La démarche de soins infirmière.
Observer, comprendre, agir, vérifier.
Mis à jour le 20 juin 2026
Démarche de soins ou démarche clinique ?
Les deux termes désignent la même chose : le fil qui relie le recueil de données à l'évaluation, en passant par le diagnostic infirmier.
« Démarche clinique » insiste sur le raisonnement, « démarche de soins » sur le plan de soins qui en découle. Le référentiel 2026 parle de raisonnement et de démarche clinique infirmière (compétences C1 et C2).
Les 5 étapes, pas à pas
Une chose à retenir d'abord : ce ne sont pas cinq cases à cocher de haut en bas. La dernière étape relance la première.
Le recueil de données
Avant tout raisonnement, on rassemble l'information. Le recueil croise quatre sources et reste orienté par la situation, jamais récité comme une checklist.
- Le subjectif : ce que le patient dit (douleur, peur, gêne, habitudes de vie).
- L'objectif : ce que vous observez (position, état cutané, comportement).
- Les constantes : pouls, pression, température, saturation, douleur cotée.
- Le dossier : transmissions, prescriptions, antécédents, résultats.
Un cadre comme les 14 besoins fondamentaux de Henderson oriente la lecture, il ne s'impose pas comme une norme.
L'analyse et le diagnostic infirmier
On transforme les données en problèmes de santé que l'infirmier prend en charge. C'est l'étape du diagnostic infirmier, formulé en PES.
- Problème : l'atteinte réelle ou le risque pour le patient.
- Étiologie : la cause clinique repérée (« lié à... »).
- Signes : les données du recueil qui le prouvent (« manifesté par... »).
Sans les trois éléments reliés à une donnée du recueil, ce n'est pas un diagnostic, c'est une étiquette.
La planification
On hiérarchise les problèmes selon la situation du moment, puis on fixe pour chacun un objectif de soin vérifiable.
- Priorité : urgence vitale, puis risque de dégradation, puis problème actif, puis prévention.
- Objectif SMART : Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, Temporellement défini.
- Chaque objectif doit pouvoir s'évaluer (un critère chiffré, une échéance).
La hiérarchie se construit avec la clinique présente, pas avec un ordre type appliqué sans discernement.
La réalisation des soins
On met en œuvre les actions planifiées, en distinguant ce qui relève de l'initiative infirmière (rôle propre) et ce qui s'exécute sur prescription.
- Rôle propre : surveillance, prévention, éducation, accompagnement.
- Sur prescription : administration de médicaments, soins et actes techniques.
- Coordination avec l'équipe (kiné, médecin) et traçabilité au dossier.
L'infirmier conduit son rôle propre ; le diagnostic médical et l'indication thérapeutique relèvent du médecin.
L'évaluation et le réajustement
On vérifie si l'objectif est atteint, avec un critère, et on relance le cycle si besoin.
- Atteint : argumenté (« atteint car EVA 3/10 »), tracé dans les transmissions.
- Non atteint : on dit pourquoi et on réajuste (action, appel médecin, échéance).
- L'évaluation produit de nouvelles données qui réinjectent le recueil.
La démarche ne se ferme pas en bas de la copie : chaque évaluation rouvre l'analyse.
« Ce n'est pas une liste qu'on déroule du haut vers le bas. C'est un cycle qui tourne. »
Mme L., J1 d'une prothèse de hanche
Mme L., 74 ans, est au lendemain (J1) d'une prothèse totale de hanche droite, avec un antécédent d'hypertension. Prescription : paracétamol 1 g en systématique quatre fois par jour, premier lever prévu l'après-midi avec le kinésithérapeute.
- 1Recueil
- Subjectif : elle dit avoir mal (douleur cotée à 6 sur 10) et appréhende de bouger. Objectif : position antalgique, pansement propre, pas de signe d'appel de phlébite (mollets souples, non douloureux). Constantes : pouls 88, pression 138/80, température 37,1 °C, saturation 96 %. Dossier : intervention de la veille, antalgiques prescrits, lever planifié.
- 2Analyse (diagnostics PES)
- Douleur aiguë liée à l'incision chirurgicale, manifestée par une EVA à 6 sur 10 et une position antalgique. Risque de chute lié à la mobilité réduite et à l'âge. Anxiété liée au premier lever, manifestée par l'appréhension verbalisée.
- 3Planification
- La douleur passe en premier : tant qu'elle n'est pas soulagée, le lever ne peut pas se faire en sécurité. Objectif SMART : une douleur inférieure ou égale à 3 sur 10 avant le lever. Jalon suivant, une fois la douleur contrôlée : une marche de 5 mètres avec déambulateur, évaluée par l'infirmier et le kinésithérapeute.
- 4Réalisation
- Antalgique selon la prescription, une heure avant le lever. Rôle propre : sécurisation de l'environnement, préparation du déambulateur, accompagnement et surveillance. Le lever est conduit avec le kinésithérapeute.
- 5Évaluation
- Douleur réévaluée à 3 sur 10 : objectif atteint, le lever a lieu, 5 mètres sans malaise, tracé en transmissions ciblées (Données, Actions, Résultat : DAR). Si la douleur était restée à 6, on n'aurait pas forcé le lever : appel structuré au médecin (SAED) pour adapter l'antalgie, puis reprogrammation. Un nouveau cycle commence.
