Tamponnade cardiaque

Tamponnade cardiaque : reconnaître les signes de compression cardiaque, alerter le médecin sans tarder, installer le monitoring, poser deux voies veineuses et préparer le matériel de péricardiocentèse pour le médecin.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

À l'arrivée d'un patient hypotendu et essoufflé chez qui les veines du cou se gonflent, l'IDE a quelques minutes pour reconnaître la tamponnade cardiaque, alerter le médecin et préparer le matériel de péricardiocentèse. Les causes principales sont la néoplasie péricardique, la péricardite aiguë compliquée, les suites de chirurgie cardiaque et le traumatisme thoracique. Le drainage est le seul traitement qui lève la compression : tout retard menace le pronostic vital.

Critique

Triade évocatrice : pression effondrée, jugulaires turgescentes, dyspnée chez un patient à risque → urgence vitale, alerter le médecin sans délai et accélérer la préparation du matériel
Choc réfractaire ou activité électrique sans pouls (ACR sans cause évidente) chez un patient à risque → débuter la RCP, alerter en urgence vitale, préparer la péricardiocentèse au lit du patient

Alerte

Turgescence jugulaire en position demi-assise associée à une gêne respiratoire → alerter le médecin et préparer le matériel de péricardiocentèse
Variations respiratoires nettes de la pression artérielle au scope (signe de pouls paradoxal) → transmettre immédiatement au médecin

Surveillance

Tachycardie marquée chez un patient à risque (néoplasie, péricardite, post-chirurgie cardiaque, traumatisme thoracique) → surveiller scope serré et alerter le médecin si dégradation
Le péricarde est une enveloppe peu extensible qui entoure le cœur : un épanchement qui s'accumule vite comprime les cavités cardiaques de l'extérieur, d'où le réflexe d'installer d'emblée le scope pour repérer la chute tensionnelle.
Le cœur ne peut plus se remplir, le volume d'éjection chute, la pression s'effondre : il faut alerter le médecin sans tarder, poser deux voies veineuses et préparer le matériel de péricardiocentèse.
Ce qui fait la gravité, c'est la vitesse d'accumulation, pas le volume absolu ; un patient à risque (néoplasie, post-chirurgie cardiaque, traumatisme thoracique) qui se dégrade brutalement relève de l'urgence vitale.
Piège classique : contrairement à l'œdème pulmonaire, les diurétiques sont ici formellement contre-indiqués, raison pour laquelle on ne les administre jamais en autonomie et on transmet la situation au médecin avant tout traitement.
Scope multiparamétrique en continu (ECG, SpO2, pression artérielle non invasive rapprochée)Échographe cardiaque avec sonde cardiaque, prêt à l'emploi pour le médecinSet de ponction péricardique stérile selon le protocole institutionnelCathéter de drainage péricardique selon le protocole institutionnelSeringues et tubulures de prélèvement pour cytologie et bactériologieCathéters veineux périphériques de gros calibre (deux voies au minimum) et solutés cristalloïdes pour remplissage sur prescriptionAnesthésique local injectable selon prescription médicaleMatériel de réanimation complet à proximité (défibrillateur, médicaments d'urgence, chariot d'urgence)

6 étapes

IDE

Reconnaître le tableau et alerter
Repérer les signes évocateurs de tamponnade et activer l'équipe médicale sans tarder
Recueillir et noter les paramètres : pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, SpO2, conscience, température
Décrire ce qui se voit : turgescence jugulaire en demi-assise, dyspnée, marbrures, variations respiratoires de la pression au scope
Appeler le médecin en urgence vitale, transmettre la situation de façon structurée (méthode SAED) et rester auprès du patient
Préparer l'échographe à disposition immédiate du médecin

