Choc septique

Choc septique de l'adulte : reconnaître le tableau, prélever les hémocultures avant l'antibiothérapie, préparer le remplissage et la noradrénaline, surveiller la PAM, la diurèse et les lactates.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

À l'arrivée d'un patient fébrile ou hypotherme, hypotendu, confus ou tachypnéique, l'IDE a quelques minutes pour repérer le choc septique, prélever les hémocultures avant tout antibiotique, poser deux voies veineuses de gros calibre et préparer le matériel de noradrénaline. La HAS Sepsis 2025 et la SRLF reprenant la Surviving Sepsis Campaign 2022 cadrent une prise en charge dans la première heure : actions coordonnées, antibiothérapie probabiliste sur prescription, remplissage cristalloïde sur prescription, lutte contre l'hypoperfusion d'organes.

Critique

Tachycardie marquée, pression effondrée et polypnée chez un patient fébrile → tableau évocateur de sepsis grave, alerter le médecin sans tarder et accélérer la pose des deux voies
Confusion ou agitation brutale chez un patient fébrile → défaillance neurologique par hypoperfusion cérébrale, transmettre le Glasgow et alerter le médecin
Marbrures genoux-coudes, extrémités froides, temps de recoloration cutanée allongé chez un patient infecté → hypoperfusion périphérique, transmettre en urgence

Alerte

Fièvre élevée ou hypothermie avec frissons intenses et point d'appel infectieux identifié → alerter le médecin et préparer les hémocultures avant tout antibiotique
Diurèse horaire effondrée malgré le remplissage prescrit → défaillance rénale débutante, transmettre la valeur et la tendance au médecin
Désaturation en air ambiant chez un patient septique → insuffisance respiratoire à signaler immédiatement, oxygénothérapie sur prescription
Une infection déclenche une réponse inflammatoire généralisée qui dilate les artères et fait fuir l'eau hors des vaisseaux, d'où la pose du scope et la mesure rapprochée de la pression, avec transmission immédiate de toute chute tensionnelle.
Le volume circulant devient insuffisant pour irriguer les organes, ce qui impose de prélever les hémocultures, de poser deux voies veineuses et de préparer sans délai le matériel de remplissage et de noradrénaline, administrés ensuite selon prescription médicale ou protocole institutionnel.
Tant que le foyer infectieux n'est pas traité la vasodilatation persiste : raison pour laquelle l'antibiothérapie probabiliste doit être prête dès la première heure.
Dernier piège, l'hypothermie peut signer un sepsis grave aussi bien que la fièvre, on surveille donc la température dans les deux sens chez un patient confus et hypotendu.
Scope multiparamétrique en continu (fréquence cardiaque, pression artérielle automatique, SpO2, fréquence respiratoire)Cathéters veineux périphériques de gros calibre (14G ou 16G), au minimum deux voies posées simultanémentOxygénothérapie sur prescription : masque à haute concentration ou lunettes selon la cibleFlacons d'hémocultures (deux paires aérobie et anaérobie), pot à ECBU, tubes pour bilan biologique en urgenceCristalloïdes pour remplissage sur prescription : NaCl 0,9 % ou Ringer lactate, sous manchon de pressionSeringue électrique prête pour noradrénaline en IVSE selon prescription, voie veineuse dédiéeSonde urinaire à demeure et bocal gradué pour diurèse horaire

6 étapes

IDE

Reconnaître le tableau et alerter
Repérer les signes évocateurs de sepsis grave et transmettre au médecin sans plaquer un score chiffré
Recueillir et noter : pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, SpO2, conscience, marbrures, température, point d'appel infectieux possible
Décrire ce qui se voit : fièvre ou hypothermie avec frissons, confusion ou agitation nouvelle, polypnée, hypotension, marbrures, oligurie
Transmettre au médecin de façon structurée (méthode SAED : situation, antécédents, évaluation, demande)
Ne pas attendre la confirmation de la fièvre pour alerter : un patient hypotherme et confus peut déjà être en sepsis grave

