Surveillance drain thoracique

Surveiller un drain thoracique en place, vérifier le système de drainage, évaluer l'efficacité et détecter les complications.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Consulter le dossier : indication du drain (pneumothorax, hémothorax, pleurésie), date de pose, pression d'aspiration prescrite
Connaître le fonctionnement du système de drainage en place (système à 3 bouteilles ou système compact)
Vérifier que le matériel d'urgence est accessible : pince de clampage, pansement occlusif vaseline
Évaluer l'état respiratoire de base : FR, SpO2, auscultation, douleur

Patient

Expliquer la surveillance : vérification du système, évaluation respiratoire, soin du pansement
Rassurer : le drain n'est pas douloureux en place, la surveillance est non invasive
Installer en position semi-assise (facilite le drainage et l'expansion pulmonaire)
Protéger l'intimité : le site d'insertion est au thorax, porte fermée

Matériel

Système de drainage en place (vérifier l'intégrité)Pansement occlusif stérile pour la réfectionGants stériles + masque chirurgicalAntiseptique (chlorhexidine alcoolique)Compresses stérilesPinces de clampage à portée (2 pinces, usage d'urgence uniquement)

IDE

Évaluation respiratoire du patient

3 min
Évaluer l'état respiratoire et la tolérance du drain avant de vérifier le système.
FR, SpO2, dyspnée, douleur thoracique (EVA)Auscultation : murmure vésiculaire présent des deux côtés ?Rechercher un emphysème sous-cutané au niveau du cou et du thorax (crépitations à la palpation)État de conscience et coloration

Vérification du système de drainage

2 min
Contrôler l'intégrité, l'étanchéité et le fonctionnement du système.
Connexions : toutes serrées, sans fuite ni déconnexionTubulure : pas de coudure, pas de boucle, pas de compression (le liquide doit circuler librement)Bocal toujours en dessous du niveau du thorax (jamais surélevé)Aspiration : pression réglée selon prescription (généralement -20 cmH2O)
Le bocal doit TOUJOURS rester sous le thorax. Si surélevé : reflux de liquide dans la plèvre par gravité.

Observation du bullage et des oscillations

2 min
Observer le bullage dans le bocal et les oscillations respiratoires dans la tubulure.
Oscillations dans le siphon : le niveau de liquide monte à l'inspiration et descend à l'expiration (signe de perméabilité)Bullage : normal les premières heures voire les premiers jours (évacuation de l'air pleural). S'il se prolonge, le signaler ; une fuite aérienne persistante (au-delà de 5 jours) fait suspecter une fistule broncho-pleuraleAbsence d'oscillations : drain possiblement obstrué ou poumon réexpandu (vérifier avec le médecin)

Quantification et aspect du liquide drainé

2 min
Mesurer le volume drainé et évaluer l'aspect du liquide.
Volume drainé depuis la dernière mesure et volume cumuléAspect : séreux (citrin), hémorragique (rouge), purulent (trouble, malodorant)Débit horaire : un drainage soutenu > 200 mL/h impose d'alerter le chirurgien sans délai (hémothorax à évaluer ; la décision chirurgicale intègre le volume initial et la durée)Marquer le niveau sur le bocal avec l'heure pour le suivi
Drainage soutenu > 200 mL/h : alerter le chirurgien sans délai (repère d'alerte d'hémothorax).

IDE

Soin du point d'insertion

5 min
Inspecter le point d'insertion et réfectionner le pansement si nécessaire.
Inspecter : rougeur, écoulement, emphysème sous-cutané autour du drainVérifier la fixation du drain (fil de suture, ruban adhésif)Réfection du pansement en technique stérile si souillé, décollé ou selon protocole (toutes les 48-72 h)Antisepsie du point d'insertion (chlorhexidine alcoolique)

Gestion de la mobilisation du patient

3 min
Aider le patient à se mobiliser en sécurisant le système de drainage.
Toujours garder le bocal sous le thorax lors des mobilisationsNe pas tirer sur la tubulure : sécuriser avec un ruban adhésif le long du corpsNe jamais clamper le drain sans prescription médicale (risque de pneumothorax sous tension)Lors du transport : bocal en position basse, tubulure sans boucle

