Aérosol-thérapie

Préparer et administrer un aérosol médicamenteux par nébulisation, surveiller la tolérance et évaluer l'efficacité respiratoire.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : molécule, posologie, fréquence, gaz vecteur (air ou O2)
Consulter le dossier : allergies, BPCO (gaz vecteur air si BPCO, pas O2), traitements en cours
Évaluer l'état respiratoire de base : SpO2, FR, dyspnée, encombrement
Vérifier la date de péremption du médicament

Patient

Expliquer le soin : durée 10-15 min, respiration calme et profonde par la bouche
Installer en position assise ou semi-assise (optimise la capacité pulmonaire)
Demander de se moucher avant le soin (libérer les voies nasales)
Retirer les prothèses dentaires si embout buccal

Matériel

Nébuliseur (cuve + masque ou embout buccal)Compresseur d'air ou prise d'oxygène murale selon prescriptionMédicament prescrit (bronchodilatateur, corticoïde, mucolytique)Sérum physiologique stérile (pour compléter le volume à 3-5 mL)Mouchoirs et crachoir

IDE

Évaluation respiratoire avant le soin

2 min
Évaluer l'état respiratoire du patient avant de commencer la nébulisation.
SpO2, fréquence respiratoire, dyspnée (échelle de Borg ou EVA)Auscultation : sibilants, ronchi, crépitants (si compétence IDE)Encombrement : le patient tousse-t-il ? Expectore-t-il ?État de conscience (si BPCO : la nébulisation sous O2 peut aggraver l'hypercapnie)

Vérification de la prescription et préparation du médicament

2 min
Vérifier la concordance prescription-médicament et préparer la solution dans le nébuliseur.
Concordance identité patient, molécule, dose, voie d'administrationVerser le médicament dans la cuve du nébuliseurCompléter avec du sérum physiologique stérile si besoin (volume total 3-5 mL)Vérifier le gaz vecteur : air comprimé si BPCO, O2 sinon (selon prescription)
BPCO : nébuliser à l'air comprimé (pas à l'O2) sauf prescription contraire. L'O2 comme gaz vecteur aggrave l'hypercapnie.

Installation du système et du patient

2 min
Connecter le nébuliseur au compresseur, installer le masque ou l'embout et démarrer.
Connecter la tubulure du nébuliseur au compresseur ou à la prise muraleRégler le débit à 6-8 L/min (débit optimal pour des gouttelettes de 1-5 microns)Vérifier que l'aérosol est bien produit (brume visible à la sortie)Installer le masque de façon hermétique (limiter les fuites vers les yeux) ou l'embout buccal

Guidage de la technique respiratoire

10-15 min
Guider le patient pour optimiser le dépôt pulmonaire du médicament.
Respiration calme et profonde par la bouche (pas par le nez)Pause inspiratoire de 2-3 secondes en fin d'inspiration (optimise le dépôt)Expiration lenteEncourager et corriger la technique pendant toute la séance

IDE

Surveillance pendant la nébulisation

Continue
Surveiller la tolérance clinique et l'efficacité du traitement.
SpO2, FR, FC pendant la séanceRechercher les effets indésirables : tremblements, tachycardie (bêta-2-mimétiques)Bronchospasme paradoxal : aggravation de la dyspnée pendant la nébulisationSi bronchospasme : arrêter immédiatement, O2, alerter le médecin

Fin de la nébulisation

2 min
Arrêter quand la cuve est vide, retirer le dispositif et nettoyer.
Arrêter quand il n'y a plus de brume (cuve vide ou presque)Tapoter la cuve pour récupérer les résidus en cours de séance si volume faibleRetirer le masque ou l'emboutNettoyer le visage du patient si masque (résidus de médicament)

Soins post-nébulisation

3 min
Rincer la bouche (corticoïdes), faciliter l'expectoration et nettoyer le matériel.
Si corticoïdes inhalés : rinçage buccal abondant puis cracher (prévention candidose)Faciliter l'expectoration : posture de drainage, encourager la touxNettoyer et désinfecter le nébuliseur (rinçage eau stérile, séchage à l'air)Réinstaller le patient confortablement
Rinçage buccal obligatoire après corticoïdes inhalés : les dépôts sur la muqueuse favorisent la candidose buccale.

IDE

Évaluation post-soin et traçabilité

2 min
Évaluer l'efficacité du traitement et documenter dans le dossier.
SpO2 et FR après le soin : comparer à l'évaluation initialeEfficacité ressentie par le patient : respire-t-il mieux ? Moins de dyspnée ?Tracer : heure, médicament, dose, gaz vecteur, tolérance, efficacitéProgrammer la prochaine nébulisation selon la prescription

Nébuliser sous O2 chez un patient BPCO sans prescription spécifique

Utiliser l'air comprimé comme gaz vecteur chez le BPCO. Ne nébuliser sous O2 que si prescription explicite.

Pourquoi

L'O2 comme gaz vecteur chez le BPCO peut aggraver l'hypercapnie, par des mécanismes multiples dont l'effet Haldane. Risque de carbonarcose.

