Aspiration bronchique

Réaliser une aspiration des sécrétions bronchiques par sonde en technique stérile, pré-oxygéner le patient et surveiller la tolérance.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Poser l'indication clinique (l'aspiration des sécrétions relève du rôle propre de l'IDE) et se référer au protocole du service
Évaluer l'encombrement : auscultation, ronchi audibles, désaturation, toux inefficace
Vérifier les contre-indications : bronchospasme sévère, hémoptysie active, troubles de la coagulation
Vérifier le fonctionnement de l'aspirateur et la source d'oxygène

Patient

Expliquer le geste au patient conscient : désagréable mais rapide (< 15 secondes par passage)
Prévenir : le geste provoque un réflexe de toux, c'est normal et attendu
Installer en position semi-assise si possible (facilite le drainage)
Protéger l'intimité : le geste peut provoquer toux et crachats, porte fermée

Matériel

Aspirateur à mucosités réglé (100-150 mmHg chez l'adulte, idéalement < 150 mmHg)Sondes d'aspiration stériles à usage unique (CH 12-16 chez l'adulte)Gants stériles (main dominante) + gant propre (main assistée)Masque chirurgical + lunettes de protectionSérum physiologique stérile pour rinçageOxymètre de pouls (saturomètre)Source d'oxygène pour pré-oxygénation

IDE

Évaluation de l'encombrement

2 min
Évaluer l'indication de l'aspiration et les conditions de sécurité.
Auscultation : ronchi, sécrétions audibles à l'oreille ou au stéthoscopeSpO2 de base, fréquence respiratoire, signes de détresseLe patient peut-il expectorer seul ? Si oui, encourager la toux avant d'aspirerContre-indications : bronchospasme actif, hémoptysie, instabilité hémodynamique

Pré-oxygénation

30-60 sec
Pré-oxygéner le patient à FiO2 100 % avant le geste, surtout s'il désature.
Augmenter la FiO2 à 100 % pendant 30 à 60 secondes (ventilateur ou masque haute concentration)Objectif : constituer des réserves d'O2 pour compenser l'interruption pendant l'aspirationVérifier la SpO2 avant de commencer : attendre qu'elle soit stable et satisfaisante
Pré-oxygéner surtout le patient hypoxémique ou qui désature : l'aspiration interrompt la ventilation et provoque une désaturation rapide.

Préparation stérile

2 min
Enfiler les gants stériles, connecter la sonde et régler la pression.
Masque chirurgical + lunettes de protection (projection de sécrétions)Gant stérile sur la main dominante, gant propre sur la main assistéeSortir la sonde de son emballage sans contaminer l'embout distalVérifier la pression d'aspiration : 100-150 mmHg chez l'adulte (idéalement < 150 mmHg)

Introduction de la sonde SANS aspirer

30 sec
Introduire la sonde dans la trachée sans activer l'aspiration.
Introduire la sonde avec la main stérile, SANS activer l'aspirationDescendre jusqu'à rencontrer une résistance (carène), puis reculer de 1-2 cmNe jamais forcer si résistance anormaleChez le patient intubé : ne pas dépasser l'extrémité du tube endotrachéal
JAMAIS d'aspiration à la descente : l'effet ventouse traumatise la muqueuse trachéale.

Aspiration au retrait en rotation

10-15 sec
Activer l'aspiration en remontant la sonde avec des mouvements rotatifs.
Activer l'aspiration uniquement en REMONTANT la sondeMouvements rotatifs doux de la sonde pendant le retraitDurée maximale : 10 à 15 secondes par passageRetirer la sonde complètement après chaque passage

Réoxygénation entre les passages

1-2 min entre chaque passage
Réoxygéner le patient entre chaque passage d'aspiration.
Remettre la ventilation ou l'O2 entre chaque passageAttendre la récupération de la SpO2 avant de reprendreSurveiller FC, SpO2, coloration pendant la récupérationMaximum 3 passages par séance (au-delà : risque de traumatisme et d'hypoxie cumulée)

Évaluation et rinçage du circuit

3 min
Évaluer l'efficacité, rincer le circuit et éliminer le matériel.
Ausculter après l'aspiration : les sécrétions ont-elles diminué ?SpO2 post-aspiration : stable ou amélioréeRincer le circuit d'aspiration au sérum physiologiqueÉliminer la sonde dans le DASRI (usage unique, ne jamais réutiliser)

IDE

Traçabilité et surveillance post-aspiration

30 min surveillance
Documenter le geste et surveiller le patient pendant 30 minutes.
Tracer : heure, nombre de passages, aspect des sécrétions (couleur, viscosité, quantité), toléranceSurveillance SpO2 et FC pendant 30 minutes post-aspirationSignaler au médecin : sécrétions purulentes (prélèvement bactério), sang dans les sécrétions, désaturation persistanteProgrammer la prochaine aspiration selon l'encombrement résiduel

Aspirer à la descente de la sonde

Introduire la sonde SANS aspirer. N'activer l'aspiration qu'au retrait, en mouvements rotatifs.

Pourquoi

L'aspiration à la descente crée un effet ventouse sur la muqueuse trachéale, provoquant des lésions traumatiques, des saignements et une douleur intense.

Dépasser 15 secondes par passage

Durée maximale 10-15 secondes par passage. Réoxygéner entre chaque passage. Maximum 3 passages par séance.

Pourquoi

Au-delà de 15 secondes, l'hypoxémie s'aggrave rapidement (le patient n'est pas ventilé pendant l'aspiration). Le risque de bradycardie vagale augmente aussi.

