Le SAED.
Situation, antécédents, évaluation, demande.
Mis à jour le 20 juin 2026
Le SAED, en clair
Le SAED est une façon de structurer une transmission orale entre soignants : un ordre fixe en quatre temps pour dire l'essentiel, vite et sans rien oublier, surtout quand vous appelez le médecin pour un patient qui se dégrade.
Quatre lettres : Situation, Antécédents, Évaluation, Demande. Attention à une confusion répandue : le A n'est pas « Actions », le D n'est pas « Décision ». La seule définition officielle, celle de la HAS, est bien Situation, Antécédents, Évaluation, Demande.
C'est l'adaptation française du SBAR anglo-saxon, recommandée par la HAS depuis 2014 pour réduire les erreurs de communication, qui sont une cause majeure d'événements indésirables.
Quatre temps, un ordre fixe
Toujours dans cet ordre. Chaque temps répond à une question simple, et c'est l'ordre qui fait gagner du temps : on pose le problème avant de le raconter.
Qui vous êtes, qui est le patient (nom, âge, chambre, service) et le problème, maintenant, en une phrase. C'est l'accroche : on annonce d'emblée ce qui inquiète.
Le contexte qui éclaire : motif d'hospitalisation, antécédents utiles, traitements en cours, allergies, oxygène en cours. Juste ce qui aide à comprendre.
Ce que vous constatez et ce que vous en pensez : les constantes, leur évolution, votre niveau d'inquiétude. Vous décrivez et vous alertez, sans poser de diagnostic.
Ce que vous attendez, explicitement : qu'il vienne voir le patient, une conduite à tenir, un examen. Et vous relisez la prescription orale pour la confirmer.
Une règle d'or : annoncez la Demande clairement. L'erreur la plus fréquente au téléphone, c'est de tout décrire sans jamais dire ce qu'on attend.
Appel au médecin : M. Olivier, 72 ans, qui se dégrade
M. Olivier, opéré le matin, est de plus en plus essoufflé en début de soirée. Vous appelez le médecin de garde. Voici l'appel, structuré en SAED.
- SSituation
- « Bonsoir docteur, Camille Renaud, infirmière en chirurgie viscérale. Je vous appelle pour M. Olivier, 72 ans, chambre 214, opéré ce matin d'une colectomie. Depuis trente minutes il est de plus en plus essoufflé et ça m'inquiète. »
- AAntécédents
- « Il a une BPCO connue et une hypertension. Il est sous oxygène 2 litres aux lunettes depuis le retour de bloc, analgésie par pompe à morphine. Pas d'allergie connue. »
- ÉÉvaluation
- « Sa saturation est descendue à 88 % sous 2 litres, alors qu'il était à 94 % il y a deux heures. Fréquence respiratoire 28, il tire. Pouls 112, tension 100/60, température 37,9. Il est conscient mais anxieux et n'arrive pas à finir ses phrases. Je le trouve nettement dégradé sur le plan respiratoire. »
- DDemande
- « Est-ce que vous pouvez venir le voir rapidement ? En attendant, qu'est-ce que vous voulez que je fasse : augmenter l'oxygène, un gaz du sang, un électrocardiogramme ? Dites-moi la conduite à tenir, je note et je vous relis la prescription. »
L'infirmière observe, mesure, dit son inquiétude et formule une demande claire. Elle ne pose pas de diagnostic (« il fait un OAP ») et ne décide pas du traitement : le médecin évalue et prescrit, elle relit pour sécuriser.
Un point que cet exemple éclaire : chez un patient BPCO, on vise souvent une SpO2 de 88 à 92 %, pas davantage. Ici, 88 % n'alarme pas par le chiffre seul, mais par sa chute rapide (94 puis 88) et l'essoufflement. Et surtout, on n'augmente jamais l'oxygène de sa propre initiative chez un BPCO : un excès peut faire monter le gaz carbonique. On alerte, on demande, le médecin titre.
En vrai, beaucoup d'appels partent dans tous les sens et le médecin doit aller chercher l'information. Le SAED est le standard à viser, pas ce que vous entendrez toujours : c'est ce qui vous fait gagner en clarté, et en crédibilité, au téléphone.
Le SAED ne sert pas qu'à appeler le médecin. La même trame structure une relève de poste ou un transfert (au bloc, aux urgences, vers un autre service) : la Situation et les Antécédents posent le patient, l'Évaluation fait le point, et la Demande devient « ce sur quoi l'équipe qui prend le relais doit veiller ». Et dans tous les cas, fermez la boucle : répétez à voix haute, ou faites répéter, la prescription ou les consignes reçues, pour éviter l'erreur sur une dose ou un médicament.
SBAR, ISBAR, ISBARR
Le SAED vient du SBAR, né en milieu critique aux États-Unis puis transposé aux soins. Vous croiserez des variantes : ne vous laissez pas perdre, c'est la même logique.
