Intoxication au monoxyde de carbone

Intoxication au CO : hypoxie cellulaire malgré une SpO2 normale, O2 100 % en urgence

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

En France, l'intoxication au monoxyde de carbone est la première cause de mortalité par intoxication accidentelle : près de 4 000 intoxications sont déclarées chaque année (Santé publique France). Les intoxications collectives (habitations mal ventilées, groupes électrogènes) imposent une recherche systématique d'autres victimes.

Critique

Perte de conscience même brève (indication hyperbare)
GCS < 8 ou coma profond
Troubles du rythme cardiaque ou anomalies ECG (sus-ST, ESV)
COHb > 25 % à la gazométrie artérielle : intoxication grave, indication hyperbare

Alerte

Confusion, désorientation, GCS entre 10 et 14

Surveillance

Céphalées, vertiges, nausées sans autre cause évidente (tableau trompeur)
Le monoxyde de carbone se fixe sur l'hémoglobine avec une affinité 200 à 250 fois supérieure à celle de l'oxygène, formant la carboxyhémoglobine (COHb) qui ne transporte plus d'O2.
Il empêche aussi les cellules d'utiliser l'oxygène restant : l'hypoxie est donc double, sur le transport et sur l'utilisation cellulaire.
Le piège clinique majeur est que l'oxymètre de pouls classique ne distingue pas la HbCO de la HbO2, affichant une SpO2 faussement normale.
Seule la gazométrie artérielle avec dosage de COHb est fiable.
Masque à haute concentration (MHC) avec débit O2 15 L/minDétecteur de CO (avant entrée dans le local)Saturomètre SpCO spécifique (pas l'oxymètre classique)Matériel de gazométrie artérielle (COHb)ECG 12 dérivations et monitoring continuMatériel d'aspiration (coma, vomissements)

6 étapes

IDE

Soustraction de l'exposition
Éloigner le patient de la source en sécurité absolue
Sécurité des équipes obligatoire : détecteur CO avant entrée dans le local
Évacuation du patient vers l'air libre ou une zone ventilée
Aération des locaux et arrêt de la source si possible
Recherche systématique d'autres victimes dans le même environnement
Appel du SAMU (15) en simultané : décrire le contexte et le nombre de victimes

IDE

Oxygénothérapie 100 % immédiate
Dès la soustraction, oxygène pur sans délai
Masque à haute concentration (MHC) à 15 L/min immédiatement après la soustraction
FiO2 à 100 % : fait chuter la demi-vie du CO de 4 à 5 heures à 60-90 min
Maintenir plusieurs heures selon la COHb et la clinique
Piège : ne pas se fier à la SpO2 classique pour juger l'efficacité ; seule la COHb gazométrique est fiable
Intubation si GCS < 8, sur prescription médicale : préparer le matériel

IDE

Évaluation clinique et bilan
Quantifier l'intoxication et identifier les complications
GCS et examen neurologique complet (confusion, déficit focal)
Gazométrie artérielle : COHb, pH, PaO2, lactates
ECG 12 dérivations (troubles du rythme, sus-ST, allongement du QTc)
Troponine, CPK, myoglobinurie (rhabdomyolyse)
Recherche de lésions associées si trauma ou incendie

Sur prescription

Traitement symptomatique
Prise en charge des complications
Convulsions : benzodiazépines IV sur prescription médicale
Troubles du rythme cardiaque : traitement spécifique sur prescription selon l'ECG
Coma : position latérale de sécurité, aspiration des sécrétions
Rhabdomyolyse : hydratation IV adaptée selon la kaliémie et la diurèse, sur prescription
Œdème cérébral : mannitol 20 % sur prescription médicale

Collaboration

Critères d'orientation vers l'hyperbare
Repérer et signaler les critères de transfert au médecin
COHb supérieure à 25 % chez l'adulte
Perte de conscience même brève
Troubles neurologiques (confusion, déficit focal)
Troubles cardiaques (troponine, anomalies ECG)
Femme enceinte quel que soit le taux de COHb
Enfant, ou cardiopathie ischémique connue
Contacter le centre hyperbare le plus proche : la décision revient au médecin

IDE

Surveillance évolution
Monitoring prolongé et dépistage des séquelles
COHb sérielle (gazométrie) jusqu'à normalisation
Examen neurologique répété (confusion, déficit)
ECG et troponine à 6h et 12h
Fonction rénale et CPK (rhabdomyolyse)
Suivi neuropsychologique à 1 mois (syndrome post-intervallaire)
Prioritésoustraire immédiatement le patient de l'atmosphère contaminée, avec un détecteur de CO et la sécurité des équipes avant toute entrée dans le local
Piègela SpO2 classique est faussement normale ; seuls un saturomètre SpCO ou la COHb sur gazométrie renseignent réellement sur l'intoxication
NoteOXYGÈNE : masque à haute concentration à 15 L/min dès la soustraction ; une FiO2 de 100 % fait chuter la demi-vie du CO de 4 à 5 heures à 60-90 min
NoteHYPERBARE : à envisager si COHb supérieure à 25 %, perte de conscience même brève, troubles neurologiques ou cardiaques, grossesse ou enfant, sur décision médicale
NoteSÉQUELLES : le syndrome post-intervallaire peut survenir 2 à 40 jours après ; un suivi neurologique à 1 mois est justifié même si la sortie initiale est normale
Ponctuel
COHb par gazométrie artérielle (objectif < 5 % sous O2)
Ponctuel
GCS toutes les heures (syndrome post-intervallaire possible)
Continu
ECG en continu (troubles du rythme, toxicité myocardique)
Ponctuel
Fonction rénale, CPK (rhabdomyolyse)
Ponctuel
Signes neurologiques (confusion, déficit focal)
Ponctuel
FR et SpCO (saturomètre CO spécifique, pas la SpO2 classique)
S (Situation) : Patient exposé au monoxyde de carbone, retrouvé [lieu, contexte], soustrait et sous O2 100 % au MHC 15 L/min depuis [X] minutes, [X] autres victimes identifiées
A (Antécédents) : Grossesse éventuelle (indication hyperbare systématique), cardiopathie ischémique, épilepsie, durée d'exposition estimée
E (Évaluation) : GCS [X], COHb [X] % à la gazométrie, SpCO [X] %, ECG (troubles du rythme, sus-ST [oui/non]), troponine [X], signes neurologiques (confusion, déficit [oui/non])
D (Demande) : Décision médicale sur l'orientation vers le caisson hyperbare, bilan ECG, troponine et CPK à compléter, avis du centre antipoison en cas de doute sur l'indication (0800 59 59 59)
Séquelles neurologiques retardées (syndrome post-intervallaire, 2 à 40 jours après)
Troubles du rythme cardiaque et syndrome coronarien
Rhabdomyolyse et insuffisance rénale aiguë
Œdème pulmonaire
Hypoxie cérébrale irréversible si délai prolongé

Références

Intoxication au monoxyde de carbone : protocole de toxicologie clinique (physiopathologie, dosage COHb, oxygénothérapie normobare et hyperbare) · SFMU

Monoxyde de carbone : impact sanitaire, données de surveillance et prévention des intoxications en France · Santé publique France

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-7 : urgence en l'absence du médecin) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.