Le PES, en clair
C'est l'étape qui distingue un raisonnement infirmier d'une simple observation. Trois éléments, toujours reliés à une donnée du recueil :
l'atteinte réelle ou le risque pour le patient.
la cause clinique, introduite par « lié à... ».
les données observées, introduites par « manifesté par... ».
Douleur aiguë liée à l'incision chirurgicale, manifestée par une EVA à 6 sur 10 et une position antalgique.
Un diagnostic de risque fait exception : « risque de chute lié à la mobilité réduite et à l'âge » n'a que deux parties, le problème et l'étiologie. Pas de « manifesté par », puisque rien ne s'est encore produit : ce sont les facteurs de risque qui le justifient.
Infirmier ou médical ?
- Diagnostic infirmier
- Diagnostic médical
- Décrit la réaction de la personne (douleur, anxiété, risque)
- Nomme la maladie ou la lésion
- Relève du rôle propre de l'infirmier
- Relève du médecin
- Formulé en PES, justifié par le recueil
- Posé par l'examen et les examens complémentaires
Entre les deux, il existe un troisième cas : le problème traité en collaboration. C'est un risque de complication que vous surveillez et signalez, mais dont le traitement relève du médecin, par exemple un risque hémorragique après une chirurgie. Diagnostic infirmier, problème en collaboration et domaine médical forment le modèle trifocal du raisonnement clinique (Marchal et Psiuk).
Le PES rédigé en toutes lettres est surtout un attendu de formation : travaux dirigés, démarche de soins écrite, mises en situation, portfolio. En stage, vous le verrez rarement formulé ainsi dans le dossier ; le raisonnement, lui, reste, mais il se condense dans la cible de vos transmissions ciblées. « Douleur aiguë liée à... » devient simplement la cible « Douleur ».
Les pièges classiques
Dérouler la démarche comme une liste linéaire
C'est un cycle. Si l'état du patient change, on ne repart pas de zéro : on réinjecte la nouvelle donnée. Montrez la boucle, c'est ce qui est attendu.
Poser un diagnostic sans données
Dire que le patient a mal n'est pas un diagnostic, c'est une étiquette. Reliez toujours au PES et au recueil.
Lister les problèmes sans les hiérarchiser
Le correcteur attend une priorité argumentée selon la clinique du moment, pas un classement mécanique.
Conclure « non atteint » sans réajuster
Une évaluation sans critère chiffré ni réajustement ferme le cycle au lieu de le relancer.
Rôle propre et frontière
La démarche de soins s'ancre dans le rôle propre de l'infirmier, redéfini par le décret du 24 décembre 2025.
« Dans le cadre de son rôle propre, l'infirmier peut [...] initier, accomplir et évaluer les actes et les soins qu'il estime nécessaires et qui figurent dans une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. »
Jusqu'au 29 juin 2026, ce sont les articles R.4311-3 et R.4311-5 anciens qui s'appliquent pour les promotions en cours. Le diagnostic infirmier et la planification relèvent de ce rôle propre ; la prescription et l'indication thérapeutique relèvent du médecin.
- Quelles sont les 5 étapes de la démarche de soins ?
- La démarche de soins infirmière se déroule en cinq étapes : 1) le recueil de données, 2) l'analyse et le diagnostic infirmier, 3) la planification, 4) la réalisation des soins, 5) l'évaluation et le réajustement. Ce n'est pas une liste linéaire mais un cycle : l'évaluation rouvre le recueil avec de nouvelles données.
- Démarche de soins ou démarche clinique : quelle différence ?
- Les deux termes désignent la même chose : le raisonnement clinique structuré de l'infirmier, du recueil de données jusqu'à l'évaluation. « Démarche clinique » insiste sur le raisonnement, « démarche de soins » sur le plan de soins qui en découle.
- Comment formuler un diagnostic infirmier en PES ?
- On relie trois éléments : le Problème (l'atteinte ou le risque), l'Étiologie (la cause, « lié à... »), les Signes (les données observées, « manifesté par... »). Exemple : « Douleur aiguë liée à l'incision chirurgicale, manifestée par une EVA à 6 sur 10. » Chaque élément doit se tracer jusqu'à une donnée du recueil.
- Quelle différence entre diagnostic infirmier et diagnostic médical ?
- Le diagnostic infirmier relève du rôle propre : il décrit la réaction de la personne à un problème de santé (douleur, anxiété, risque de chute). Le diagnostic médical, qui nomme la maladie, et l'indication thérapeutique relèvent du médecin.
- Légifrance, Article R.4311-4 du Code de la santé publique (décret n° 2025-1306)
- Légifrance, Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d'État d'infirmier
Sources primaires françaises, vérifiées en juin 2026.
Référentiel infirmier 2026
Arrêté du 20 février 2026 : 13 compétences, 5 domaines, prescription IDE, transition 2009-2026. Le guide complet, sourcé Légifrance.
LireTransmissions ciblées
La méthode DAR (Données, Actions, Résultats), la cible, la macrocible MTVED, un exemple rédigé complet et la différence avec le SAED.
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