Premiers secours psychologiques (PSP)

Modèle OMS des PSP (observer, écouter, mettre en lien), defusing précoce, CUMP, distinction stress aigu et trouble de stress post-traumatique, communication de crise adaptée

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Après un événement traumatisant (attentat, catastrophe, accident collectif), la majorité des personnes exposées présentent une réaction de stress aiguë dans les premières heures. Sans soutien, une partie développera un trouble de stress post-traumatique (TSPT) dans les semaines suivantes, environ 10 à 20 % selon le type d'événement. Les premiers secours psychologiques (PSP), modèle diffusé par l'OMS en 2011, sont réalisables par tout soignant sensibilisé et soutiennent le processus naturel de récupération. En France, les cellules d'urgence médico-psychologique (CUMP) sont activées par le SAMU pour la prise en charge psychologique de masse (article R.6311-27 du code de la santé publique).

Critique

Comportement auto-agressif ou propos suicidaires après l'événement : évaluation psychiatrique urgente
Enfant séparé de ses parents après l'événement : prise en charge prioritaire, ne jamais laisser seul

Alerte

Sidération psychique : immobilité totale, regard fixe, absence de réponse verbale
Agitation psychomotrice intense : cris, pleurs incontrôlables, fuite désorganisée
Dissociation péri-traumatique : sentiment d'irréalité, dépersonnalisation, amnésie de l'événement
Détresse respiratoire aiguë (hyperventilation, oppression thoracique) : rechercher une cause organique avant de conclure à l'angoisse, alerter le médecin
Face à un événement menaçant, le cerveau active en urgence le système de stress (amygdale, cortisol, adrénaline) pour survivre : fuir, combattre ou se figer.
La sidération est un mécanisme de protection quand ni la fuite ni le combat ne sont possibles.
Les reviviscences (images intrusives, cauchemars) sont le cerveau qui tente de traiter et de classer le souvenir traumatique.
L'IDE ne force pas la verbalisation mais crée un cadre sécurisant (PSP).
Le risque est que le stress aigu se chronicise en TSPT si la personne reste isolée ou sans soutien dans les semaines qui suivent.
Espace calme et sécurisé à l'écart de la zone de crise (salle dédiée, tente, véhicule)Couvertures, eau, nourriture, vêtements de rechange (besoins de base)Fiches d'identification et de suivi des impliquésCoordonnées de la CUMP départementale et régionale (numéro SAMU 15)Supports d'information écrits pour les victimes (psychoéducation, numéros utiles)Téléphone pour contacter les proches et orienter vers les ressources

5 étapes

IDE

OBSERVER : évaluer la situation et les besoins
Observer sans intervenir dans la précipitation pour repérer les personnes les plus vulnérables
Vérifier la sécurité de l'environnement : la menace est-elle écartée ? L'espace est-il adapté ?
Repérer les personnes en détresse évidente : sidération (immobilité, regard fixe), agitation, pleurs incontrôlables
Identifier les personnes à risque : enfants seuls, personnes âgées, personnes handicapées, femmes enceintes
Observer les réactions dissociatives : dépersonnalisation (sensation d'être hors de son corps), déréalisation (impression d'irréalité)
Évaluer les besoins pratiques immédiats : blessures physiques à traiter, perte de repères, séparation familiale

IDE

ÉCOUTER : entrer en contact et soutenir
Établir une relation d'aide bienveillante et non intrusive
Se présenter calmement : nom, fonction ("je suis infirmier(e), je suis là pour vous aider")
Demander la permission avant de toucher ou de s'asseoir à côté ("puis-je m'asseoir près de vous ?")
Écoute active : reformulation, silence respectueux, acquiescement, sans interrompre
Valider les émotions sans juger : "ce que vous ressentez est une réaction normale face à un événement anormal"
Aider à verbaliser les besoins immédiats : "de quoi avez-vous besoin maintenant ?"
Ne pas poser de questions intrusives sur les détails de l'événement : laisser la personne dire ce qu'elle souhaite

IDE

METTRE EN LIEN : répondre aux besoins et orienter
Apporter une aide concrète et relier la personne aux ressources adaptées
Satisfaire les besoins de base : eau, alimentation, couverture, téléphone pour appeler un proche
Aider à résoudre les problèmes pratiques immédiats : retrouver un proche, contacter l'assurance, trouver un hébergement
Donner des informations factuelles et vérifiées sur la situation (pas de rumeurs, pas de fausses réassurances)
Orienter vers la CUMP si signes de détresse psychologique importante ou dissociation persistante
Remettre un document écrit : réactions normales attendues, signes d'alerte, numéros utiles (CUMP, médecin traitant, 3114)
Planifier un suivi : consultation du médecin traitant dans les jours suivants, consultation de psychotraumatologie si les symptômes persistent au-delà d'un mois

