Oxygénothérapie

Administrer l'oxygène selon la prescription, choisir le dispositif adapté, surveiller l'efficacité et détecter les complications.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : débit d'O2, dispositif, objectif de SpO2
Consulter le dossier : BPCO connue (cible SpO2 88-92 %), allergies, traitements en cours
Évaluer la SpO2 de base et l'état respiratoire avant de brancher
Vérifier que la source d'oxygène est fonctionnelle (prise murale ou bouteille)

Patient

Expliquer le soin : dispositif indolore, durée, importance de garder le masque ou les lunettes en place
Installer en position semi-assise (semi-Fowler) pour faciliter l'expansion pulmonaire
Rassurer : l'oxygène n'est pas dangereux à la dose prescrite
Protéger l'intimité si le dispositif couvre le visage (gêne pour le patient)

Matériel

Source d'oxygène (prise murale ou bouteille avec manomètre)Débitmètre adapté au débit prescritDispositif prescrit : lunettes nasales, masque simple, masque haute concentration ou VenturiHumidificateur avec eau stérile si débit > 4 L/minOxymètre de pouls (saturomètre)

IDE

Évaluation respiratoire initiale

2 min
Évaluer l'état respiratoire du patient avant de brancher l'oxygène.
SpO2 de base, fréquence respiratoire, signes de détresse (tirage, balancement)État de conscience : chez le BPCO, une somnolence peut signaler une hypercapnieColoration : cyanose des lèvres et des extrémitésDouleur thoracique, dyspnée d'effort ou de repos

Choix du dispositif selon la prescription

1 min
Sélectionner le dispositif adapté au débit et à la FiO2 prescrits.
Lunettes nasales : 0,5 à 5 L/min pour une FiO2 de 24 à 40 % (RPC SRLF-SFMU 2025). Confort, parole et repas possiblesMasque simple : 5 à 8 L/min pour une FiO2 de 40 à 60 %. Ne pas descendre sous 5 L/min (réinhalation de CO2)Masque haute concentration : 8 à 15 L/min pour une FiO2 de 40 à 90 %. Urgence respiratoireMasque Venturi : FiO2 précise (24-60 %). Référence pour le BPCO (buses colorées calibrées)

Installation du système

2 min
Connecter le dispositif à la source d'oxygène et régler le débit.
Connecter la tubulure au débitmètre sur la prise murale ou la bouteilleRégler le débit prescrit sur le débitmètreAjouter l'humidificateur avec eau stérile si débit > 4 L/minVérifier que l'oxygène sort effectivement (tester sur la main)

Mise en place sur le patient

2 min
Installer le dispositif sur le patient et ajuster pour le confort.
Positionner les lunettes ou le masque selon le dispositif choisiAjuster sans comprimer : les lunettes ne doivent pas tirer sur les oreillesVérifier l'absence de fuite (masque bien plaqué sur le visage)Protéger la peau des oreilles si lunettes prolongées (compresses sous l'élastique)
Protéger les oreilles de l'élastique : les lésions cutanées sont fréquentes en oxygénothérapie prolongée.

IDE

Contrôle de l'efficacité à 15-30 minutes

2 min
Mesurer la SpO2 après 15-30 minutes et évaluer la réponse clinique.
SpO2 à 15-30 minutes : comparer à l'objectif prescritCible SpO2 > 94 % sans risque d'hypercapnie oxo-induite. Cible 88-92 % en présence d'un tel risque : BPCO, autre insuffisance respiratoire chronique, obésité morbideÉvaluer les signes cliniques : FR, dyspnée, coloration, état de conscienceAlerter le médecin si SpO2 non atteinte malgré le débit prescrit

Surveillance continue

Continue
Surveiller la tolérance et l'efficacité tout au long de l'oxygénothérapie.
SpO2 en continu ou intermittente selon prescriptionChez le BPCO : surveiller la conscience (somnolence = possible hypercapnie)Tolérance du dispositif : sécheresse nasale, irritation cutanée, anxiétéVérifier le niveau d'eau de l'humidificateur et le débit réglé à chaque passage

Soins de confort associés

5 min
Prévenir les complications liées au dispositif et maintenir le confort.
Hydrater les muqueuses nasales et buccales (spray nasal, soins de bouche)Alterner les points de pression du masque ou des lunettes si oxygénothérapie prolongéeProposer les repas avec lunettes nasales si possible (plutôt que masque)Sécuriser la tubulure pour éviter le tirage et les chutes

IDE

Traçabilité

2 min
Documenter l'administration et la réponse au traitement.
Tracer : heure de mise en place, dispositif, débit, SpO2 avant et aprèsDocumenter la tolérance et les effets indésirables (sécheresse, irritation)Signaler au médecin toute SpO2 hors cible ou signe d'hypercapnie chez le BPCOProgrammer la réévaluation selon la prescription

Viser une SpO2 > 95 % chez un patient BPCO

Cible SpO2 88-92 % chez le BPCO. Vérifier systématiquement les antécédents respiratoires avant de régler le débit.

Pourquoi

Chez le BPCO, une SpO2 trop élevée aggrave la rétention de CO2 (hypercapnie) par des mécanismes multiples (redistribution du rapport ventilation/perfusion, effet Haldane), et non par une suppression du stimulus hypoxique. Le risque est le coma hypercapnique.

Ne pas humidifier à partir de 4 L/min

Humidificateur avec eau stérile dès 4 L/min. Changer l'eau toutes les 24 heures (risque bactérien).