Conduite en cas d'urgence

1 min (connaissance)
Connaître les conduites d'urgence liées au drain thoracique.
Déconnexion accidentelle : reconnecter immédiatement en asepsie, sans clamper (ne jamais clamper un drain qui bulle) ; si la reconnexion est impossible, plonger l'extrémité distale dans de l'eau stérile sous le niveau du thorax (scellé sous eau)Arrachage du drain : couvrir l'orifice avec des compresses vaselinées, alerter le médecin en urgence, et surveiller l'apparition d'un pneumothorax sous tension (si détresse, lever un coin du pansement pour laisser l'air s'échapper)Obstruction : vérifier l'absence de coudure ; ne jamais irriguer ni traire le drain de façon autonome (la traite, réservée aux caillots, se fait sur prescription et crée une dépression très élevée) ; alerter le médecinDyspnée brutale + turgescence jugulaire + déviation trachéale = pneumothorax sous tension : déclamper le drain, alerter le médecin

IDE

Traçabilité

2 min
Documenter la surveillance dans le dossier.
Volume drainé (horaire et cumulé), aspect du liquideBullage (présent/absent), oscillations (présentes/absentes)État respiratoire : FR, SpO2, auscultation, douleurÉtat du point d'insertion et du pansementTransmissions ciblées DAR

Clamper le drain sans prescription médicale

Ne JAMAIS clamper sans prescription explicite. Les pinces sont à portée de main pour l'urgence (déconnexion), pas pour le clampage de routine.

Pourquoi

Le clampage empêche l'évacuation de l'air ou du liquide pleural. Si le patient continue à produire de l'air (fuite), le pneumothorax sous tension est mortel en quelques minutes.

Surélever le bocal au-dessus du thorax

Bocal TOUJOURS en dessous du niveau du thorax. Vérifier lors des mobilisations, transferts et au fauteuil.

Pourquoi

Le liquide drainé reflue par gravité dans la cavité pleurale, créant un épanchement iatrogène. Le système fonctionne par pression négative et gravité.

Ne pas vérifier les oscillations à chaque passage

Vérifier les oscillations dans le siphon à chaque passage. Signaler leur disparition au médecin pour évaluation.

Pourquoi

L'absence d'oscillations peut signifier une obstruction du drain (urgence) ou un poumon réexpandu (évolution favorable). Sans vérification, la distinction est impossible.

Tirer sur la tubulure lors des mobilisations

Sécuriser la tubulure le long du corps avec du ruban adhésif. Prévoir du mou. Mobiliser le bocal en même temps que le patient.

Pourquoi

La traction risque de déplacer ou d'arracher le drain. L'arrachage crée un orifice pleural ouvert avec risque de pneumothorax.

Ne pas marquer le niveau de liquide dans le bocal

Marquer le niveau avec l'heure sur le bocal à chaque relevé. Calculer le débit horaire et le volume cumulé.

Pourquoi

Sans repère horaire sur le bocal, le débit de drainage est impossible à calculer. Un débit soutenu (> 200 mL/h) qui doit alerter passe inaperçu.

Réaliser le soin du point d'insertion sans respecter l'intimité du patient

Porte fermée, paravent si chambre partagée. Ne découvrir que la zone du soin. Expliquer le geste et sa durée.

Pourquoi

Le site d'insertion est au thorax. Le soin expose une zone intime, surtout chez la femme. Le manque de considération dégrade le vécu du soin.