Collaboration

Mettre en condition et sécuriser les voies d'abord
Sécuriser le monitoring, l'oxygénation et les voies veineuses pour permettre les traitements prescrits et la péricardiocentèse
Installer le scope continu (ECG, SpO2, pression artérielle rapprochée), maintenir le patient en position demi-assise si tolérée
Poser deux voies veineuses périphériques de gros calibre (avant-bras), oxygénothérapie sur prescription pour la cible de SpO2 fixée par le médecin
Préparer les solutés cristalloïdes pour remplissage sur prescription : c'est une mesure d'attente pour soutenir la précharge en attendant le drainage, jamais un substitut à celui-ci
Préparer le chariot d'urgence à proximité (défibrillateur, médicaments d'urgence) et tracer les actions
Ne jamais administrer de diurétiques : ils sont formellement contre-indiqués dans la tamponnade (effet inverse de l'œdème pulmonaire)

Collaboration

Préparer le matériel de péricardiocentèse
Installer le patient et préparer la table stérile pour le geste médical
Maintenir le patient en position demi-assise selon tolérance (la gravité facilite la collection du liquide vers le bas)
Réaliser la désinfection large de la région sous-xiphoïdienne, ouvrir le set stérile, préparer la table d'instrumentation
Préparer l'anesthésique local et les seringues de prélèvement selon prescription
Brancher la dérivation précordiale demandée par le médecin sur l'aiguille de ponction pour le contrôle ECG per-geste
Le repérage échographique de la voie d'abord est réalisé par le médecin

Collaboration

Assister le médecin pendant la péricardiocentèse
Maintenir le monitoring, signaler les complications, accompagner l'évacuation du liquide
Maintenir le scope ECG en continu pendant toute la progression de l'aiguille et signaler immédiatement tout sus-décalage ST ou extrasystoles ventriculaires répétées (contact myocardique)
Mesurer la pression artérielle à intervalles très rapprochés et annoncer au médecin l'évolution tensionnelle en temps réel
Noter le volume et l'aspect du liquide évacué (sérosanglant, séreux, purulent) au fil du geste
Préparer les prélèvements en cytologie et bactériologie selon la prescription
La progression de l'aiguille, le choix de la voie d'abord et la mise en place du cathéter de drainage sont des gestes médicaux

IDE

Surveiller la réponse hémodynamique post-drainage
Vérifier l'efficacité du geste, dépister les complications immédiates et la récidive précoce
Mesurer les constantes à intervalles rapprochés selon la prescription, transmettre la tendance
Surveiller au scope la disparition des variations respiratoires de la pression artérielle (signe de pouls paradoxal résolutif)
Surveiller les signes de récidive : retour de la turgescence jugulaire, réapparition de la chute tensionnelle, dégradation de la conscience
Surveiller le débit du cathéter de drainage si posé, transmettre le volume cumulé et l'aspect du liquide

Collaboration

Organiser l'orientation et la traçabilité
Préparer le transfert sécurisé et la continuité des soins
Préparer le dossier de transfert avec la transmission SAED, le volume drainé total, les bilans déjà acheminés
Coordonner le transfert vers l'unité de soins intensifs cardiologiques ou la chirurgie cardiaque sur décision médicale, selon l'étiologie
Maintenir le scope continu, sécuriser les voies d'abord et le cathéter de drainage pendant le transfert
Tracer l'ensemble des actions, des heures, des produits administrés et du matériel posé
Jamaisadministrer de diurétiques dans la tamponnade, ils réduisent la précharge et aggravent le bas débit (effet inverse de l'œdème pulmonaire). C'est une erreur classique à éviter absolument
Prioritéreconnaître les signes de tamponnade (turgescence jugulaire, pression effondrée, dyspnée, variations respiratoires de la pression au scope), alerter le médecin sans tarder et préparer l'échographe et le matériel de péricardiocentèse
Règlela péricardiocentèse est un geste médical, l'IDE prépare le matériel, assiste le médecin, maintient le scope et signale toute extrasystole ou sus-décalage ST per-geste, mais ne réalise jamais le geste
Piègela Triade de Beck (turgescence jugulaire, pression effondrée, bruits cardiaques assourdis) est souvent incomplète ; son absence n'écarte pas une tamponnade et un seul signe chez un patient à risque suffit pour alerter le médecin
Chiffre cléla pression artérielle moyenne est l'indicateur de perfusion d'organes que l'IDE transmet en continu, le médecin fixe la cible et adapte le remplissage et les vasopresseurs selon prescription
NoteVIGILANCE : c'est la vitesse d'accumulation et non le volume absolu qui fait la gravité, un patient avec un petit épanchement aigu peut décompenser brutalement, surveiller le scope sans relâche
Continu
Pression artérielle en continu