Oublier le rinçage buccal après les corticoïdes inhalés

Rinçage buccal abondant puis cracher après chaque inhalation de corticoïdes. Systématique, pas optionnel.

Pourquoi

Les corticoïdes se déposent sur la muqueuse buccale et favorisent la prolifération de Candida albicans. La candidose buccale est douloureuse et gêne l'alimentation.

Régler le débit sous 6 L/min

Débit de 6-8 L/min : produit des gouttelettes de 1-5 microns, taille optimale pour le dépôt bronchique.

Pourquoi

Sous 6 L/min, les gouttelettes sont trop grosses (> 5 microns) et se déposent dans les voies aériennes supérieures sans atteindre les bronchioles. L'efficacité thérapeutique est compromise.

Ne pas évaluer l'état respiratoire avant et après la nébulisation

SpO2 et FR avant et après chaque nébulisation. Comparer et tracer.

Pourquoi

Sans évaluation comparative, l'efficacité du traitement est impossible à objectiver. Un bronchospasme paradoxal peut passer inaperçu.

Laisser le patient allongé pendant la nébulisation

Position assise ou semi-assise (45-60 degrés). La gravité aide le dépôt pulmonaire et l'expectoration.

Pourquoi

La position allongée réduit la capacité pulmonaire et le dépôt bronchique du médicament. L'expectoration est aussi plus difficile.

Ne pas expliquer la technique respiratoire au patient

Expliquer : inspirer lentement et profondément par la bouche, pause 2-3 secondes, expirer lentement. Corriger pendant la séance.

Pourquoi

Un patient qui respire superficiellement ou par le nez reçoit moins de médicament au niveau bronchique. L'efficacité du traitement diminue.

Mnémo

BPCO : nébuliser à l'air comprimé (pas O2) sauf prescription explicite contraire

Débit 6-8 L/min pour des gouttelettes de 1-5 microns (dépôt bronchique optimal)
Rinçage buccal obligatoire après corticoïdes inhalés (prévention candidose)
Position assise ou semi-assise : optimise la capacité pulmonaire et le dépôt du médicament
SpO2 et FR avant et après chaque nébulisation : comparer pour évaluer l'efficacité
Bronchospasme paradoxal : arrêter immédiatement, O2, alerter le médecin

Surveiller

Évaluer l'amélioration respiratoire 15-30 min après la nébulisation
Surveiller les effets indésirables retardés : tremblements, tachycardie, nervosité
Vérifier l'état buccal si corticoïdes inhalés (candidose)
Programmer la prochaine séance selon la prescription

Paramètres

Efficacité respiratoireAvant et après chaque nébulisation
Absence d'amélioration de la SpO2 ou de la dyspnée
Aggravation paradoxale (bronchospasme)
Tolérance aux bêta-2-mimétiquesPendant et après chaque nébulisation
Tachycardie > 120 bpm
Tremblements invalidants des extrémités
Palpitations, nervosité

Transmettre et noter

Médicament administré, dose, gaz vecteur, durée de la séance
SpO2 et FR avant et après la nébulisation
Tolérance : effets indésirables observés (tremblements, tachycardie)
Transmissions ciblées DAR : données (SpO2, FR, dyspnée), actions (nébulisation), résultats (amélioration ou non)

Objectifs

Administrer le médicament inhalé au niveau bronchique pour une action locale rapide
Fluidifier les sécrétions bronchiques et faciliter l'expectoration
Lever le bronchospasme (bronchodilatateurs) ou réduire l'inflammation (corticoïdes)
Surveiller la tolérance et l'efficacité de chaque nébulisation

Indications

Crise d'asthme ou exacerbation de BPCO (bronchodilatateurs)
Encombrement bronchique (mucolytiques)
Inflammation bronchique (corticoïdes inhalés)
Post-extubation (humidification + bronchodilatation)

Contre-indications

Pneumothorax non drainé (risque d'aggravation par la pression positive)
Hémoptysie massive active
Allergie connue au médicament prescrit

Bronchospasme paradoxal

Aggravation de la dyspnée pendant ou juste après la nébulisation
Sibilants majorés

Conduite

Arrêter immédiatement la nébulisation. O2 au masque. Alerter le médecin. Signaler pour adaptation du traitement.

Tachycardie et tremblements (bêta-2-mimétiques)

FC > 120 bpm
Tremblements fins des extrémités
Palpitations, nervosité

Conduite

Signaler au médecin si FC > 120 bpm ou tremblements invalidants. Adaptation posologique possible.

Candidose buccale (corticoïdes inhalés)

Dépôts blanchâtres sur la langue et les muqueuses
Douleur buccale, dysphagie

Conduite

Renforcer le rinçage buccal après chaque inhalation. Signaler au médecin pour traitement antifongique local.

Références

Nébulisation : guide de poche des professionnels de santé (GAT) · SPLF · 2024

Bonnes pratiques de l'aérosolthérapie par nébulisation (GAT) · SPLF

Recommandations ERS sur l'aérosolthérapie par nébulisation (traduction GAT) · SPLF · 2011

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.