Mnémo

DRAIN : Dessous du thorax toujours, Régulièrement vérifier oscillations et bullage, Alerter si > 200 mL/h, Interdiction de clamper sans prescription, Ne jamais tirer sur la tubulure

Oscillations = drain perméable. Pas d'oscillations = obstruction ou poumon réexpandu (signaler au médecin)
Bullage qui se prolonge (fuite aérienne persistante au-delà de 5 jours) : signaler au médecin
Dyspnée brutale + turgescence jugulaire + déviation trachéale = pneumothorax sous tension (urgence vitale)
Arrachage du drain : couvrir l'orifice (compresses vaselinées) et alerter en urgence, surveiller le pneumothorax sous tension (lever un coin si détresse)
Drainage soutenu > 200 mL/h : alerter le chirurgien sans délai (repère d'alerte d'hémothorax)

Surveiller

Surveiller FR, SpO2 et bullage toutes les 15-30 min les 2 premières heures post-pose
Mesurer le volume drainé toutes les heures les 6 premières heures, puis toutes les 4 h
Vérifier le bocal sous le thorax à chaque passage et lors des mobilisations
Surveiller l'emphysème sous-cutané au cou et au thorax

Paramètres

Volume et aspect du drainageToutes les heures les 6 premières heures, puis toutes les 4 h
Drainage soutenu > 200 mL/h (alerte hémothorax)
Liquide purulent (empyème)
Arrêt brutal du drainage (obstruction)
Bullage et oscillationsÀ chaque passage
Bullage qui se prolonge au fil des jours (fuite aérienne à réévaluer)
Absence d'oscillations (drain obstrué ou poumon réexpandu)
État respiratoireToutes les 15-30 min les 2 premières heures, puis toutes les 4 h
Dyspnée brutale, désaturation
Emphysème sous-cutané en expansion
Déviation trachéale (pneumothorax sous tension)

Transmettre et noter

Volume drainé (horaire et cumulé), aspect du liquide, bullage, oscillations
État respiratoire : FR, SpO2, auscultation, douleur (EVA)
État du point d'insertion et incidents éventuels
Transmissions ciblées DAR

Objectifs

Maintenir un drainage pleural efficace et perméable
Détecter précocement les complications (obstruction, hémothorax, pneumothorax sous tension)
Surveiller l'expansion pulmonaire par les critères cliniques
Assurer l'asepsie du système pour prévenir les infections pleurales

Indications

Pneumothorax (évacuation de l'air pleural)
Hémothorax (évacuation du sang)
Pleurésie purulente (drainage de l'empyème)
Post-opératoire de chirurgie thoracique

Contre-indications

Pas de contre-indication à la surveillance d'un drain en place
Le clampage est contre-indiqué sauf prescription médicale explicite (risque de pneumothorax sous tension)

Pneumothorax sous tension

Dyspnée brutale, turgescence jugulaire, déviation trachéale controlatérale
Collapsus hémodynamique

Conduite

Déclamper le drain immédiatement si clampé. Alerter le médecin en urgence. Préparer l'exsufflation à l'aiguille.

Hémothorax actif

Drainage > 200 mL/h
Liquide franchement hémorragique
Tachycardie, hypotension

Conduite

Alerter le chirurgien en urgence. Préparer une transfusion. Surveiller les constantes en continu.

Obstruction du drain

Arrêt brutal du drainage
Disparition des oscillations
Aggravation de la dyspnée

Conduite

Vérifier l'absence de coudure. Ne jamais irriguer ni traire de façon autonome (la traite, réservée aux caillots, se fait sur prescription). Alerter le médecin.

Infection du site de drainage

Rougeur, chaleur, écoulement purulent au point d'insertion
Fièvre

Conduite

Prélèvement bactériologique sur prescription. Réfection du pansement en technique stérile. Alerter le médecin.

Emphysème sous-cutané

Crépitations à la palpation du cou et du thorax
Gonflement visible

Conduite

Signaler au médecin. Délimiter au feutre la zone d'emphysème pour suivre l'évolution. Surveiller l'extension.

Références

Épanchement pleural liquidien de l'adulte en soins critiques (RPP) · SFAR-SFMU · 2023

Bonnes pratiques de drainage thoracique (check-list de surveillance IDE) · OMEDIT Centre

Traumatisme thoracique (recommandations formalisées d'experts) · SFAR-SFMU

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.