Choc hypovolémique

Choc hypovolémique hémorragique ou par déshydratation : reconnaître la sévérité du tableau, contrôler les hémorragies accessibles, poser deux voies veineuses, préparer la transfusion et l'acide tranexamique sur prescription.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

À l'arrivée d'un patient saignant ou très déshydraté, l'IDE a quelques minutes pour reconnaître la sévérité du choc, contrôler ce qui est accessible (compression, garrot), poser deux voies veineuses de gros calibre et faire monter le matériel de transfusion. La RFE SFAR-SRLF-SFMU-GEHT 2015 sur la réanimation du choc hémorragique reste la référence française : tolérer une PAS autour de 80 à 90 mmHg tant que l'hémostase n'est pas faite, démarrer l'acide tranexamique dans la fenêtre des trois premières heures sur prescription, et lutter sans attendre contre la triade hypothermie, acidose, coagulopathie.

Critique

Hémorragie extériorisée active (jet artériel, hémoptysie abondante, rectorragie importante) → comprimer ou poser un garrot tactique en amont, alerter le médecin sans attendre
PAS inférieure à 90 mmHg, FC supérieure à 120/min, marbrures et patient confus → tableau de choc franc, alerter le médecin et préparer la transfusion sur prescription
Pâleur extrême, extrémités froides, sueurs et TRC supérieur à trois secondes → hypoperfusion périphérique, transmettre en urgence et accélérer la pose des deux voies
Abdomen tendu, douloureux ou distendu chez un traumatisé ou un opéré récent → suspicion d'hémorragie interne, alerter le chirurgien et le médecin

Alerte

Tachycardie supérieure à 100/min avec pression encore conservée → compensation fragile, surveiller scope serré et préparer le matériel de remplissage
Diurèse horaire effondrée malgré le remplissage → hypoperfusion rénale, transmettre la valeur et la tendance au médecin
Le volume sanguin chute, le débit cardiaque ne suit plus, les organes perdent leur perfusion : d'où la double action, sur le contenant et le contenu, par les voies veineuses et la transfusion.
Le corps compense d'abord en accélérant le cœur et en serrant les petits vaisseaux, raison pour laquelle la tachycardie et les marbrures précèdent souvent la chute de pression.
Quand la compensation est dépassée, la pression s'effondre et la conscience se trouble : c'est le moment d'alerter le médecin sur la clinique, pas seulement sur les chiffres.
Au tout début d'une hémorragie, l'hémoglobine reste faussement normale parce que la dilution par les tissus prend trente à soixante minutes ; une NFS rassurante ne dispense donc jamais d'agir tant que le patient saigne et que sa pression chute.
Cathéters veineux périphériques de gros calibre (14G ou 16G), au minimum deux voies posées simultanémentDispositif de perfusion sous pression (manchon gonflable ou poche de pression)Cristalloïdes pour remplissage sur prescription : NaCl 0,9 % ou Ringer lactate, réchauffés selon le matériel disponibleKit de transfusion (tubulures à filtre, réchauffeur de solutés)Culots globulaires en urgence vitale selon le protocole institutionnel (groupe O Rh négatif en priorité chez la femme en âge de procréer, sinon O Rh positif)Acide tranexamique injectable, prêt à reconstituer pour administration sur prescription dans la fenêtre des trois premières heuresCouverture de survie et réchauffeur de perfusionDispositif intra-osseux disponible pour le médecin en cas d'échec d'abord veineux périphérique

6 étapes

IDE

Évaluer la sévérité du tableau
Reconnaître les signes de choc et leur gravité, transmettre au médecin sans plaquer un stade chiffré
Recueillir et noter les paramètres : pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, SpO2, conscience, marbrures, TRC, température
Décrire ce qui se voit : pâleur, sueurs, agitation ou confusion, abdomen tendu, hématomes, plaies actives
Chercher avec le médecin la source possible (thorax, abdomen, bassin, membres) et les pertes non hémorragiques (vomissements, diarrhée, brûlures, troisième secteur)
Transmettre au médecin de façon structurée (méthode SAED : situation, antécédents, évaluation, demande)