Pourquoi

L'oxygène médical est un gaz sec. Au-delà de 4 L/min, il dessèche les muqueuses nasales et bronchiques, provoquant inconfort, croûtes et altération de la clairance mucociliaire.

Régler un masque simple sous 5 L/min

Masque simple : au moins 5 L/min, faute de quoi le patient rerespire son propre gaz expiré. Si la prescription demande un débit inférieur, vous ne changez pas le dispositif de vous-même : vous signalez la discordance au prescripteur pour qu'il adapte.

Pourquoi

Sous 5 L/min, le volume du masque se remplit de CO2 expiré. Le patient réinhale son propre CO2, aggravant l'hypercapnie au lieu de corriger l'hypoxémie.

Ne pas surveiller l'état de conscience du patient BPCO sous O2

Chez le BPCO sous O2 : évaluer l'état de conscience à chaque passage. Somnolence + céphalées = alerter le médecin.

Pourquoi

La somnolence progressive est le premier signe d'hypercapnie. Si elle passe inaperçue, l'évolution est le coma hypercapnique (carbonarcose).

Laisser les lunettes nasales comprimer les oreilles sans protection

Placer des compresses ou des protections en mousse sous l'élastique. Alterner les points d'appui. Inspecter les oreilles quotidiennement.

Pourquoi

L'élastique des lunettes crée une pression continue sur le cartilage de l'oreille. En oxygénothérapie prolongée, les lésions cutanées et escarres auriculaires sont fréquentes.

Ne pas expliquer le dispositif au patient

Expliquer l'utilité, la durée prévue et l'importance de garder le dispositif en place. Proposer les lunettes plutôt que le masque pour les repas.

Pourquoi

Un patient non informé retire le masque ou les lunettes par inconfort ou anxiété. L'observance est compromise et la correction de l'hypoxémie est intermittente.

Mnémo

BPCO : cible SpO2 88-92 % (pas plus), débit initial 1-2 L/min, surveiller la conscience

Humidifier dès 4 L/min avec eau stérile, changer l'eau toutes les 24 h
Masque simple : jamais sous 5 L/min (réinhalation de CO2)
Venturi = FiO2 précise (buses colorées), référence pour le BPCO en exacerbation
Somnolence + céphalées chez le BPCO sous O2 = suspicion d'hypercapnie : réduire et alerter
Protéger les oreilles de l'élastique en oxygénothérapie prolongée

Surveiller

Contrôler la SpO2 à 15-30 min après la mise en place puis selon prescription
Vérifier le débit et le niveau d'eau de l'humidificateur à chaque passage
Surveiller la tolérance du dispositif : sécheresse, irritation cutanée
Chez le BPCO : surveiller l'état de conscience (somnolence = hypercapnie possible)

Paramètres

SpO2Continue ou intermittente selon prescription
SpO2 < 94 % sans risque d'hypercapnie oxo-induite, ou < 88 % en présence d'un tel risque
SpO2 > 92 % chez le BPCO (risque d'hypercapnie)
État de conscience (BPCO)À chaque passage
Somnolence progressive, céphalées
Astérixis (flapping tremor)
Confusion
État respiratoireÀ chaque passage
FR > 25/min ou < 10/min
Tirage intercostal, balancement thoraco-abdominal
Cyanose persistante malgré l'O2

Transmettre et noter

Dispositif en place, débit, SpO2 avant et après
Tolérance : sécheresse nasale, irritation cutanée, anxiété
État de conscience chez le BPCO (somnolence, céphalées)
Transmissions ciblées DAR : données (SpO2, FR), actions (débit ajusté), résultats (SpO2 cible atteinte ou non)

Objectifs

Corriger l'hypoxémie selon l'objectif de SpO2 prescrit
Choisir et installer le dispositif adapté à la situation clinique
Surveiller l'efficacité et détecter les complications (hypercapnie chez le BPCO)
Assurer le confort du patient et prévenir les lésions cutanées

Indications

Hypoxémie (SpO2 < 94 % chez l'adulte standard)
Détresse respiratoire aiguë
Post-opératoire immédiat
BPCO en exacerbation (cible SpO2 88-92 %)

Contre-indications

Pas de contre-indication absolue à l'oxygénothérapie
Prudence chez le BPCO : débit initial bas (1-2 L/min), cible SpO2 88-92 % (risque d'hypercapnie si trop d'O2)

Hypercapnie chez le BPCO

Somnolence progressive
Céphalées
Astérixis (flapping tremor)
Confusion

Conduite

Réduire le débit d'O2 (ne pas arrêter), alerter le médecin en urgence, gazométrie, préparer la VNI.

Sécheresse des muqueuses

Sécheresse nasale et buccale
Croûtes nasales, épistaxis

Conduite

Humidifier si débit > 4 L/min. Soins de bouche et spray nasal réguliers.

Lésions cutanées par le dispositif

Rougeur aux oreilles (lunettes), arête nasale (masque)
Escarre de contact si oxygénothérapie prolongée

Conduite

Alterner les points de pression. Protéger les oreilles avec des compresses. Signaler au médecin si lésion constituée.

Références

Oxygénothérapie au cours de l'insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, recommandation pour la pratique clinique (Ann. Fr. Med. Urgence 2025, volume 15, pages 46 à 60 ; champ excluant l'œdème pulmonaire cardiogénique aigu et l'insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique de BPCO) · SRLF-SFMU

Prise en charge de la BPCO · SPLF

Risques et précautions d'emploi liés à l'oxygène médical · ANSM

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.