Collaboration

Defusing : écoute précoce encadrée
Temps de verbalisation bref dans les premières heures, animé par un professionnel formé
Le defusing se réalise dans les premières heures suivant l'événement (immédiat ou post-immédiat précoce)
Séance courte (20 à 45 min) en petit groupe (4 à 8 personnes) ou en individuel
Objectifs : verbaliser les faits vécus, normaliser les réactions émotionnelles, repérer les sujets à risque
Animé par un professionnel formé : psychiatre, psychologue ou IDE spécifiquement formé et intégré à la CUMP (pas l'IDE générique)
À distinguer du débriefing structuré (type Mitchell), technique controversée et déconseillée en systématique
Identifier les personnes nécessitant un suivi spécialisé et les orienter vers la CUMP

Collaboration

CUMP : activation et prise en charge spécialisée
Cellule d'urgence médico-psychologique : déploiement et missions
Activation décidée par le médecin régulateur du SAMU, le cas échéant à la demande du préfet (article R.6311-27 du code de la santé publique)
Équipe : psychiatre référent, psychologues, IDE formés au psychotraumatisme, volontaires formés
Déploiement sur le terrain (CADI, PMA, hôpital) en quelques heures
Missions : évaluation clinique, defusing, soins immédiats si nécessaire, orientation vers le suivi
Suivi post-immédiat : consultations de psychotraumatologie à distance pour dépister le TSPT
Coordination avec le réseau de ville : médecins traitants, CMP, psychologues libéraux du dispositif Mon soutien psy
Jamaisne jamais forcer quelqu'un à raconter ce qu'il a vécu ; la verbalisation imposée expose à la retraumatisation
Règleles PSP sont une aide humaine NON intrusive, ni psychothérapie ni débriefing ; tout soignant peut les réaliser après sensibilisation
Piègene pas confondre defusing (écoute brève dans les premières heures) et débriefing structuré (à distance, type Mitchell, controversé) : un débriefing précoce imposé est délétère
Chiffre cléla majorité des personnes exposées récupèrent spontanément en quelques semaines ; environ 10 à 20 % développent un trouble de stress post-traumatique
NotePRIORITÉ IDE : le modèle OMS des PSP enchaîne trois temps, observer, écouter puis mettre en lien, dans cet ordre et sans brûler les étapes
Ponctuel
Signes de dissociation péri-traumatique

Regard vide, réponses automatiques, amnésie de l'événement, impression d'irréalité

Ponctuel
Réactions somatiques du stress aigu

Tachycardie, hyperventilation, tremblements, nausées, céphalées

Ponctuel
Comportements à risque

Agitation psychomotrice, fuite, agressivité, automutilation, idées suicidaires

Ponctuel
Évolution dans les jours suivants

Cauchemars répétitifs, hypervigilance, évitement, reviviscences, irritabilité

Ponctuel
Facteurs de vulnérabilité

Antécédents psychiatriques, exposition antérieure à un trauma, isolement social, deuil récent

S (Situation) : Patient ou impliqué après [événement], présentant des signes de [stress aigu/dissociation/agitation], PSP réalisés depuis [heure], état actuel [amélioré/stable/dégradé]
A (Antécédents) : Antécédents psychiatriques [oui/non, détails], traitements psychotropes en cours, exposition antérieure à un événement traumatisant, entourage présent [oui/non]
E (Évaluation) : Niveau de détresse [faible/modéré/élevé], signes dissociatifs [présents/absents], verbalisation [possible/impossible], besoins de base satisfaits [oui/non], contact avec un proche [établi/en cours]
D (Demande) : Évaluation par la CUMP [demandée/en attente], besoin d'anxiolyse à transmettre au médecin [oui/non], orientation proposée [retour au domicile avec consignes/consultation à distance/hospitalisation]
Au psychiatre de la CUMP : type d'exposition (directe/témoin/impliqué), chronologie des réactions observées, gestes PSP réalisés, facteurs de vulnérabilité identifiés, personne de confiance contactée

Trouble de stress post-traumatique (TSPT)

Symptômes intrusifs, évitement et hyperactivation persistant au-delà d'un mois
Épisode dépressif majeur réactionnel avec risque suicidaire (numéro national de prévention du suicide : 3114)

Deuil traumatique compliqué

Impossibilité de faire le deuil normalement en raison des circonstances violentes

Conduites addictives secondaires

Alcool, anxiolytiques, substances, en automédication du stress
Épuisement et traumatisme vicariant chez les soignants exposés (souffrance empathique)

Références

Les premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain (modèle observer, écouter, mettre en lien) · OMS · 2011

Prise en charge des troubles liés spécifiquement au stress (mhGAP) : contre le débriefing psychologique systématique · OMS · 2013

Organisation et modalités d'intervention des cellules d'urgence médico-psychologique (CUMP) · SFMU-AFORCUMP-SFP · 2017

Code de la santé publique, articles R.6311-25 à R.6311-32 : cellules d'urgence médico-psychologique, activation par le SAMU (R.6311-27) · Légifrance

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.