Collaboration

Mettre en condition et sécuriser les voies d'abord
Sécuriser l'oxygénation, l'accès veineux et la mesure de la diurèse pour permettre les traitements prescrits et repérer rapidement une aggravation
Mettre en place le scope continu (ECG, SpO2, pression artérielle automatique rapprochée, fréquence respiratoire)
Poser deux voies veineuses périphériques de gros calibre au membre supérieur, simultanément si possible
Oxygénothérapie sur prescription pour atteindre la cible de SpO2 fixée par le médecin
Pose de sonde urinaire à demeure sur prescription pour la diurèse horaire

IDE

Prélever les hémocultures et le bilan avant antibiothérapie
Documenter le foyer sans retarder l'antibiothérapie sur prescription
Prélever deux paires d'hémocultures (aérobie et anaérobie) avant l'antibiothérapie, sans en retarder l'administration
Prélever en parallèle le bilan urgent : NFS, CRP, lactates, ionogramme, créatinine, hémostase, gazométrie
Prélever l'ECBU si la porte d'entrée semble urinaire (point d'appel le plus fréquent), les prélèvements locaux selon le foyer suspecté
Si la pose des hémocultures retarde trop l'antibiothérapie, alerter le médecin pour qu'il tranche : l'antibiothérapie sur prescription reste prioritaire

Sur prescription

Préparer le remplissage cristalloïde sur prescription
Servir le remplissage prescrit, surveiller la réponse hémodynamique
Préparer les poches de cristalloïdes (NaCl 0,9 % ou Ringer lactate) et le matériel (tubulures, manchon de pression)
Démarrer le remplissage sur prescription médicale, au volume et au débit fixés par le médecin
Surveiller la réponse après chaque réévaluation médicale : pression artérielle moyenne, fréquence cardiaque, marbrures, conscience, diurèse
Transmettre au médecin la tendance et les signes de surcharge éventuels (polypnée, désaturation, crépitants)

Sur prescription

Préparer l'antibiothérapie probabiliste sur prescription
Servir l'antibiothérapie dans la première heure, tracer l'heure d'administration
Préparer l'antibiothérapie probabiliste prescrite selon le protocole institutionnel, dès la prescription écrite
Administrer en intraveineuse sur prescription médicale : tracer l'heure exacte d'administration sur la feuille de surveillance
Vérifier l'absence d'allergie connue avant l'administration, surveiller la tolérance immédiate (frissons, urticaire, désaturation)
Le choix de la molécule, la dose et la durée relèvent du médecin selon le foyer suspecté et le terrain
Antibiotique probabiliste prescritTubulures dédiéesSérum physiologique pour rinçage

Collaboration

Préparer la noradrénaline et accompagner vers la réanimation
Anticiper la noradrénaline en IVSE, surveiller les cibles, organiser le transfert
Préparer la noradrénaline en seringue électrique selon le protocole de dilution institutionnel, sur la voie veineuse dédiée
Démarrer la noradrénaline sur prescription médicale, au débit fixé par le médecin, sans modifier le débit en autonomie
Surveiller en continu la pression artérielle moyenne, la diurèse horaire, les lactates de contrôle prescrits, l'état de conscience
Coordonner avec la réanimation pour le transfert si nécessaire, préparer le dossier (bilan, surveillance, traçabilité), stabiliser les voies d'abord avant brancardage
Seringue électrique pour noradrénalineVoie veineuse dédiéeDocuments de transfert
Jamaismodifier le débit de noradrénaline ou la prescription d'antibiothérapie en autonomie infirmière, et ne jamais retarder l'antibiotique sur prescription pour des prélèvements parfaits
Prioritéreconnaître les signes de sepsis grave, alerter le médecin sans tarder, prélever les hémocultures avant tout antibiotique et préparer le remplissage et la noradrénaline sur prescription
Règlela première heure est celle des actions coordonnées (HAS Sepsis 2025) : hémocultures, antibiothérapie probabiliste, lactates, remplissage cristalloïde, surveillance rapprochée
Piègel'hypothermie peut signer un sepsis grave au même titre que la fièvre, ne pas écarter le diagnostic chez un patient confus, hypotendu et froid
Piègela noradrénaline en voie périphérique expose à la nécrose en cas d'extravasation, surveiller le point de perfusion en continu et alerter immédiatement à la moindre douleur cutanée
Chiffre cléla pression artérielle moyenne est l'indicateur de perfusion d'organes que l'IDE transmet en continu, le médecin fixe la cible (souvent autour de 65 mmHg, ajustée selon le terrain)
Continu
Pression artérielle moyenne en continu