IDE

Contrôler les hémorragies accessibles
Stopper ou freiner ce qui saigne avant de penser remplissage
Comprimer manuellement, fort et longtemps, le point de saignement avec un pansement absorbant
Poser un garrot tactique en amont si l'hémorragie de membre n'est pas contrôlée : tracer l'heure de pose, ne pas relâcher avant l'avis chirurgical
Appliquer un pansement hémostatique sur les plaies profondes non compressibles selon le matériel disponible dans le service
Mobiliser le patient au minimum pour ne pas désamorcer un caillot en formation, alerter le chirurgien sans tarder

Collaboration

Poser les voies veineuses et préparer le remplissage
Deux voies périphériques de gros calibre, prélèvements pré-transfusionnels et démarrage du remplissage sur prescription
Poser deux voies veineuses périphériques de gros calibre (14G ou 16G) au membre supérieur, en simultané si possible
Prélever immédiatement le bilan urgent : groupe et RAI en deux exemplaires, NFS, hémostase, ionogramme, lactates, gazométrie
Démarrer les cristalloïdes (NaCl 0,9 % ou Ringer lactate) sur prescription, sous manchon de pression et avec réchauffeur de perfusion
Préparer le matériel intra-osseux pour le médecin si la pose des deux voies périphériques échoue
Surveiller la réponse hémodynamique après chaque réévaluation médicale, transmettre les chiffres et la tendance
Cathéters 14G/16GManchon de pressionCristalloïdes réchauffésTubes de prélèvement

Sur prescription

Préparer l'acide tranexamique et lutter contre la triade
Antifibrinolytique précoce sur prescription et lutte continue contre l'hypothermie, l'acidose et la coagulopathie
Préparer l'acide tranexamique pour administration sur prescription médicale, dans la fenêtre des trois premières heures post-traumatisme (RFE SFAR 2015)
Administrer la dose de charge puis la dose d'entretien selon prescription, tracer l'heure de chaque administration
Lutter contre l'hypothermie en continu : couverture de survie posée d'emblée, solutés réchauffés, surveillance de la température
Tracer la température, la diurèse, les pertes visibles, la pression artérielle et la fréquence cardiaque, et transmettre la tendance
Acide tranexamique injectableRéchauffeur de perfusionCouverture de survieThermomètre

Sur prescription

Servir la transfusion massive sur prescription
Commande, contrôle pré-transfusionnel, administration et surveillance des produits sanguins labiles
Transmettre la commande au dépôt de sang ou à l'EFS selon la prescription et le protocole institutionnel : produits, quantités, ordre
Réceptionner et vérifier la concordance pré-transfusionnelle au lit du patient (identité, groupe, document d'accompagnement)
Administrer les produits sur prescription en respectant l'ordre de pose et les objectifs transfusionnels fixés par le médecin (RFE SFAR 2015 : ratio plasma sur CGR équilibré, entre 1/2 et 1/1)
Tracer pour chaque produit le numéro de lot, l'heure de pose et l'heure de fin, surveiller la tolérance immédiate
Acheminer en urgence les bilans de contrôle prescrits par le médecin (NFS, hémostase, ionogramme, calcium ionisé)
Produits sanguins labiles selon prescriptionTubulures à filtreRéchauffeur de solutésDocuments d'accompagnement

Collaboration

Préparer le vasopresseur et accompagner vers l'hémostase définitive
Anticiper la noradrénaline sur prescription si la pression ne se redresse pas, accompagner le transfert au bloc ou en radiologie interventionnelle
Préparer la noradrénaline en seringue électrique selon le protocole institutionnel, prête à être branchée dès la prescription
Administrer la noradrénaline sur prescription, en suivant le débit fixé par le médecin et en surveillant la pression artérielle en continu
Coordonner avec le brancardage et le bloc opératoire ou la radiologie interventionnelle dès que la décision médicale est prise
Maintenir la couverture de survie, la surveillance scope continu, la traçabilité des entrées et sorties pendant le transfert
Jamaisretarder la préparation de l'acide tranexamique sur prescription, la fenêtre des trois premières heures post-traumatisme est étroite et conditionne l'efficacité
Prioritéreconnaître la sévérité du tableau, contrôler ce qui saigne, poser deux voies, alerter le médecin et préparer la transfusion sans attendre
Règlela cible tensionnelle est volontairement basse en hémorragie non contrôlée (RFE SFAR 2015 : pression systolique autour de 80 à 90 mmHg) jusqu'à l'hémostase, le médecin ajuste si trauma crânien associé
Piègeune hémoglobine normale en début d'hémorragie n'écarte pas le choc, la dilution prend trente à soixante minutes, agir sur la clinique
Piègela triade hypothermie, acidose, coagulopathie s'auto-entretient, attaquer les trois en même temps dès l'accueil (couverture, solutés réchauffés, transmission rapide des bilans)
Chiffre clératio plasma sur CGR équilibré, entre 1/2 et 1/1 selon RFE SFAR 2015 et RFE PLYO 2020, l'IDE applique le ratio prescrit, ne le décide pas
Continu
Pression artérielle en continu