- SBAR
- Situation, Background, Assessment, Recommendation : la version d'origine. Le SAED en est la traduction française.
- ISBAR
- Ajoute un I pour Identification au début : se présenter et confirmer l'identité du patient d'emblée.
- ISBARR
- Ajoute un second R pour Read-back : l'interlocuteur répète la prescription pour fermer la boucle.
En France, la HAS retient le SAED. L'identification et la relecture sont de toute façon de bonnes pratiques : présentez-vous dans le S, faites répéter la prescription dans le D.
Le SAED se dit, le DAR s'écrit
Ne confondez pas le SAED avec les transmissions ciblées. Le SAED, c'est ce que vous dites au téléphone, en temps réel, pour faire agir. Le DAR (Données, Actions, Résultats), parfois noté CDAR avec la cible en tête, c'est ce que vous écrivez dans le dossier, pour tracer. Un même épisode déclenche souvent les deux : un appel SAED, puis une transmission DAR.
Voir les transmissions ciblées (DAR)Les pièges au téléphone
Partir dans tous les sens
Raconter la journée du patient avant d'arriver au problème. On annonce d'abord ce qui inquiète ; le récit vient après.
Ne jamais dire la demande
Décrire longuement sans formuler ce qu'on attend. Le médecin doit savoir pourquoi vous appelez : terminez par une demande claire.
Appeler sans le dossier
Téléphoner sans les constantes ni la dernière prescription sous les yeux, et devoir rappeler. On prépare avant de composer le numéro.
Oublier de s'identifier
Commencer sans dire qui vous êtes ni de quel patient il s'agit. Nom, fonction, service, puis le patient : nom, âge, chambre.
Taire ou dramatiser l'inquiétude
Ne pas dire son niveau de gravité ressenti, ou au contraire s'affoler sans chiffres. L'évaluation, c'est des faits plus une inquiétude argumentée.
Ne pas relire la prescription
Noter une prescription orale sans la répéter. On relit à voix haute la dose et le médicament pour éviter l'erreur.
Communiquer, c'est sécuriser
Le SAED n'est pas un détail de forme : les défauts de communication entre soignants sont une cause majeure d'événements indésirables. Structurer l'alerte, c'est sécuriser le patient.
« L'outil de communication « situation antécédents évaluation demande » (Saed) est l'adaptation française de l'outil anglo-saxon « Situation Background Assessment Recommendation » (SBAR). »
Le SAED est aussi l'outil de votre rôle : dans l'évaluation, vous transmettez des faits et une inquiétude ; dans la demande, vous demandez une conduite à tenir. Vous alertez et vous demandez ; le médecin évalue, décide et prescrit. C'est exactement la frontière du rôle infirmier.
- Que veut dire SAED ?
- SAED signifie Situation, Antécédents, Évaluation, Demande. C'est un outil pour structurer une transmission orale entre soignants, par exemple quand l'infirmier appelle le médecin. Attention : le A n'est pas « Actions » et le D n'est pas « Décision », deux erreurs fréquentes ; la définition officielle de la HAS est bien Situation, Antécédents, Évaluation, Demande.
- À quoi sert le SAED ?
- À transmettre une information orale claire et complète sans rien oublier, surtout dans l'urgence : appeler le médecin pour un patient qui se dégrade, passer une relève, organiser un transfert. Les erreurs de communication étant une cause majeure d'événements indésirables, structurer le message sécurise le patient.
- Quelle différence entre SAED et SBAR ?
- Le SBAR (Situation, Background, Assessment, Recommendation) est l'outil anglo-saxon d'origine ; le SAED en est la traduction française retenue par la HAS. Les variantes ISBAR et ISBARR ajoutent l'identification au début et la relecture de la prescription à la fin.
- SAED ou transmissions ciblées : quelle différence ?
- Le SAED est une transmission orale, en temps réel, pour alerter et faire agir. Les transmissions ciblées (méthode DAR : Données, Actions, Résultats) sont une trace écrite dans le dossier. Le SAED, c'est ce que vous dites ; le DAR, ce que vous écrivez.
- Comment appeler le médecin la nuit sans paniquer ?
- Préparez l'appel : ayez le dossier, les dernières constantes et la dernière prescription sous les yeux, puis déroulez le SAED. Annoncez d'emblée le problème (Situation), donnez le contexte (Antécédents), vos observations et votre inquiétude (Évaluation), puis ce que vous demandez (Demande). L'ordre fixe évite d'oublier et aide à rester calme.
- HAS, Saed : un guide pour faciliter la communication entre professionnels de santé (2014)
- SPLF, Oxygénothérapie : recommandations et dangers (cible de SpO2 88 à 92 % chez le patient à risque d'hypercapnie)
Sources primaires françaises, vérifiées en juin 2026.