Choc anaphylactique

L'IDE identifie la réaction allergique grave, injecte l'adrénaline IM en urgence et surveille la réaction biphasique pendant au moins 6 heures, prolongées si la forme a été sévère.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le tableau typique survient en quelques minutes après une exposition (médicament IV, aliment, piqûre d'insecte) avec démangeaisons, gonflement, gêne respiratoire et chute de tension. La réaction peut aussi commencer par un simple malaise ou des douleurs abdominales sans signes cutanés visibles, ce qui rend le diagnostic plus difficile. La prise en charge IDE est conditionnée par la rapidité de l'injection d'adrénaline, qui reste le seul traitement qui sauve.

Critique

Le patient dit qu'il ne peut plus respirer, vous entendez un sifflement à l'expiration → bronchospasme, préparer l'adrénaline
La tension s'effondre, le patient est pâle, marbré, il perd connaissance → allonger, protéger les voies aériennes, alerter le médecin ou le réanimateur et préparer l'adrénaline selon protocole
La voix change, devient rauque, vous entendez un bruit aigu à l'inspiration → installer demi-assis, oxygène haute concentration, alerter le médecin ou le réanimateur et préparer le matériel d'intubation

Alerte

Le patient se gratte partout, plaques rouges qui s'étendent rapidement sur tout le corps → rechercher dyspnée, malaise ou hypotension, alerter le médecin si signe systémique et préparer l'adrénaline selon protocole
Les lèvres, la langue ou les paupières gonflent → angio-œdème, surveiller l'évolution vers le larynx
Les symptômes ont disparu après l'adrénaline mais reviennent 4 à 12 heures plus tard, parfois jusqu'à 72 h → réaction biphasique, alerter immédiatement

Surveillance

Le patient est stable, la tension remonte, les démangeaisons diminuent → bonne réponse à l'adrénaline, continuer la surveillance
L'allergène fait libérer d'un coup une grande quantité d'histamine par les mastocytes.
Premier réflexe, donc : couper l'exposition, perfusion arrêtée et source écartée.
Cette histamine dilate tous les vaisseaux et la tension chute, d'où le décubitus jambes surélevées quand le choc domine, la pose d'une VVP et une surveillance tensionnelle rapprochée.
Elle contracte aussi les bronches, ce qui impose l'oxygène haute concentration et la surveillance de la SpO2, des sibilants et du tirage.
L'adrénaline agit exactement à contre-courant (elle resserre les vaisseaux, ouvre les bronches, soutient le cœur) et s'injecte sans attendre en IM dans la cuisse, selon protocole.
Comme son effet ne tient que 15 à 20 minutes, une deuxième dose reste prête et toute absence d'amélioration de la tension ou de la respiration déclenche l'alerte.
Adrénaline 1 mg/mL en ampoules (attention : ne pas confondre avec la 0,1 mg/mL)Seringue 1 mL + aiguille IMVVP gros calibre (14-16G) + NaCl 0,9 %Oxygène au masque haute concentrationScope multiparamétriqueChariot d'urgence accessible

4 étapes

IDE

Stopper l'allergène et appeler à l'aide
Chaque seconde d'exposition aggrave la libération d'histamine. Arrêter la source est le premier réflexe.
Arrêter la perfusion ou l'injection en cours immédiatement
Conserver la poche pour identification allergologique
Alerter le médecin et appeler à l'aide
Ne pas laisser le patient seul

Collaboration

Injecter l'adrénaline IM dans la cuisse selon protocole
Geste salvateur autorisé à l'IDE selon protocole de service ou prescription anticipée en anaphylaxie. C'est le seul médicament qui agit sur tous les mécanismes du choc.
Adrénaline 0,5 mg IM dans la face antérolatérale de la cuisse, sans dilution, selon protocole de service ou prescription anticipée
Injection à travers le vêtement si nécessaire (la rapidité prime)
Renouveler après 5 à 10 min si pas d'amélioration (l'effet ne dure que 15 à 20 minutes)
Les antihistaminiques et les corticoïdes ne remplacent jamais l'adrénaline et ne doivent pas la précéder

IDE

Positionner, oxygéner, perfuser
La position dépend du tableau : si c'est la tension qui pose problème, allonger avec jambes surélevées. Si c'est la respiration, demi-assis.
Choc prédominant : décubitus dorsal, jambes surélevées
Dyspnée prédominante : demi-assis à 45°
Perte de connaissance : PLS
Grossesse : décubitus latéral gauche
NE PAS RELEVER, ne pas asseoir, ne pas faire marcher, même si la personne dit aller mieux et veut se lever. La RFE écrit que le relevage « doit être proscrit en l'absence d'une prise en charge médicale (risque de désamorçage de la pompe cardiaque) » et demande d'éviter toute mobilisation intempestive. C'est un geste que le soignant fait avec de bonnes intentions, et il peut provoquer l'arrêt
Oxygène au masque haute concentration
Poser une VVP gros calibre et commencer le remplissage sur prescription : sérum salé isotonique ou Ringer lactate, 20 mL/kg chez l'adulte comme chez l'enfant, et surtout RAPIDEMENT, la RFE demandant que 5 à 10 mL/kg passent dans les cinq premières minutes. Un remplissage prescrit mais laissé couler lentement ne remplit pas