Alerter le médecin sans tarder si la pression chute ou stagne, transmettre la tendance par rapport à la cible que le médecin a fixée

Continu
Fréquence cardiaque et rythme ECG en continu : signaler toute extrasystole ventriculaire répétée, sus-décalage ST ou trouble du rythme nouveau
Ponctuel
Variations respiratoires de la pression artérielle au scope : transmettre la disparition (signe favorable post-drainage) ou la réapparition (signe de récidive)
Ponctuel
Cathéter de drainage péricardique si posé

Surveiller le débit, l'aspect et le volume cumulé, transmettre toute occlusion ou changement d'aspect

Ponctuel
Signes de récidive

Turgescence jugulaire qui revient, dyspnée nouvelle, marbrures, chute tensionnelle, alerter le médecin immédiatement

Ponctuel
Tolérance respiratoire et conscience

Signaler en urgence toute désaturation, polypnée ou aggravation neurologique

S (Situation) : M./Mme [X], [âge] ans, tamponnade cardiaque confirmée à l'échographie sur étiologie [néoplasique, post-chirurgicale, post-péricardite, traumatique]. Péricardiocentèse réalisée à [heure], [volume] mL de liquide [aspect] évacués
A (Antécédents) : néoplasie thoracique, chirurgie cardiaque récente, péricardite, traumatisme thoracique, traitements en cours (anticoagulants, chimiothérapie), allergies connues
É (Évaluation) : pression artérielle, fréquence cardiaque, SpO2, conscience, variations respiratoires de la pression au scope (présentes ou absentes). Cathéter de drainage en place, débit et aspect du liquide. ECG actuel et tendance
D (Demande) : conduite à tenir en cas de récidive précoce, orientation USIC ou chirurgie cardiaque selon l'étiologie et la décision médicale, échographie de contrôle prescrite si non encore faite
Traçabilité : noter l'heure de la péricardiocentèse, le volume drainé, l'aspect du liquide, les prélèvements acheminés (cytologie, bactériologie) et les complications observées
Entourage : informer le médecin de la présence de proches à l'accueil pour qu'il puisse expliquer la situation et la suite

Perforation du ventricule droit

Extrasystoles ventriculaires répétées, sus-décalage ST sur la dérivation branchée à l'aiguille, chute brutale de la pression ; signaler immédiatement le médecin, ne jamais mobiliser ni retirer l'aiguille seul, préparer le chariot d'urgence

Blessure d'une artère coronaire

Sus-décalage ST persistant, trouble du rythme, instabilité hémodynamique brutale ; alerter le médecin sans tarder, anticiper la prise en charge chirurgicale

Arythmie ventriculaire per-geste

Extrasystoles, tachycardie ventriculaire ou fibrillation au scope ; alerter immédiatement, préparer le défibrillateur et les médicaments d'urgence sans les administrer sans prescription

Pneumothorax iatrogène

Douleur thoracique, désaturation, asymétrie ventilatoire ; signaler au médecin et préparer le matériel de drainage thoracique

Récidive précoce de la tamponnade

Retour de la turgescence jugulaire, chute tensionnelle, dyspnée, occlusion ou drainage faible du cathéter ; alerter en urgence le médecin et anticiper un nouveau geste

Infection péricardique post-ponction

Fièvre, douleur thoracique, frottement péricardique, syndrome inflammatoire ; surveiller la température et transmettre les bilans inflammatoires au médecin

Références

Tamponnade cardiaque (Congrès Urgences, document de formation) · SFMU · 2014

PNDS Péricardites récidivantes · HAS · 2025

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-7, frontière IDE en urgence) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.