Transmettre la valeur et la tendance par rapport à la cible que le médecin a fixée

Ponctuel
Diurèse horaire après pose de sonde sur prescription : alerter le médecin sur toute valeur effondrée, signe d'hypoperfusion rénale
Continu
SpO2 et fréquence respiratoire en continu

Signaler toute désaturation ou polypnée nouvelle

Ponctuel
Lactates de contrôle selon prescription

Transmettre la tendance, qui reflète la perfusion des tissus

Ponctuel
Température horaire

Alerter le médecin si fièvre persistante, hypothermie ou variation rapide chez un patient confus ou hypotendu

Ponctuel
État de conscience et marbrures

Transmettre immédiatement toute baisse du Glasgow, agitation nouvelle, extension des marbrures ou extrémités froides

S (Situation) : M./Mme [X], [âge] ans, tableau évocateur de choc septique sur foyer [localisation], paramètres actuels (PA, FC, FR, SpO2, conscience, température), durée d'évolution
A (Antécédents) : immunodépression, diabète, cancer, traitement immunosuppresseur, hospitalisations récentes, prothèses ou cathéters en place, allergies connues
É (Évaluation) : pression artérielle, PAM, fréquence cardiaque, température, SpO2, Glasgow, diurèse, lactates, hémocultures et bilan prélevés à [heure], antibiothérapie administrée à [heure], remplissage en cours
D (Demande) : prescription antibiothérapie probabiliste si non faite, point sur la noradrénaline si la pression ne se redresse pas, indication de transfert en réanimation, avis spécialisé selon le foyer
Traçabilité : noter pour chaque produit administré (antibiotique, noradrénaline) le numéro de lot, l'heure de pose, le débit, la voie utilisée
Entourage : informer le médecin de la présence de proches à l'accueil pour qu'il puisse expliquer la situation et la suite

Défaillance multiviscérale

Diurèse qui chute, désaturation, confusion, saignements ou bilan hépatique altéré ; surveiller les paramètres d'organe et transmettre immédiatement tout nouveau dysfonctionnement
Choc réfractaire aux catécholamines (pression non corrigée malgré la noradrénaline) → alerter le médecin sans tarder, anticiper la prise en charge en réanimation
Coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) avec saignements diffus et thromboses → surveiller l'apparition de saignements aux points de ponction, ecchymoses extensives, transmettre les bilans d'hémostase

Extravasation de noradrénaline

Douleur, pâleur, froideur ou gonflement au point de perfusion ; arrêter la perfusion selon protocole local, garder la voie en place si protocole l'exige et alerter immédiatement le médecin
Surcharge liée au remplissage (œdème pulmonaire) → surveiller l'apparition de polypnée, désaturation, crépitants, alerter le médecin et arrêter le remplissage en cours sur réévaluation médicale
Décompensation du terrain sous-jacent (diabète, BPCO, insuffisance cardiaque) → transmettre toute aggravation respiratoire, neurologique ou métabolique pour réévaluation médicale

Références

Prise en charge du sepsis du nouveau-né, de l'enfant et de l'adulte : recommandations pour un parcours de soins intégré · HAS · 2025

Nouvelles recommandations de la Surviving Sepsis Campaign · SRLF · 2022

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-7, frontière IDE en urgence) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.