Sur prescription

Donner les traitements complémentaires et surveiller
Les corticoïdes peuvent être prescrits en traitement complémentaire selon le contexte clinique, mais ils ne traitent pas l'urgence immédiate et leur efficacité pour prévenir la réaction biphasique n'est pas démontrée. La surveillance reste indispensable pendant au moins 6 h selon protocole.
Corticoïdes IV sur prescription médicale
Antihistaminiques IV lente sur prescription
Surveiller en continu pendant au moins 6 heures (12 à 24 h si atteinte respiratoire ou cardiovasculaire sévère)
Ne pas organiser de sortie sans avis médical : expliquer le risque de réaction biphasique au patient, poursuivre la surveillance selon protocole et transmettre l'évolution au médecin
Jamaisdonner des antihistaminiques ou des corticoïdes seuls à la place de l'adrénaline ou avant celle-ci
Prioritéadrénaline 0,5 mg IM dans la cuisse selon protocole, c'est le seul traitement qui sauve. Rien ne passe avant
Règlerenouveler l'adrénaline après 5 à 10 min si pas d'amélioration. Son effet ne dure que 15 à 20 minutes
Piègele patient va mieux après l'adrénaline et veut rentrer. Expliquer le risque de réaction biphasique, souvent dans les heures suivantes mais parfois plus tardive, maintenir la surveillance selon protocole et transmettre au médecin avant toute décision de sortie
Chiffre clésurveillance d'au moins 6 h après tout choc anaphylactique (12 à 24 h si forme sévère), bilan allergologique programmé à 4-6 semaines
NoteA CONSERVER : garder la poche de perfusion ou le produit suspect pour le bilan allergologique ultérieur
Ponctuel
Tension et fréquence cardiaque toutes les 5 min en phase aiguë, puis toutes les 15 min : si la tension rechute, alerter et repréparer l'adrénaline
Continu
SpO2 en continu

Si elle descend sous 94 %, augmenter l'oxygène et vérifier les voies aériennes

Ponctuel
Écouter la voix du patient régulièrement

Un changement de voix ou un stridor signent un œdème laryngé qui progresse

Ponctuel
Observer la peau

Si l'urticaire s'étend à nouveau ou si un œdème réapparaît, c'est peut-être la réaction biphasique

Ponctuel
État de conscience

Si agitation, confusion ou somnolence apparaissent, alerter le médecin, vérifier tension et SpO2, sécuriser les voies aériennes et préparer l'adrénaline selon protocole

Ponctuel
Réapparition des symptômes pendant la surveillance : si urticaire, dyspnée, malaise ou chute tensionnelle réapparaissent, alerter immédiatement le médecin et repréparer l'adrénaline selon protocole
S (Situation) : choc anaphylactique sur exposition à [allergène suspecté], heure de début des symptômes [valeur], adrénaline injectée [dose, heure, nombre de doses, IM/IV]
A (Antécédents) : allergies connues, anaphylaxie antérieure, asthme, pathologies cardiaques, traitements en cours (bêtabloquants, IEC)
É (Évaluation) : tension [valeur], fréquence cardiaque [valeur], SpO2 [valeur], état respiratoire (sibilants, stridor), conscience, signes cutanés (urticaire, angio-œdème)
D (Demande) : confirmation de la durée de surveillance, prescription des traitements complémentaires (corticoïdes, antihistaminiques), avis allergologique programmé à 4-6 semaines
Traçabilité : heure précise de chaque injection d'adrénaline, évolution des constantes, médicaments injectés sur prescription
Entourage : circonstances d'exposition, témoins, gestes réalisés avant l'arrivée des secours, coordonnées des proches

Réaction biphasique

Récidive de l'urticaire, du gonflement ou du bronchospasme 4 à 12 h après le traitement initial, parfois jusqu'à 72 h, sans nouvelle exposition (fréquence très variable selon les séries, de 0,4 à 23 %) → maintenir la surveillance, repréparer l'adrénaline et alerter immédiatement le médecin

Arrêt cardiorespiratoire

Perte de conscience brutale, absence de pouls et de respiration → débuter la RCP sans délai, demander le chariot d'urgence, alerter le SMUR ou le médecin réanimateur

Œdème laryngé asphyxiant

Voix rauque ou éteinte, stridor inspiratoire, cyanose, tirage sus-claviculaire → installer demi-assis, oxygène haute concentration, préparer le matériel d'intubation et alerter pour intubation difficile en urgence
Résistance à l'adrénaline chez les patients sous bêtabloquants : tension qui ne remonte pas après 2 doses, bronchospasme persistant → signaler immédiatement le traitement au médecin, le glucagon IV peut être prescrit pour contourner le blocage

Références

Diagnostic et prise en charge des réactions d'hypersensibilité immédiate périopératoires (recommandations formalisées d'experts) · SFAR-SFA · 2025

Prise en charge de l'anaphylaxie en médecine d'urgence (recommandations formalisées d'experts) · SFMU, SFA, GFRUP, SP2A · 2016

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-4 rôle propre, R.4311-7 urgence en l'absence du médecin) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.