Transmettre la tendance et alerter le médecin si la pression chute ou stagne malgré le remplissage

Ponctuel
Fréquence cardiaque

La tachycardie reflète la compensation, le passage à une bradycardie est un signe d'épuisement à signaler immédiatement

Ponctuel
Diurèse horaire après pose de sonde

Transmettre toute valeur effondrée, signe d'hypoperfusion rénale

Ponctuel
Lactates artériels selon prescription

Transmettre la tendance, qui reflète l'état de perfusion des tissus

Ponctuel
Hémoglobine, hémostase et calcium ionisé selon prescription pendant la transfusion massive : acheminer les bilans, transmettre les résultats
Continu
Température corporelle

Surveiller en continu, ne jamais accepter qu'elle baisse, intensifier la couverture si elle descend

S (Situation) : M./Mme [X], [âge] ans, choc hypovolémique d'origine [hémorragique ou par déshydratation], paramètres actuels (PA, FC, SpO2, conscience), durée d'évolution
A (Antécédents) : traitements anticoagulants ou antiagrégants, pathologies hépatiques ou rénales, allergies connues, groupe sanguin si déjà documenté
É (Évaluation) : pression artérielle, fréquence cardiaque, SpO2, diurèse horaire, lactates, hémoglobine, température, volumes perfusés, produits sanguins déjà administrés et tendance globale
D (Demande) : résultats du groupe et des RAI, commande des produits sanguins si non encore faite, avis chirurgical ou radiologie interventionnelle pour hémostase définitive, point sur la noradrénaline si la pression ne se redresse pas
Traçabilité : noter pour chaque produit sanguin le numéro de lot, l'heure de pose et l'heure de fin, l'identité du contrôle pré-transfusionnel
Entourage : informer le médecin de la présence de proches à l'accueil pour qu'il puisse leur expliquer la situation et la suite
Coagulopathie de dilution ou de consommation (CIVD) → surveiller saignements diffus, ecchymoses extensives, suintement hémorragique aux points de ponction, transmettre les bilans d'hémostase au médecin
Hypothermie secondaire au remplissage et à l'exposition → surveiller la température, intensifier la couverture, vérifier le réchauffeur de solutés, alerter le médecin
Acidose métabolique par hypoperfusion tissulaire prolongée → transmettre les lactates et la gazométrie, signaler une polypnée nouvelle ou une dégradation neurologique
Insuffisance rénale aiguë par hypoperfusion prolongée → surveiller la diurèse horaire et la couleur des urines, transmettre toute oligurie persistante
Réaction transfusionnelle aiguë ou complication pulmonaire de transfusion (œdème pulmonaire ou syndrome respiratoire) → surveiller frissons, urticaire, dyspnée, désaturation, fièvre, chute brutale de pression, arrêter la transfusion et alerter le médecin
Hyperkaliémie ou hypocalcémie en transfusion massive (effet citraté) → surveiller scope continu, alerter sur les troubles du rythme et les paresthésies, acheminer le ionogramme

Références

Recommandations sur la réanimation du choc hémorragique · RFE SFAR-SRLF-SFMU-GEHT · 2015

Indications de transfusion de plasmas lyophilisés (PLYO) chez un patient en choc hémorragique ou à risque de transfusion massive en milieu civil · RFE SFMU-SFAR · 2020

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-7, frontière IDE en urgence) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.