Ne pas pré-oxygéner avant l'aspiration

Pré-oxygénation à FiO2 100 % pendant 30 à 60 secondes avant l'aspiration, en particulier chez le patient hypoxémique.

Pourquoi

L'aspiration interrompt la ventilation. Sans réserve d'O2, la désaturation est brutale et peut provoquer une bradycardie voire un arrêt cardiaque chez un patient fragile.

Utiliser une pression d'aspiration trop élevée

Régler la pression à 100-150 mmHg chez l'adulte (idéalement < 150). Vérifier le réglage avant chaque aspiration.

Pourquoi

Une pression excessive (> 150 mmHg chez l'adulte) provoque un collapsus trachéal, des lésions muqueuses et des saignements.

Réutiliser une sonde d'aspiration

Sonde à usage unique strictement. Une sonde par passage. Éliminer dans le DASRI après chaque utilisation.

Pourquoi

La sonde contaminée par les sécrétions réintroduit des bactéries dans les voies aériennes. Risque d'infection nosocomiale respiratoire.

Aspirer sans protection (masque, lunettes)

Masque chirurgical + lunettes de protection systématiques. EPI renforcés si patient en isolement respiratoire.

Pourquoi

L'aspiration provoque des projections de sécrétions bronchiques. Le soignant est exposé au risque infectieux (tuberculose, grippe, COVID).

Aspirer devant d'autres patients ou visiteurs sans protection de l'intimité

Porte fermée ou paravent. Prévenir le patient et l'entourage. Proposer un mouchoir après le geste.

Pourquoi

Le geste provoque toux, crachats et sons désagréables. Le patient est vulnérable et humilié si le soin est réalisé sans discrétion.

Mnémo

ASPIR : Aspirer au retrait seulement, Stérilité rigoureuse, Pré-oxygéner 30-60 s, Intervalle max 15 sec, Réoxygéner entre chaque passage

Pression 100-150 mmHg chez l'adulte (idéalement < 150) : vérifier le réglage avant chaque aspiration
Introduction SANS aspirer, retrait EN aspirant avec rotation
Maximum 3 passages par séance, réoxygénation entre chaque passage
Bradycardie pendant l'aspiration = stimulation vagale : arrêter immédiatement, réoxygéner
Sécrétions purulentes ou sanglantes : signaler au médecin, prélèvement bactériologique si prescrit

Surveiller

SpO2 et FC en continu ou toutes les 5 minutes pendant 30 minutes
Ausculter pour évaluer la diminution de l'encombrement
Surveiller l'apparition de sécrétions sanglantes (traumatisme)
Évaluer le confort respiratoire du patient

Paramètres

SpO2 et fréquence cardiaquePendant et 30 minutes après chaque aspiration
Désaturation persistante après réoxygénation
Bradycardie pendant ou après l'aspiration (stimulation vagale)
Tachycardie ou arythmie
Aspect des sécrétionsÀ chaque aspiration
Sécrétions purulentes (verdâtres, épaisses, malodorantes)
Sécrétions sanglantes (traumatisme ou hémoptysie)
Changement brutal de l'aspect par rapport aux aspirations précédentes

Transmettre et noter

Heure, nombre de passages, durée totale de l'aspiration
Aspect des sécrétions : couleur, viscosité, quantité, odeur
Tolérance : SpO2 pendant et après, FC, événements (bradycardie, toux)
Transmissions ciblées DAR : données (encombrement, SpO2), actions (aspiration), résultats (amélioration)

Objectifs

Libérer les voies aériennes des sécrétions que le patient ne peut pas expectorer
Améliorer la ventilation et l'oxygénation
Prévenir les complications de l'encombrement (atélectasie, pneumopathie)
Recueillir des sécrétions pour analyse bactériologique si prescrit

Indications

Encombrement bronchique audible (ronchi) avec incapacité d'expectorer
Patient intubé ou trachéotomisé (aspiration endotrachéale)
Désaturation par encombrement ne répondant pas à la kinésithérapie
Prélèvement bactériologique sur prescription

Contre-indications

Bronchospasme sévère actif (l'aspiration aggraverait le spasme) : contre-indication relative
Hémoptysie massive active
Troubles de la coagulation sévères non corrigés (risque hémorragique)
Instabilité hémodynamique majeure
Traumatisme crânien ou hypertension intracrânienne : l'aspiration majore la pression intracrânienne (prudence)
Aucune n'est absolue : une obstruction des voies aériennes menaçant le pronostic vital reste une indication à aspirer

Hypoxémie par aspiration prolongée

Désaturation pendant ou après le geste
Cyanose

Conduite

Arrêter l'aspiration, réoxygéner immédiatement. Respecter la durée max de 15 secondes et la pré-oxygénation systématique.

Bradycardie par stimulation vagale

Ralentissement de la fréquence cardiaque pendant l'aspiration
Malaise, pâleur

Conduite

Arrêter immédiatement l'aspiration, réoxygéner. Alerter le médecin si bradycardie persistante.

Traumatisme muqueux

Sécrétions teintées de sang après l'aspiration

Conduite

Réduire la pression d'aspiration. Vérifier le calibre de la sonde. Signaler au médecin si saignement abondant.

Bronchospasme réflexe

Aggravation de la dyspnée après l'aspiration
Sibilants majorés

Conduite

Arrêter l'aspiration, O2, alerter le médecin. Bronchodilatateur si prescrit.

Références

Aspiration endotrachéale (fiche pratique IDE) · SRLF · 2020

Aspiration endotrachéale en réanimation et USC (protocole) · CH Annecy Genevois

Arrêté du 26 juin 2026 relatif aux compétences infirmières (aspiration des sécrétions = rôle propre) · Légifrance · 2026

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.