne jamais masser une rougeur fixe : le massage aggrave les lésions vasculaires des tissus déjà ischémiés.

Exécution du changement de position

3-5 min
Mobiliser le patient en soulevant, sans tirer ni faire glisser, en maintenant l'alignement.
Soulever le patient, ne jamais le tirer ou le pousser sur les draps (risque de cisaillement)Utiliser le drap de glissement si le patient est lourdMaintenir l'alignement tête-cou-tronc pendant toute la mobilisationProcéder par étapes progressives, pas de mouvement brusque

Installation dans la nouvelle position

3-5 min
Positionner les coussins, aligner les membres et vérifier les points de pression.
Décubitus latéral à 30 degrés (pas 90 degrés) pour réduire la pression sur le trochanterCoussin entre les genoux en décubitus latéral (évite la pression genou/genou et la torsion du bassin)Cale-pieds ou butée anti-équin si patient immobile (prévention de l'équin)Vérifier l'absence de plis dans les draps (passer la main sous le patient)

Vérification du confort et de la sécurité

1 min
Vérifier le confort du patient, l'absence de compression et l'accessibilité de la sonnette.
Demander au patient s'il est confortableVérifier la coloration, la chaleur et la sensibilité des extrémitésSonnette à portée de main, objets personnels accessiblesRemettre les barrières de lit selon le protocole du service

IDE

Traçabilité et programmation

1 min
Tracer le changement de position et programmer le suivant.
Tracer dans le dossier : position installée, heure, tolérance, état cutané observéProgrammer le prochain changement de position (toutes les 2 à 3 heures)Signaler toute anomalie cutanée (rougeur fixe, phlyctène) au médecin

Tirer le patient sur les draps au lieu de le soulever

Soulever le patient (à deux si nécessaire) ou utiliser un drap de glissement. Ne jamais tirer ni pousser.

Pourquoi

Le frottement et le cisaillement abrasent l'épiderme et déchirent les capillaires du derme profond. Les lésions de cisaillement sont souvent invisibles en surface mais profondes.

Installer le décubitus latéral à 90 degrés

Décubitus latéral à 30 degrés (oblique) : répartit la pression sur une surface plus grande. Caler avec un coussin dans le dos.

Pourquoi

À 90 degrés, tout le poids repose sur le trochanter : pression maximale sur une surface minimale, risque majeur d'escarre de hanche.

Masser une rougeur fixe sur un point d'appui

Décharger la zone immédiatement (changement de position). Ne jamais masser. Signaler au médecin.

Pourquoi

La rougeur fixe (ne blanchit pas à la pression) est une escarre stade 1 : les capillaires sont déjà fragilisés. Le massage les écrase davantage et aggrave les lésions.

Laisser le patient plus de 3 heures dans la même position

Changement toutes les 2 ou 3 heures, jour et nuit, en tenant compte du patient, de ses besoins et de ses habitudes (ANAES 2001). Chez le patient à haut risque, l'alternance lit-fauteuil descend sous 2 heures. Programmer l'horaire et le tracer. Le matelas anti-escarres complète les changements, il ne les remplace jamais.

Pourquoi

C'est la durée d'appui qui abîme le tissu, et elle agit bien avant qu'une rougeur apparaisse. Le rythme n'est pas le même pour tous : l'ANAES le fait dépendre de l'âge, de la pathologie, des besoins et des habitudes du patient.

Ne pas régler le lit à hauteur de travail

Régler le lit à hauteur du bassin du soignant AVANT chaque mobilisation. Utiliser les aides techniques disponibles.

Pourquoi

Un lit trop bas oblige le soignant à se pencher. La répétition provoque des lombalgies et des TMS, première cause d'arrêt maladie chez les soignants.

Mobiliser sans prévenir le patient

Expliquer le mouvement prévu. Demander la participation active. Compter ensemble pour synchroniser (1, 2, 3).

Pourquoi

Un patient non prévenu se raidit et résiste au mouvement. La mobilisation est plus difficile, plus douloureuse et le risque de chute augmente.

Changement toutes les 2-3 h max, jour et nuit : le matelas ne remplace jamais la mobilisation
Latéral à 30 degrés (pas 90) : répartir la pression, protéger le trochanter
Soulever, ne jamais tirer : le cisaillement cause des lésions profondes invisibles en surface
Test de blanchiment : rougeur qui ne blanchit pas = escarre stade 1, ne pas masser, décharger. Sur peau pigmentée la rougeur peut manquer : cherchez plutôt la chaleur, l'induration et la douleur, en comparant à la zone voisine
Hauteur du lit = hauteur du bassin du soignant : prévention des lombalgies
Coussin entre les genoux en décubitus latéral : évite la pression genou contre genou et la torsion du bassin

Surveiller

Revenir vérifier le confort 15 minutes après l'installation
Observer la coloration cutanée aux points d'appui au prochain passage
Surveiller l'apparition de fourmillements ou d'engourdissements signalés par le patient
Respecter l'horaire programmé du prochain changement de position

Paramètres

État cutané aux points de pressionÀ chaque changement de position
Érythème fixe ne blanchissant pas à la pression (escarre stade 1)
Phlyctène ou désépidermisation (escarre stade 2)
Douleur localisée à un point d'appui
Tolérance à la mobilisationPendant et après chaque changement
Douleur majorée pendant ou après la mobilisation
Fourmillements ou perte de sensibilité d'un membre
Dyspnée apparue après le repositionnement

Transmettre et noter

Position installée et heure du changement
État cutané aux points de pression (test de blanchiment si rougeur)
Tolérance du patient : douleur, confort, dyspnée
Heure programmée du prochain changement

Objectifs

Prévenir les escarres par l'alternance régulière des points de pression
Maintenir l'amplitude articulaire et la mobilité du patient alité
Assurer le confort du patient dans chaque position
Prévenir les complications de l'immobilisation (thrombose, rétraction, pneumopathie)

Indications

Patient alité de longue durée
Score de Braden inférieur ou égal à 18 (risque d'escarre)
Immobilisation prolongée (post-opératoire, réanimation)
Inconfort en position actuelle signalé par le patient

Contre-indications

Fracture instable non fixée (attendre l'avis orthopédique)
Lésion rachidienne non stabilisée (maintenir l'axe strict)
Contre-indication médicale spécifique (vérifier le dossier)

Escarre de pression

Rougeur fixe ne blanchissant pas à la pression
Phlyctène, désépidermisation
Douleur localisée à un point d'appui

Conduite

Ne jamais masser la rougeur fixe. Décharger la zone. Signaler au médecin. Intensifier les changements de position.

Chute lors de la mobilisation

Déséquilibre du patient ou du soignant pendant le mouvement

Conduite

Accompagner la chute si inévitable, protéger la tête. Évaluer les lésions. Signaler au médecin. Remplir la fiche d'événement indésirable.

Lésion cutanée par cisaillement

Érythème en bande le long d'une zone de friction
Désépidermisation superficielle

Conduite

Revoir la technique de mobilisation (soulever, ne pas tirer). Utiliser un drap de glissement. Protéger la zone lésée.

Compression nerveuse périphérique

Fourmillements, perte de sensibilité d'un membre après le repositionnement

Conduite

Repositionner immédiatement le membre. Vérifier la récupération. Alerter le médecin si persistance.

Références

Prévention et traitement des escarres de l'adulte et du sujet âgé · HAS · 2001

Hôpitaux et cliniques : prévention des risques professionnels · INRS

Supports d'aide à la prévention et au traitement de l'escarre · HAS · 2006

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.